Discours de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, au salon de l'aéronautique, Le Bourget le 13 juin 1981 | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, au salon de l'aéronautique, Le Bourget le 13 juin 1981

Personnalité, fonction : MAUROY Pierre.

FRANCE. Premier ministre; FRANCE. PS

Circonstances : Salon de l'aéronautique au Bourget du 5 au 14 juin 1981

ti : Monsieur Le Président,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Le Salon du Bourget 1981 témoigne, une fois de plus, par sa réussite, de l'extraordinaire vitalité de l'industrie aérospatiale mondiale.

Je voudrais tout d'abord saluer nos hôtes étrangers qui nous font l'honneur d'être présents à cette grande manifestation, et remercier tous les pays qui font confiance à la technique française et à ses entreprises.

Je voudrais ensuite, Monsieur le Président, féliciter tous ceux, constructeurs, pilotes, organisateurs, qui ont contribué au succès éclatant de ce Salon et tout particulièrement l'Armée de l'Air qui en assure le soutien logistique.

Je suis particulièrement heureux de l'occasion qui m'est donnée aujourd'hui de tracer les grandes lignes de la politique que mon Gouvernement entend mener dans ce secteur.

L'industrie aérospatiale est, en effet, un exemple évident de l'impact que peuvent avoir les industries de pointe dans une économie moderne.

Sur ce point, les chiffres que vous avez indiqués, Monsieur le Président, sont éloquents :

- le solde des exportations par rapport aux importations, que vous avez cité, est tout à fait remarquable ;
- sur le plan de l'emploi, les résultats sont également très significatifs : l'industrie aérospatiale emploie aujourd'hui directement 110 000 personnes, et au moins autant d'une manière indirecte. Lorsque l'on sait que ces effectifs sont en croissance régulière, on comprend que l'avenir de cette industrie fasse l'objet d'une attention toute particulière de la part du Gouvernement.

Quel meilleur exemple de l'importance vitale pour notre pays d'entreprises qui soient actives, performantes, qui exportent et qui créent des emplois et de la richesse pour la collectivité nationale, qui permettent aussi, lorsqu'elles appartiennent aux secteurs de pointe, la diffusion du progrès technique dans l'ensemble du tissu industriel. J'affirme ici que le développement des entreprises industrielles et la diffusion du progrès technologique constitueront une des grandes priorités du Gouvernement que j'ai l'honneur de diriger.

Mon Gouvernement soutiendra, bien entendu, les programmes lancés par l'industrie aérospatiale française, seule ou dans le cadre d'une coopération internationale. Ces programmes se répartiront entre trois activités différentes mais en même temps étroitement imbriquées : je veux parler des matériels militaires, des engins spatiaux et de l'aéronautique civile.

Dans le domaine militaire, notre industrie a pour premier objectif de réaliser les matériels nécessaires pour assurer à notre pays une défense indépendante, tant dans le domaine des armements stratégiques essentiels à notre force de dissuasion que dans celui des armements qui équipent nos forces conventionnelles.

Les avions militaires en cours de fabrication tels que les Mirages ou les Alphajets, ont démontré, par leur succès à l'étranger, la capacité de l'industrie française à produire des matériels de hautes performances et parfaitement compétitifs.

Il en est très certainement de même pour le Mirage 2000 aux qualités brillantes, démontrées en vol, et qui, équipé de systèmes d'avant-garde, constituera le programme majeur d'avion militaire pour cette décennie.

Ce programme majeur ne sera pas, pour autant, isolé et la gamme couverte par les constructeurs d'avions français restera étendue, avec notamment le Transall modernisé et l'avion d'entraînement de début EPSILON.

Pour l'avion d'après le Mirage 2000, la France poursuit ses efforts pour établir les bases d'une coopération européenne efficace. Elle a d'ores et déjà entrepris les actions préparatoires qui permettront, le moment venu, d'éclairer les choix puis de prendre les décisions voulues :

- les prototypes de démonstration du futur moteur sont en cours de réalisation à la SNECMA ;
- les principaux équipements qui feront de cet avion un système d'une très grande efficacité font l'objet de recherches approfondies ;
- enfin des travaux importants sont poursuivis avec nos partenaires européens pour essayer d'harmoniser les spécifications des utilisateurs.

En ce qui concerne les engins tactiques, la réussite des programmes en cours témoigne, s'il en était besoin, des capacités de nos bureaux d'études et nous engage à poursuivre nos efforts en association avec les autres pays européens, ou, à défaut, dans le cadre national.

Grâce à tous ces matériels, nos armées seront dotées des moyens les plus aptes à remplir les missions qui leur sont confiées.

En outre, il sera nécessaire, dans le cadre des engagements pris par le Président de la République, de maintenir la place que l'industrie aéronautique française a su conquérir sur les marchés extérieurs.

En ce qui concerne les exportations de matériels militaires, je voudrais souligner que nos engagements internationaux conclus dans le domaine des armements, au même titre que pour les affaires commerciales, seront respectés. Je veux, à cet égard, démentir de façon formelle les mensonges et les fausses rumeurs qui ont été répandus à ce sujet et réaffirmer de la manière la plus nette que la France et les industriels français sont et seront toujours des partenaires sûrs et fiables.

Quittons le domaine des armements pour aborder celui de l'Espace.

Lorsqu'on passe en revue l'ensemble des grandes applications des satellites - liaisons téléphoniques, transmission de données, télévision directe, observation de la Terre, gestion des ressources terrestres - les enjeux à terme pour notre pays apparaissent de toute évidence considérables.

Etre absent de ces domaines nous conduirait à un retard inéluctable par rapport à ceux qui y ont déjà pris place ou qui se préparent à y entrer, et dont nous serions, au mieux, les sous-traitants.

Le Gouvernement portera donc le plus grand intérêt au développement des programmes spatiaux. Cela suppose trois grandes catégories d'actions :

- En premier lieu, il convient de poursuivre la réalisation des grands satellites d'application que sont Télécom 1, TDF 1 et SPOT, afin que dès les années 83-84, la France entre réellement dans l'ère de l'utilisation économique et commerciale de ces systèmes. Nous souhaitons que grâce à leur compétitivité nos satellites puissent être vendus aux pays, ou groupe de pays, qui souhaitent s'équiper de systèmes spatiaux. Le succès récent remporté par la SNIAS pour le projet ARABSAT est de ce point de vue très encourageant.

- En second lieu, il convient, bien évidemment, que nous soyons, en Europe, complètement en mesure d'assurer notre autonomie pour la mise en orbite de ces grands satellites. Cela signifie que doit être développée une "famille ARIANE" tirant parti des technologies déjà acquises sur les premiers exemplaires et qui comprendra des lanceurs de plus en plus performants, bien adaptés aux dimensions et au poids des satellites de l'avenir, et qui permettront de réduire de façon sensible le prix du kilogramme de charge utile placée en orbite.

La commercialisation du lanceur ARIANE, déjà bien amorcée, en sera ainsi facilitée. Elle devra être poursuivie avec la volonté d'être compétitifs et présents sur les différents marchés qui s'ouvrent dans le monde. Je souhaite bonne chance à tous les techniciens qui préparent le troisième lancement d'ARIANE pour les jours prochains à KOUROU.

- Enfin, la politique des prochaines années mettra l'accent sur les perspectives à long terme. A l'horizon des années 1990-2000, de nouvelles utilisations des moyens spatiaux sont susceptibles de se confirmer : fabrication de matériaux en apesanteur, biologie, domestication de nouvelles énergies. L'Etat, dès à présent, encouragera un effort sérieux de recherche sur ces sujets ainsi que sur les technologies qui seront nécessaires à cette époque dans des domaines tels que les structures de satellites, la robotique spatiale ou les énergies embarquées. Notre pays doit réfléchir à la meilleure façon d'être présent sur ces créneaux en coopération avec ses partenaires européens.

Pour atteindre ces objectifs, un programme pluriannuel sera défini sur des choix clairs, sans vouloir tout faire, mais suivant un effort régulier.

Grâce à la poursuite des programmes de satellites en cours, au développement de lanceurs de plus en plus performants et à la maîtrise des nouvelles technologies, l'avenir de notre industrie en matière spatiale peut ainsi être envisagé avec optimisme et confiance d'autant plus qu'il s'inscrira dans le cadre d'une coopération européenne déjà bien établie.

La construction aéronautique civile, troisième volet de l'activité aérospatiale française, que je souhaite évoquer devant vous, mérite une attention toute particulière de la part du Gouvernement.

Avec AIRBUS, dont le carnet de commande s'élève actuellement à 469 appareils, A 300 et A 310, en commande ou en options dans 40 compagnies aériennes, la preuve est faite que l'Europe est capable, lorsqu'elle le souhaite, de s'unir pour accomplir un grand dessein et devenir, grâce à Airbus Industrie, le deuxième fournisseur mondial d'avions de transport civil en prenant, en 1980, 47 % des commandes d'avions moyen-courriers gros porteurs du monde occidental.

Mais il ne faut pas en rester à ce constat et l'avenir doit être envisagé avec confiance et détermination :

- Confiance dans la poursuite du succès de l'Airbus grâce aux améliorations techniques qui lui seront progressivement apportées, ainsi qu'au développement en temps utile des versions nouvelles, et à la recherche d'une compétitivité toujours accrue ;

- Détermination pour élargir la gamme des produits proposés par Airbus-Industrie, car pour s'établir durablement sur un tel marché, il est indispensable de proposer simultanément à la clientèle plusieurs types d'avions.

L'accroissement du prix de l'énergie, le ralentissement corrélatif de la croissance du trafic aérien indiquent maintenant clairement la voie de cet élargissement : de nombreuses compagnies aériennes, et en particulier Air France, réclament à présent un avion moderne à faible consommation en carburant, d'une capacité d'environ 150 passagers, livrable en 1986. C'est à ce besoin que répond le projet A 320.

C'est la raison pour laquelle, en accord avec les gouvernements associés, je prends acte avec satisfaction au nom du Gouvernement français, de la décision positive d'Airbus Industrie et de ses partenaires de proposer l'A 320 à la vente, dans des conditions techniques et commerciales maintenant bien définies.

C'est également la raison pour laquelle je déclare que le Gouvernement français est prêt, à la demande des industriels et si la réponse du marché est positive, à apporter son soutien au programme A 320.

Le Gouvernement se réjouit à cet égard de la décision prise cette semaine par la compagnie AIR FRANCE qui, à la suite d'un travail très approfondi avec Airbus Industrie, a commandé, la première, cinquante de ces appareils.

Dans ces conditions, j'encourage la SNIAS à accélérer avec ses partenaires, les discussions relatives, dans le cadre d'Airbus-Industrie, aux conditions de coopération sur ce nouvel avion. Et je n'exclue pas une participation française allant, s'il le fallait, au-delà de sa part actuelle dans le programme Airbus proprement dit.

L'Europe sera ainsi à nouveau présente dans un domaine où ses réalisations passées lui autorisent une grande ambition. Le Gouvernement français attache une importance toute particulière au succès et au développement de l'Airbus, qui marque concrètement la volonté politique de coopération des pays européens associés.

En matière de moteurs civils, j'enregistre avec plaisir les succès remportés par le CFM 56 qui a été retenu pour la remotorisation des longs courriers DC 8, des avions ravitailleurs de l'U.S. Air Force et de l'Armée de l'Air Française et pour l'équipement de la nouvelle version de l'avion court-courrier Boeing 737. Ces réussites commerciales illustrent la qualité de la coopération paritaire entre la SNECMA et le constructeur américain GENERAL ELECTRIC et prouvent les qualités intrinsèques de ce moteur qui n'a, aujourd'hui, aucun équivalent dans le monde.

Dans la lutte pour les économies d'énergie en matière de transport aérien, l'industrie des moteurs est en première ligne. Les motoristes seront donc conduits à s'adapter aux demandes nouvelles de la clientèle et à développer des moteurs de plus en plus sobres.

Je suis persuadé, Monsieur le Président, que la SNECMA saura répondre à ce nouveau défi avec, bien entendu, l'appui du Gouvernement.

Après avoir évoqué les grands programmes civils d'avions et de moteurs, je tiens à saluer les performances remarquables de l'Aérospatiale et de Turboméca dans le domaine des hélicoptères et des moteurs associés. Avec les Ecureuil, Dauphin et Super-Puma, la France est devenue le premier exportateur mondial d'hélicoptères, confirmant ainsi de façon éclatante le bien-fondé du développement de productions civiles qui feront certainement l'objet, dans le futur, d'une demande croissante.

Aujourd'hui, la préparation de l'avenir passe par le développement d'une nouvelle turbine, TM 333, destinée principalement à préparer la prochaine génération du Dauphin et, éventuellement, à équiper le futur hélicoptère armé de l'aviation légère de l'Armée de Terre. Elle passe également par un effort accru d'innovation et de recherche technologique dont l'Etat assurera sa part.

L'industrie française est également capable de conquérir les créneaux les plus divers, elle l'a montré avec les avions légers et surtout avec la réussite des avions d'affaires Mystère 10, 20 et 50 de la Société Avions Marcel Dassault commandés à près de 900 exemplaires.

Je souhaite, également, souligner les efforts accomplis par les fabricants français d'équipements qui ont su gagner des marchés extérieurs et équiper de nombreux avions étrangers. Je les encourage vivement à persévérer dans cette voie.

Exportatrice à plus de 80 %, la seule construction aéronautique civile doit apporter à notre pays, pour les cinq ans à venir, un gain net en devises très important. Elle emploie aujourd'hui 35 000 personnes et elle créera, d'ici 1985, 10 000 à 15 000 emplois nouveaux si l'on tient compte des petites et moyennes entreprises qui travaillent pour elle, en sous-traitance, dans l'ensemble du tissu industriel français.

Les brillants succès de la construction aéronautique civile ne sont pas dûs, comme certains voudraient le faire croire, à une politique laxiste en matière de crédit à l'exportation, mais aux mérites propres de nos productions, qui répondent parfaitement aux exigences des utilisateurs. La vérité, d'ailleurs, m'oblige à dire à ce sujet que ceux qui crient le plus fort ne sont pas nécessairement les plus innocents.

Le Gouvernement français est disposé à poursuivre les négociations en matière de financement des exportations d'avions civils, actuellement en cours, et souhaite aboutir à un accord qui soit réellement équitable.

La France entend, en effet, continuer à développer son industrie aéronautique civile, grâce à des entreprises compétitives et dans le cadre d'une économie ouverte.

On ne saurait évoquer les perspectives de l'industrie aéronautique civile sans exprimer quelques préoccupations relatives aux conditions dans lesquelles se trouve plongé, depuis quelques années, le transport aérien international. La dégradation de la situation financière des transporteurs, si elle devait se poursuivre, ne manquerait pas d'affecter gravement la capacité des compagnies à renouveler et à développer leur flotte, et se répercuterait rapidement sur l'industrie aéronautique.

C'est dire que le Gouvernement français est particulièrement attaché à une organisation du transport aérien mondial cohérente et raisonnable, excluant un laisser-faire dont les compagnies, comme plus tard les usagers, feraient les frais. Bien loin d'être partisans d'une quelconque "déréglementation" qui aboutirait à la conquête des marchés par les plus puissants, ou les moins scrupuleux, nous souhaitons en pleine association avec les Etats du Tiers-Monde, et en accord avec nos partenaires européens, contribuer à une organisation où chacun trouve sa juste place, et dans laquelle la nécessaire démocratisation du transport aérien s'appuie sur des compagnies aériennes rentables.

La France, pour sa part, n'épargnera donc aucun effort, non seulement pour maintenir l'ordre à l'intérieur de son propre marché, mais aussi pour promouvoir, dans un cadre bilatéral et multilatéral, le retour à une situation saine, dans le cadre d'une concurrence raisonnable, organisée et contrôlée.

Nous venons de voir combien la position de l'industrie aérospatiale française est aujourd'hui favorable et riche d'avenir. Il faut rappeler que tous ces succès, nous les devons au savoir-faire et au travail acharné de tous nos ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs.

Je tiens ici à les saluer personnellement et à leur apporter les remerciements du Gouvernement pour l'oeuvre accompli. C'est grâce à eux que nous disposons aujourd'hui d'une industrie de pointe, compétitive, fortement exportatrice et créatrice d'emplois.

Mais une position aussi enviable ne peut être conservée qu'en allant de l'avant et en lançant les programmes demandés par les utilisateurs.

Les futurs matériels seront de plus en plus complexes. Leur conception, leur développement vont demander des efforts accrus. Le Gouvernement en a pleine conscience. Il s'efforcera, avec l'aide de tous les intéressés, de trouver les solutions les mieux appropriées.

Dans mon esprit, ces efforts doivent très largement faire appel à la coopération internationale, tout en préservant, bien entendu, les intérêts de notre industrie. Ariane, l'Airbus, l'Alphajet, sont de bons exemples de ce que l'on peut faire dans ce cadre. Cette coopération doit être systématiquement recherchée en choisissant la formule la mieux adaptée à chaque objectif, qu'il s'agisse de programmes conduits dans le cadre d'organismes européens, qu'il s'agisse d'accords bilatéraux entre Etats, ou qu'il s'agisse de montages industriels souples et efficaces.

Voici, Mesdames et Messieurs, esquissé à grands traits, le cadre dans lequel agira le Gouvernement pour orienter l'expansion de l'industrie aérospatiale française qui, par sa contribution actuelle à nos grands équilibres économiques aussi bien que par ses vastes potentialités, offre l'une des voies d'avenir de notre industrie et donc de notre développement économique.

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