Déclaration de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, sur l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, Paris le 16 juillet 1984. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, sur l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, Paris le 16 juillet 1984.

Personnalité, fonction : MAUROY Pierre.

FRANCE. Premier ministre; FRANCE. PS

Circonstances : Séance inaugurale du Conseil supérieur de l'égalité professionnelle

ti : Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec plaisir que je reçois aujourd'hui le Conseil Supérieur de l'égalité professionnelle pour sa séance inaugurale. Je présente à chacune et chacun d'entre vous mes voeux de réussite pour l'important travail de réflexion que vous allez devoir mener en commun.

En faisant adopter par le Parlement la loi sur l'égalité professionnelle, le Gouvernement a rempli l'un des engagements du Président de la République. L'installation aujourd'hui du Conseil Supérieur de l'égalité professionnelle, prévu par la loi, parachève cet engagement.

En trois ans, nous pouvons affirmer que le Gouvernement a mené, en faveur de la reconnaissance des problèmes des femmes et de la mise en oeuvre de solutions propres à les satisfaire, une action exceptionnelle. Je tenais à vous en remercier, Madame le Ministre.

Cette politique répond, je le crois, aux préoccupations des femmes d'aujourd'hui, c'est à dire davantage d'autonomie, d'égalité et de dignité.

Ce souci d'égalité est particulièrement important dans le domaine du travail.

Assurer l'égalité des chances constitue un impératif. Nous devons, malheureusement, constater que les femmes n'ont pas encore dans l'entreprise, et plus largement dans le monde du travail, la place qui leur revient.

Dans le même temps, la crise internationale et sa conséquence en matière de croissance pèse sur la capacité des femmes à accéder au marché du travail. Or, elles continuent, massivement, à souhaiter disposer d'un emploi rémunéré autonome.

La situation professionnelle des femmes n'est donc pas encore conforme à leur souhait. Trop de handicaps, trop d'obstacles subsistent.

C'est vrai pour la formation initiale, encore mal adaptée aux besoins actuels et futurs liés au développement des nouvelles technologies.

C'est vrai pour l'insertion des femmes dans la vie professionnelle qui demeure difficile et souvent précaire.

C'est vrai pour la carrière. Les femmes ne connaissent pas un déroulement professionnel satisfaisant dans la mesure où elles sont encore, trop souvent, exclues du jeu des promotions internes.

Il en résulte ce que je serai tenté d'appeler une sorte de double marché du travail : un pour les hommes, un autre, de seconde zone, pour les femmes.

Il s'agit là d'une forme d'injustice sociale et d'un gaspillage de ressources et de capacités. Il nous faut donc mettre en place les correctifs indispensables afin d'assurer une véritable égalité des chances.

Tendre vers cet objectif d'égalité n'est pas seulement un acte de justice sociale. C'est aussi un acte de rationalisation économique.

C'est pourquoi, dès 1981, le Gouvernement a mis en oeuvre une politique en faveur de l'emploi des femmes.

Désormais, dans le domaine des droits de la femme la France est en pointe au sein de la Communauté Européenne. J'ajoute que nous avons ratifié, en 1983, la convention des Nations-Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Grâce aux efforts de l'Etat, le taux de chômage des femmes s'est stabilisé, alors qu'il a augmenté rapidement dans les autres pays européens. On a, en outre, constaté une amélioration globale de la qualification et de la formation professionnelle.

Il reste qu'en mars 1983, le taux de chômage des femmes était de 10,5% contre 6,1% pour les hommes.

Dans les actions de formation professionnelle financées par l'Etat, on relève la part croissante des femmes dans les stages. Elles étaient 39% en 1982, alors qu'elles représentaient seulement 36% des stagiaires en 1980. Néanmoins, les résultats sont encore faibles et plus quantitatifs que qualitatifs.

Je constate malheureusement que la participation des femmes est encore plus faible dans la formation professionnelle continue des entreprises puisqu'elle n'atteint que 25%.

Madame ROUDY a donc, fort opportunément, profité de la présidence française de la CEE pour organiser à Paris une réunion des ministres européens du travail sur l'emploi des femmes.

Cette réunion a eu pour résultat de sensibiliser nos partenaires européens aux problèmes spécifiques que rencontrent les femmes. Conscients de cette situation, ils ont adopté, à Luxembourg le 7 juin dernier, une résolution relative visant à combattre le chômage des femmes.

Ce texte constitue un engagement politique important. Pour la première fois, la Communauté a reconnu la nécessité d'adopter des mesures appropriées aux caractéristiques spécifiques du chômage féminin. Elle prévoit notamment le développement d'actions positives au bénéfice des femmes.

Un texte est actuellement étudié par le groupe des questions sociales de la Commission de Bruxelles. Je souhaite qu'il soit adopté le plus rapidement possible.

Cette prise en compte européenne se situe dans le droit fil de la loi du 13 juillet 1983.

Comme vous le savez, cette loi ne se contente pas d'affirmer un certain nombre de principes généraux de non-discrimination, mais elle constitue un changement profond dans la manière dont les relations du travail devront s'organiser à l'avenir.

Cette loi énonce surtout, pour la première fois dans notre législation, le principe selon lequel, pour établir l'égalité des chances, il convient de mettre en oeuvre des mesures temporaires de rattrapage au seul bénéfice des femmes.

Ce principe est essentiel. C'est de sa mise en oeuvre que dépend le changement auquel les femmes aspirent.

Cette méthode originale d'actions a peu de précédents et notre pays innove dans ce domaine.

Comme il est de bonne régie pour conduire le progrès social, ce texte confie aux partenaires sociaux un rôle éminent. Et chacun doit bien être conscient que cette loi n'atteindra son maximum d'efficacité que lorsque les partenaires sociaux s'en empareront.

Il était, dans l'immédiat, nécessaire de créer une institution qui soit à la fois l'outil de la promotion de l'égalité professionnelle et le lieu d'un dialogue permanent entre les organisations syndicales, les organisations d'employeurs, les personnes qualifiées et les pouvoirs publics.

Le Gouvernement, après avoir donné l'impulsion, a en effet décidé de laisser les partenaires sociaux libres du rythme et des modalités de leur action.

Le rôle des représentants des employeurs et des salariés sera primordial. J'attends d'eux réflexions et propositions afin d'aider aux choix du Gouvernement.

Il faut que dans les entreprises, les partenaires sociaux se mobilisent afin que se multiplie les plans d'égalité et que les femmes participent davantage à la formation permanente.

Le rôle du Ministère délégué chargé des droits de la femme, dans cette action collective, est multiple. Il assurera le secrétariat du conseil et les partenaires sociaux trouveront en lui tout l'appui nécessaire pour explorer les voies vers une réelle égalité. Et, bien entendu, il continuera de proposer au Gouvernement les décisions les mieux appropriées pour en assurer une application effective.

Je rappelle que lors du Conseil des Ministres du 13 juin dernier, le Gouvernement a adopté un programme en faveur de l'emploi et de la formation qui, comme vous avez pu le remarquer, prend en compte le principe d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.

L'ensemble de l'administration sera sensibilisé à cette dimension. Elle doit être prise en compte dans la politique menée par le Gouvernement en matière d'emploi et de formation. Il est indispensable que les femmes puissent bénéficier des actions décidées par le Gouvernement en tenant compte de la part qui est la leur sur le marché du travail.

J'ai donné des instructions pour que, dans les stages de formation mis en place par le Gouvernement, il y ait un nombre plus important de femmes afin de tenir compte des difficultés qu'elles rencontrent en matière d'accès à l'emploi.

Mais il ne suffit pas d'engager des réformes, il faut ensuite les mettre en oeuvre. L'une des tâches du Conseil Supérieur de l'égalité professionnelle sera donc d'assurer, dans ce domaine, la continuité du changement.

L'enjeu de cette politique en direction des femmes est considérable. Ma présence aujourd'hui, parmi vous, témoigne, s'il en était besoin de l'importance que revêt à mes yeux le Conseil Supérieur, de l'égalité professionnelle. Son autorité morale s'affirmera, j'en suis persuadé, dans les choix politiques de demain.


Mesdames, Messieurs je vous remercie.

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