Déclaration de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, sur la formation et l'insertion professionnelles des jeunes, Paris le 20 mai 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, sur la formation et l'insertion professionnelles des jeunes, Paris le 20 mai 1983.

Personnalité, fonction : MAUROY Pierre.

FRANCE. Premier ministre; FRANCE. PS

Circonstances : Table ronde sur l'insertion sociale et professionnelle des jeunes à Paris le 20 mai 1983

ti : Mesdames et Messieurs,


Je vous remercie d'avoir bien voulu participer à cette table ronde sur la formation et l'insertion des jeunes.

Vous voyez l'importance que le gouvernement attache à la lutte contre le chômage. Les résultats récents montrent qu'en dépit des difficultés économiques, il est possible de nous maintenir sur la crête de 2 millions de chômeurs. Ce résultat est fragile, vous le savez bien et nous sommes réunis pour envisager comment poursuivre cette action.

Avec 800 000 chômeurs de moins de 25 ans, dont près de la moitié n'ont pas de formation professionnelle ou générale suffisante, nous ne pouvons que nous inquiéter de la situation des jeunes.

Je vous rappelle qu'au cours d'une année, près de 1,7 million de jeunes s'inscrivent à l'A.N.P.E.. D'autre part, je constate que parmi les jeunes qui sortent avant 18 ans de l'école, si l'on ne tient pas compte de l'apprentissage, plus de 100 000 n'ont aucun diplôme, ou le seul certificat d'études. A 18 et 19 ans, c'est encore 100 000 jeunes qui quittent l'école sans formation. Cette situation n'est pas acceptable et il faut de toute urgence y remédier.

Deux grandes raisons nous conduisent à faire de la formation et de l'insertion professionnelle des jeunes une priorité absolue. La première tient au retard que nous risquons de prendre dans la formation de la population active vis-à-vis des mutations technologiques que connaît notre société. Il n'y a pas aujourd'hui en France suffisamment de bacheliers, de diplômés des Instituts Universitaires de Technologie, d'ingénieurs, etc...Beaucoup trop de jeunes quittent l'école sans formation. En outre, l'adaptation au milieu de travail est aujourd'hui, sans doute, plus longue qu'autrefois.

La deuxième raison tient aux perspectives d'emploi. Si nous voulons poursuivre notre lutte contre le chômage, il faut utiliser tous les moyens à notre disposition. La réduction de la durée du travail, les contras de solidarité ont joué un rôle essentiel mais nous ne pouvons indéfiniment prolonger la politique des départs en préretraite : l'équilibre des comptes sociaux n'y résisterait pas. Aussi, les contrats de solidarité préretraite ne seront pas poursuivis au-delà de 1983. Seuls, les départs en préretraite progressive seront maintenus en 1984 pour favoriser le travail à temps partiel.

Quant à la réduction du temps de travail, vous savez que les contrats de solidarité mis en oeuvre par le ministre de l'emploi devront être développés afin de donner leur plein effet au cours de cette année.

Il faut donc engager un effort sans précédent pour la formation et l'insertion professionnelle des jeunes. M. le Président du C.N.P.F. avait, lui aussi, annoncé la volonté des entreprises d'accueillir 600 000 jeunes. Le gouvernement, à la demande du Président de la République, a arrêté un programme au Conseil des ministres du 2 mars qui permettra, au cours de l'année 1983, à 670 000 jeunes de bénéficier d'une aide à l'emploi ou à la formation.

L'effort engagé, vous le connaissez, il repose sur trois principes :

- Accroître la formation des jeunes en augmentant les capacités d'accueil dans l'enseignement initial et en mettant en place le programme pour les jeunes de 16 à 18 ans.
- Favoriser les expériences de travail dans la formation en développant l'alternance.
- Améliorer l'insertion durable dans l'emploi en supprimant les aides automatiques telles que stages pratiques, exonération de charges sociales au profit des contrats emploi-formation qui offrent de meilleures garanties pour la qualification et l'emploi ultérieur des jeunes.

En outre, un effort pour améliorer l'orientation professionnelle des jeunes e été entrepris et sera poursuivi.

Si j'ai souhaité vous réunir aujourd'hui, c'est d'abord pour faire le bilan de ces actions. C'est ensuite pour que nous examinions ensemble comment accroître encore l'effort engagé. C'est enfin pour lever les obstacles qui pourraient subsister sur ce programme.

* Faire le bilan.

Je souhaite que le programme pour les jeunes soit utile pour les jeunes eux-mêmes et pour les entreprises. Il est donc nécessaire que les formations dispensées correspondent aux besoins nouveaux de notre appareil productif et qu'elles permettent aux jeunes d'acquérir une véritable qualification professionnelle. Il est donc indispensable que nous sachions ce que deviennent les jeunes après les stages, les contrats emploi-formation et l'orientation professionnelle.

Il faut donc définir par branches professionnelles ou grands blocs de formation les besoins actuellement les moins bien satisfaits ; les ministères de la formation professionnelle, de l'emploi et de l'éducation nationale doivent avec vous poursuivre la définition d'axes prioritaires dans le cadre des programmes d'action de l'Etat et des contrats de plan Etat-Régions.

Le service public de l'emploi doit disposer d'une meilleure capacité d'adaptation aux besoins des entreprises. Des solutions rapides permettant de couvrir des offres d'emploi doivent être élaborées, le développement des stages de mise à niveau va dans ce sens.

L'A.N.P.E. aura à poursuivre son action de bilan professionnel au 13e mois, menée dans le cadre de l'opération "chômeurs de longue durée". Il faut progressivement réaliser ces actions d'évaluation et d'orientation à la fin du 3e mois. Dans les deux cas, les jeunes de plus de 18 ans sont concernés en grand nombre.

En articulation étroite avec les agences de l'A.N.P.E., les centres d'information et d'orientation et les travailleurs sociaux, souvent avec l'appui des collectivités locales, nous poursuivrons la consolidation du dispositif des permanences d'accueil, d'information et d'orientation pour les jeunes de 16 à 18 ans, ainsi que le programme expérimental de missions local pour l'insertion professionnelle et sociale des jeunes, qui sera complété par une vingtaine de nouvelles implantations à partir de septembre prochain.

* Accroître dès maintenant notre effort.

Lorsque le Gouvernement a décidé des grandes orientations du plan d'insertion professionnelle et sociale des jeunes de 16 à 25 ans, il a annoncé que leur mise en oeuvre serait précisée pour 1984-1988 dans le cadre de la procédure du IXe Plan.

Cet effort supplémentaire devra être programmé en fonction de l'ensemble des moyens financiers et humains disponibles dans la société française. Il doit se manifester dès 1983-1984. Un des objectifs de cette table ronde est donc d'éclairer le gouvernement sur les voies prioritaires qu'il convient d'emprunter, afin de porter le nombre de 670 000 actions actuellement envisagées à un objectif de 850 000 pour la campagne 1983-1984. Face aux mutations technologiques en cours et aux dures contraintes économiques, face aussi au désarroi des jeunes sans travail, il faut faire davantage, sans attendre. Cette tâche n'est pas de la seule responsabilité de l'Etat : elle vous concerne tous, partenaires sociaux, comme elle interpelle les collectivités locales et le monde associatif. En ce qui concerne l'Etat, l'effort financier supplémentaire éventuellement nécessaire sera examiné dans le budget 1984.

A - La rénovation de la formation initiale.

Il n'est plus possible que près de 100 000 jeunes de moins de 18 ans et encore 100 000 jeunes de 18 à 24 ans quittent l'école sans diplôme ou avec le seul certificat d'études primaires. Il ne s'agit pas de prolonger une scolarité sans résultat mais au contraire de transformer contenus et méthodes d'enseignement afin d'améliorer la formation initiale. Quatre priorités doivent être retenues :

- l'enseignement élémentaire (tant d'échecs scolaires se jouent entre 7 et 11 ans) ;
- la réforme du collège et la rénovation des enseignements technologiques ;
- le développement et la diversification des formations professionnelles de l'enseignement secondaire et supérieur ;
- le retour en formation initiale pour lequel les permanences et les missions locales jouent un rôle efficace.

Beaucoup est déjà engagé à cet égard, mais les efforts entrepris doivent être accélérés et étendus. D'une part, parce que la formation initiale provoque une partie non négligeable des sorties scolaires ; parce que, d'autre part, la lutte structurelle contre l'échec scolaire pris à sa racine ne peut faire sentir ses effets sur les sorties scolaires que cinq à dix ans après ; d'où l'importance qu'il convient d'attacher à une action tenace mise en oeuvre pour la durée du IXe Plan ; d'où la nécessité dans cette période transitoire de formules diversifiées de rattrapage de formation générale et professionnelle.

L'augmentation des capacités d'accueil dans les L.E.P., les classes de B.T.S., les I.U.T. et les classes d'adaptation devra être significative à la rentrée 1984.

Le nombre des formations complémentaires en alternance, ainsi que celui des diplômés de l'enseignement technologique et des diplômés d'enseignement général (baccalauréat) devra augmenter aussi en 1984. Cet effort devra se faire en priorité dans les secteurs professionnels déficitaires et pour des reconversions concernant en particulier les jeunes filles.

B La formation professionnelle et l'apprentissage.

L'objectif de 130 000 entrées en apprentissage, après plusieurs années de légère baisse, devra être atteint et maintenu. En outre, il conviendra d'examiner les possibilités suivantes :

- autoriser le jeune qui a eu un C.A.P. dans le cadre de sa scolarité à acquérir une mention complémentaire pour une année d'apprentissage ;
- étendre à trois ans l'apprentissage dans certaines spécialités ;
- étendre la possibilité d'apprentissage dans le cadre des ateliers municipaux.

Ces programmes de stage de formation professionnelle devront répondre à des axes prioritaires de formation nécessaires pour la restructuration et le développement de notre industrie et devront privilégier les conventions Etat-Régions.

C - L'ensemble des moyens aujourd'hui à disposition du service public de l'emploi pour favoriser :

- l'orientation des jeunes et des demandeurs d'emploi ;
- l'évaluation professionnelle ;
- la mise à niveau des connaissances ;
- l'aide à la recherche d'emploi et le placement des demandeurs d'emploi

sera augmenté en 1984 afin de répondre plus rapidement aux besoins des chômeurs et des entreprises qui s'adressent en particulier à l'A.N.P.E.

J'attache enfin la plus grande importance à l'insertion des jeunes dans l'emploi. Vous savez que pour répondre aux propositions des entreprises, le Gouvernement a décidé de doubler le nombre des contrats emploi-formation. Réaliser l'objectif de 200 000 contrats emploi-formation est une tache ambitieuse et je souhaite qu'une mobilisation ait lieu sur cet objectif. Le ministre de l'emploi a pris toutes les dispositions nécessaires pour cela et je ne doute pas qu'il y réussisse. Je sais, d'autre part, que des conventions cadres ont été signées avec certaines fédérations professionnelles et avec l'Assemblée Permanente des Chambres de Commerce et d'Industrie pour développer les contrats emploi-formation, et je m'en félicite. Il est en effet nécessaire de veiller à ce qu'aucun secteur professionnel ne puisse dire aujourd'hui qu'il manque de main d'oeuvre. Si c'était le cas, les moyens existent pour former des jeunes et leur permettre d'accéder aux emplois offerts.

Au-delà des contrats emploi-formation, le Gouvernement est prêt, si les partenaires sociaux le souhaitent, à envisager un système plus durable d'insertion professionnelle pour les jeunes de plus de 18 ans. Un contrat de travail particulier de qualification ou d'insertion professionnelle pourrait faire l'objet d'une négociation.

J'ajoute, enfin, que le développement du travail à temps partiel doit intéresser les jeunes et leur permettre de travailler tout en achevant leur formation.

Il faudrait développer les postes de travail à mi-temps pour les jeunes, le temps restant pouvant être consacré à un complément de formation ou à des activités socio-éducatives favorisant l'insertion sociale des intéressés.

Il conviendrait aussi de favoriser l'embauche des jeunes dans les postes de travail libérés grâce au développement du temps choisi pour les salariés en activité, sous la forme de réduction de la durée du travail ou de départ en préretraite progressive.

Rechercher