Message de M. François Mitterrand, Président de la République, adressé aux maisons familiales rurales pour leur cinquantième anniversaire, sur la spécificité de leur rôle éducatif, Paris, mardi 19 mai 1987. | vie-publique.fr | Discours publics

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Message de M. François Mitterrand, Président de la République, adressé aux maisons familiales rurales pour leur cinquantième anniversaire, sur la spécificité de leur rôle éducatif, Paris, mardi 19 mai 1987.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Assemblée générale de l'Union nationale des maisons familiales rurales à Annecy du 19 au 21 mai 1987

ti : La longue expérience des Maisons familiales rurales porte en elle-même des leçons qu'il est d'autant plus nécessaire de méditer que, dans un monde en mutation rapide, parfois imprévisible et contradictoire, l'éducation constitue l'effort collectif et individuel qui peut le mieux assurer l'avenir.
- C'est dire l'importance que l'éducation prend dans une société moderne, la place qu'elle occupe dans la politique et dans la prospective d'une nation. Encore faut-il bien se pénétrer de ce que, dans cette perspective même l'éducation prend un sens différent de celui qu'elle avait. Elle n'a plus pour mission centrale de transmettre un savoir établi, éprouvé, assuré ; elle a pour tâche, sur la base de connaissances élémentaires toujours essentielles, de développer une curiosité, un goût, une méthode qui permettent à chacun de compléter et parfois de changer son savoir au fil des ans.
- Ce n'est point dire que l'école perd sa grandeur, c'est dire qu'elle ne la trouve pas dans un repliement sur soi et dans la pédagogie de la connaissance établie, mais dans l'ouverture au monde et dans une pédagogie pour la connaissance à venir. C'est dire que la leçon des choses retrouve dignité à côté de l'enseignement des lois. C'est dire enfin, et peut-être surtout, que chaque être devenant tout au long de sa vie, et très largement, l'artisan de son propre savoir, chaque élève doit être accueilli tel qu'il est et conduit par une pédagogie adaptée.
- Apprendre, apprendre à être, apprendre à apprendre ne font plus qu'un seul et nul ne peut faire fi d'une seule de ces conquêtes essentielles par lesquelles se construisent les destinées individuelles et la destinée collective.
- Défendre la nation, c'est d'abord construire une société où chacun a faculté d'épanouir totalement ses capactiés. Si l'intérêt national ne se réduit pas en effet à la somme des intérêts individuels, la capacité nationale est bien fondée sur la somme et l'organisation des capacités individuelles. Et notre tâche est de les développer toutes en aidant chacun à exploiter pleinement tout ce dont il est capable, où que cette mise en valeur le conduise, dans le respect de l'intérêt commun. Là sont cette qualité et cette égalité du système éducatif dont l'Etat est le seul garant, dont il est aussi l'acteur.
- C'est dans cette perspective que s'inscrivent les Maisons familiales rurales avec cette grande originalité qui est la leur et que ce cinquantième anniversaire permet de célébrer comme il convient.
La première caractéristique de votre mouvement 'Maisons familiales rurales' réside dans le fait qu'il a dès l'origine fondé sa pédagogie, son existence même sur l'association intime des familles et du lieu d'enseignement collectif. Cela entraîne des conséquences importantes.
- Le rôle de la famille est affirmé. Ce qui allait de soi il y a cinquante ans prend valeur nouvelle alors que cette cellule s'est profondément modifiée. Nul ne la remplacera ; il faut le proclamer tout en étant prêt à faire en sorte que le système éducatif compense celles des inégalités dont elle peut être la cause.
- Mais entre la famille et la Maison familiale il y a alternance. Cette pratique est en elle-même porteuse de beaucoup d'éléments positifs. Elle associe l'approche inductive et l'approche déductive de la connaissance. Elle associe la leçon des choses et la leçon des livres. Mais elle engage les parents dans le processus éducatif, les faisant ainsi en même temps éducateurs et élèves.
- Ainsi la Maison familiale devient comme naturellement lieu d'éducation continue, ouvert aux enfants et aux adultes tout en même temps. N'est-ce pas votre mouvement au demeurant qui, anticipant les évolutions aujourd'hui évidentes, a prôné que l'on cesse de partager la vie de chacun en trois temps : celui de l'apprendre, celui de l'agir et celui du loisir, pour considérer enfin qu'apprendre, agir et loisir sont trois fonctions qui se complètent en des équilibres changeants aux différents âges de la vie |.
Une autre caractéristique de votre mouvement 'Maisons familiales rurales' est qu'il se veut rural. Dépassant l'approche professionnelle agricole, il entend répondre aux besoins d'un milieu tout entier, dans sa complexité et dans sa rapide évolution. Moins indifférent que quiconque aux exigences de l'agriculture, il refuse de s'y enfermer ; il fait du milieu rural sa dimension au moment où, à cause de l'urbanisation, de l'évolution technique de l'agriculture même et des problèmes que l'environnement pose à toutes les sociétés modernes, ce milieu est à la fois menacé et revendiqué comme un héritage à sauvegarder dans l'intérêt collectif.
- Au cours de votre existence déjà longue, votre conception des choses n'a cessé de se consolider en se transformant parce que vous êtes conscients de ce que, pour notre société tout entière, il s'agit moins de changer que de croître, moins de nier que d'affirmer.
- Vous démontrez aujourd'hui, en cette assemblée, que vous vous préparez pour les cinquante ans qui viennent à évoluer beaucoup plus que vous ne l'avez fait dans les cinquante ans passés. Ainsi, sans prétendre dire ce que sera demain, vous vous préparez à le faire.
- Car en formant les femmes et les hommes, les éducateurs, nous avons tous l'immense tâche de préparer un avenir que nous ne pouvons pas connaître, que nous ne pouvons que vouloir.

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