Entretien de M. François Mitterrand, Président de la République, accordé à TF1 le 27 mars 1987 en direct du Salon de l'étudiant à La Villette, sur la coopération universitaire européenne et le rôle de l'université. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. François Mitterrand, Président de la République, accordé à TF1 le 27 mars 1987 en direct du Salon de l'étudiant à La Villette, sur la coopération universitaire européenne et le rôle de l'université.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François, MOUROUSI Yves.

FRANCE. Président de la République

ti : Yves MOUROUSI.- A la même époque l'année dernière, vous vous en souvenez, nous avions parlé de l'interview accordée par le Président de la République, M. François Mitterrand, au journal "L'Etudiant". Il y a de cela un an en effet, François Mitterrand répondait aux questions qui lui étaient posées sur le devenir de notre université, sur le devenir de ces étudiants non seulement des années 85-86 mais des étudiants qui sont peut-être vos enfants, enfin qui seront les futurs étudiants, mais qui sont vos enfants, et qui auront à se préoccuper de leur avenir lorsque l'Europe sera ouverte, lorsqu'également on abordera le troisième millénaire.
- Aujourd'hui, dans ce Salon de l'étudiant, dans cette grande halle de La Villette, que vous aviez visitée en avant-première, vous vous souvenez, au moment où elle a été inaugurée, et qui est l'un des plus beaux bâtiments qui ait été remis en -état, ici dans ce parc de La Villette, aujourd'hui le Président de la République a voulu voir de près, lui-même, au cours du Salon de l'étudiant, ce qui se passait dans les, j'allais dire dans les coeurs, dans les mentalités et aussi dans les classes ou dans les ateliers de cette université française. Il est vrai que l'université, les lycées, on en a beaucoup parlé au cours de l'année 86, 87 également, alors de tout cela nous parlerons dans quelques instants avec M. Le Président de la République, qui a fait le tour ce matin de quelques réalisations proposées à la visite des spectateurs ; alors avant de regarder rapidement l'actualité, monsieur le Président, simplement une petite réflexion, c'est une université qui bouge que vous avez rencontrée ce matin ?
- LE PRESIDENT.- A l'évidence | Une université très ouverte sur l'extérieur, qui regarde la vie en face, qui s'en préoccupe ; c'est l'impression que j'en ai en tout cas.
- Yves MOUROUSI.- Alors de ces impressions, de vos souhaits, vous me permettrez ce clin d'oeil, vous aviez l'autre soir le drapeau européen à côté de vous à la télévision, et comme l'Europe a l'air d'intéresser ceux qui sont là, je me suis permis d'avoir mon drapeau européen ici également sur ce plateau de TF1 ; c'est la première fois, comme vous le notiez l'autre jour, qu'il flotte sur les Champs-Elysées ; c'est la première fois qu'il est reconnu comme peut-être un drapeau à brandir pour les années à venir.
Yves MOUROUSI.- La question me vient tout de suite, monsieur le Président, cette tombe, cette mort inutile ?
- LE PRESIDENT.- Bien entendu, une vie c'est irremplaçable, quel drame | Pas simplement pour ce jeune étudiant, pas simplement pour sa famille, mais pour toute notre société.
- Yves MOUROUSI.- Alors cette société, on a l'impression qu'aujourd'hui les étudiants en font partie intégrante. Avant, ils étaient disons considérés comme de jeunes chahuteurs. Or cette société - ne serait-ce que la société politique - a l'air de beaucoup bouger en fonction des mouvements de l'université. Vous-même, souvenez-vous un 14 juillet, vous avez pris en compte les manifestations, parce que l'école vous posait problème, posait problème au chef de tous les Français.
- LE PRESIDENT.- Les étudiants se chargent eux-mêmes de se rappeler au souvenir de notre société.
- Yves MOUROUSI.- Parce qu'ils y sont indispensables à cette société ?
- LE PRESIDENT.- Indispensables, comment pourrait-on discuter même de cela ? Simplement, on n'en avait pas toujours pris conscience. Vous aviez raison de dire, pour commencer, que les étudiants vivaient très souvent, à diverses époques, en dehors de la société. Ils avaient leur vie à eux et ils n'établissaient pas très bien le lien entre ce qu'ils faisaient pour se préparer et ce sur quoi ils débouchaient. Le lien n'était pas fait, en tout cas pas suffisamment. C'est difficile de généraliser. Je pense qu'aujourd'hui c'est une idée maîtresse, à la fois de ceux qui ont la charge de l'université, de l'emploi, du travail, de la marche de nos affaires et des jeunes, que de travailler pour un résultat pratique tout en préservant la part éminente de ce qui n'est pas pratique ou qui l'est le plus éminemment, c'est-à-dire la formation de l'esprit.
Yves MOUROUSI.- L'autre jour, je parlais du clin d'oeil avec ce drapeau européen, quand vous êtes intervenu avant-hier soir à la télévision pour parler de l'Europe, de notre Europe, de ce que vous avez appelé "votre" Europe en vous adressant aux téléspectateurs, je me demandais si dans ce "votre" Europe il n'y avait pas aussi cette Europe plus particulièrement destinée aux jeunes, qu'ils auront à connaître en particulier à partir de 1992 ?
- LE PRESIDENT.- Les jeunes sont déjà et seront plus encore les véritables moteurs de l'Europe à venir. Je crois qu'ils perçoivent mieux que les générations précédentes, j'allais dire que la génération fondatrice, ils perçoivent mieux encore la nécessité de l'Europe. Ils ont dans l'esprit une certaine dimension : non seulement ils connaissent le monde, par tous les moyens d'information qui leur sont aujourd'hui distribués, mais encore ils sentent bien qu'un seul pays, ce sont des limites trop étroites. J'ai déjeuné récemment avec une association d'étudiants européens. On a beaucoup discuté. Le problème qu'ils me citaient en premier - et j'en étais d'accord avec eux - c'était ce qu'on appelle le projet Erasmus, du nom d'Erasme, donc un grand esprit qui a marqué son époque, et qui peut très bien signifier l'avènement de l'université au sens européen, où l'on se sent chez soi, que l'on soit à l'université de Cologne, à celle de Padoue, à la Sorbonne, à Montpellier, à Salamanque, à Coïmbra, à Heidelberg. Et cet esprit qui vient du Moyen-Age est en train de revenir au premier -plan. Le projet Erasmus, ou tout autre formule, permettra aux étudiants de commencer leurs études ici, à Oxford - ça c'est déjà fait - de continuer à la Sorbonne, d'achever à Heidelberg, en même temps de s'initier aux différentes langues principales de l'Europe et enfin de pouvoir se destiner à un métier qui leur permettra, indifféremment, parce que les portes seront ouvertes, théoriquement, et je l'espère pratiquement à partir du début de 1993, d'aller s'installer là où ils ont envie de s'installer ou bien là où l'emploi se propose, aussi bien en Ecosse, que dans le sud de l'Italie, en Espagne ou en Grèce et pas simplement dans l'étroit horizon de leur région, même si leur région de France n'en reste pas moins fort attractive.
'suite sur la coopération universitaire européenne' Yves MOUROUSI.- Vous n'avez pas peur, monsieur le Président de la République, d'un certain protectionnisme ? Vous avez cité Oxford, prenons cette université-là. Vous n'avez pas peur que les Anglais bloquent le système ? Est-ce que vous croyez, vous qui êtes un européen convaincu, qui sur d'autres matières avez eu à discuter souvent avec vos partenaires, est-ce que vous n'avez pas l'impression que, sur le -plan universitaire, ça va traîner des pieds ?
- LE PRESIDENT.- Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, l'ensemble des pays ou presque, qui participent aujourd'hui à la Communauté, ils sont douze, trainent les pieds même sur ce projet qui touche la jeunesse. Il faut constamment insister pour faire comprendre que ce fameux projet Erasmus doit sortir et que l'on cesse de mégoter sur les millions qui lui sont nécessaires. Or, la plupart des pays, c'est comme çà, sont préoccupés par autre chose et retardent le moment où leur jeunesse vivra européen. Or cette jeunesse y aspire, il faut ouvrir tout grand les portes de l'avenir. En tous les cas, moi, je milite pour cela.
- Yves MOUROUSI.- Dans les deux bateaux Oxford et Cambridge, chaque année, cette grande compétition d'aviron, il pourrait y avoir, je ne sais pas, trois Anglais, un Belge... Vous croyez qu'on arrivera jusque là ?
- LE PRESIDENT.- Ce ne sont pas des concours sportifs...
- Yves MOUROUSI.- Non mais entre nationalités, où s'opposent les représentants de l'université de Cambridge...
- LE PRESIDENT.- S'il y a un remarquable rameur qui est d'origine française, belge ou luxembourgeoise, je pense qu'il serait admis d'office dans l'équipe d'Oxford ou de Cambridge. En tout cas, si les mentalités n'y sont pas prêtes, il faut les y conduire et je suis sûr que les plus jeunes, mais aussi les un peu moins jeunes, ceux qui ont déjà 18, 20 ans, c'est leur espérance, c'est leur aspiration.
- Yves MOUROUSI.- C'est vrai, quand on parle de projet européen technologique, c'est Eurêka, universitaire c'est Eramus, il faut toujours regarder vers l'antiquité, j'allais dire pour...
- LE PRESIDENT.- C'est merveilleux que de chercher les voies de l'avenir dans les racines du passé ; c'est la plus belle continuité de la voie humaine, c'est la civilisation qui se perpétue et qui doit se transformer ; donc je trouve très beau qu'on ait trouvé ces noms qui ont une grande valeur symbolique, qui reposent sur un humus, un terreau historique très puissant et qu'en même temps cela dessine tout ce qui devra être fait demain. Assurément, on ne pouvait pas penser, au temps d'Archimède, à ce que serait les accords entre 250 entreprises européennes, de la Norvège jusqu'à l'Espagne, etc... on ne pouvait pas penser non plus, Erasme n'y pensait sans doute pas, mais tout de même, sa vie à lui, sa formation intellectuelle, sa possibilité de voyager, c'était l'Europe dans laquelle nous sommes, qu'à travers les siècles nous soyons allés en nous rétrécissant. L'Europe s'est refermée sur ses nationalismes, il faut, je le répète, ouvrir les portes.
Yves MOUROUSI.- Alors, l'université puisque nous sommes au Salon de l'étudiant, elle va en s'ouvrant, en s'agrandissant ; moi ce qui m'a frappé ce matin lors de votre visite c'est que vous avez rencontré des jeunes techniciens, des européens convaincus pour toutes les branches scientifiques ou technologiques, vous avez rencontré des jeunes créateurs, la Sorbonne, l'Ecole des Chartes, ce que Bernard-Henri Levi appelle les intellectuels, l'éloge des intellectuels et il rappelait cette phrase de Barthes "Tout à coup il m'est devenu indifférent d'être moderne". Alors, est-ce que l'université doit être condamnée à assumer le modernisme de demain ou peut-elle encore, malgré cette dynamique-là, conserver son rôle de réflexion ?
- LE PRESIDENT.- Je pense qu'il est très artificiel de séparer ces deux termes. L'université doit contribuer à former les jeunes qui ont vocation à franchir les différentes étapes de l'intellect, du savoir, de la connaissance et, dans ce savoir, bien entendu, il faut comprendre la connaissance d'un métier mais, en même temps, l'université a pour objet, c'est sa matière même, que de développer les forces de l'esprit. Il faut bien entendu qu'il y ait un savoir, encore faut-il développer la capacité à enregistrer ce savoir. Moi, je ne vois pas où est l'opposition. Simplement, il y a des tempéraments, il y a des natures, il y en a qui préfèrent aller vers des métiers dans lesquels ils s'absorberont tout entier, dans lesquels ils manieront des objets, ils les transformeront, ils les échangeront, c'est très bien, ça peut faire appel à de grandes ressources intellectuelles au demeurant, et il y a ceux qui préfèreront des études abstraites. Elles sont nécessaires, voyez dans les mathématiques, s'il n'y avait pas ces études abstraites il n'y aurait pas d'applications. Dans le domaine purement philosophique ou littéraire, il faut qu'une société soit inspirée, qu'elle soit pénétrée par de grandes idées ; finalement ces idées-là, elles commandent tout le reste, donc je ne vois pas d'opposition dans les deux cas.
'Suite sur les métiers techniques'
- Yves MOUROUSI.- S'ils ne sont pas les parents pauvres, justement, de cette université, dynamique, extrêmement pressée de gagner...
- LE PRESIDENT.- S'ils devenaient les parents pauvres, ce serait une erreur.
- Yves MOUROUSI.- Ce serait l'erreur de l'enseignement technique avant.
- LE PRESIDENT.- On serait passé d'un excès à l'autre. Autrefois l'université était un peu trop isolée. Elle s'attachait, ce qui était fort heureux, à la formation des esprits, elle se désintéressait un peu de ce que les jeunes gens feraient ensuite dans la vie : leur carrière, leurs débouchés, leur façon de vivre, comment élever leur famille, etc... Mais aujourd'hui on aurait peut-être un peu trop tendance, pour compenser cette défaillance, à dire aux jeunes qu'ils n'ont qu'à se préoccuper de leur métier. Comme, à cause du chômage, l'angoisse est là, je comprends que la plupart des étudiants soient davantage intéressés par cette préoccupation que par une autre. Mais j'assure que si l'université devait se détacher de tout ce qui est l'alma mater, de ce qui est la matrice même de toutes les formations - oui, les sources de l'intelligence, les intellectuels - alors elle tournerait le dos à ce qu'elle était elle-même.
- Yves MOUROUSI.- Cette exposition me faisait penser ce matin a l'éloge des claviers, de l'ère des claviers, qu'ils soient clavier minitel, clavier d'informatique et alors, l'éloge des intellectuels...
- LE PRESIDENT.- Pour faire marcher ces claviers, ce n'est pas si commode, il faut déjà savoir des choses...
- Yves MOUROUSI.- Il faut être technicien...
- LE PRESIDENT.- Il faut déjà savoir des choses : un technicien ne doit pas être considéré comme un rouage. D'ailleurs ce n'était pas dans votre esprit, ce n'est pas simplement un rouage qui exécute les consignes qui lui viennent de l'extérieur et qui confie ensuite à une machine le soin d'en tirer les conséquences. C'est mieux que ça. C'est un intermédiaire actif, c'est un acteur. Mais il y a aussi ceux qui ont inventé ces techniques, ceux qui ont inventé cette science, ceux qui ont inventé les logiciels ; mais pour inventer les logiciels, il fallait une très grande formation en mathématiques pures, il fallait connaître la physique ; et pour remplir ces logiciels, il faut avoir une culture, il faut savoir ce que signifient les mots, les vocabulaires ; ce sont des dictionnaires ambulants que les hommes et les femmes qui fabriquent tout cela. La culture dite intellectuelle ne peut pas être séparée de la culture technique même si, bien entendu, on se spécialise parce qu'il y a les tempéraments et parce qu'il y a les exigences de la vie.
- Yves MOUROUSI.- Les universités de demain sont les claviers plus l'intelligence ?
- LE PRESIDENT.- C'est la synthèse. Toujours la synthèse.
Yves MOUROUSI.- Vous allez lire peut-être dans l'après-midi un sondage qui va être publié par notre confrère "L'Express" qui a été réalisé par l'Institut de Louis Harris auprès d'élèves de seconde, de première, de terminale et de deux années de supérieur.
- Je peux vous donner quelques chiffres. Ce qui compte le plus pour ces étudiants ou ces lycéens qu'on a interrogés, ce sont les études. C'est à peu près normal, ils sont en plein dedans. Mais ce qu'il y a juste derrière, ce sont les copains d'abord - excusez-moi pour Brassens - la famille, l'amour, la carrière. C'est un assez bon classement, ça vous paraît, vous humaniste, ça vous paraît assez bien ?
- LE PRESIDENT.- J'aurais besoin d'y réfléchir. Vous me prenez de court.
- Yves MOUROUSI.- Les copains, ça doit vous faire plaisir, l'amitié ?
- LE PRESIDENT.- Oui, mais quelle est ma première réflexion ? C'est qu'au fond c'est un sondage de proximité. C'est jeunes qui ont été consultés, ils réagissent par -rapport à leur environnement immédiat, plutôt que par -rapport à l'environnement lointain, par -rapport à ce qui est leur vie de tous les jours, et en plus, je vous le répète, le chômage, les difficultés de société, l'angoisse sur l'avenir etc, etc... Deuxièmement les copains, c'est avec eux qu'on vit. Alors vous me disiez en troisième lieu ?
- Yves MOUROUSI.- Famille, amour, carrière.
- LE PRESIDENT.- Oui la famille, ces jeunes continuent lorsqu'ils ont cette chance, d'avoir autour d'eux leur famille.
- Yves MOUROUSI.- Enfin cela ne vous surprend pas ?
- LE PRESIDENT.- Cela ne me surprend pas.
- Yves MOUROUSI.- Cela ne vous surprend pas non plus que la politique arrive bonne dernière avec 1% des intérêts ?
- LE PRESIDENT.- C'est une chose encore un peu abstraite, un peu lointaine, plus tard ils verront. Vous savez c'est une constante. Moi j'entendais dire la même chose, sans sondage, lorsque j'étais étudiant, avant la dernière guerre mondiale.
- Yves MOUROUSI.- Lorsque vous étiez étudiant, vous entendiez les inquiétudes qui s'appelaient chômage, terrorisme, SIDA, racisme et guerre ?
- LE PRESIDENT.- Guerre, oui, puisque ma génération, à vingt ans, a débouché sur une guerre. Et qu'elle était née pendant une guerre, ça oui. On aurait mis la guerre au premier rang. Les autres, non.
- Yves MOUROUSI.- Ils disent l'université est bonne, il n'y a pas besoin de la changer en profondeur, il n'y a qu'à mieux l'adapter à notre monde.
- LE PRESIDENT.- Je crois que c'est le sentiment moyen. Je crois vraiment. Et l'université, ce n'est pas si mal | Simplement, de temps en temps, un certain nombre de personnes responsables se hasardent à imaginer la nécessité de réformes qui ne s'imposent pas. Cependant tout bouge et tout change. Alors le besoin est bien exprimé : s'adapter, par une série de mouvements, à l'économie, sans vouloir tous les trois ans, quatre ans, cinq ans, réformer les structures. S'adapter au temps qui bouge.
'suite sur les préoccupations des jeunes'
- 'LE PRESIDENT' Je voulais revenir sur une question précédente, lorsque je vous disais que dans ma jeunesse, c'était la guerre. Mais j'aurais dû compléter, car dans ce sondage, 'sondage Louis Harris sur les préoccupations des jeunes' vous citez en deuxième le terrorisme ; le terrorisme en tant que tel n'existait pas à cette époque, sous cette forme. Mais il y avait quand même un développement formidable, terrible, à une époque où se trouvaient à la fois sur le sol de l'Europe, Hitler, Mussolini, Franco, Salazar, Staline et quelques autres... C'était une autre forme de terrorisme, le fanatisme, l'esprit de système, l'intolérance et déjà dans certains camps de concentration en Allemagne, le racisme allant jusqu'à la mort, la torture et la mort. Donc cette forme de terrorisme-là occupait nos débats, nos querelles, engageait des passions, animait en profondeur la vie politique. La guerre, mais aussi cette forme de guerre de l'esprit qu'est le racisme ou l'esprit totalitaire : ça c'était notre vie |
- Yves MOUROUSI.- Puisque vous êtes revenu à l'histoire, je ne pensais pas terminer par là, mais je vais vous poser la dernière question : est-ce que ces personnages que vous venez d'évoquer ne sont pas arrivés un jour, j'allais dire sur ce marché du terrorisme et du fascisme parce que, à un moment, les étudiants ou la population face au monde politique projetaient à 1 % les préoccupations, le regard sur le monde politique.
- LE PRESIDENT.- Si on voulait rechercher les origines du terrorisme, il faudrait d'abord dire des terrorismes...
- Yves MOUROUSI.- Ces hommes que vous évoquiez historiques ?
- LE PRESIDENT.- Oui, je pense que la façon dont se sont développées certaines actions dans les années 1930 et 1940 et par la suite, et même auparavant, je pense que ces comportements ont finalement inspiré, à distance, sans parfois qu'on s'en aperçoive, les idéologies qui aujourd'hui préfèrent finalement la mort à la vie.
- Yves MOUROUSI.- Oui, en tout cas il y avait peu de gens qui s'intéressaient à la politique, ce qui permettait à quelques dictateurs de faire leur apparition.
- LE PRESIDENT.- L'esprit démocratique, cela s'apprend et cela se vit et à mesure que le temps passe, dans une Europe démocratique, douze pays démocratiques, comptez le nombre de ceux qui l'étaient à l'époque dont je vous parle, et vous verrez quand même que la démocratie est en marche. Si elle fait encore des progrès dans l'Europe et par l'Europe, alors ces phénomènes s'éloigneront de nous. Il faudra pourtant se méfier parce que même à l'intérieur de notre société française, vous voyez à tout moment apparaître comme des stigmates ou des tentations d'en revenir à des intolérances. Il faut être très vigilant, en commençant à l'université.
- Yves MOUROUSI.- Ca vous crée du baume au coeur que quelquefois les étudiants crient "Tonton avec nous" ?
- LE PRESIDENT.- Ca m'est agréable, plus agréable que le contraire.
- Yves MOUROUSI.- Alors je vous laisse, si vous le voulez, continuer votre visite, merci monsieur le Président de la République de vous être arrêté ici.

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