Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration du SICOB, Paris, CNIT, vendredi 25 septembre 1981 | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration du SICOB, Paris, CNIT, vendredi 25 septembre 1981

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du 32ème SICOB le 25 septembre 1981

ti : Mesdames et messieurs,
- Je veux d'abord féliciter ceux d'entre vous qui sont les initiateurs de ce salon, qui l'ont mis en oeuvre, qui non seulement l'on fait vivre jusqu'alors, mais qui le développent et qui, quotidiennement, assurent par leur temps et leur peine la réussite de cette grande démonstration. Je tiens donc à vous le dire. Tous ceux que je n'ai pu voir au-cours de cette brève visite, celles et ceux qui tiennent les stands, celles et ceux qui organisent les visites, celles et ceux qui ont conçu, organisé, ont droit à la reconnaissance du pays dans la mesure où ils nous fournissent et lui fournissent l'occasion de rassembler en quelques jours et dans un endroit bien circonscrit un ensemble de réalisations qui marquent la capacité de la France.
- En venant au SICOB, je veux d'abord saluer au-delà des organisateurs et de ceux qui participent, bien au-delà de cette Défense, ceux qui dans leurs ateliers, leurs usines travaillent à la conception, à la production et à la diffusion des produits ici exposés. Je veux aussi les inviter - je veux vous inviter - à relever ensemble le défi de cette compétition et placer d'ici 1988 la France, dans tous les domaines où cela est possible, au premier rang mondial des industries de la communication.
- Certains diront que c'est placer la barre bien haut : à ceux-là je réponds qu'ils mésestiment à la fois les atouts de la France et ladétermination de son Gouvernement.
On a parlé d'informatiser la société. Je crois qu'il faut au contraire démocratiser l'informatique. Non pas subir le développement de l'outil, mais permettre à chacun d'en choisir l'usage. Non pas introduitre la machine partout où cela est techniquement possible, mais seulement là où elle améliore la vie et là, où, globalement elle permet de créer des emploi, d'enrichir les intelligences, de développer la communication.
- Dans les deux décennies à venir, on assisteraà la commercialisation à bas prix d'équipements informatiques individuels qui pourront servir à de multiples usages. Grâce-aux progrès des composants, l'électronique viendra aussi ajouter de l'intelligence aux appareils ménagers, aux voitures, aux machines les plus diverses.
- Plus généralement, les microprocesseurs vont constituer un extraordinaire facteur d'accélération de notre développement économique.
- Si j'ai cité quelques-unes des techniques porteuses d'avenir,je ne crois pas pour autant qu'elles suffiront à rendre l'homme heureux. Elles peuvent aussi le rendre plus solitaire, et d'une certaine manière plus dépendant. Mon ambition est avec vous, je pense, je l'espère, d'apprivoiser la technique, de la mettre au service de l'homme, d'en faire un instrument au service du développement social, créatrice de richesses et par conséquent d'emplois.
- Nous y parviendrons en définissant une nouvelle politique, avec les usagers, avecles travailleurs, avec les créateurs.
- Il faut d'abord fixer le cap : c'est le rôle du plan qui doit maîtriser l'évolution, c'est-à-dire faire en sorte que les transformations indispensables à l'appareil productif se fassent avec les hommes et particulièrement les travailleurs et non pas contre eux. C'est pourquoi l'information, la concertation et la réflexion, doivent s'organiser dans les entreprises et dans les branches professionnelles pour améliorer les conditions de ttravail et lutter contre la déqualification.
Mais la société doit aussi cesser d'être conduite par sa technologie tout en attendant de la technologie qu'elle porte beaucoup plus loin, beaucoup plus haut notre société, ce qui justifiait l'expression de la gratitude que tout à l'heure j'énonçais. C'est à ceux qui s'en servent - ou à ceux qui pourraient s'en servir - d'en définir aussi les usages nouveaux de tous ces merveilleux outils que j'ai vu rassemblés ici dont vous disiez tout à l'heure qu'ils appartenaientparfois ou qu'ils débordaient sur la zone de l'ésotérique du moins pour celui qui visiteur d'un jour aperçoit tout juste au travers d'une nouvelle esthétique les merveilles encore dissimulées sous les chiffres et les lettres et qui donneront tout simplement l'instrument de connaissance qu'une petite fille de 14 ans maniait tout à l'heure sous mes yeux, aisément après un quart d'heure d'apprentissage. Le ministre des PTT 'Louis MEXANDEAU' a fort sagement mis fin à l'absence de concertation qui caractérisait le développement de la télématique "grand public". Il nous appartient maintenant de faire émerger une véritable demande sociale, et pas simplement la demande immédiatement solvable, même si celle-ci est la pierre de touche de toute entreprise.
- A ce propos, je demande au ministre des PTT d'étudier, à l'occasion de la modernisation de notre équipement téléphonique, la possibilité d'introduire progressivement la facturation détaillée des communications pour les abonnés qui en feront la demande. Il y là dans la relation administration et usager une inégalité choquante en même temps que c'est refuser à chacun des citoyens de notre pays le moyen de savoir exactement ce en quoi il dépend, ce qu'il doit obtenir, ce dont il est redevable au regard des pouvoirs publics.
Dans la mutation qui s'amorce, la France dispose de deux atouts irremplaçables. Le premier est profondément enraciné dans notre tradition. C'est l'ingéniosité naturelle, le goût de l'invention qui, allies à l'esprit de logique' donnent aux Français la chance de posséder presque naturellement cette forme de culture. Le second est seulement en germe, mais je raisonne ici sur les décennies, l'ai-je dit, à venir, il s'agit d'une forme de décentralisation, condition meme pour que chacun puisse s'approprier les nouvelles techniques. Qui ne voit qu'elle favorisera le développement d'utilisations tendant au partage du pouvoir au lieu d'en favoriser la concentration, danger mortel pour toute société et multipliant les petites unités de travail et de vie au lieu de pousser au gigantisme et au nivellement ?
- Il s'agit-là d'un véritable renversement de la direction. Celà ne se fera pas sans un grand effort d'information, et d'éducation que je demande au Gouvernement de conduire, notamment dans l'enseignement.
- Comment dominer ces nouveaux outils ? D'abord en raisonnant à la seule échelle convenable, concevable : le marché mondial. Ensuite en s'appuyant sur le secteur public pour assurer la continuité et la cohérence de l'action.
Mais j'attache, l'ai-je assez dit, une importance aussi grande à l'action de petites et moyennes entreprises 'PME' innovatrices, dynamiques, conquérantes. J'ai vu tout à l'heure dans certains stands et j'en ai vu fort peu au regard de ce qui est exposé ici la preuve tangible de réussites remarquables. Ce n'est pas cinq, ou dix, ou cinquante entreprises de ce type qu'il faut à notre pays, mais des centaines. Dans la mesure de notre pouvoir nous y veillerons.
- Je saisque nombreux sont ceux qui ont désiré créer leur propre entreprise, en se fondant sur une idée neuve, procédé original, un service encore inexistant et qui n'ont pas pu le faire car ils n'ont pas trouvé l'environnement propice, ni les crédits auprès de banquiers souvent, il faut le dire, peu enclins aux investissements à haut risque.
- Eh bien cela doit changer. Non pas l'accumulation des risques, mais au moins la certitude de l'audace, le patrimoine n'est pas nécessairement celui du XIXème siècle visible à l'oeil nu, mais peut-être déjà celui du prochain siècle, celui où apparait l'intelligence, la capacité de création et cela est aisément contrôlable dans une société éduquée comme la nôtre.
- Le Gouvernement, le Premier ministre l'a dit, fera tout ce qu'il faut pour aider ces petites et moyennes industries et ces créateurs d'entreprises. Vous savez qu'en 1982 les crédits d'aide à l'innovation pour ces entreprises augmenteront deplus de 50 %. Vous savez que nous avons décidé d'encourager l'investissement dans l'entreprise par tous les moyens y compris par les dispositions normales applicables dans le domaine fiscal.
J'entends aussi que la France renforce sa position dans toutes les industries de la "filière électronique".
- C'est pourquoi, à ma demande, le Gouvernement engagera dans les prochains mois en concertation avec tous les intéressés, d'abord :
- un nouveau plan "composants" destiné à garantir notre indépendance, tout particulièrement pour les composants stratégiques à haute technologie ;
- une action de reconquête du marché intérieur, tant dans la mini et micro-informatiqueque dans l'électronique grand public, au besoin dans-le-cadre d'accords européens ;
- la poursuite et le renforcement de la stratégie industrielle suivie dans le secteur des télécommunications et de la télématique ;
- enfin l'encouragement au développement de l'industrie de la bureautique. La bureautique dont je n'ai aperçu malheureusement en passant, au détour d'un escalier qu'un lointain profil. Mais je sais combien les exposants ont mis du coeur, de science, et combien je tirerais profit de pouvoir une autre fois, en-tout-cas d'autres que moi le feront, pouvoir s'y attarder et en tirer leçon.
- Je remercie encore ceux qui m'on reçu. Cette visite m'a permis d'apercevoir un pan du chemin parcouru et des efforts qu'il reste à accomplir pour que la France puisse donner l'exemple d'une nation capable de faire marcher d'un même pas le développement technologique et le développement social. C'est sur cette réussite que l'histoire jugera votre génération.

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