Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à Tunis, jeudi 27 octobre 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à Tunis, jeudi 27 octobre 1983.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en Tunisie les 27 et 28 octobre 1983

ti : Mesdames et messieurs,
- Je suis heureux de me trouver ce soir parmi vous. Chaque fois qu'il m'arrive d'aller dans un pays étranger, je rencontre des Français. Ceux qui veulent bien participer à ces échanges, car je souhaite l'échange, même si, comme c'est le cas, je dispose de trop peu de temps. En limitant au maximum, ce qui est un avantage pour tout le monde, la durée de mon exposé et en compensant si j'ose dire, en circulant parmi vous et donc en entendant, même s'il s'agit de brefs dialogues, un peu l'écho de ce que sont vos préoccupations. Je les connais sur le papier, bien entendu, je sais quelles questions se posent à ceux qui ont des enfants pour la scolarisation. Non seulement pour qu'ils fassent des études, mais aussi pour qu'ils les fassent dans des conditions supportables ou acceptables sur le -plan financier, par exemple. Des problèmes de profession qui se posent à nombre d'entre vous. Non seulement quand ils sont ici, mais aussi quand ils reviennent en France. Problèmes sociaux de protection sociale. Je n'ignore pas qu'il est aussi des problèmes spécifiques, propres à la relation franco - tunisienne. Problème du patrimoine, problèmes des comptes, problèmes des logements, cela est relié au patrimoine. Je sais qu'il existe aussi de nombreux problèmes qui touchent au droit civil : droit des personnes. Je pense en-particulier aux problèmes qui se posent pour les mariages mixtes. Souvent pour le sort des enfants. Tout cela naturellement me revient et les membres du gouvernement qui m'accompagnent s'en chargent. J'ai l'occasion, l'agrément d'ailleurs, d'en débattre il y a quelque moment avec les délégués, vos délégués au Conseil supérieur des Français de l'Etranger.
Tout cela pour dire que ce qui vous concerne, ce qui vous inquiète, m'est constamment rapporté et j'e m'efforce ici et là d'apporter des réponses utiles. On ne le peut pas sur tout à la fois, mais enfin quand même on avance. Au-cours de ce voyage, je pense que l'on marquera quelques points sensibles, notamment sur le -plan du patrimoine, tout un processus qui est engagé, qui est accru et qui sera précisé dans la journée de demain. De nombreux autres problèmes qui touchent aux relations franco - tunisiennes, quand ce ne serait que la réciprocité : les Tunisiens en France, les Français en Tunisie. Nous sommes deux pays amis on doit tendre à ce que cette réciprocité compte tenu de la différence des moeurs, des tempéraments, des habitudes s'instaure de plus en plus pour la dignité des uns et des autres. Mais au-delà de ces problèmes qui sont les vôtres, qui ne me sont pas indifférents, je pense que c'est une heureuse circonstance que de pouvoir, à l'occasion d'un voyage officiel, toujours trop rapide, resituer les relations de deux pays, vous rencontrer, savoir un peu mieux qui vous êtes, au-delà d'une fiche qui me dit votre nombre, votre diversité ou bien vos professions.
- Il y a sans doute dans cette salle les anciens, les très anciens, ceux qui ont vécu toutes les phases, parfois les angoisses, les anxiétés, ont connu les espoirs, enfin qui ont participé à une histoire vivante, parmi les plus importantes de l'époque contemporaine la difficile période de ce que l'on a appelé la décolonisation, l'accession à l'indépendance et qui sont accrochés à cette terre, à leurs affections, parfois à leurs familles ici même. Combien ont su traverser ces épreuves et continuent d'espérer, non sans avoir connu des expériences délicates.
- Puis il y a les plus jeunes, ceux qui ne connaissent la Tunisie que pour y passer le tempsd'un contrat, quelques années, qui sont arrivés récemment, soit dans le secteur privé, soit dans le secteur public. S'ils sont là, ce n'est pas par hasard, c'est aussi parce qu'ils sont intéressés de connaître, d'approcher une civilisation différente, avec des sources de culture qui nous sont communes, mais aussi des sources de cultures qui nous sont étrangères et c'est cette synthèse qui est intéressante, je le sais aussi par le courrier que je reçois, par les confidences qui me sont faites. Pour tous ceux qui gardent l'esprit éveillé, c'est toujours une expérience passionnante.
Je ne vais pas vous parler de la France, les Français qui sont ici ne sont pas tellement loin de leur patrie, ils continuent, j'imagine de s'y intéresser, donc ils ont leur opinion là-dessus. Je ne vais pas substituer la mienne à la leur, bien que j'aie la mienne aussi, mais il est bien normal que me retrouvant devant des Français je les retrouve dans leurs diversités, parfois leurs contradictions. L'essentiel étant pour moi de les rencontrer surtout par ce qui les rassemble. Vous êtes une collectivité particulière dans ce sens que malgré tout voyant les choses de plus loin avec peut être un instrument de mesure un peu différent, sachant la façon dont se reflète l'image de la France jusqu'à vous, doivent j'imagine se former des réactions et des pensées communes sur la façon dont nous pourrions au milieu des difficultés situer la France comme l'un des pays qui reste et qui demeurera l'un des grands pays du monde. Je ne vous en demande pas davantage. Je sais à peu près ce qu'il en est de ce qui peut différencier les différentes composantes de la famille française et je sais que toute idée, que tout choix est respectable et en tout cas, moi je le respecte. Et naturellement aussi, les choix qui sont différents des miens. Nous faisons tous partie d'un pays et d'un peuple dont le premier souci doit être, surtout dans la très difficile situation internationale que nous abordons, de ramasser et de rassembler nos forces.
- Mesdames et messieurs, je vais m'arrêter pour avoir un peu plus de temps parmi vous, si toutefois il est possible de circuler, mais je crois qu'il est prévu par M. l'ambassadeur que je remercie de son accueil, le chant de la Marseillaise. Sachez en tout cas que je suis heureux, je le répète de me trouver dans ce pays et d'avoir pu pendant quelques instants en croisant vos regards et en vous rencontrant, mieux sentir ou mieux comprendre les besoins des Français.
- Je terminerai par des paroles rituelles mais que je sens profondément et je pense que je ne serai pas le seul ici. Mes chers compatriotes.
- Vive la République |
- Vive la France |
Chers compatriotes,
- La période dramatique que nous vivons ne doit pas être absente des paroles de bienvenue mutuelle, celles que je vous dis, celles que vous me direz. Mais en écoutant cette Marseillaise, je ne pouvais m'empêcher d'évoquer ceux de nos soldats qui, simplement parce qu'ils veulent servir la paix dans des pays amis et respecter la parole de la France, viennent d'être assassinés 'attentat à Beyrouth le 23 octobre' dans les conditions que vous savez. Je veux évoquer leur mémoire dans cet instant.

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