Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à Oyonnax (Ain), vendredi 11 novembre 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à Oyonnax (Ain), vendredi 11 novembre 1983.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Commémoration du 11 novembre 1943

ti : Mesdames et messieurs,
- 11 novembre 1918, il y a soixante-cinq ans, nous le célébrions ce matin à Paris. 11 novembre 1943, il y a quarante ans, il importe à la France tout entière que nous célébrions ce grand jour d'Oyonnax tous ensemble. Et j'ai voulu lier dans le souvenir de la patrie ces deux événements, à distance d'une guerre et d'une génération, mais dont le symbole et l'action sont les mêmes.
- Sans doute les formes du combat demeuraient dissemblables ; mais le choix, l'élan, et le sacrifice consentis ont marqué, en 1918 et 1943 que les Français, quand il fallait, à l'heure du plus grand péril, étaient capables de se dresser, de refuser, de résister, de sauver l'identité de la patrie, pour le présent afin d'en assurer l'avenir.
- Et maintenant, comme vous le disiez à l'instant, monsieur le maire, et vous-même, monsieur Maurice Bourgès-Monory, ce sont nos fils, ce sont les vôtres, qui j'en suis sûr, apprennent et méditent et qui disposent, j'en suis également sûr, des mêmes forces en réserve pour les grandes causes du moment.
- Si je me tourne vers vous qui avez été les acteurs de l'événement que nous célébrons en cet après-midi, c'est pour vous dire qu'à la fois, sans doute, vous pensez avec nous aux disparus, aux morts de la résistance, nos camarades et à ceux qui depuis nous ont été arrachés par le temps. Et vous devez sentir, vous aussi, en cet instant, la force des liens qui vous attachent à cette Histoire et à vous-même, collectivité combattante qui a illustré un grand moment de notre histoire. Au moment-même où vous accomplissez l'acte solennel et cependant obscur, alors que vous le viviez, Maurice Bourgès-Monory le rappelait, j'étais l'un de ceux dans l'organisation dont il était l'un des responsables, voyageant d'une zone à l'autre, d'un pays à l'autre. Et c'est à Londres, en novembre 1943, que j'entendais les responsables de la France Libre reconnaître, alors que vous ne le saviez peut-être pas vous-mêmes, que ce que vous veniez d'accomplir resterait dans l'Histoire. Ils ne s'étaient pas trompés : le retentissement de cet acte, de ce défi, vous l'avez dit, monsieur le maire, ici-même, a marqué notre mémoire collective et figure parmi les grands gestes de cette époque qui n'en a pas manqué.
Etre en ce jour à Oyonnax, c'est pour moi l'occasion de vous redire en termes brefs que c'est dans des instants pareils que l'on sait mieux ce que l'on vaut, ce que nous valons, nous les Français. Et cependant les conditions étaient dures pour vous tous, maquisards. Il fallait lutter contre les propagandes, les idées préconçues. C'était un engagement individuel que le vôtre : il fallait rechercher en soi-même, hors de tout autre commandement, où se trouvait votre devoir. Vous l'avez fait. Et je suis heureux d'apercevoir parmi vous quelques-uns de ceux qui, ici et ailleurs, ont signifié ce grand sursaut. Ils refusaient la présence ennemie mais beaucoup plus encore | Le refus d'une certaine façon de concevoir la vie, la société des hommes, une certaine façon de mépriser les valeurs pour lesquelles tant des nôtres ont consenti de mourir ou de perdre leur liberté.
- Vous avez dit : "il faut enseigner ces choses à la Nation". J'espère que nous y aurons contribué car je pense que c'est la première fois qu'un 11 novembre 'Armistice', aura vu et le Président de la République et les plus hautes autorités de l'Etat rejoindre les représentants de notre peuple en armes pour dire que la France est notre pays, que nous l'aimons, que nous voulons le servir et que, quels que soient nos choix, nous sommes ses fils, prêts quand il le faudra, à faire ce que vous avez fait, messieurs, que je salue ici.
- On a évoqué à l'instant vos chefs, vos responsables, ceux qui se sont signalés dans l'action. C'est à vous tous que je m'adresse, maintenant, et au-delà de cette place et d'Oyonnax, aux Françaises et aux Français qui m'entendent et qui restitueront aux mots leur signification profonde lorsque j'aurai crié avec vous : Vive la Résistance |
- Vive la République | Vive la France |

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