Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de l'inauguration du 36ème Salon de l'aéronautique et de l'espace, Le Bourget, vendredi 31 mai 1985. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de l'inauguration du 36ème Salon de l'aéronautique et de l'espace, Le Bourget, vendredi 31 mai 1985.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : 36ème Salon international de l'aéronautique et de l'espace du 31 mai au 9 juin 1985

ti : Mesdames et messieurs,
- Celles et ceux d'entre vous qui ont accompli cette visite avec moi ou qui le feront tout aussitôt après, pourront constater que ce Salon est en constants progrès, et, en cette année 1985, en progrès remarquables, par le nombre et par la qualité des progrès techniques enregistrés dans toutes les disciplines.
- Beaucoup d'invités étrangers ont tenu à présenter le meilleur de leurs productions, et, on peut le dire, la production française est particulièrement réussie et prometteuse. Notre aéronautique se porte bien ; on pourrait même dire si l'on se laissait aller par le naturel enthousiasme que l'on éprouve en voyant tous ces objets si agréablement finis, qu'elle se porte très bien.
- Non seulement elle assume ce qui est utile à la France en tant que grand pays qui doit être doté de ces moyens aéronautiques et d'armement, mais aussi elle alimente notre commerce extérieur, elle participe largement à la prospérité actuelle et future de la France. Un très fort pourcentage de ses productions sont vendues à l'étranger, où, bien entendu, elles ne seraient pas vendues si elles n'étaient pas très appréciées.
- Comme je le disais tout à l'heure, il faut penser que la France qui est un grand pays doit se doter des moyens de son indépendance et de sa sécurité. Pas simplement en temps de guerre ou en prévision d'un conflit, mais aussi en temps de paix et de plus en plus en temps de paix si l'on constate la part fort importante que prend l'aviation civile dans le développement de ses technologies.
- Un bénéfice de quelques 15 milliards de francs vient prendre, je crois, une part tout à fait notable dans l'équilibre auquel nous travaillons, l'équilibre commercial de la France.
- Je dois, ici, remercier celles et ceux qui participent à cet effort : les responsables des entreprises quelle que soit leur -nature, les travailleurs à tous les échelons et de toutes qualités, généralement de très hautes qualités professionnelles, qui nous permettent de constater ce progrès.
- Maintenant, mesdames et messieurs, je suis là pour vous entendre si vous avez quelques questions à me poser, rapidement bien entendu, très peu de minutes, mais assez pour qu'on parle utilement. Je suis à votre disposition.
QUESTION.- Monsieur le Président, où en sommes-nous avec l'avion européen ?
- LE PRESIDENT.- C'est en discussion. La France, vous le savez, est un des rares pays capables de produire cet avion de combat, par ses propres moyens. Mais la France -recherche, dans ce domaine, comme dans les autres, la construction européenne. Elle a donc accepté cette discussion à laquelle elle prend une part fort importante. Elle est prête à accepter les contraintes que supposent toute construction européenne, c'est-à-dire à renoncer à certains des avantages qui sont naturellement les siens, à la condition que nos partenaires, bien entendu, ne fassent pas que ses contraintes soient excessives. C'est l'objet même du débat présent.
QUESTION.- Vous avez semblé dire que l'Allemagne pourrait participer en même temps à l'initiative de défense 'stratégique' du Président Reagan, l'IDS, ainsi qu'au projet d'Europe-écologiste d'Eureka ?
- LE PRESIDENT.- Je n'ai pas semblé dire | c'est vous qui parlez comme cela. J'ai dit l'Allemagne a déclaré par la bouche du Chancelier Kohl, à Constance, lorsqu'il s'est adressé à la presse, "qu'Eureka éait pour l'Allemagne une nécessité vitale", je cite ses propres termes. C'est plus clair que "j'ai semblé dire", cela veut dire une nécessité vitale. Certes, l'Allemagne est sollicitée de diverses parts, comme la France, à la fois par le projet américain de maîtrise de l'espace, de stratégie spatiale et par le projet Eureka. Sur le -plan des objectifs, ces projets ne sont pas concurrents. Eureka a des objectifs civils, mais bien entendu les technologies nécessaires pour la maîtrise de l'espace ont une base commune, elles doivent être utilisées dans tous les sens. Nous avons soumis à nos partenaires, nos partenaires nous ont soumis, c'est une discussion féconde, un certain nombre de projets. Eureka est en bonne voie. Beaucoup de pays veulent y participer. Et certains de ceux qui au début avaient semblé diriger leurs regards uniquement outre-Atlantique, reviennent vers cette construction dont ils sentent l'importance.
- Quant à l'Allemagne, sa situation internationale n'est pas la même que la nôtre. Elle doit supporter les obligations qui sont les siennes depuis la 2ème guerre mondiale. Elle n'a pas de projets stratégiques, dissuasifs, de caractère nucléaire. Sans doute, sent-elle un vide de ce côté-là, on peut la comprendre. La France est dotée de la stratégie de dissuasion nucléaire et peut assurer sa propre défense. Ce n'est pas le cas de l'Allemagne. On peut penser qu'il est normal qu'elle soit tentée de participer à une autre forme de stratégie, mais la décision est allemande. Je suppose que cet examen a lieu présentement dans les instances dirigeantes allemandes. Où pourrait se situer la concurrence ? Sur le -plan budgétaire. Il est évident que cela coûte de l'argent dans les deux cas, et qu'un budget qui se disperserait concèderait moins de financements si cela allait dans deux directions. Une autre concurrence, c'est celle des cerveaux, c'est-à-dire que les savants, les techniciens, ingénieurs qui auraient pu être exportés du fait du projet américain, seront très tentés, heureusement de consacrer leur intelligence, leur talent et leurs compétences à un projet européen. Bref, ils resteront sur notre continent. Pour ce qui concerne les Français, ils pourront rester chez nous en employant à plein leurs capacités. C'est très important. Je le répète, les objectifs, la -nature même de ces deux projets, sont tout à fait différents.
- QUESTION.- Monsieur le Président, vous êtes satisfait de l'accueil général du projet Eureka ?
- LE PRESIDENT.- Très, très. Non seulement le ministre des relations extérieures 'Roland Dumas', mais aussi des commissions d'experts ont circulé à travers l'Europe, et je peux vous dire que ce que nous espérons de ce projet est beaucoup plus proche de se réaliser aujourd'hui que nous le pensions il y a deux mois.
QUESTION.- Monsieur le Président, avez-vous l'intention de soutenir au maximun le projet Hermès ?
- LE PRESIDENT.- C'est nous qui l'avons présenté, je ne fais pas les choses à contre coeur. C'est un projet très important, très intéressant, qui pourra se jumeler avec Ariane 5 et vous connaissez la réussite d'Ariane | La possibilité est ouverte de disposer d'un avion avec présence humaine puis aussi la possibilité de disposer des technologies qui permettent d'aller et puis de revenir et donc de traiter dans l'espace tout ce qui est nécessaire y compris les réparations, sans oublier les communications. Tout cela est vraiment un progrès notable. Il faut que la France le fasse. Et un Français dans l'espace, des Français dans l'espace, par ces moyens-là, ce sera pour les années prochaines. En tout cas avant l'an 2000. C'est intéressant pour la France. Naturellement nous n'entendons pas poser nos conditions à nos partenaires, ils ont le droit, bien entendu, de dire leur mot. C'est ce qu'on est en -train de faire.

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