Déclaration de M. Michel Rocard, Premier ministre, sur la position et les décisions de la France face au conflit du Golfe persique, à l'Assemblée nationale le 27 août 1990. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Rocard, Premier ministre, sur la position et les décisions de la France face au conflit du Golfe persique, à l'Assemblée nationale le 27 août 1990.

Personnalité, fonction : ROCARD Michel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Session extraordinaire du Parlement sur le conflit du Golfe à Paris le 27 août 1990 à la suite de l'occupation du Koweit par l'Irak

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,


Le conflit du Golfe n'est pas, ne peut pas être selon nous, un conflit entre le Nord et le Sud.

C'est pratiquement l'ensemble de la communauté des nations, du Sud comme du Nord, qui condamne les agissements intolérables des autorités de Bagdad.

Ce conflit n'est pas non plus celui des riches contre les pauvres. L'Irak n'est pas un pays pauvre et ceux qui le condamnent le sont souvent bien davantage et appauvris encore par les hausses du cours du pétrole.

Ce conflit n'est pas davantage un conflit entre Occidentaux et Arabes. D'abord parce que nous lie au monde arabe une longue tradition à laquelle nous sommes attachés. Ensuite parce que ce serait donner à Saddam HUSSEIN un crédit qu'il n'a pas que de croire un seul instant qu'il représente le monde arabe. Enfin parce que d'autres pays arabes beaucoup plus responsables l'ont condamné avec la plus extrême fermeté. Et tout ce que je viens de dire du monde arabe s'appliquerait également mot à mot au monde musulman.

Ce n'est pas même, enfin, un conflit contre le peuple irakien dont on ne sache pas qu'il ait eu son mot à dire.

On ignore ce que serait sa volonté s'il pouvait l'exprimer. Mais nous savons ce que vaut l'enthousiasme spontané et supposé des foules dans des systèmes non démocratiques.

Saigné à blanc pendant huit ans par une guerre meurtrière, le peuple irakien sait déjà dans sa chair ce que c'est qu'un conflit. Des centaines de milliers de morts et combien de blessés, les veuves, les orphelins sont des réalités qu'aucune propagande officielle ne fera jamais oublier.

Non, Mesdames et Messieurs, le conflit ne nous oppose ni au peuple irakien que nous serions plutôt portés à plaindre, ni au monde arabe ou au monde musulman que nous respectons, ni aux pays pauvres que nous aidons, ni au Sud dont nous sommes activement solidaires.

Dans ce conflit nous refusons des agressions qui piétinent les principes élémentaires du droit international. Nous refusons une invasion et une occupation qui bafouent le droit des gens. Nous refusons enfin la plus intolérable des formes de chantage que constitue la pratique ouverte et massive de la prise d'otages.

L'auteur de ces actes ne peut esquiver sa responsabilité. Il a décidé de se faire l'adversaire du droit et de la communauté internationale. Il est donc notre adversaire dans ce conflit aussi longtemps qu'il n'y aura pas mis fin, notre seul adversaire, mais un adversaire dangereux que ne semble retenir aucun principe non plus qu'aucun scrupule.

Aux premières heures du 2 août, l'Irak a envahi le Koweït.

Bagdad avait reconnu dès 1963 l'indépendance du Koweït, mais ne s'y était jamais résigné. Les frontières entre les deux pays n'avaient pas été définitivement fixées. L'Irak continuait de revendiquer les iles de Boubiyane et Warba.

Depuis 1988 sont apparus d'autres sujets de litige. Estimant qu'il avait combattu l'Iran pour le salut du monde arabe tout entier, Saddam HUSSEIN n'acceptait pas que le Koweït ne consente pas à effacer la dette bilatérale. La politique pétrolière du Koweït était également dénoncée comme contribuant à la surproduction, donc à une baisse des cours dommageable pour l'Irak.

Depuis la mi-juillet, ce contentieux avait pris un caractère public et tant la Ligue Arabe que l'Arabie Saoudite et l'Egypte s'employaient à promouvoir une médiation.

Le 31 juillet, dans ce cadre, l'Irak rencontre le Koweït à Djeddah. Dès le lendemain, l'Irak suspend les pourparlers. La nuit même, c'est l'invasion, une agression brutale, conduite sans véritable souci de ménager les apparences, même si l'Irak affecte de justifier son action par l'appel, dont aucun observateur n'a recueilli l'écho, d'éléments koweïtiens supposés avoir renversé l'Emir. Trois jours plus tard, l'Irak annonce la formation d'un gouvernement provisoire koweïtien, composé d'officiers inconnus et dans lequel aucune personnalité koweïtienne n'a accepté d'entrer. Dès le 8 août, Bagdad renonce à cette fiction et proclame la fusion pure et simple du Koweït avec l'Irak.

L'invasion du Koweit et son annexion prétendue constituent des violations inacceptables du droit international. Ce ne sont ni les premières ni les seules nous dit-on, et on a malheureusement raison.

Mais ceci n'excuse pas cela. Et accepter ceci nous interdirait à tout jamais de lutter contre cela.

Certains invoquent aussi la nature du régime Koweïtien pour s'étonner qu'on prenne la défense de l'Etat du Koweït. Ce que nous voulons défendre, ce sont des principes universels. Et quelle serait la valeur de principes dont le respect varierait en fonction de la sympathie qu'on éprouve pour celui qu'ils protègent ? De plus, de quel droit l'Irak s'érigerait-il en juge d'un pays voisin. A-t-il les vertus qu'on attend d'un juge ?

On nous a dit aussi que la réaction était d'autant plus vive qu'étaient en cause des enjeux pétroliers.

Certes, et pourquoi donc le passer sous silence ? Le monde entier dépend de la ressource pétrolière. Le monde entier est à la merci des variations de son cours et les nations les plus pauvres, comme toujours, bien davantage que les nations les plus riches.

Or une Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole au sein de laquelle un seul pourrait dicter sa loi grâce à l'ampleur de la production captée, grâce à la menace militaire qu'il ferait peser sur ses voisins immédiats serait pour l'équilibre du monde une menace d'une extrême gravité.

Pour qu'une puissance considérable soit supportée par ses voisins et par le reste du monde, il faut, outre le respect constant du droit international, qu'elle ait un minimum de légitimité, un minimum de rationalité, un minimum de scrupules. Les trois feraient ici défaut.

Dès l'entrée des troupes irakiennes au Koweït, donc, tous les éléments du conflit étaient présents : l'élément juridique -l'invasion d'un Etat par un autre-, l'élément diplomatique -la réaction rapide et nette des Nations Unies-, l'élément politique -la crainte d'une déstabilisation qui pourrait devenir mondiale-.

Aussi est-ce sans la moindre hésitation que la France a aussitôt condamné l'agression irakienne. C'est sans le moindre délai qu'elle a pris l'initiative pour que des sanctions soient décidées par l'ONU. C'est sans la moindre tergiversation qu'elle en poursuit l'aggravation au fur et à mesure que l'Irak poursuit son escalade.

Car ce sont là les trois principes qui ont guidé l'action du Président de la République : fermeté, cohérence, continuité.

Fermeté en n'acceptant jamais l'inacceptable, en ne donnant jamais à croire ou à penser qu'on pourrait se résigner au fait injustement accompli.

Cohérence en mettant l'accent sur le droit international puisque c'est lui justement qu'il s'est agi de défendre en premier lieu. Ce qui signifie que nous avons placé notre action dans le cadre de la Charte des Nations Unies et que nous avons soutenu les résolutions les plus fermes que l'organisation mondiale ait jamais adoptées.

Continuité enfin parce que le Président de la République, soucieux comme nous tous de privilégier les solutions diplomatiques éventuelles, a toujours veillé à proportionner la réaction à la gravité de l'agression.

A la violation initiale du droit, la France a répliqué par des moyens juridiques.

A la tension dans les relations internationales, la France a répliqué par des moyens diplomatiques.

A la menace armée, la France a répliqué par des moyens militaires.

A chaque occasion, à chaque stade, le Président de la République s'est attaché à réagir et à agir dans l'instant et de manière adaptée, jamais trop vite ou trop fort et jamais trop timidement.

C'est de cette manière-là seulement que la France pouvait être prête à tout sans renoncer à rien et conserver l'espoir sans jamais céder à l'illusion. Beaucoup de modération d'un côté, mais nulle complaisance à l'égard de l'agresseur. Beaucoup de solidarité de l'autre côté, mais nul alignement sur quiconque.

Cette position a été bien comprise et par sa clarté intrinsèque et par le soin qu'a pris le chef de l'Etat d'envoyer des émissaires dans vingt trois pays. Le gouvernement profite de cette occasion pour les remercier à nouveau.

Tous les efforts se sont jusqu'ici heurtés à un mur. Aucun signe d'apaisement, mais, au contraire, de nouvelle provocations, des menaces, des offres de marchandage illusoire et indigne.

Provocation par l'exigence de fermeture des ambassades au Koweït, sur laquelle les douze ont réagi unanimement et bien d'autres avec eux.

Menaces avec celles qui pèsent sur tous les Etrangers utilisés comme otages, voire comme boucliers humains.

Offre de marchandages indigne en faisant miroiter le troc d'otages contre le renoncement à tout principe. Marchandage illusoire au demeurant car il est de la nature même du chantage de ne jamais prendre fin.

L'histoire nous a tous appris que lorsqu'on veut éviter un affrontement au prix d'un déshonneur, on a toujours l'un puis l'autre.

La situation des otages retenus en Irak est objectivement dramatique même si les autorités, à des fins de propagande, tentent de faire croire le contraire, y compris aux intéressés eux-mêmes.

Leurs familles et leurs gouvernements ne s'y trompent pas qui ont accès, eux, à la réalité de l'information grâce à une presse totalement libre ici, ce qu'elle n'est pas là-bas.

Aux Français, à tous les Français, nous devons tenir le langage de la vérité.

Oui nos compatriotes sont retenus en otages.

Oui leur liberté est entravée et peut-être leur vie menacée si se poursuit la logique de guerre.

Oui nous pouvons leur assurer le soutien ému, attentif et constant de toute la Nation. Leur sort est pris en considération dans chaque analyse, dans chaque décision.

Leur libération ne peut être négociée. Elle doit être immédiate et inconditionnelle.

Quel redoutable précédent serait en effet créé s'il suffisait à un pays de refermer ses frontières sur ceux qui les ont pacifiquement franchies pour mettre ensuite à genou le concert des nations ?

Les autorités irakiennes sont à nos yeux responsables du sort de chacun de nos ressortissants. Elles sont à nos yeux comptables de tout sang français qui viendrait à être versé en Irak ou au Koweït, quelles que soient les circonstances. Et, disant cela solennellement, le gouvernement sait qu'il parle en votre nom à tous.

Nous continuons à agir et sur tous les terrains naturellement.

Aux Nations Unies, c'est dès le 2 août, quelques heures seulement après l'agression, que le Conseil de sécurité condamne l'Irak et demande le retrait immédiat et inconditionnel de ses troupes. Notre pays, qui était évidemment parmi les initiateurs de cette condamnation, décide en outre de geler aussitôt les avoirs irakiens et koweïtiens. Quelques heures plus tard, à l'initiative de la France, les Douze se prononcent dans le même sens avant de décider, le samedi 4 août, toujours sur notre proposition, un embargo pétrolier et la suspension de toute coopération militaire, évidemment, mais aussi scientifique et technique avec l'Irak.

Depuis, nous n'avons cessé de faire en sorte, avec nos partenaires, que soient prises par l'ONU des sanctions globales d'une portée jamais atteinte auparavant. C'est chose faite depuis le 6 août et une nouvelle étape considérable a été franchie en ce sens avant-hier.

La solidarité européenne n'a pas manqué de se manifester dans le même temps. C'est à douze européens qu'on été prises des attitudes de particulière fermeté. C'est à l'initiative de la France que les neuf pays de l'Union de l'Europe Occidentale se sont réunis mardi dernier, en invitant à titre d'observateurs nos partenaires européens non membre de l'UEO, seule enceinte européenne compétente en matière de défense et de sécurité. Tous ont parlé d'une seule voix pour mettre en oeuvre une coordination de leurs actions militaires sur le terrain.

Dans les heures graves que nous vivons, un aspect positif s'est au moins dégagé qu'il ne faudra pas oublier : jamais, sans doute, la communauté internationale n'a réagi avec autant d'unité et l'ONU avec autant de détermination. Jamais non plus l'Europe n'aura été aussi rapide à se montrer solidaire et soudée.

C'était le fait de beaucoup de gouvernements qui, à l'instar des nôtres, avaient soutenu l'Irak lorsqu'il luttait contre la puissance hégémonique d'alors, pour empêcher le monde arabe d'en être submergé.

Aujourd'hui ils se retrouvent contre celui qu'il ont aidé hier, et je prétends que dans les deux cas ils ont raison : ce n'est pas eux qui ont changé, c'est l'attitude de l'Irak qui s'est retournée.

Sur le terrain, la France a mobilisé un dispositif militaire important, le second par les moyens mis en oeuvre après les Etats-Unis : outre le groupe aéronaval, la France dispose sur place de onze bâtiments de la marine nationale, auxquels s'ajoutent deux avions de patrouille maritime basés à Djibouti.

Le Clémenceau et son escorte (le croiseur anti-aérien Colbert et le pétrolier ravitailleur Var) feront mouvement vers le Golfe dès demain. Le Clémenceau a été gréé en porte-hélicoptères, version choisie pour sa souplesse d'emploi et la capacité d'actions terrestres. Nous gardons la possibilité d'envoyer le porte-avion Foch si cela apparaissait nécessaire.

Nous disposons d'autre part en réserve de forces stationnées à proximité (4 000 hommes) et nous sommes en train de déployer dans les Emirats arabes unis un escadron de reconnaissance du premier régiment de hussards parachutistes et deux unités de défense aérienne.

Enfin, la France apporte son aide et son soutien à plusieurs pays du Golfe : Arabie Saoudite, Emirats, Qatar, Oman.

Les missions de nos forces sont au nombre de quatre : contrôle de l'embargo, soutien aux Etats de la région menacés, dissuasion, protection de nos ressortissants.

S'agissant de l'application de l'embargo, nous avons accepté une coordination sur zone, destinée à accroître l'efficacité de l'action. Les forces demeurent naturellement sous leur commandement national et gardent la maîtrise de leurs missions.

En France même, le ministère des Affaires étrangères a renforcé les moyens mis à la disposition des familles des otages pour tenter de les informer. C'est une tâche difficile puisqu'à la rareté des informations précises s'ajoute l'angoisse légitime des familles. Croyez bien, en tous cas, que même si nous ne savons pas tout, du moins nous disons tout ce que nous savons.

Sur le plan politique, le Président de la République et nous-mêmes croyons qu'il est de l'intérêt du pays que toutes les forces qui le représentent puissent avoir accès aux mêmes informations que le gouvernement, et aux analyses qui s'en déduisent. C'est pourquoi je suis disposé, si les groupes parlementaires le souhaitent, à ce que chacun d'eux désigne une ou deux personnes de son choix pour participer, toutes les quarante-huit heures par exemple, à des réunions au cours desquelles je les tiendrai fidèlement informés de tous les aspects de la situation, sans préjudice de toute autre réunion qui pourrait être utile.

Si j'en étais empêché, le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères recevrait délégation à cet effet.

Sachez, en outre, que le Président de la République et le gouvernement sont disposés, si l'évolution de la situation d'ici au 2 octobre le rend nécessaire, à vous réunir à nouveau, à tout instant, de sorte que la représentation nationale soit étroitement associée à tout ce que la France entreprend.

Sur le plan économique enfin la position du gouvernement est de n'être ni alarmiste ni imprévoyant.

Trop de paramètres manquent encore pour évaluer précisément les conséquences économiques de la crise. Mais deux choses sont d'ores et déjà certaines : le renchérissement de la facture pétrolière et le risque d'inflation. Elles ne pourraient qu'être néfastes si elles n'étaient pas prises en compte rapidement ; elles seront moins douloureuses si nous réagissons vite, dès que tous les paramètres seront connus et analysés.

Entre le choc passager et la crise durable, entre le renchérissement du prix des matières premières et son envolée incontrôlable, nul ne sait ce qui prévaudra et c'est pourquoi il nous faut tout envisager.

Des experts du gouvernement, des syndicats, des entreprises travaillent en commun sur tous les scénarios. Nous attendons leurs conclusions et vous les connaitrez aussitôt. Nous ferons en sorte de n'être pas pris au dépourvu. D'ores et déjà, le blocage des marges sur les prix des produits pétroliers s'est avéré nécessaire. D'autres mesures difficiles le seront sans doute. Nous les prendrons sans hésiter, pour ne pas rendre indispensables des décisions ultérieures plus difficiles encore faute d'avoir réagi assez vite.

Nous espérons n'en avoir nul besoin, mais il serait irresponsable de ne pas l'envisager.

Mesdames et Messieurs, à beaucoup le Moyen-Orient parait loin. Mais l'imbrication des affaires du monde a aboli toutes les distances.

Les intérêts majeurs du monde, de l'Europe et de la France sont aussi directement en cause, là-bas, qu'ils pourraient l'être à nos propres frontières.

Nous le savons tous ici. Tous il nous faut l'expliquer aux Français.

Notre pays a vécu bien des heures dramatiques. Il n'est pas dans les moyens du premier venu de le faire reculer ou plier.

Mais il est en même temps de notre devoir de songer déjà aux suites, de penser au moment où cette crise sera derrière nous, quelles qu'en soient la date et les conditions.

Une politique de paix doit s'attacher à dissoudre à temps les causes de conflit.

La question palestinienne, depuis toujours, est une blessure pour les Arabes. Une blessure douloureuse, lancinante, une blessure que nous comprenons.

Sur ce sujet aussi le Conseil de sécurité a voté des résolutions. Et nous devons avoir le courage de reconnaître que, pour le moins, la communauté internationale n'a pas fait preuve d'une ardeur égale dans la poursuite de leur mise en oeuvre.

Une remarque de même nature pourrait être faite concernant le Liban auquel nous, Français, sommes si profondément attachés.

La deuxième cause d'instabilité sur laquelle joue Saddam HUSSEIN avec cynisme réside dans le sous-développement d'une grande partie du monde arabe. Je ne songe pas ici à l'Irak lui-même, deuxième producteur mondial de pétrole, mais, nous l'avons souvent dit et répété, la misère engendre la haine qui conduit à la guerre. Un Arabe sur deux a moins de dix-neuf ans et combien d'entre eux peuvent échapper au désarroi quand ils envisagent leur avenir ? Et il faudrait être sourd pour ne pas entendre, dans les fracas de la crise, des appels légitimes. Il nous faut, dès maintenant, réfléchir aux réponses et qu'elles soient à la hauteur de la demande.

Au-delà, depuis l'évolution récente et considérable de l'Est, il faut avoir conscience de ce que nous vivons dans un monde nouveau. D'un côté, un conflit généralisé est beaucoup moins plausible, et c'est heureux. D'un autre côté, en revanche, des affrontements locaux sont plus plausibles et menaçants. En perdant en ampleur, les hypothèses de guerres gagnent en probabilité.

Mais dans le même temps, et pour la même raison, la communauté internationale sort de quarante-cinq ans de paralysie.

Désormais, les agresseurs potentiels ne pourront plus compter avec certitude sur les divisions internes du Conseil de sécurité pour agir en toute impunité.

L'Organisation des Nations Unies est peut-être en passe de devenir l'autorité qu'elle avait vocation à être.

Mais pour l'immédiat c'est la crise qui l'emporte.

La cohésion nationale ne peut se trouver que dans la fidélité à nos valeurs communes et dans le souci constant de nos compatriotes menacés.

Aucun d'entre nous n'est belliciste et nous savons tous qu'il n'y a pas de guerre fraiche et joyeuse. Aucun d'entre nous n'envisage sans appréhension l'hypothèse même d'un recours à la force armée. Aucun d'entre nous ne l'a voulu ou ne le veut. Mais nul non plus ne se dérobera face à la situation créée par d'autres, s'il n'y a décidément aucun moyen de faire autrement dans le respect de nos principes.

Vous savez pouvoir compter sur la longanimité, la sagesse et la résolution du Président de la République.

Il sait pouvoir compter sur le dévouement, la disponibilité et la solidarité sans faille du gouvernement.

Et tous, au-delà des inquiétudes légitimes de chacun, au-delà des interrogations sur les suites à moyen et long terme, nous savons pouvoir compter sur la cohésion des élus de la Nation dans l'épreuve que le monde traverse.

Nous surmonterons cette crise comme notre pays les a surmontées toutes, en demeurant toujours lui-même, en sachant faire entendre ici et ailleurs certaine voix qui est propre à la France.

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