Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration de la gare de Nevers, vendredi 14 février 1986. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration de la gare de Nevers, vendredi 14 février 1986.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement officiel dans la Nièvre le 14 février 1986

ti : Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Il m'est vraiment très agréable de me trouver ce matin à Nevers, c'est-à-dire dans la Nièvre, dans la capitale de la Nièvre. J'ai si souvent parcouru vos chemins, j'ai si souvent fait la ligne Paris-Nevers. J'en connaissais, j'en connais encore tous les horaires. J'ai connu l'aube, le crépuscule, la nuit, les attentes. J'ai essayé de me servir d'horaires qui n'étaient pas toujours très aisés, j'ai vu peu à peu la SNCF réduire les temps de parcours, améliorer le confort des voyageurs et finalement rendre un service très remarquable à ce département.
- Nul ne s'étonnera si je dis à ceux qui m'entendent ici, et, particulièrement à ceux que je reconnais si nombreux, qui ont été des amis ou des compagnons de vie et de travail dans ce département, à beaucoup d'autres qui se pressent sur cette place à l'extérieur ou dans cette gare, quelle que soit leur préférence, qu'il existe comme une sorte de communauté entre nous. La Nièvre, et chacun le comprendra, en dehors de ce département, reste pour moi, dans les deux sens du terme, un lieu d'élection. Mais je préfère la signification de ce mot, le choix du coeur, celui de l'amitié et de la gratitude que je dois à cette population, de la fidélité aussi, à travers le temps.
- Je passerai donc quelques heures dans la Nièvre, officiellement, car j'y reviens souvent autrement, d'une façon, peut-être, un peu plus tranquille. J'y reviens souvent parce que je l'aime et parce que c'est peut-être encore ici qu'il m'est donné plus aisément de retrouver une relation directe avec les hommes et les femmes d'un département où je n'ai pas besoin d'avoir entre eux et moi la double barrière de l'officialité ou de la sécurité.
- Je tiens donc à saluer les Nivernaises et les Nivernais qui se trouvent ici, qui ont attendu et souhaité cette cérémonie. Je n'en ai pas abusé au cours de ces presque cinq ans. Je ne suis pas spécialement amateur d'inauguration, mais vraiment l'occasion était trop belle, trop significative, trop symbolique pour que je puisse la négliger. Alors je dis aux Nivernaises et aux Nivernais, je vous le dis monsieur le maire 'Pierre Brérégovoy', en termes tout à fait simples, et cent fois répétés, je suis content d'être parmi vous. Mais je considère cette journée, le soleil est là, comme une belle journée.
Monsieur le président de la SNCF, je viens de le dire, mais d'une autre façon, j'ai beaucoup parcouru cette ligne, et aussi cette salle des pas perdus, cette gare. Elle a signifié pour moi bien des moments importants de ma vie, bien des attentes, bien des espoirs. J'y attache donc aussi une sorte de sentiment personnel, d'attachement, et je suis heureux de la voir, comme aujourd'hui, agrandie, embellie, plus commode, plus agréable pour les usagers, pour les voyageurs et pour le personnel dont j'ai toujours beaucoup apprécié la gentillesse et le sens du service. Voyez-vous je n'ai pas le souvenir en trente-cinq ans de pratique hebdomadaire, je n'ai pas le souvenir de quelque chose qui eût été fâcheux, désagréable, manqué. C'est donc une démonstration dans la durée qui plaide pour la façon dont la SNCF rend service au pays. J'ajouterai quelques éléments personnels d'appréciation : tout le monde ne le sait pas, mais enfin j'ai passé mes premières années dans une gare. Quand je suis né, mon père venait de quitter la gare de Montluçon où il était chef de gare pour prendre la gare d'Angoulème où il venait d'être nommé. Pendant quelques années, mes premiers pas furent dans les longs couloirs, le type de bâtiment de l'époque, où vivaient les employés de la Compagnie qui a précédé la SNCF et mon oreille reste bercée par le passage des trains que je ressentais - il fallait peut-être un peu forcer les choses - comme une sorte de musique accompagnant mon enfance.
- Mais je ne peux pas m'empêcher en cet instant de penser à ces hommes qui, à l'époque, ont été, non pas les fondateurs, mais les mainteneurs du réseau ferroviaire, qui aimaient passionnément leur travail. Tous les hommes de ma famille, dans les deux générations précédentes, tous les hommes, mon grand-père, mon père, ont été des cheminots. Alors, je manquerais à leur souvenir et à leur sens du devoir, si je n'évoquais pas leurs personnes, leur amour du métier, leur présence attentive et scrupuleuse à leur devoir.
- Et puis le temps a passé. Voilà qu'aujourd'hui que je suis responsable au premier rang des affaires de la France et donc du développement des moyens de transport, de communication entre les Français d'une part, et entre les Français et les autres, partout dans le monde, par les moyens ferroviaires en tout cas partout en Europe.
Je crois, vous nous l'avez expliqué pendant le voyage qui nous menait à Nevers, que la SNCF et nos chemins de fer ont trouvé un nouvel élan avec le TGV. On a amélioré beaucoup d'autres points avec ce service, mais le TGV représente presque un moyen de transport, non pas différent puisqu'il recourt exactement au même principe et au même moyen, mais un bond dans la technologie tel que le confort, la rapidité, le mouvement des affaires, s'en trouvent considérablement améliorés. Dès le début de mon mandat, c'est-à-dire dès 1981, j'ai pris la décision de lancer le TGV atlantique sur lequel vous avez pu travailler pendant quatre ans, avant l'année dernière, d'inaugurer le commencement des travaux. Et en un an les réalisations ont été suivies à grande allure, c'est le cas de le dire, de sorte que l'on peut penser que le programme sera tenu jusqu'au bout : il y aura un TGV atlantique avec une branche vers la Bretagne et l'autre vers Bordeaux ou plus loin, qui représentera un facteur de progrès très important pour notre pays.
- Mais en même temps, vous l'avez rappelé, on s'est attaqué au problème du lien fixe, du tunnel sous la Manche. L'on a prévu tout aussitôt la possibilité d'y faire passer le TGV : relier Paris à Londres par ce moyen représentera, sur les -plans que j'ai déjà évoqués, rapidité et confort, une avancée très remarquable. Mais en même temps nous avons commencé la négociation qui est fort avancée afin que le TGV, la technique française puisse se développer en direction de la Belgique, de la Hollande, Bruxelles, Amsterdam ou en direction de l'Allemagne, Cologne en particulier, peut-être Francfort, en direction de l'Allemagne du Sud, c'est-à-dire vers l'Est de la France, le cas échéant un peu plus loin, c'est-à-dire vers Strasbourg et au-delà. Tout cela exigera, bien entendu, un plan très serré. On commencera par le commencement. Nous verrons bientôt le terme, bientôt car cela se compte en peu d'années, du TGV atlantique. On verra commencer également à bref délai, je le pense, le TGV au-delà des frontières. Ce qui sera un hommage très utile à la technique française. En effet, j'y ai conduit, un jour, le Premier ministre du Japon, lequel reconnaissait que cette réussite qui avait valu au Japon une grande réputation était désormais dépassée par le progrès français.
- Ce sera une compétition, elle durera, d'autres nous rattraperons, nous dépasserons, il faudra donc constamment, avec la plus grande vigilance, faire que le progrès précède et non pas suive.
Seulement nous parlons des grandes lignes. Et Nevers ? Nevers se trouvait précisément à l'écart de ces grands circuits. L'un vers la vallée de la Saône et la vallée du Rhône, l'autre vers l'Est et l'Ouest en traversant la Loire. Au centre de la France un système d'autoroutes qui va s'améliorant mais qui ne passe pas par ici. Je considérais donc comme indispensable, c'était une affaire de justice pour les villes et les régions qui se trouvent entre Paris et Clermont-Ferrand que d'être dotées d'un équipement très moderne. Après étude, il a semblé que le meilleur moyen, indépendamment de l'amélioration du système routier qui est, à l'heure actuelle, en cours, chacun le sait, c'était d'électrifier la ligne, ce qui ferait gagner également en rapidité et en confort le transport des voyageurs et en commodité aussi pour les affaires et le transport des marchandises.
- C'est ce que nous faisons. Je n'ai pas pu l'année dernière inaugurer personnellement le départ des travaux du TGV parce que j'étais dans la Nièvre précisément et une puissante tempête de neige m'avait empêché de décoller. Mais je n'ai pas voulu manquer l'inauguration de la gare de Nevers, un an plus tard, qui correspond un peu aussi à l'inauguration de l'électrification de la ligne. Désormais les travaux sont engagés, les financements ordonnés, de telle sorte que cela suivra et que les Nivernais, mais aussi ceux qui viennent dans la Nièvre de Paris, disposeront d'un moyen extrêmement pratique qui multipliera les activités industrielles, commerciales, personnelles et familiales des habitants de ce département.
- Je puis dire, je peux confier aux Nivernais que cela a été pour moi un grand souci, j'ajouterai que cela n'a pas été très facile. Naturellement le choix est compliqué pour les dirigeants de la SNCF : il y a beaucoup de demandes en France, des demandes parfaitement justifiées, des demandes concurrentes. Un budget n'est pas indéfiniment extensible, il fallait donc choisir. Je suis très content qu'on ait choisi la ligne qui passe par la vallée de la Loire et donc par la Nièvre. Disons que j'y ai contribué dans la mesure de mon possible.
- Voilà. J'ai dit ce que j'avais à dire. Nous travaillons pour la France. Il ne m'est pas interdit de travailler pour la Nièvre. Je crois même avoir un devoir à remplir à l'égard de ce département et de ses habitants. Il ne s'agit pas d'un privilège, il n'y a pas de privilège, il ne doit pas y avoir de privilège en France. Il y a justice à rendre à la capacité de travail, de labeur, à l'intelligence de ces populations. Elles ne se trouvent pas toujours les mieux situées au gré de la géographie. Eh bien | il faut que l'histoire compense les défaillances géographiques. Cette histoire nous la faisons.
- Monsieur le maire,
- Monsieur le président,
- Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie. Commence, pour moi, je vous l'ai dit, une belle journée. Je suis heureux de vous y avoir rencontrés et je vous remercie d'être là.
- Vive Nevers |
- Vive la République |
- Vive la France |

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