Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la visite de l'université nationale du Bénin, Abomey-Calavi, dimanche 16 janvier 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la visite de l'université nationale du Bénin, Abomey-Calavi, dimanche 16 janvier 1983.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en Afrique (Togo, Bénin, Gabon) du 14 au 18 janvier 1983

ti : Monsieur le président,
- Monsieur le recteur,
- Mesdames et messieurs,
- Voici une cérémonie bien agréable, en même temps que fort intéressante. C'est avec une réelle émotion que je visite aujourd'hui l'Université nationale du Bénin, avec le président Kerekou et tant de femmes et d'hommes de qualité.
- Un écrivain français bien connu évoquait jadis "les lieux où souffle l'esprit". Je ne crois pas que l'on peut exprimer mieux que par cette phrase le caractère de votre illustre maison. L'honneur qui m'est fait aujourd'hui par cette université m'encourage à aborder ici un sujet difficile et combien crucial, à nos yeux comme aux vôtres : celui des liens entre nos deux continents, nos deux pays : le Bénin et la France. Le message dont je suis aujourd'hui porteur est celui de la solidarité qui unit nos deux nations dans un monde de plus en plus dur. Et en quel lieu cette nécessaire et féconde solidarité pourrait-elle plus utilement être magnifiée que dans votre noble université, un des foyers de la culture de votre continent ? La solidarité, elle est d'abord, pour nous, la création d'une relation de coopération féconde qui doit permettre à tous, et d'abord aux plus démunis, de faire face à la dégradation accélérée des conditions économiques. Et nul d'entre vous n'ignore ce que mon pays fait et fera plus encore en faveur de l'Afrique et de ses fils les plus défavorisés.
Mais la solidarité est aussi, entre nous, le partage d'une culture vivante que nous devons à la langue commune que l'histoire nous a léguée. Nous ne donnons pas, nous recevons beaucoup. Nous recevons beaucoup de vous, mesdames et messieurs. Je sais que je m'exprime ici dans un pays que je connais, où les sources de la culture, de l'expression artistique et littéraire sont profondes et peuvent se retrouver à travers les siècles et les siècles pour s'épanouir aujourd'hui dans cette université moderne qui reste cependant fidèle aux origines.
- L'un de nos devoirs communs, qui nous échoit aujourd'hui, à vous et à nous, est de préserver les trésors de pensée et d'action que nos universités, dans leur collaboration quotidienne, ont su et sauront faire naître dans la -défense de notre culture, dans ce qu'elle a de commun. Votre université, c'est également mettre dans la balance les qualités intellectuelles et les traditions que j'évoquais à l'instant qui donnent à ses facultés, à ses instituts, à son collège universitaire, son école normale supérieure, la grande réputation qui est sienne dans toute l'Afrique et dans notre propre pays.
Je veux rendre ici hommage aux universitaires béninois engagés dans cette grande oeuvre de développement par la formation et, avec eux, aux universitaires français, mis à la disposition de cette université que j'ai plaisir à rencontrer dans ces lieux. Je sais que la contribution de ces derniers - puisqu'on vient de me le dire - est hautement appréciée par les étudiants, par leurs collègues et par le gouvernement du Bénin. Je mesure l'enrichissement que représente leur expérience, le dialogue avec votre jeunesse et vos intellectuels, le contact, enfin, avec la culture du Bénin.
- Je mesure à l'apport qui en revient vers la France dans l'approfondissement de la connaissance mutuelle et de l'échange interculturel. Je me réjouis aussi de voir votre gouvernement tourner résolument ses regards vers l'avenir, en prévoyant à côté du développement des lettres et des sciences, le rôle que joue, dans notre monde, une formation professionnelle adaptée à l'économie environnante.
- Voilà pourquoi, monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le recteur, mesdames et messieurs, mon pays est décidé à développer toujours davantage nos relations en-matière d'éducation et de formation, à apporter autant qu'il nous sera possible l'effort de contribution, de solidarité et d'amitié, effort que vous consentez vous-même - et à quel -prix | - dans un domaine si essentiel.
Je commençais cette brève allocution en disant que cette cérémonie était pour moi très agréable et en même temps intéressante, enrichissante. Je me retrouve ici dans un milieu familier. J'ai en effet vécu, moi-même longtemps, comme on vient de me le rappeler très gentiment, dans une université française, celle de Paris, à une époque où ma famille devait elle-même faire un effort pour que mes frères et soeurs - qui étaient au nombre de huit, et dont cinq ensemble étaient étudiants sans diposer de grands moyens - pussent apprendre tout simplement, à leur source de l'alma mater les moyens de la connaissance. Disposer des moyens de la connaissance et avancer autant qu'il est possible, toute une vie ne suffisant pas pour parvenir à connaître. Au moins faut-il en pratiquer les cheminements et tenter d'avancer. Il reste assez de domaines où l'intelligence s'arrête. Elle ne s'arrêtera pas toujours. Mais nous sommes un chaînon d'une grande histoire et vous en êtes ici les témoins et les acteurs vivants.
- Je suis sensible au fait de revêtir cette robe, cette toge et je ne me soumets pas à un usage pittoresque. Je considère que vous m'avez honoré en me remettant vos insignes et en m'assimilant parmi les vôtres. Il est comme cela des traditions qui, à travers le temps, marquent une continuité nécessaire. Ce sont les idées, elles, qui abordent les temps modernes, qui doivent toujours se renouveler au contact des faits, d'une -nature et de relations humaines, qui eux, sont permanents. Et c'est ce renouvellement des idées auxquelles - je le sais - travaille votre Etat, auxquelles se consacre votre université. Un renouvellement permanent dans le respect des structures profondes et des réalités humaines, qui elles,restent finalement le témoignage de l'histoire. Oui, je suis sensible à cette cérémonie et je vous en remercie monsieur le président et vous, messieurs, qui avez songé et qui m'avez, sortant au demeurant de mon rôle strict de Président de la République française, personnellement choisi pour participer à votre université nationale. Le salut que je viens d'apporter à l'Université nationale du Bénin révère son passé et mentionne ses réalisations actuelles, ses 1500 étudiants dans des conditions qui seront encore améliorées si j'en crois vos projets et qui méritent de l'être. Vous n'avez pas besoin de grandir sur-le-plan de la réputation, mais vous avez besoin de grandir pour répondre aux besoins et aux aspirations de votre peuple. La France sera à vos côtés pour y contribuer, je l'ai dit tout à l'heure, selon ses moyens. Et si ce message s'adresse à la célébration du passé, au respect des réalisations présentes, il s'adresse surtout à l'oeuvre d'avenir à laquelle vous vous consacrez, dans laquelle la France a pleinement confiance. Vive l'Université nationale du Bénin | Vive le Bénin | Vive la France | Vive l'amitié entre nos peuples |

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