Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de sa rencontre avec M. Helmut Kohl, Chancelier de la République fédérale allemande, notamment sur la préparation du prochain Conseil européen à La Haye et la coopération militaire franco-allemande, Rambouillet, mardi 17 juin 1986. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de sa rencontre avec M. Helmut Kohl, Chancelier de la République fédérale allemande, notamment sur la préparation du prochain Conseil européen à La Haye et la coopération militaire franco-allemande, Rambouillet, mardi 17 juin 1986.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Visite à Paris du Chancelier Kohl le 17 juin 1986

ti : Mesdames et messieurs,
- LE PRESIDENT.- Nous venons de terminer les entretiens qui nous ont réunis, le Chancelier Kohl et moi-même, dans le -cadre de nos rencontres habituelles entre les sommets européens ou les rencontres franco-allemandes. Ce sont des circonstances à la fois utiles, utiles à nos deux pays et je l'espère à l'Europe et agréables pour nous deux.
- Nous avons passé plusieurs heures à faire le tour de quelques questions. D'abord la préparation du sommet de La Haye, qui aura lieu dans quelques jours, comme vous le savez. Parmi les questions qui s'y poseront, nous avons notamment parlé de la façon d'aborder la discussion entre la Communauté européenne et les Etats-Unis d'Amérique ; les conséquences à tirer de l'accident de Tchernobyl, les précautions à prendre pour que cela ne recommence plus et donc pour que des conférences internationales permettent d'améliorer la coopération internationale.
- Nous avons également discuté de quelques échéances internationales. J'ai parlé au Chancelier Kohl de mes prochaines rencontres après La Haye, puisque je serai le 3 juillet à New York, et le 7 juillet à Moscou. L'Allemagne et la France ont beaucoup d'intérêts communs, de plus en plus, et il me paraît tout à fait normal, évident même, que ces rencontres importantes soient débattues entre les pays amis que nous sommes. A cet égard, nous aurons l'occasion d'en reparler, bien d'autres questions seront posées, notamment autour de ce que l'on peut espérer voir se réaliser dans le domaine du désarmement et des futures mais éventuelles rencontres entre le Président Reagan et M. Gorbatchev.
- Enfin nous avons abordé certains aspects de la coopération bilatérale, entre L'Allemagne et la France. Particulièrement nous avons rappelé notre volonté politique commune, celle du Chancelier et de moi-même, qui doit normalement permettre de surmonter les traditionnelles difficultés techniques ou diplomatiques qui se posent au sujet des problèmes tout à fait pratiques du type de l'hélicoptère de combat, ou du char, toutes choses qui selon nous devraient aboutir, à la condition que l'on s'y prenne bien et que chacun veuille y apporter la contribution nécessaire.
- Voilà quelques données. Je laisse le Chancelier compléter.
LE CHANCELIER KOHL.- Mesdames, messieurs, monsieur le Président de la République, je peux être très bref, puisque le Président de la République a déjà dit exactement quelles étaient les discussions que nous avons eues pendant notre échange de vues très intensif et très amical. Je crois que c'est une bonne tradition que nous nous rencontrions maintenant régulièrement en marge des grandes réunions régulières et je pense que c'est tout à fait utile pour les relations franco-allemandes.
- Je crois que dans des réunions de ce genre, il est tout à fait utile et bon que, à côté d'un ordre du jour fixe où les choses sont réglées point par point, nous puissions également procéder à un tour d'horizon de ce genre très intensif dont je suis très satisfait.
- Il n'y a qu'un point que j'aimerais ici personnellement, souligner, et reprendre. Je pense que c'est important et je vais d'ailleurs m'employer de manière décidée et décisive à faire avancer les choses. C'est que, malgré les difficultés techniques qui semblent exister, nous arrivions à mettre sur pied cet hélicoptère de combat. C'est important pour le développement européen. Il faut que nos amis de la Communauté voient que l'Allemagne et la France travaillent de manière intensive, pas seulement verbalement mais également dans la pratique. C'est important également pour les citoyens de nos deux pays, qu'ils ne voient pas seulement des images de réunions de ce genre, mais que, également, ils aient dans la pratique quelque chose à toucher directement. Et là, tous les deux, Français comme Allemands, nous avons une contribution importante à apporter. C'est pourquoi je pense qu'il faut faire tout ce que nous pouvons pour que ce projet puisse arriver à conclusion et être couronné de succès. Cela veut dire bien entendu que les deux côtés doivent s'avancer l'un vers l'autre. Je pense qu'il y a de bonnes chances pour que dans ce sens-là, nous arrivions à régler les choses. Merci beaucoup.
LE PRESIDENT.- Pour terminer je dirai le plaisir que j'ai eu à recevoir le Chancelier Kohl. C'est une bonne chose pour moi-même que de retrouver le Chancelier d'un pays ami. C'est aussi une bonne chose sur le -plan personnel et c'est, je le crois, tout à fait dans l'intérêt de nos pays. Le climat de ces conversations doit être souligné : quelle que soit la difficulté de certains problèmes, j'ai toujours senti la volonté de les dominer parce que nous sommes européens et que nous entendons, en dépit de toutes les difficultés inhérentes à ce genre d'entreprise, nous entendons réussir l'Europe. Alors je veux que le Chancelier sache à quel point il est le bienvenu ici, même si le ciel, un moment, semble exprimer un mécontentement, tout à fait incompréhensible pour un démocrate chrétien.
- LE CHANCELIER KOHL.- Pour ce qui concerne les chrétiens démocrates, cela ne vaut pas pour la France, et pour ce soir, je peux dire simplement que je ne peux pas prendre parti, bien sûr, mais quand même je suis de tout coeur avec vous.
QUESTION.- Monsieur le Président de la République, monsieur le Chancelier, ce soir, la France et l'Allemagne vont chacune jouer un match important au Mexique : l'Allemagne contre le Maroc et la France contre l'Italie 'coupe du monde de football'. Pouvez-vous nous donner vos pronostics ?
- LE PRESIDENT.- Ne mêlons pas trop d'amour propre national, parfaitement légitime, à la politique internationale qui est faite de subtils équilibres. J'ai envie de dire "vive l'Allemagne", et je pense aussitôt au Maroc, et je pense que le Chancelier a envie de dire "vive la France" mais il pense aussi à l'Italie. Bon, alors on dira : "que le meilleur gagne". Enfin, moi, malgré tout, ne pouvant pas me prononcer entre l'Allemagne et le Maroc pour les raisons que je viens de dire, et ne faisant pas de pronostics parce que je n'en sais rien, je souhaite vivement que l'équipe de France ce soir se qualifie pour les quarts de finale. J'ai d'ailleurs exprimé ce souhait en téléphonant à Henri Michel 'entraîneur de l'équipe de France' tout à l'heure. Ce n'est pas une affaire internationale d'une importance décisive mais cela nous ferait plaisir. Et vous, monsieur le Chancelier, vous avez des idées là-dessus ?
- LE CHANCELIER KOHL.- Je vous ai déjà dit que je vous souhaite tout ce que je pouvais vous souhaiter.
- LE PRESIDENT.- Et pour vous ?
- LE CHANCELIER KOHL.- Oui, je pense que nous allons gagner.
QUESTION.- Monsieur le Chancelier, avez-vous parlé des problèmes posés par les Verts à propos du nucléaire ?
- LE CHANCELIER KOHL.- Oui, nous avons parlé de Cattenom, également dans le contexte de la discussion que nous aurons à La Haye. Vous savez que j'ai insisté pour que l'on se réunisse aussi rapidement que possible pour échanger nos expériences et pour tirer les conséquences de Tchernobyl. Je pense que ce serait une très bonne chose que les Européens aient cette conférence à Vienne en ayant trouvé un langage commun et clair. J'ai parlé avec un certain nombre de collègues ces derniers jours, téléphoniquement aussi : je suis sûr que nous arriverons à parler d'une seule voix.
- LE PRESIDENT.- Et si tout le monde prenait autant de précautions que la France à Cattenom, on ne parlerait pas tant de ces affaires-là.

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