Déclaration de M. Jack Lang, ministre de la culture, sur les mesures en faveur de la bande dessinée, Paris le 26 janvier 1983. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de la culture, sur les mesures en faveur de la bande dessinée, Paris le 26 janvier 1983.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de la culture; FRANCE. PS

ti : Lors du dernier Salon international de la bande dessinée, à Angoulême, j'avais précisé que le Ministère de la Culture souhaitait rencontrer tous les professionnels, afin d'améliorer par des mesures simples mais efficaces ce secteur culturel.

De nombreuses réunions de concertation se sont déroulées depuis le mois d'avril 1982, date à laquelle j'avais présidé une importante table ronde sur ce sujet.

Mais, avant d'en venir aux mesures, je tiens à préciser qu'il est regrettable que la bande dessinée ait été trop longtemps considérée avec mépris, décrite comme un sous produit littéraire, accusée d'être la cause d'influences néfastes sur la jeunesse.

Aujourd'hui, la situation s'est modifiée grâce à l'action efficace des professionnels, des créateurs, des médias et du public. Ce moyen d'expression se situe légitimement sur le même plan que les autres formes d'expression littéraire et visuelle. La bande dessinée sort avec force des schémas classiques, elle mène son combat au niveau des langages, conquiert ses publics, s'affirme tout en innovant.

La bande dessinée joue un rôle social, culturel et pédagogique, elle forme et initie à l'expression artistique contemporaine auprès de publics peu concernés par les structures traditionnelles de la diffusion de l'art, et les recherches actuelles de médiatisation audiovisuelle de la bande dessinée laissent prévoir que ces publics seront plus largement diversifiés et augmentés dans les années qui viennent.

J'ai précisé que la création artistique est une priorité pour le Gouvernement et pour le Ministère de la Culture. C'est dans cette optique que j'entends favoriser la création plastique que représente la bande dessinée.

Il faut rappeler aussi que la bande dessinée occupe une place non négligeable dans les structures à vocation pédagogique et ce à presque tous les niveaux de formation.

Les données économiques de ce secteur de l'édition méritent que l'on s'y intéresse. La bande dessinée représente 3,4 %, du chiffre d'affaires global de l'édition pour 1981, soit environ 224 millions de francs. La production d'albums s'est élevée pour la même période à 22 millions d'exemplaires. La France occupe dans ce domaine une position de leader, devançant même les États-Unis, pays d'origine du genre.

Il nous appartient de renforcer la présence sur le plan international de la bande dessinée d'expression française. A ce niveau, les propositions d'actions du Centre National des Lettres, de l'Office de Promotion de l'édition Française, et du Centre Français du Commerce Extérieur permettent de répondre à ces objectifs.

Reconnue dans le monde pour ses qualités, l'originalité de ses tendances plastiques et thématiques, la vitalité de la création, la bande dessinée française doit faire l'objet de mesures appropriées qui lui permettront d'accroître son audience.

Les actions que je propose couvrent tous les secteurs de la bande dessinée, elles n'ont pas pour but de niveler ou d'intégrer cet art dans un système de conventions contraires à sa propre nature, mais à l'inverse doivent permettre à celui-ci de demeurer bien vivant et d'être légitimement plus largement connu et diffusé.

Le premier axe de ces mesures concerne les aspects juridiques et sociaux de la profession, en particulier l'application de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à l'enfance et à l'adolescence. A cet égard, des solutions techniques de diffusion d'albums pour adultes sont envisagées en accord avec le Ministère de la Communication.

J'ai souhaité également que des mesures soient prises sur un plan économique, relatives à l'exportation, à l'édition avec l'extension des aides du Centre National des Lettres, notamment, pour la première bande dessinée publiée, à l'instar de l'aide à la première exposition ou au premier roman.

Une politique active est mise en place sur le plan de la diffusion avec des expositions internationales, une aide aux manifestations promotionnelles et un effort tout particulier auprès des médias audiovisuels.

Si la bande dessinée doit être plus présente grâce aux médias audiovisuels, je souhaite aussi que la presse écrite accorde à ce vecteur culturel une place plus importante en faisant appel aux jeunes créateurs.

Sachant l'importance du rôle joué par la bande dessinée auprès des milieux les plus divers, auprès de publics de tous âges, il est nécessaire de défendre d'abord et d'encourager ensuite la formation des créateurs, scénaristes, et visualistes, en élargissant les possibilités d'insertion sociale et professionnelle et en les formant aux nouvelles techniques audiovisuelles.

C'est le but que va remplir l'atelier-école de bande dessinée de l'école d'art d'Angoulême mis en place cette année.

Je voudrais préciser qu'à cette politique de formation s'ajoute une action importante au niveau de la documentation, de l'information et de la conservation. Les opérations de préfiguration du Centre National de la Bande Dessinée d'Angoulême permettent d'ores et déjà de répondre aux attentes des professionnels et du public.

Enfin, l'annonce de ces mesures pour la bande dessinée complète celle de la politique du cinéma. En effet, les nouvelles technologies, en évolution constante, sont étroitement liées à la bande dessinée. Les mesures relatives au cinéma d'animation, pour lesquelles le Ministère de la Culture consacre une enveloppe budgétaire nouvelle de 8 millions de francs, doivent concerner ce mode d'expression tant dans son évolution que dans son mode de production.

En conclusion, je tiens à remercier tous les partenaires qui ont participé avec passion aux réunions de travail durant ces derniers mois. Les éditeurs, les scénaristes, les dessinateurs et leurs représentants ont bien voulu approuver les propositions incluses dans ce plan de relance de la bande dessinée. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de solliciter à nouveau leur concours pour apprécier les conditions de mise en oeuvre des mesures annoncées aujourd'hui. A ce sujet, je précise que certaines d'entre elles nécessitent encore des mises au point avec différentes administrations, c'est pourquoi je souhaite que le suivi en soit assuré par la Délégation aux Arts Plastiques et la Direction du Livre, de façon à mieux appréhender le développement de la bande dessinée.

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