Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à New York, mercredi 28 septembre 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à New York, mercredi 28 septembre 1983.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : 38ème session de l'Assemblée générale des Nations unies

ti : Mes chers compatriotes,
- Dans les pays où je me rends pour y représenter notre pays, j'ai coutume de rencontrer les Français qui vivent là. C'est pour moi toujours très instructif, car un Français de l'étranger, comme on dit, c'est quelqu'un qui a une certaine vue du monde, une expérience, un mode de vie qui font mieux comprendre la situation de la France, le cas échéant son rayonnement, ses manques aussi. Ceux que je rencontre sont de toutes sortes, ceux qui vivent depuis longtemps, qui sans perdre le souvenir ni la réalité de leurs racines, n'en sont pas moins incorporés dans cette société ; ceux qui sont de passage, qui remplissent un contrat, une mission, mais qui tout de même s'intéressent aux pays dans lesquels ils exercent leur activité professionnelle, intellectuelle. C'est donc pour moi une source très diverse et très forte à la fois d'intuition, d'information, de réflexion et j'en tire tout ce que je puis en tirer pour la conduite des affaires de la France.
- Chacun d'entre vous a sa vie, ce qui veut dire aussi ses soucis, soucis personnels, soucis de carrière, soucis familiaux, parfois quelques difficultés à s'adapter, une sorte de besoin d'avoir un lien fécond avec la France. Ce n'est pas qu'à New York, faut-il le dire, très grande ville où vivent beaucoup de Français, des milliers et des milliers, ce n'est pas qu'ici on se sente bien loin des grands chemins du monde, au contraire | On a une façon de vivre, des relations, des contacts qui vous placent en vérité près des centres où se décident les grands mouvements universels, donc une situation privilégiée par le fait que vous êtes dans un très grand pays, que partout où vous exercez votrre activité, vous rencontrez des gens à qui parler. De ce fait, on revient des Etats-Unis très souvent, soit qu'on soit fonctionnaire, soit qu'on soit homme d'affaire, quelque métier qu'on exerce, avec une plus juste appréhension de la vraie dimension des choses et notamment des exigences de la compétition internationale, des réalités de la technologie, des progrès de la science et de la rencontre habituelle avec les plus grands intérêts de la terre. C'est dire à quel point j'attends de cette collectivité française de New York un apport très utile pour l'ensemble de notre pays.
Je ne traiterai pas, ce n'est pas tout à fait l'objet, sachez simplement que c'est pour moi une préoccupation, de vos problèmes particuliers. Il n'en est pas tellement. Quand même, quelquefois, comme je le disais ce matin aux Français fonctionnaires de l'Organisation des Nations unies 'ONU', des problèmes de suite de carrière, de régimes sociaux, et puis encore des problèmes d'éducation des enfants. Nous n'y pouvons pas grand chose ; vous êtes dans un pays étranger, vous avez ici de grandes institutions d'éducation, je crois que c'est très onéreux et cela ne peut pas convenir à tous les budgets. Nous avons veillé à disposer d'un certain nombre de bourses ; mais avec le prix du dollar qui monte, naturellement, le nombre baisse. C'est une difficulté. J'imagine qu'elle est pour vous assez grave, car enfin, y a-t-il un problème plus important que celui d'assurer l'éducation et la formation des enfants ?
- Enfin, puisque l'occasion m'est donnée de vous rencontrer, sachez que j'en éprouve un grand plaisir. Vous êtes très typiques de la société française dans sa diversité, on peut dire quelquefois dans ses contradictions, et je ne vis pas dans l'idée, rassurez-vous, qu'ayant franchi l'Atlantique, vous auriez retrouvé une unanimité pour trouver excellent tout ce qui est fait par le gouvernement de la République. Cela ne me gêne pas beaucoup, parce que je crois qu'il est un certain nombre de données qui ont une grande valeur pour vous tous - vous en avez peut-être plus conscience que les Français de France - qui nous obligent à prendre certaines directions avec le sentiment d'appartenir vraiment au même ensemble. Pour parler un langage guerrier, mais qui ne veut pas l'être, s'il y a des victoires à gagner, on sait bien qu'on ne les gagnera pas en ordre dispersé. Et puis, après tout, que chacun pense comme il veut lorsqu'il se retrouve devant lui-même.
Je vous remercie d'être venus nombreux dans cette maison où vous êtes accueillis. Pendant quelques instants je resterai comme cela avec vous, je serai tout à fait désireux de pouvoir parler avec les uns et les autres, et d'avoir comme cela, même si c'est rapide, une certaine opinion, une certaine connaissance de ce qui vous préoccupe. Donc nous n'allons pas nous séparer tout de suite, et je pense que ce serait dommage que je sois le seul à parler. Je ne vais pas vous demander de prendre ma place, ni ici ni ailleurs, mais, malgré tout, on peut ébaucher une conversation. J'ai rencontré tout à l'heure un certain nombre d'entre vous qui illustrent la présence française, qui ont apporté beaucoup dans tous les domaines au progrès du monde moderne. Soyez-en remerciés, et que ceux d'entre vous plus modestes qui se contentent, c'est déjà beaucoup, de bien faire leur travail, sachent que je les vois, que je les rencontre et que, le cas échéant, je les écouterai avec le plus grand intérêt.
- Avant de terminer - je sais que c'est préparé et après tout c'est bien simple, c'est bien normal - un chant de la Marseillaise. Nous allons donc rester là le temps que cela durera.
- Je ne terminerai pas cette allocution par des paroles exagérément lyriques, je dirai simplement qu'il est très facile, avant d'entendre notre chant national de répéter, comme cela, très simplement entre nous : Vive la République | Vive la France |

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