Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'université de Corte, lundi 13 juin 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'université de Corte, lundi 13 juin 1983.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage en Corse les 13 et 14 juin 1983

ti : Monsieur le Président,
- Je vous remercie de vos paroles d'accueil. J'y ai retrouvé au détour de plusieurs passages quelques, remarques sentences, maximes, réflexions d'hommes illustres ou qui ont illustré notre langue en exprimant la sagesse universelle. Il est bien normal que cela fût cité dans une université. Mais j'y ai retrouvé par leur choix un itinéraire qui m'est cher.
- J'ai voulu venir à Corte et visiter l'université corse dans l'intention qui est la mienne, qui a inspiré ce voyage et qui restera ma ligne de conduite jusqu'à mon retour à Paris, non seulement d'apprendre et de comprendre, mais aussi de vérifier, de constater sur-place où en sont les initiatives, les réformes et les engagements pris qui n'ont de sens que s'ils sont tenus. Il serait tout à fait fâcheux que les embarras administratifs ou que les vétilles juridiques, dont vous parliez tout à l'heure, viennent embarrasser notre route au point que l'on pourrait douter de la véracité de l'objectif recherché. De ce point de vue, je dois rassurer ceux qui seraient inquiets. Rien ne m'empêchera de conduire à son terme l'-entreprise - je ne dis pas l'expérience - dont, mesdames et messieurs, vous avez la charge.
- L'université de Corte sera dotée des moyens qui conviennent, s'élargira aux disciplines nécessaires, connaîtra même une extension matérielle, géographique qui lui est indispensable afin qu'elle ne vive pas resserrée sur elle-même et que l'on trouve dans sa capacité de s'épanouir l'exemple même ce que j'ai voulu faire.
- Après tout, cela aurait été bien commode de ne rien faire puisqu'elle était fermée. Si j'ai donné pour instruction au gouvernement de la rouvrir, c'est d'abord parce que je n'avais aucune raison de douter de la volonté corse, ensuite parce que l'affirmation des diversités ne me gênait aucunement. C'est dans la profondeur de ce pays, au travers d'institutions démocratiques que se dessinera le futur. Par la -recherche de l'esprit et par la continuité et la fidélité à ce qui fait le fond d'une culture.
Vous avez pu recevoir ces temps derniers l'assurance, et vous en avez un début d'application, que certaines disciplines qui vous étaient chères et qui touchent à la langue et à la culture corses seraient respectées, enseignées, s'intégreraient plus encore que cela ne fut le cas pour les générations précédentes qui se transmettaient un parler naturellement des parents aux enfants. Nous devons rechercher à travers le temps tout ce qui a fait l'importance vitale, intellectuelle, la réalité charnelle d'un pays comme celui-ci. Si l'on coupe l'un de l'autre, on détruit quelque chose et on ne construit pas vraiment en coupant les racines.
- Vous êtes là pour cela, mesdames et messieurs, quelle que soit la discipline de votre choix, bien entendu. Vous savez qu'à Corte l'université va vivre et remplir son rôle dont vous êtes aujourd'hui, pourrait-on dire, les pionniers. Je ne sais s'il me sera donné de revenir un jour. Croyez-moi, si je le puis, je n'y manquerai pas. J'aime bien les endroits où l'on vit et ça ne me gêne pas que l'on crie 'manifestation'. J'ai de bonnes oreilles et je sais distinguer au travers des sons qui me parviennent tout ce qu'il y a d'incertitude ou d'inquiétude, tout ce qu'il y a d'amour pour quelque chose ou de révolte d'occasion, étant entendu que je suis là moi pour que les révoltes d'occasion ne se transforment pas en révoltes permanentes qui risqueraient alors d'emporter beaucoup d'autres. Non, les choses ne sont pas ainsi. Les gouvernements que j'ai moi-même constitués, ont apporté à la Corse beaucoup de mesures qui lui permettent d'avoir un visage différent de celui qu'elle avait auparavant. En deux ans, que de choses ont été faites | Ce n'est pas assez ? Eh bien, continuons | Mais vous comprendrez, surtout à Corte, que le Président de la République française parle, comme il le fait dans les autres villes, du développement et de l'identité de la Corse et de son peuple.
- Il est concevable pour moi, que le peuple corse, que j'ai célébré encore tout à l'heure à Ajaccio, comme je l'avais fait les années précédentes, sans attendre ce jour, doit être intégré dans le développement de la Nation française. Ce qui veut dire que, ayant une profonde conviction que c'est là qu'il faut aller, j'en prendrai naturellement les moyens.
Monsieur le président, mesdames et messieurs, je pense que vous êtes nombreux à être Corses ici. Moi, vous l'imaginez, je viens d'ailleurs, d'un autre coin de France continentale. Mais, moi aussi, j'ai vécu dans un endroit où l'on était attaché au temps vécu, qu'on appelait avec un peu d'ambition excessive - vous le mériteriez davantage - l'historique. Je me souviens de ma mère qui parlait encore ce qui était intermédiaire entre un patois et un dialecte, juste à la jonction de la langue d'oil et la langue d'oc. Comme il m'est arrivé de l'écrire quelque part, la maison où j'ai passé mon enfance, était posée juste au bord du côté oil. Je me souviens de mon grand-père qui me rapportait la grammaire qu'avait écrite son père pour que l'on pût faire renaître dans la deuxième moitié du XIXème siècle ce qui était notre petit patrimoine à nous, un patrimoine saintongeais, qui n'avait pas la forme d'une culture originale comme la vôtre. Alors je peux comprendre mieux encore l'aspiration qui vous habite. Et pourtant ce n'est pas par un goût indéfini de l'universalisme ou de l'universalité, mais je me suis toujours bien senti en France et vous me pardonnerez aisément si je me sens très bien ici, à l'université de Corte. Je ne dis pas que je vais m'y installer mais c'est presque un peu dommage car je suis sûr que beaucoup de conversations s'établiraient, un dialogue et finalement une compréhension.
- Voilà, c'est mon sort. J'arrive, je reste un moment. Je vous écoute. Je parle, je pars. Espérons qu'il restera assez de ce rapide échange de vues pour que s'ensemencent les sillons que vous creusez.
- Je vous en remercie car vous êtes indispensables à la Corse d'aujourd'hui et de demain et vous êtes indispensables selon moi à l'idée et à la réalité d'une France capable d'être unie, devant le demeurer dans sa diversité.
- Merci, mesdames et messieurs.

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