Entretien avec la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à la société de construction et d'exploitation de matériels industriels, Bourgoin-Jallieu, samedi 7 janvier 1984. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien avec la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à la société de construction et d'exploitation de matériels industriels, Bourgoin-Jallieu, samedi 7 janvier 1984.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Visite surprise dans une entreprise de fabrication de robots (SCEMI) à Bourgoin-Jallieu dans l'Isère

ti : QUESTION.- Monsieur le Président, quelle est la signification, le symbole, que vous attachez à cette visite, aujourd'hui, dans une entreprise de robotique de pointe ?
- LE PRESIDENT.- Vous savez que chaque fois que je dispose d'un moment, je m'efforce, dans l'ensemble du territoire, en France, de visiter des lieux où toutes les formes de travail se proposent : production industrielle, agricole, artisanale, problèmes de l'école, de l'enseignement. Enfin, je -recherche l'information. Tout ce qui participe de la vie de la France, les Français, leurs difficultés, leurs espoirs, fait partie de ce type de visite. J'avais mon samedi matin libre et je l'emploie comme cela avec vous.
- Pourquoi suis-je venu dans celle-ci ? Parce que l'on me l'avait signalée ; parce que je connais la commune de Bourgoin-Jallieu et, parce que, précisément dans cette commune, se trouve une entreprise de ce type. Vous l'avez vu vous-même, c'est une entreprise qui, pour l'instant, emploie environ 70 personnes. C'est donc une petite ou moyenne entreprise et ce qui est remarquable d'abord, c'est sa capacité technique, ces robots qui se situent, dans leur catégorie, parmi les meilleurs au monde, et qui ouvrent des marchés français dans des pays comme les Etats-Unis d'Amérique ou le Japon, par exemple. C'est-à-dire qu'ils peuvent supporter la compétition avec les meilleurs et, souvent, la gagner.
- Vous m'avez demandé les raisons, disons, symboliques, de cette visite. C'est autre chose qu'un symbole, c'est une réalité. J'observe qu'il s'agit d'une des entreprises qui vont recruter de plus en plus. Et, au moment où se pose, comme on le sait, le problème de l'emploi dans beaucoup de secteurs ou d'entreprises, il est très important de savoir qu'il existe des entreprises dont le progrès est incessant. 35 employés, ingénieurs, il y a 18 mois ; 70 aujourd'hui ; plus d'une centaine en 1984 et, pourquoi pas, d'année en année, beaucoup plus. Ce qui peut montrer qu'en dépit, ou à cause de la perfection du matériel, la société industrielle, telle qu'elle se prépare, peut et doit offrir des emplois multiples à ceux qui, surtout les plus jeunes, se posent le problème : que feront-ils de leur vie professionnelle ?
- La troisième raison de ma présence ici tient au fait qu'il s'agit là d'une filiale d'un grand groupe mais qui mène sa vie autonome selon les conceptions de ses dirigeants et qui a trouvé l'appui de la commune, du département, de l'Etat. Attention, je ne veux pas dire par là que l'Etat, le département et la commune se sont substitués à l'entreprise | Ils ont donné le coup d'épaule qui a permis de disposer des moyens de démarrer. Mais l'essentiel de la réussite tient au talent et à la qualification de ceux qui y travaillent, bien entendu. Cette combinaison d'un effort associé entre toutes les parties prenantes de la vitalité française, c'est significatif, également.
- Voilà ce que je veux vous dire au moment où vous m'interrogez. Premièrement, une usine qu'on dit performante, capable de conquérir les marchés étrangers les plus élaborés, donc un personnel très qualifié, donc un personnel très formé. Deuxièmement, une capacité d'emplois qui va progressant sans cesse, au point que l'on peut imaginer que si cet exemple devait se généraliser - et il se généralisera - le type d'industries dans lequel nous vivrons dans quelques années sera un fournisseur d'emplois en nombre fort important. Troisièmement, eh bien, chacun y a mis du sien. Et c'est une réussite.
QUESTION.- Est-ce que vous voyez une signification au fait qu'il s'agit d'une petite entreprise au moment où des grandes sont en difficulté ?
- LE PRESIDENT.- C'est un peu trop simplifié. Il y a des grandes entreprises en difficulté, et il y en a des petites ; il y a des grandes qui réussissent très bien et des petites qui réussissent très bien. Là, nous sommes dans une entreprise petite ou moyenne, je ne sais comment la qualifier, qui fonctionne très bien. J'ai remarqué - je ne suis pas le seul - que dans le progrès considérable de l'exportation française, et particulièrement dans la région lyonnaise, la petite et la moyenne entreprise venaient de réaliser un débouché, un pas en avant formidable qui change un peu l'idée qu'on s'en faisait. Avant on pensait toujours aux 4 ou 5 grands groupes qui vendaient à l'étranger. Maintenant, il va y avoir des centaines d'entreprises, des milliers, je l'espère, qui vont participer à cette réussite. On peut ajouter, en effet, cet élément à votre appréciation.

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