Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au dîner offert par M. Hassan Gouled Aptidon, Président de la République de Djibouti, sur les relations bilatérales - notamment militaires - entre la France et Djibouti et l'aide au développement, Djibouti, mardi 22 décembre 1987. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au dîner offert par M. Hassan Gouled Aptidon, Président de la République de Djibouti, sur les relations bilatérales - notamment militaires - entre la France et Djibouti et l'aide au développement, Djibouti, mardi 22 décembre 1987.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel à Djibouti les 22 et 23 décembre 1987

ti : Monsieur le Président,
- En arrivant en République de Djibouti, je souhaite d'abord vous dire combien je suis heureux de pouvoir vous exprimer l'amitié, le respect et l'estime de la France. Estime pour votre peuple d'abord, mais aussi estime pour vous-même, monsieur le Président, j'ai le bonheur de vous connaître depuis longtemps, mais nous avons scellé amitié au cours des dernières décennies.
- Voici qu'aujourd'hui nous sommes responsables, vous, déjà depuis longtemps, responsable au plus haut niveau de nos deux Républiques.
- Je tenais donc à vous retrouver ici même dans le -cadre de mes fonctions. Il se trouve que je suis le premier Président de la République française depuis votre indépendance à venir faire visite. Peut-être y avait-il trop longtemps que nous avions échelonné ces grands rendez-vous. Soyez sûr, monsieur le Président, que notre rencontre d'aujourd'hui et de demain permettra de resserrer des liens que les Djiboutiens et les Français vivant dans ce pays ou servant dans ce pays ont constamment maintenus.
- Voici quelques jours, vous le rappeliez à l'instant, Djibouti célébrait le centenaire de sa capitale après avoir fêté le 27 juin dernier, le dixième anniversaire de son indépendance. La France a été associée étroitement à ces jours de lienne et je sais aussi la part que vous avez réservée à ses représentants.
- Vous avez souhaité que cette dixième année ne s'achevât pas sans que le Président de la République vînt en personne rappeler notre vieille amitié, déjà vieille amitié : me voici donc à vos côtés. Et je célébrerai, je ne serai - pas le seul - avec tous mes compagnons de voyage, avec tous les invités de ce soir, la qualité et la pérennité des liens qui unissent nos deux pays.
- Ces relations sont celles qu'ont tissées cent vingt-cinq ans d'une histoire commune. Solidarité éprouvée lors des deux guerres mondiales sur les champs de bataille de l'Argonne, de la Marne et du Chemin des Dames ; et la France n'oublie pas ce qu'elle doit aux héros du Bataillon Somali décimé devant Verdun, et à ceux tombés plus tard dans les combats de la poche de Royan. Elle se souvient de leur sacrifice et sait que cette fraternité d'armes et de coeur demeure intacte, rien de ce qui touche votre peuple ne peut nous rester étranger.
- Cet héritage commun, vous l'avez, monsieur le Président, accepté, vous avez voulu que la France restât ici partenaire amical et désintéressé.
Vous êtes convaincu de la vertu du dialogue et la place qu'occupe aujourd'hui la République de Djibouti, "terre d'échanges et de rencontres", comme vous avez si bien dit, apporte la preuve de la justesse de votre conviction.
- Le dialogue que vous avez su nouer et entretenir avec tous vos voisins, ceux d'Afrique comme ceux qui sont situés au-delà du Bab El Mandeb, fait de Djibouti le lieu géométrique des négociations et des concertations dans toute la région.
- Ce n'est pas par hasard si le siège de l'Autorité intergouvernementale sur la sécheresse et le développement est implanté chez vous, si l'organisme chargé de prévenir la pollution marine dans le Golfe d'Aden doive prochainement s'y installer, si le Centre de reforestation de l'Est africain créé par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture y sera bientôt localisé.
- Ce dialogue, ou plutôt ces dialogues, que vous entretenez avec tous les Etats ont fait de Djibouti un "pays de confiance" et de son Président un sage de l'Afrique de l'Est, unanimement respecté et écouté. Il suffit d'avoir, c'est mon cas, participé à de multiples réunions avec vous, avec nos amis chefs d'Etat africains, pour savoir à quel point vos avis comptent.
- Mais cette politique d'ouverture au monde n'aurait pas connu un tel succès si vous n'aviez appliqué votre volonté exigeante à rassembler dans une même nation tous les peuples qui composent la République de Djibouti, car vous vous êtes fait à la fois l'artisan de son indépendance et le maître-ouvrier de son unité.
- Vous êtes issu d'une terre au relief admirable, dont l'activité essentielle est fondée précisément sur la communication et l'échange. Depuis des temps immémoriaux les caravanes venues du pays de Pount rencontraient au port de Tadjourah les boutres de l'Arabie heureuse que les vents alizés poussaient vers les rivages de la côte orientale de l'Afrique.
- Cette tradition d'ouverture, vous l'avez illustrée lors de la proclamation de votre indépendance en rejoignant à la fois les rangs de la Ligue arabe et ceux de l'Organisation de l'unité africaine, en décidant, en toute souveraineté, de poursuivre avec la France un dialogue privilégié et en proclamant l'appartenance de Djibouti au monde francophone.
- Sous votre autorité, par l'effort de votre peuple, avec l'appui de nombreux pays amis, Djibouti vient de connaître dix ans d'un essor considérable dans la paix. Vous avez su développer vos infrastructures, faire de votre République une place commerciale et financière promise à un réel avenir, bref un pôle de développement.
Je souhaite, comme vous-même, que les nombreux atouts de Djibouti incitent les investisseurs français à s'intéresser davantage à cette "oasis de paix, de liberté". La France constate, dès à présent, que ses entreprises sont actives dans votre pays, que ses coopérants civils et militaires - dont vous avez souhaité le -concours - prennent une part importante à la construction du développement.
- Djibouti a également souhaité que, main dans la main avec la jeune armée djiboutienne, un certain nombre de soldats français puissent participer à des tâches d'intérêt économique et social, qui sont, je le crois, très appréciées des populations bénéficiaires. La France connaît la qualité de l'accueil que le peuple djiboutien réserve à ses ressortissants, tout récemment encore, à l'occasion des escales du groupe aéronaval français, et cet accueil restera dans le souvenir de nos jeunes marins comme des jours d'intense amitié.
"Pays linguistiquement enclavé", selon l'expression que vous avez créée, monsieur le Président, au récent Sommet de Québec, Djibouti - sans rien renier de son passé - a choisi, dès son indépendance, d'appartenir à ce monde-là, le nôtre, ce monde francophone.
- Nous venons d'inaugurer à Paris, l'Institut du monde arabe qui sera, je le crois, un haut lieu de culture, un foyer de rayonnement. Comptant de très nombreux amis parmi les pays arabes, la France sait combien est profond l'enracinement de Djibouti dans le monde musulman.
- Il n'y a pas de rivalité mais complémentarité entre l'appartenance à ces deux grandes civilisations et l'épanouissement de Djibouti dans cette double fidélité. Ciment de l'unité nationale, de votre unité nationale, la langue française parachève l'image de Djibouti, terre dont j'ai déjà dit qu'elle était de fraternité et - je le souligne - des droits de l'homme. Votre pays est, monsieur le Président, dans la corne de l'Afrique, au contact du monde arabe auquel le rattache tant de liens, ce pôle avancé que je définissais tout à l'heure, et l'image qu'il en donne est un sujet de fierté pour vos amis.
La France sait que votre action personnelle a constitué un élément déterminant dans l'approfondissement de nos relations. J'ai évoqué à l'instant vos participations très actives aux conférences des chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique et de France ; et j'y ai constaté, - vous le savez bien, c'était encore, récemment à Antibes - la convergence de nos vues.
- Djibouti a d'autant plus de mérite d'être un hâvre de paix que la région qui vous entoure - on en conviendra - et, au-delà, l'Afrique tout entière connaissent de considérables difficultés.
- Les conflits régionaux, la famine, la sécheresse, affectent gravement la vie de populations entières. Et si la communauté internationale se préoccupe d'apporter les secours d'urgence qu'exige cette détresse, nous sommes encore bien loin du compte.
- Pour faire face à l'adversité, pour appuyer nos propres efforts, l'Afrique souhaite bénéficier du -concours des pays industrialisés, et parmi ces pays-là, la France.
- J'ai déjà eu l'occasion de vous le dire : la France en ces domaines comme en tant d'autres, est solidaire du continent africain tout entier. Elle est solide, elle est disponible dans la mesure de ses moyens. Nous aussi, monsieur le Président, nous sommes dans la crise et nous en supportons les effets ; mais, dans la mesure de nos moyens, nous sommes disponibles, à la fois pour faire avancer les grands dossiers économiques, financiers, et pour contribuer à l'apaisement des tensions.
- Diversité, qualité du dialogue, dialogue privilégié pour la France et l'Afrique. Tout cela fait que mon pays souhaite voir progresser la solution de problèmes comme ceux de la dette sur laquelle nous avons pris des positions dans les enceintes internationales qui ont fait de notre pays, la France, - c'était le cas à Venise récemment, c'était aussi le cas à l'assemblée des Nations unies - a entrepris une sorte de croisade pour défendre l'idée qu'il convenait d'imaginer d'audacieuses solutions pour répondre aux questions qui nous sont posées.
Ma visite officielle en République de Djibouti témoigne de l'importance que nous accordons aux liens dont je viens de rappeler l'importance. J'ai dit à l'instant la relation confiante et amicale qui nous unissait à travers le temps, au-delà de nos responsabilités politiques. C'est important que des responsables puissent s'entretenir en confiance. J'ai grande confiance, monsieur le Président, dans votre jugement et dans le témoignage de votre fidélité aux liens traditionnels.
- Je vais à mon tour selon l'usage, lever mon verre. Je le ferai d'abord, bien entendu, en votre honneur : ce seront des voeux de santé pour vous-même, pour les vôtres, celles et ceux qui vous sont chers, pour le peuple djiboutien, pour tous ses responsables. Je lève mon verre à la paix, à la sécurité, à la réussite de nos efforts, je célébrerai la gratitude que nous devons à ce peuple et à cet Etat qui reçoivent si bien les Français, militaires et civils, et qui proclament notre amitié.
- Vive la République de Djibouti,
- Vive la France.

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