Communiqué commun des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant en commun l'usage du français en date du 19 février 1986. | vie-publique.fr | Discours publics

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Communiqué commun des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant en commun l'usage du français en date du 19 février 1986.

Circonstances : Sommet des pays francophones à Paris du 17 au 19 février 1986.

ti : Agence internationale francophone d'images de télévision
- 1. L'information télévisée repose largement dans tous les pays du monde, sur la circulation internationale des images assorties de leur commentaire. Or la fourniture de ces images est actuellement assurée, dans une proportion de 98 %, par des agences anglo-saxonnes.
- 2. A l'initiative de la France, la conférence a décidé de la création d'une agence internationale francophone d'images télévisées (AITV) qui, dans un délai de trois ans, permettra de desservir l'ensemble du monde avec un moniteur quotidien d'information de vingt minutes, adapté aux principales régions du monde. Les images ainsi diffusées proviendront de tous les pays francophones aussi bien du Nord que du Sud.
- 3. La base technique sera fournie par la société française de service public RFO qui a déjà commencé à faire fonctionner un tel service.
- 4. Le financement est de 16 millions de Francs français par an pendant trois ans. La France apportera une contribution de 5 millions de FF dès la première année.
- TV 5
- 1. TV 5 est un programme francophone transmis vers les réseaux cablés européens, associant les télévisions publiques française, belge, suisse romande, et, depuis cette année, du Canada et du Canada-Québec.
- Mais les heures de programmation de TV 5 et son champ de diffusion sont encore trop restreints.
- 2. La Conférence a adopté le principe de l'extension du champ de diffusion de TV 5, sur l'Amérique du Nord et dans d'autres aires géographiques. A cette fin, une consultation des ministres concernés sera prochainement organisée.
- La Conférence a également retenu le principe de l'ouverture de la programmation aux partenaires francophones du Sud qui pourraient, dans cette perspective, constituer un consortium.
- 3. Pour doubler les heures de programme sur TV 5 et élargir son champ de diffusion, la France est prête à augmenter sa participation de 29 millions de francs.
(suite) satellites et francophonie
- 1. La Conférence a exprimé le souhait d'utiliser les satellites pour accroître la diffusion de programmes francophones dans le monde.
- 2. La France, qui met actuellement en oeuvre son programme de lancement de satellite de télévision directe TDF 1, a proposé d'ouvrir un des quatre canaux disponibles sur le satellite, à des programmes francophones. Cette ouverture se fera dans le cadre de la chaine culturelle et européenne filiale du Service Public, qui vient d'être créée et qui a vocation à prendre place début 1987 sur le satellite.
- Consultation internationale de banques de données par vidéotex
- 1. L'espace francophone doit se développer dans les dimensions les plus modernes de la communication, notamment la consultation des banques de données sur ordinateur.
- 2. Il existe un système simple de consultation utilisant le téléphone et un écran de visualisation peu couteux : c'est le vidéotex. Actuellement en France, 2000 banques de données sont accessibles aux particuliers et aux entreprises sur l'ensemble du réseau téléphonique, et ce système connaît un succès considérable puisque 1,5 millions de ces terminaux Minitel sont en service actuellement.
- 3. Il serait souhaitable d'étendre cette possibilité de consultation au monde francophone. Pour réduire le coût de cette consultation on peut agir dans deux directions précises :
- a) Transmission internationale. La location d'un circuit téléphonique pour chaque communication coûte très cher. La constitution de "réseaux de paquets" aux deux extrêmités, et aux interconnexions, réduirait le temps de passage sur la ligne téléphonique internationale proprement dite, et donc le prix de la communication.
- Actuellement des réseaux de paquets existent en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Cameroun, au Canada, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et en France. Ils sont en projet en Tunisie et au Sénégal, notamment la réduction du coût de la transmission permise par ce système est de l'ordre de 2 à plus de 4 par rapport à l'emploi d'un circuit téléphonique classique. A titre d'exemple, la communication entre le Gabon et l'Europe serait de 4 F la minute contre 22 F la minute dans le système classique.
- b) Prix perçu par la banque de données elle-même. Dans le système de tarification "kiosque" - par assimilation avec le kiosque à journaux, il n'est plus nécessaire d'établir un contrat entre la banque de données et l'utilisateur. C'est le réseau téléphonique qui perçoit directement, et automatiquement (compteur) une taxe téléphonique auprès de l'appelant et qui reverse une partie de cette taxe à la banque de données. Celle-ci voit sa clientèle augmenter massivement du fait de la simplicité de ce système. Elle pourra alors réduire ses prix de façon considérable, comme cela a été le cas en France.
- La France a alors proposé, et la Conférence a accepté, la constitution d'un groupe de travail, sur ce sujet, portant à la fois sur les aspects techniques et économiques. Il se réunira courant 1986.
(Suite) Banque de données et vidéodisque
- 1. Des perspectives totalement nouvelles pour l'enseignement sont aujourd'hui offertes par les nouvelles technologies de traitement de l'informatique qui associent :
- les capacités de traitement de la micro-informatique,
- le stockage optique de l'information aussi bien des textes que des images,
- l'utilisation de langages documentaires quasi-naturels pour l'exploration du contenu des banques de données scientifiques et techniques.
- Par ailleurs, l'image est appelée à jouer un rôle de plus en plus important, dans le secteur médical, notamment dans le domaine de la formation des étudiants ou des praticiens.
- Le projet adopté est donc un nouvel outil de formation destiné aux étudiants ou praticiens et faisant appel à une nouvelle technologie de stockage et de diffusion des données - le vidéodisque.
- 2. Actuellement, on peut stocker 50000 images vidéo sur un disque de 30 cm de diamètre et projeter n'importe quelle image ou séquence sur un écran de télévision ordinaire grâce au pilotage par un micro-ordinateur et un logiciel d'interrogation combinant langage naturel et langage de la spécialité médicale.
- 3. La Conférence a demandé que soit confié à un groupe de travail l'étude de l'utilisation de vidéodisque pour l'enseignement médical dans les pays francophones, à partir d'expériences déjà existantes, notamment en France (Hôpital de la Salpêtrière).
- La France, qui va mettre en place ce vidéodisque dans plusieurs facultés de médecine française, a proposé de contribuer à hauteur de 3 millions de francs pour étendre ces expériences à des facultés de médecine d'autres pays francophones.
- Ceci permettrait d'équiper 10 centres ou facultés, de leur fournir des documents sur vidéodisque et d'assurer la formation des utilisateurs.
(suite) Salon du livre francophone
- 1. Une diffusion internationale du livre francophone repose trop exclusivement sur les éditeurs et auteurs français, Belges et Québécois, et ne fait pas assez de place à ceux du Sud.
- 2. La France a proposé de fonder un salon du livre francophone qui se tiendrait à Paris tous les deux ans aux mêmes dates que le salon du livre.
- 400 mètres carrés seront mis à la disposition des exposants, ainsi que des stands d'exposition et un personnel d'animation. La partie française assurera le transport de quelque cinq mille titres exposés, les voyages et les séjours d'une cinquantaine d'éditeurs, d'écrivains et de professionnels du livre, en provenance d'Afrique et d'autres pays francophones.
- 3. Le coût total de l'opération (3 millions de francs) sera assumé par la France.
- Lancement d'une collection de poche pour des oeuvres d'auteurs d'expression française
-1 1. Actuellement, les oeuvres écrites en langue française dépassent rarement les frontières du pays de leur auteur.
-La Conférence a souhaité que les livres francophones, littérature ou ouvrages techniques, connaissent une plus grande diffusion mondiale.
- 2. Pour faire suite à une proposition du Vietnam, le principe est retenu de lancer une collection de poche à bas prix. La France est disposée à affecter chaque année une somme de 580000 F pour la publication et la diffusion des ouvrages. Elle propose que soit réalisée en 1986 une anthologie de Victor Hugo, en 1987 une anthologie du roman maghrébin, en 1988 une anthologie de la littérature et en 1989 une anthologie de la poésie française. D'autres concours financiers permettraient la publication d'un plus grand nombre d'ouvrages chaque année.
- Parallèlement, sera étudié le projet d'éditer une collection de 100 titres en livres de poche.
(Suite) Industrie de la langue
- 1. L'usage, sans cesse accru, de matériels informatiques dans les activités professionnelles, d'enseignement et de loisirs lance un défi aux Etats francophones : quelle lanque parleront et écriront ces automates ? Une communauté linguistique se doit de fabriquer les outils qui lui permettent de rédiger, corriger, traduire avec l'aide d'ordinateurs les textes qu'elle produit. Perdant la maîtrise de l'outil, sa langue cesserait d'être véhiculaire car elle serait supplantée par d'autres langues qui, elles, seraient industrialisées. Le secteur tertiaire dans son entier est concerné par l'arrivée de machines capables d'écrire sous la dictée, de corriger l'orthographe et même de rédiger automatiquement des textes simples. Dans tous les secteurs industriels, mais également pour le grand public, l'acquisition et la manipulation de connaissances passent de plus en plus par la consultation directe et le dialogue entre l'usager et les ordinateurs : interrogations de banques de données, enseignement assisté par ordinateur, bientôt consultation de systèmes experts. L'appropriation par le plus grand nombre de ces puissants outils d'accès au savoir reposent sur une capacité accrue des machines à gérer une orthographe approximative, une syntaxe incorrecte, un vocabulaire imprécis, des accents régionaux.
- Les expériences accumulées, depuis deux décennies, dans plusieurs Etats francophones permettent de lancer entre ceux-ci un programme d'action coordonnée, complémentaire des actions nationales, afin de partager les tâches et de réduire les redondances.
- 2. La France a proposé à ses partenaires la réalisation d'une maquette de fonctionnement de la langue pour le traitement automatique de textes (machines à commande vocale, correction orthographique, rédaction automatique). Deux programmes de recherches pourraient être lancés sur la communication parlée et la communication écrite : les organismes identifiés du côté français sont l'Institut National de Polytechnique de Grenoble, le Conservatoire National des Arts et Métiers, des universités et des laboratoires du CNRS.
- Le coût d'une telle opération serait de 20 millions de francs. La France est prête à y affecter 10 millions de francs si d'autres pays peuvent apporter une contribution intellectuelle et financière à cette entreprise ambitieuse.
- 3. Prix international d'innovation dans le domaine des industries de la langue.
- Un prix a été créé par la Conférence pour récompenser l'innovation dans le domaine des industries de la langue. La France est prête à y affecter 100000 francs.
(Suite) Energie
- 1. Dans le domaine de l'énergie, il s'agit de mieux connaître l'offre et la demande de techniques énergétiques, et de sélectionner un petit nombre de matériels pour l'équipement des pays du Sahel, en appui au programme photovoltaïque déjà lancé par les pays intéressés.
- 2. La Conférence a souhaité la rédaction et la publication d'un guide de l'énergie pour répertorier les techniques, les priorités et les intervenants. La France a décidé d'y affecter 1 million de francs.
- 3. La Conférence a retenu la demande des pays du Sahel en équipement photovoltaïque (pompes, alimentation de dispensaires). Une réunion des contributeurs permettra de déterminer le montant de l'opération (5 à 10 millions de francs par an pour 20 installations).
- Création d'un baccalauréat international francophone
- 1. Le renforcement de la communauté francophone conduit à envisager l'organisation de formations de niveau homogène permettant aux pays francophones :
- de disposer de futurs cadres de haut niveau ayant reçu des formations analogues,
- de permettre la mobilité des personnes au sein des différents pays francophones,
- d'assurer l'accès direct aux universités francophones d'étudiants ayant effectué des études secondaires de niveau voisin.
- 2. Des études seront entreprises pour la mise sur pied d'un premier diplôme international francophone. A cette fin, une réunion d'experts se tiendra dès mai 1986. La coordination des enseignements et la définition des épreuves spécifiques seront assurées par une association dont le fonctionnement sera financé par les divers partenaires.
(Suite) Coopération dans le domaine de la formation
- 1. Le progrès vers l'autosuffisance alimentaire passe par une formation conçue en fonction des besoins des agriculteurs et qui sert leurs initiatives. De même il est essentiel de promouvoir l'artisanat local dans les conditions mêmes de production et sans accroissement préalable du niveau d'investissement.
- 2. La Conférence décide la création de Centres de formation d'agronomes en milieu rural (la France en financera 4 en 4 ans pour 8 millions de francs).
- 3. Centres de formation artisanale
- Pour répondre à une suggestion de la Tunisie, la Conférence retient le principe de la création de centres de formation au profit des petites entreprises artisanales en milieu urbain et rural (la France est disposée, pour sa part, à en financer une dizaine en 5 ans pour un montant de quelque 15 millions de francs).
- 4. Informatique scolaire
- Pour répondre à une suggestion de Madagascar, un plan multilatéral sera mis en oeuvre afin d'équiper quelques établissements en micro-ordinateurs. Dans un premier temps, une mission se rendra à Tananarive pour étudier la possibilité d'équiper, par exemple, une école normale d'instituteurs.
(Suite) Le français dans les organisations et réunions internationales
- 1. La Conférence a examiné la situation réelle du français dans les organisations internationales, souvent en retrait sur le statut qui est reconnu à notre langue.
- 2. En vue de remédier aux difficultés actuelles et de relancer l'utilisation de la langue française dans les institutions internationales, il a été décidé de prendre les mesures suivantes :
- A) Renforcement de la concertation entre délégations francophones : des résultats ont été obtenus : M. Perez de Cuellar s'est montré attentif à sauvegarder la place du français (cf. le message adressé par le Secrétaire général des Nations unies à la présente Conférence).
- Vigilance toujours nécessaire pour relever les manquements aux règles concernant l'usage des langues.
- Nécessité de favoriser la création de nouveaux groupes de délégations francophones ou de renforcer leur cohésion.
- Encourager l'activité des associations de fonctionnaires francophones sans mettre en cause leur neutralité.
- Mise en place de services d'accueil et de liaison entre délégations francophones auprès de certaines organisations (aide mutuelle en secrétariat, documentation, traduction, mise à disposition de locaux).
- B) Insister pour que soit reconnu la nécessité de connaissances plurilingues du personnel notamment du secrétariat recruté par les organisations internationales intergouvernementales.
- Aide à des opérations de formation linguistique (mise à disposition de conseillers linguistiques, action de promotion du français auprès des fonctionnaires internationaux).
- C) Insister pour un approvisionnement plus satisfaisant en ouvrages et documents récents (terminologie notamment) des bibliothèques et fonds de documentation des organisations intergouvernementales.
- D) Refuser les économies budgétaires trop souvent imputées sur les dépenses affectées à la traduction et à l'interprétation dans les réunions.
- E) Créer pour les organisations internationales non gouvernementales un fonds multilatéral d'aide à la traduction dans les réunions et congrès où trop souvent aucune interprétation ne peut être mise en place (trois millions de francs français qui pourraient être gérés par l'Agence de Coopération Culturelle et Technique ou l'Association des Universités entièrement ou partiellement de langue française).
- F) Valoriser les connaissances passives du français en stimulant les recherches sur la didactique d'un français suffisant pour une compréhension minimum dans certains domaines (très cibles). Organisation de stages au sein des organismes internationaux à partir de cette méthode. Ces recherches pourraient s'inscrire dans le cadre d'un projet pilote susceptible de déboucher sur des programmes de formation auto-financés.
- Un colloque organisé avec la collaboration de divers organismes est prévu à Paris en septembre 1986 sur les problèmes posés par la situation du français en milieu international (organisations intergouvernementales et rencontres internationales diverses.

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