Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Lyon, notamment sur le bilan de la campagne électorale avant le premier tour de l'élection présidentielle, jeudi 23 avril 1981. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Lyon, notamment sur le bilan de la campagne électorale avant le premier tour de l'élection présidentielle, jeudi 23 avril 1981.

Personnalité, fonction : GISCARD D'ESTAING Valéry.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Campagne électorale pour l'élection présidentielle 1981

ti : Mes chers amis, mes chers amis lyonnaises et lyonnais, je vous remercie, je remercie Lyon et Rhône-Alpes. Je remercie celles et ceux qui sont venus de l'Ain, de l'Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie, de la Drôme, de l'Ardèche, de la Loire, de la Saône-et-Loire et du Jura. Je remercie bien entendu celles et ceux qui sont venus du Rhône m'offrir, ce soir, la plus belle salle de la campagne 'campagne électorale', cette campagne qui s'achève, cette campagne que j'ai commencée à Pantin, avec la jeunesse de France qui m'accompagne dans toute cette campagne et que je compte conduire jusqu'à la victoire.
- La campagne du premier tour, en effet, s'achève devant vous, à Lyon, grande capitale économique de la France, ville de raison et de mesure. J'ai choisi d'en faire le bilan politique. Je m'exprimerai avec la franchise qui a été la règle de ma campagne et je vous parlerai successivement de cette campagne, de Lyon, monsieur le maire 'Francisque Collomb', de mon projet pour la France et du vote de dimanche prochain.
D'abord, la campagne 'campagne électorale'. Cette campagne a été à la fois décevante et exaltante. Décevante parce que bien que les candidats postulent à une fonction d'Etat, je ne les ai jamais entendus tenir le langage de l'homme d'Etat | A quoi reconnaît-on le langage de l'homme d'Etat ? Je pose la question devant le président Antoine Pinay, aux côtés duquel j'ai commencé, il y a déjà quelques années, ma carrière politique. A quoi reconnaît-on le langage de l'homme d'Etat ? Au respect des réalités, au fait de ne proposer que des solutions que l'on puisse réaliser, à l'appel à une action courageuse et réfléchie quand on s'adresse à un grand peuple.
- Ils ont préféré l'excès de démagogie. Toute élection entraîne inévitablement des promesses ; il y a celles qu'on peut tenir, celle-là, on a le droit de les faire, et il y a les promesses qui sont faites pour tromper : ici, 160 milliards de dépenses budgétaires supplémentaires, soit plus que le total de l'impôt sur le revenu payé par les Français, là, 30 milliards d'allègements fiscaux, soit le doublement du déficit budgétaire. Tout cela doit vous inquiéter, plutôt que cela ne vous rassure, car la voie du déficit est comme celle d'un tobogan : on part doucement dans les rires, mais on termine en pleine vitesse dans les larmes |
- C'est pourquoi je reprends devant vous le langage de l'homme d'Etat. Puisque, comme le rappelait à l'instant Raymond Barre, les vraies questions n'ont pas été posées, je vais les poser moi-même et donner moi-même les réponses, puis je vous proposerai ce que nous ferons ensemble pendant le septennat nouveau : une société de paix, de liberté et d'espoir pour la France.
D'abord, la liste des questions :
- La France veut une économie forte pour poursuivre son progrès social et affirmer son rang dans le monde ; il lui faut donc une politique énergétique et une politique industrielle. Qui, au-cours de cette campagne 'campagne électorale', a parlé de la politique énergétique, pourtant au coeur des difficultés du moment, puisque c'est elle qui nous a plongés deux fois dans la crise, puisque c'est elle qui a apporté l'inflation et le chômage à la France ? Personne n'en a parlé, sauf moi et sauf, aussi, un candidat qui a demandé l'arrêt de la construction des centrales 'centrale nucléaire', ce qui est une demande irresponsable et il aurait mieux valu se taire. Qui a parlé en termes précis, concrets, de politique industrielle ? Personne car je n'appelle pas proposer une politique industrielle le fait de souhaiter plus d'efforts ; cela, c'est de l'incantation. Proposer une politique industrielle, c'est dire ce que l'on va faire, qui va le faire, dans quel secteur, comment et par quels moyens ? Nous n'avons rien entendu de tel | J'ai été le seul à vous le proposer.
- La France veut la solidarité et la justice. Je ne veux pas que la France, je le dirai tout à l'heure, termine cette campagne 'campagne électorale' dans une exaltation de l'égoisme. Alors, il faut une politique sociale, et c'est naturellement à l'emploi qu'il faut penser en premier. Mes concurrents, comme il était prévisible, en ont beaucoup parlé, mais je n'appelle pas projet pour l'emploi les considérations littéraires et floues qui ont été développées et dont aucune ou aucun d'entre vous ne garde à l'heure actuelle le souvenir dans sa mémoire.
- La seule proposition concrète qui vous a été présentée consiste à créer des emplois publics factices. Belle solution en vérité qui organise le mauvais emploi permanent et qui accroît la charge des contribuables pour mal résoudre un problème temporaire. Le seul projet réaliste, efficace, minutieusement préparé, d'ailleurs, par les travaux et par l'action du gouvernement, c'est celui que j'ai moi-même proposé. Qui d'autre a parlé de façon précise de formation professionnelle, des travailleurs immigrés, des pré-retraites, du temps partiel ? Aucun de mes concurrents ne s'y est même attardé |
- Je vous propose pour l'emploi des solutions précises, chiffrées et vérifiables, et je confirme l'engagement central de ma campagne qui est d'offrir l'emploi ou 1 poste de formation à toutes les jeunes Françaises et à tous les jeunes Français, à toutes les jeunes Lyonnaises et à tous les jeunes Lyonnais qui se présenteront d'ici 1985 sur le marché du travail.
La France veut une politique de la qualité de la vie. Il faut dire comment. Personne ne peut contester l'immense effort fait par la France depuis sept ans en faveur de l'environnement.
- Nous avons planté, en sept aans, dans nos forêts, l'équivalent d'une nouvelle forêt landaise, c'est-à-dire la plus grande forêt d'Europe ; nous avons ouvert dans les grandes villes de France plus d'espaces verts en sept ans qu'on n'en avait ouverts en cent ans. J'ai, sur ce point comme sur d'autres, exécuté mes promesses, j'ai même été au-delà.
- Parler d'écologie ne consiste pas seulement à tenter d'empêcher le candidat écologiste de se présenter à l'élection présidentielle.
La France veut demeurer le pays des libertés ; chacun sait que j'ai été plus loin dans le domaine de la liberté que jamais personne auparavant. J'ai la fierté de vous rendre, en 1981, une France encore plus libre que celle que j'avais trouvée en 1974, malgré les tensions et les menaces dans le monde.
- Chacun, en France, agit et s'exprime librement - vous le rappeliez, M. Collomb, tout à l'heure ; j'ai supprimé les écoutes téléphoniques, non liées à la défense nationale ; j'ai libéré l'information télévisée. Ce doit être quelqu'un qui, écoutant lui-même, a tenu à se signaler à votre attention | J'ai libéré l'information télévisée ; je n'ai jamais poursuivi ceux qui me diffamaient, bien qu'il y eut ample matière à les condamner |
- Certains me trouvent trop libéral. C'est un reproche que j'accepte car je n'aurai jamais honte de servir la liberté dans un monde où elle est opprimée ou étouffée, et où nous entendons parfois autour de nous crier d'angoisse.
- Ce que je n'accepte pas, c'est que mon principal concurrent 'François Mitterrand' prétende me donner des leçons en cette matière. Il a été, en onze ans, 11 fois ministre sous la IVème République et, en-particulier, ministre de l'intérieur. Les moyens audio-visuels étaient alors aux ordres stricts du pouvoir : le Général de Gaulle était interdit d'antenne, les communications téléphoniques écoutées ; cela, tous les journalistes le savent. Si je suis élu, je maintiendrai la France comme pays exemplaire de la liberté |
La France veut continuer de participer à la construction européenne, elle veut mener une politique de coopération avec le tiers monde ; elle veut être présente sur les marchés extérieurs. Ce ne sont pas les orateurs de cette campagne 'campagne électorale' qui nous l'ont dit ; ils ont effacé la composante extérieure, ils ont effacé le reste du monde, comme si la France était seule au monde. En les écoutants, je me disais parfois que leurs seuls instruments de travail étaient la gomme et le porte-voix : - la gomme, pour effacer les réalités extérieures ou le souvenir des attitudes du passé, et le porte-voix comme si c'était en criant le plus fort que nous serions les mieux écoutés et les mieux considérés dans le monde. Pourquoi ce silence sur le monde ?
- C'est parce que ces politiques qu'on nous propose, que Raymond Barre a décrites tout à l'heure dans leurs conséquences, dans lesquelles la démagogie crée le déficit, déficit intérieur, déficit extérieur, ces politiques conduisent à la fermeture des frontières et à l'isolement de la France et à l'isolement de Lyon, de la région Rhône Alpes dont vous avez développé, au-cours des dernières années, largement les capacités exportatrices.
- M. Marchais est plus franc, il inscrit dans son programme du premier jour le retour au contrôle des changes ; certains autres préfèrent s'y voit acculer.
- La France veut des institutions fortes et stables. Les candidats de l'opposition se sont gardés d'en dire un mot car ce mot, s'ils étaient sincères, serait celui de l'affaiblissement du pouvoir politique en France et, je vous le dis, dans ce monde de tensions et de risques, malheur au peuple, malheur au peuple français s'il se dotait d'un pouvoir faible | C'est pourquoi je maintiendrai comme je l'ai fait les institutions de la Vème République |
La France veut être indépendante. Il lui faut une défense nationale. Au-cours de la campagne, personne n'en a parlé dans les rangs de l'opposition, et on comprend pourquoi. Si la France est aujourd'hui la troisième puissance militaire du monde, si elle est forte et indépendante, si elle peut ainsi assurer sa sécurité dans un monde dont les femmes et les hommes en France doivent se souvenir que c'est un monde dangereux, ce n'est pas grâce à ceux qui, en vingt-et-un ans, n'ont pas voté un centime de crédit pour notre défense, pas un centime de crédit pour les hommes qui servent, pas un centime de crédit pour les matériels qui garantissent notre sécurité. Je maintiendrai la France à son rang de troisième puissance militaire du monde.
- C'étaient là des sujets dignes d'un grand débat. C'étaient des sujets dignes d'une grande campagne présidentielle. Sur tous ces points le débat n'a pas eu lieu.
- Les promesses, oui. La démagogie, oui. L'équivoque, oui. La vérité, non. Les vraies réponses, non. C'est pourquoi je suis venu vous les apporter à Lyon.
Parlons de la France. Parlons de ce qu'elle est et de ce qu'elle sera. La France est une grande nation. Je veux qu'elle devienne plus grande encore, et je veux qu'elle soit pour le monde un modèle, c'est-à-dire une société de paix, de liberté et d'espoir. Une société de paix intérieure et extérieure, c'est-à-dire d'abord une société plus unie. J'y travaille obstinément. L'unité est la condition du rayonnement de la France. L'image de division que donne aujourd'hui la compétition électorale n'est qu'une mauvaise caricature.
- Depuis sept ans, l'unité progresse dans notre pays. J'avais trouvé la France vraiment coupée en deux. C'était une situation dangereuse pour la démocratie, et pendant ces sept ans, malgré la crise économique, vous avez vu que nous avons gardé la France en paix intérieure. Il n'y a pas eu de secousse politique comme en mai 1968. Il n'y a pas eu de secousse sociale malgré la crise. Toutes les élections ont eu lieu à leur date. Aucun gouvernement n'a été renversé par le Parlement. Nous avons maintenu la France dans la paix intérieure.
C'est pourquoi, malgré la crise qui a pesé lourd sur vos épaules et sur les miennes, je me suis battu pour que la France se réforme, pour qu'elle devienne plus juste, et si nous pouvons avoir aujourd'hui ce grand débat démocratique, pacifique en France, c'est parce que la France est devenue plus juste.
- En sept ans, de grands progrès ont été accomplis :
- - en faveur des personnes âgées qui le savent ;
- - en faveur des handicapés qui le savent ;
- - en faveur des salariés les plus défavorisés et des travailleurs manuels qui le savent ;
- - en faveur de la condition féminine pour que les femmes françaises apportent à notre société leurs grandes capacités et leurs qualités de coeur et de sagesse |
- La propriété individuelle s'est développée en France. Regardez les maisons individuelles autour de vos villes et de vos villages : 1840000 maisons individuelles nouvelles construites pendant mon septennat ; au début une maison individuelle sur trois ; à la fin deux maisons individuelles sur trois constructions en France | Les Français chaque jour deviennent devantage propriétaires de la France, et ainsi la société n'est plus aussi dure pour les faibles et pour les plus démunis. Elle est moins déchirée. Elle a moins de cicatrices sociales. Elle est plus unie |
Une société de paix à l'extérieur. La France est devenue la troisième puissance militaire du monde. La France n'est ni faible, ni asservie, comme on voudrait le faire croire. Elle est indépendante. Elle est respectée, et moi qui suis le seul à être, dans cette campagne, l'interlocuteur des plus grands dans le monde, et donc le seul à pouvoir dire comment ils traitent le représentant de la France, je peux vous dire qu'ils le traitent d'égal à égal.
- Mais, si la France est forte, elle veut la paix. J'ai beaucoup oeuvré pour la paix. J'y ai consacré beaucoup de mon temps et de mes peines. J'ai pris pour elle certains risques politiques, en sachant parfaitement, bien entendu, le motif pour lequel j'agissais et l'utilité de l'action que je conduisais par le dialogue. C'est une tâche que j'ai assumée personnellement et dont je revendique et accepte la pleine responsabilité, puisque personne d'autre n'accepte, parmi les candidats, de la partager.
- Si j'avais à recommencer, je recommencerais. Si je peux continuer, je continuerai. Oui, la France restera une société de paix | Oui, le Président de la République française se battra pour la paix du monde |
- La France, terre de la Révolution et terre des Droits de l'Homme, restera une société de liberté, la liberté dans le monde, un bien précieux et rare, on n'y touchera pas aussi longtemps que je serai là | Soyez présents dans la lutte pour la liberté. Participez à toutes les formes de la vie associative, aux activités mutualistes, à la vie de l'école, de l'entreprise, de la commune ou de la cité | Tant que vous exercerez pleinement vos libertés, personne, je dis bien personne n'osera venir vous en priver.
La France sera aussi, dans ce septennat nouveau, le pays de l'espoir. Mes concurrents ont choisi de mener une campagne de démoralisation, pensant qu'à force de dénigrer l'action du Président de la République, l'action du gouvernement, finalement l'action des Françaises et des Français eux-mêmes, ils pourraient ainsi me retirer la confiance des Français et la capter à leur avantage.
- A les entendre, la France n'a pas travaillé pendant sept ans. Elle ne produit plus. La France ne serait plus rien. Tenir ce langage, c'est tenter de tromper grossièrement l'opinion publique de notre pays | Les Français seraient-ils devenus des incapables ? N'auraient-ils rien fait, rien produit, rien créé, rien inventé pendant sept ans ? Je suis donc le seul à vous rendre justice.
- La production et le niveau de vie - on vous le rappelait tout à l'heure - ont augmenté de 23 % en France depuis 1974, 23 % globalement naturellement, avec des situations particulières qui peuvent être différentes pour tel ou tel d'entre vous. La France a, pendant ces sept années de crise, produit autant de richesses, gâce à son travail, que pendant les dix années de prospérité qui les avaient précédées. Personne n'a fait mieux dans le monde occidental, le Japon mis à part. L'Allemagne fédérale 'RFA', notre puissance voisine et notre amie, a perdu un million d'emplois au-cours de cette période, quand nous en avons créé 400000.
Quand je dis que la France a la politique énergétique la plus efficace du monde, quand je dis que tous les grands dirigeants du monde nous l'envient, et d'ailleurs admirent la sagesse du peuple français qui approuve la conduite de cette politique, je suis fier naturellement de l'avoir conduite avec l'aide des gouvernements, et en-particulier avec la collaboration courageuse, compétente, désintéressée et loyale du Premier ministre Raymond Barre |
- Quand je le dis, je ne dis pas que c'est moi qui construis les centrales nucléaires, ce sont nos ingénieurs et nos ouvriers devenus les premiers du monde dans ce domaine. Quand je dis que chaque Français - et vraisemblablement la proportion est plus forte pour chaque Lyonnaise et pour chaque Lyonnais - exporte autant que deux Japonais... ce que personne d'entre vous ne croît sans doute, mais le calcul est simple à faire : la France exporte autant que le Japon, or le Japon est deux fois plus peuplé que la France... je suis heureux que cela se soit produit quand j'étais à l'Elysée, mais ce n'est pas moi qui fabrique, ce n'est pas moi qui exporte, ce n'est pas moi qui vends, ce sont des milliers d'entreprises dynamiques et compétitives, petites et grandes, appuyées sur leurs cadres, leur maîtrise, leurs employés et leurs ouvriers.
Savez-vous que la France est actuellement la première puissance d'Europe pour l'industrie informatique ?... La première puissance d'Europe pour l'industrie aéronautique et spatiale, et dans ce domaine la deuxième du monde ? ... La première puissance d'Europe pour l'industrie du verre et pour l'industrie du ciment ?... La premier puissance d'Europe pour notre active agriculture ? Pourquoi mes concurrents le cachent-ils soigneusement ?
- Pourquoi n'ont-ils pas construit leur campagne à-partir d'un tout autre schéma qui aurait été de reconnaître les réalités de la France, d'acquérir de ce fait une crédibilité acceptable et d'expliquer comment avec eux, nous aurions pu faire mieux, au lieu de prétendre que vous et moi, nous n'avons rien fait en sept ans ? Regrettent-ils les succès de la France ? Pourquoi n'ont-ils jamais adressé au Président de la République, à l'occasion d'un de ces succès nationaux - Ariane, les succès d'Airbus - un seul de ces messages de félicitations que j'ai pris l'habitude de recevoir, hélas, dans les circonstances heureuses ou tristes de ma vie présidentielle, de mes collèges les chefs d'Etat des autres pays.
Je suis le seul à pouvoir parler d'espoir aux Français, du véritable espoir bâti sur le terrain solide de la réalité, un terrain que vous connaissez bien à Lyon, l'espoir à-partir de ce que nous avons été capables de faire depuis sept ans et que le monde reconnaît. Voici les faits, mieux que les mots, qui me conduisent à vous parler d'espoir, l'espoir fondé sur la raison. Quelle est la stratégie de l'espoir ?
- Je suis venu vous parler longuement, vous savez, ce soir, à Lyon. Je sais que vous avez fait de longues routes, et je pensais que c'était, de ma part, un geste de considération de ne pas me contenter de quelques généralités ou platitudes électorales, mais de m'adresser à vous toutes et tous qui êtes venus dans cette réunion comme un grand peuple démocratique que l'on doit informer et renseigner sur son avenir.
- Quelle est, donc, la stratégie de l'espoir ? C'est de gagner 4 batailles :
- - la bataille de l'emploi ;
- - la bataille de l'indépendance énergétique ;
- - la bataille de l'investissement ;
- - la bataille de la libération des forces productives de la France.
- Développer l'emploi : j'ai été le seul, je l'ai rappelé, à proposer un ensemble d'actions réalistes. J'ai pris l'engagement de donner un emploi ou une formation à toute cette ardente et capable jeunesse française ; cet engagement, je le tiendrai. La première tâche du nouveau gouvernement, après l'élection présidentielle, sera d'élaborer, de mettre en forme des propositions pour l'emploi d'en saisir aussitôt le Parlement.
- Deuxième bataille : accroître notre indépendance par notre politique énergétique. Allons-nous vivre indéfiniment avec un lacet passé autour cou, un lacet qu'une main lointaine peut tirer à tout moment pour nous étrangler ? Ce que nous avons déjà engagé nous met à la tête de ressources équivalant, vous le savez, à 1 milliard de tonnes de réserves de pétrole, et, je le dis aux Français rapatriés d'Algérie, nombreux sans doute dans cette salle et dans cette région, par notre travail depuis sept ans, nous nous sommes dotés à nouveau de réserves énergétiques qui représentent la totalité des réserves de pétrole que nous avions jadis trouvées en Algérie et nous continuerons de le faire.
Soutenir l'investissement : l'emprunt franco - allemand incitera, dans les prochaines semaines, et selon des modalités que M. Raymond Barre est en-train de mettre au point actuellement, les entreprises, grandes, moyennes et petites, à développer leurs équipements dans des conditions avantageuses et, donc, à maintenir leur compétitivité et à pouvoir ainsi créer des emplois.
- Quatrième bataille : libérer les forces productives. Jamais aucun gouvernement n'avait eu le courage ou, m'adressant au président Pinay, je dirai n'avait eu le temps de supprimer depuis 1945, le contrôle bureaucratique des prix. C'est fait depuis 1978, et regardez la date. Mais, les producteurs sont encore enserrés dans un corset de règlements, et de formalités, ils sont encore étouffés sous le poids d'une paperasserie que les années successives, et ceci depuis longtemps, n'ont pas cessé d'accumuler sur eux. Nous les en libèrerons par une action obstinée de simplification.
- Un des enseignements positifs de la campagne présidentielle est de montrer l'hostilité des Français à l'étatisation et à la bureaucratie. L'expérience que j'ai acquise au-cours de ces sept années, les sept années de la crise la plus grave que le monde ait connue depuis 1930 et qu'on ne peut donc pas évoquer à la légère, cette expérience me permettra de passer aussitôt après l'élection, à la réalisation progressive du grand destin que je nourris pour la France : la porter au rang des 3 puissances les plus avancées dans le monde, sur-le-plan économique et technologique. Il y a les Etats-Unis, il y a le Japon et il y aura la France, avec ses techniques modernes, mais aussi ses traditions de justice, de générosité et d'humanisme. C'est plus qu'un programme, c'est mieux qu'une promesse, c'est une certitude, si nous y travaillons ensemble.
Et, puisque je vous ai parlé de mon espoir pour la France, je voudrais, avant de vous tracer la perspective historique de l'action à conduire dans le septennat nouveau vous parler, monsieur le maire, de mon espoir pour Lyon et répondre ainsi à votre accueil si chaleureux, si cordial et si bienveillant. Vous avez rappelé en effet, monsieur le maire, ce que le septennat a apporté à Lyon. A Lyon, première ville dans laquelle le nouveau gouvernement est venu tenir son premier Conseil des ministres en dehors de Paris. De ces sept ans, je ne voudrais pas que vous reteniez une foule de chiffres ni un catalogue de réalisations, mais trois images simples, trois images qui ont guidé pendant ces sept ans ma politique vis-à-vis de Lyon et de sa région. Lyon a été fondée comme la capitale des trois Gaules : la Belgique, la Lyonnaise et l'Aquitaine.
- Aujourd'hui, ces trois Gaules, dont Lyon est toujours la capitale, ce sont les trois atouts de Lyon : les communications, la science et l'énergie. Ce sont trois images : Lyon, grand carrefour européen, Lyon, métropole culturelle et scientifique, Lyon, capitale de l'énergie.
- - Lyon, carrefour européen. Jamais, depuis les Gaules, la position géographique de Lyon n'a été aussi bien mise en valeur, et vous constatez que cette fin du 1er septennat coincide, à quelques mois près, avec l'achèvement de trois liaisons qui, pour des raisons différentes, ont toutes une portée historique : la liaison Beaune - Mulhouse assure la 1ère jonction auto-routière de Lyon avec l'Allemagne fédérale 'RFA' et l'Europe du Nord.
- A l'issue de près de cinquante ans de travaux, le Rhône est maintenant entièrement aménagé à grand gabarit entre Lyon et la Méditerranée, et vous savez que la prochaine étape portera sur la liaison entre la Saône et le Rhin. Enfin, le train à grande vitesse 'TGV' fera bénéficier Lyon de la dernière évolution technologique des chemins de fer.
- Et c'est parce que Lyon est devenue un grand carrefour européen que j'ai proposé à votre maire, qui l'a bien volontiers accepté, que votre ville soit l'une des six villes qui accueilleront en 1984 le championnat d'Europe de football. J'espère au surplus qu'elle y figurera avec honneur, et le fameux stade Guerland sera agrandi avec l'aide de l'Etat, il sera donc prêt à temps pour accueillir la foule, plus largement encore, des Lyonnaises et des Lyonnais et de tous ceux venus de Rhône-Alpes.
- Deuxième image : Lyon métropole culturelle et scientifique.
- La vocation culturelle et scientifique d'une ville comme Lyon dépasse les limites de la France, dépasse même les limites de l'Europe. C'est pourquoi j'ai tenu à favoriser la renaissance de l'Institut franco - chinois créé autrefois par le Président Herriot. De même, comme vous le souhaitez, monsieur le maire, l'Etat aidera à la construction du Centre culturel islamique dont le projet a été présenté par une association de Français musulmans de Lyon, que je suis heureux de saluer dans cette salle.
- Je vous annonce enfin, car je crois que vous ne le savez pas, "qu'Electricité de France" vient de décider de transférer à Lyon son service de recherches qui emploie 500 personnes de très haut niveau.
- - Enfin, c'est ma troisième image, nous avons voulu faire de Lyon la capitale de l'énergie. Grâce à notre programme énergétique, qui porte sur l'énergie renouvelable aussi bien que sur le nucléaire, le Rhône est devenu un grand fleuve d'énergie blanche. Le Rhône est le premier gisement d'énergie de l'Europe continentale.
- En 1985, les centrales hydro-électriques et les centrales nucléaires de la Vallée du Rhône produiront à elles seules une énergie nationale équivalente à celle que consommerait aujourd'hui l'ensemble de nos moyens de transports terrestres et aériens, toutes nos automobiles, tous nos camions, tous nos chemins de fer, toutes nos péniches et tous nos avions ; ceci à-partir de la seule énergie de Rhône - Alpes |
Je veux maintenant m'éloigner avec vous des préoccupations électorales pour tracer la perspective historique. Quand on choisi son destin pour sept ans, on commence à écrire une page d'histoire. Quelle page d'histoire ? Quel est le grand problème politique de notre temps ?
- L'histoire récente nous l'enseigne : après 1945, le monde et la France ont connu une expansion accélérée ; en trente ans, production et niveau de vie ont été multipliés par quatre, croissance explosive mais aussi croissance massive. La production était celle de la grande série, la consommation était une consommation de masse, l'éducation une éducation de masse, la communication, une communication de masse. Tous les Français en ont, certes, bénéficié mais l'individu a-t-il acquis pour autant sa pleine liberté ? Non. Dans cette société d'abondance mais de masse, l'individu ne s'est pas senti encore suffisamment libre.
- Le vrai problème pour nous, n'est pas, comme beaucoup le pensent, de surmonter la crise du pétrole ; cette crise, nous la surmonterons ; les nations industrielles où se concentrent comme chez nous le savoir, les techniques et la puissance mécanique retrouveront leur indépendance à l'égard du pétrole. C'est déjà commencé. De même, le Général de Gaulle annonçait en 1940, dans le scepticisme général, que la guerre contre l'Allemagne était gagnée. Je vous dis avec la même certitude et la même foi que la guerre du pétrole est gagnée | Il suffit de continuer notre effort... et nous gagnerons |
Mais ce qui n'est pas gagné, c'est la guerre pour la liberté de l'homme. A la civilisation de masse doit succéder une civilisation à l'échelle de l'individu, lui permettant de choisir. Nous autres, Français, nous sommes, sans le savoir, à l'exception, bien entendu, des plus malheureux d'entre nous, et en-particulier de ces Françaises et de ces Français qui vivent encore dans les conditions du quart-monde, et que nous devons arracher ensemble à la pauvreté, des privilégiés dans le monde, parce que nous avons résolu les problèmes de la faim, parce que notre existence ne dépend plus des caprices du temps et de la nature, parce que nos techniques ont atteint un niveau de perfection.
- Parce que nous aimons la liberté, nous devons travailler à l'émancipation de l'homme et peut-être l'époque à venir nous en offrira les moyens. L'informatique, si elle est bien utilisée, va multiplier la variété des biens et des services offerts à l'individu et celui-ci pourra vraiment choisir, choisir non seulement entre produits de qualité, choisir pour l'aménagement de son temps et de sa vie de travail, choisir entre des cultures diverses, choisir de se consacrer à soi-même ou de se consacrer aux autres, à ses amis, à ses associés, à sa commune, à sa ville, à sa région, à son pays. Donnons à chacun la responsabilité et le droit d'initiative, donnons à chacun le droit d'imaginer et rendons lui, pourquoi pas, le droit de rêver.
Ce modèle politique de liberté et de responsabilité est celui du futur et le travail accumulé des générations nous permet de le mettre en oeuvre. Vous voyez bien que ce modèle, il est à l'opposé du modèle marxiste. La société marxiste fait décider du sort de tous par un petit nombre, elle confisque objectivement la liberté, elle confisque la démocratie et c'est pourquoi nous voyons partout dans le monde, y compris en Europe, y compris en Pologne, que le modèle marxiste est dépassé, débordé, submergé par la grande vague de la liberté et de la responsabilité individuelle.
- "Le progrès, et en-particulier le progrès moral, disait Edouard Herriot, ne peut être qu'individuel", et alors je vous pose ma question, qui sera ma question à la France entre les deux tours de scrutin : est-ce que la France, dans ces semaines dangereuses pour son avenir, va faire demi-tour, à contre temps de toute l'évolution de l'Europe et du monde et revenir vers le passé ? Les 3/4 des électeurs socialistes sont des humanistes et non des marxistes, veulent-ils creuser la tombe de leurs espérances, alors qu'aucun humaniste n'est de trop pour construire la société nouvelle ?
- La France a besoin de tous. Au-delà des querelles médiocres, au-delà des flots tièdes de la démagogie, c'est ainsi que se pose le problème de ce temps, il dépend de nous, il dépend de vous que la France devienne une société de paix et de liberté, plus fraternelle et plus douce pour les faibles.
- Je me sens, comme l'écrivait Chateaubriand, chargé de la liberté de l'avenir, je m'engage, si je suis réélu, à y travailler de toute ma capacité, de toute mon énergie et de toute ma foi. J'entends conclure cette campagne en faisant appel, non à l'égoisme et non à la petitesse qui ne sont pas dans la vocation de la France, mais en faisant appel à l'humanisme et à la grandeur.
J'ai dit tout à l'heure que cette campagne 'campagne électorale' est pour moi exaltante, et d'ailleurs toutes celles et tous ceux qui m'ont accompagné au-cours de cette campagne, quand ils y participent, quand ils en rendent compte dans les moyens d'information, ont vu qu'elle était pour moi exaltante, c'est parce qu'au long de ces semaines, j'ai retrouvé partout, comme ce soir à Lyon, le peuple français. Je veux en rester proche pendant le septennat nouveau, les murs de l'Elysée sont épais, le travail de chef de l'Etat est un travail prenant et les contacts ne sont pas toujours aussi nombreux, aussi fraternels que je l'aimerais.
- Cette campagne n'a pas été une épreuve pour moi, elle a été une joie, je l'ai ressentie comme une liberté et comme une amitié, joie de vous retrouver, mes chères Françaises et mes chers Français, mes chères Lyonnaises et mes chers Lyonnais, joie de vous retrouver, mes chères Françaises et mes chers Français, avec l'affection profonde que je vous porte, joie de vivre la démocratie, avec ses servitudes, mais aussi avec la grandeur des lois républicaines, grandeur qui fera que chacun de nous, chacun de vous et moi, quelle que soit notre fonction ou notre condition, aura exactement le même pouvoir et sera l'égal de tous les autres. Ce pouvoir que, dimanche vous aurez, chacune et chacun autant que moi, je vous demande de l'exercer pour le bien de la France |
- Une voix de moins le 26 avril, une voix de moins, c'est une chance de plus offerte le 10 mai à ceux qui restent prisonniers de l'aventure et du désordre. La France doit rester la grande puissance qu'elle est devenue, tous ensemble, tous unis, nous la maintiendrons à son rang et nous la porterons parmi les premières du monde. Vive la liberté | Vive Lyon | Vive la France |
- Je voudrais vous remercier, comme je l'ai fait tout à l'heure en arrivant, vous remercier d'être venus, vous remercier de m'avoir accueilli, monsieur le maire, et vous de m'avoir accueilli, monsieur le Premier ministre, élu de Lyon, vous remercier d'être venus de vos départements et de votre ville, vous remercier aussi de m'avoir écouté et j'espère ... j'espère que mon message vous est parvenu. La preuve qu'il vous sera parvenu, c'est que vous avez maintenant deux jours pour le répéter autour de vous et pour entraîner un plus grand nombre de Françaises et de Français à choisir avec vous, avec moi, le chemin du progrès, de la justice et de la liberté pour la France. Merci de ce que vous ferez pour cela.

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