Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République à l'occasion de la réception de la communauté française vivant en RDA, à Berlin le 21 décembre 1989. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République à l'occasion de la réception de la communauté française vivant en RDA, à Berlin le 21 décembre 1989.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en RDA du 20 au 22 décembre 1989 ; réception de la Communauté française le 21 décembre 1989 au centre culturel de Berlin

ti : Mes chers compatriotes,
- Chaque fois qu'il m'arrive de visiter un pays étranger, j'ai coutume de rencontrer la communauté française qui vit dans ce pays. C'est ce que je fais ce soir en République démocratique allemande.
- Evidemment selon l'endroit où je me trouve les problèmes qui se posent aux Français, ou bien à ceux qui ont la double nationalité, une famille à la fois allemande et française, sont différents. Souvent ce sont des problèmes d'éducation pour les enfants, des problèmes pour les coopérants. On m'a dit que vous aviez des problèmes de change. Remarquez, vivant en RDA ou y venant, vous pouviez vous y attendre mais notre rôle est d'essayer d'arranger les situations difficiles.
- Vous vivez donc loin, pour la plupart d'entre vous, de votre pays la France. Pas tellement loin par la distance mais en raison de la configuration de l'Europe issue de la dernière guerre mondiale, assez loin par l'esprit, les usages et les traditions. Cependant, c'est bien l'Allemagne, un pays qui au travers de l'Histoire a occupé une place immense, pays de grande et de forte culture où des Français, j'imagine, trouvent des résonnances multiples et je dois dire qu'en dépit des conflits qui nous ont opposés, trois guerres en un siècle, en moins d'un siècle, deux guerres mondiales, on trouve dans ces pays, souvent, une compréhension qui parfois étonne le Français lorsqu'il n'a pas eu l'habitude de sortir à l'extérieur de ses frontières mais qui ne peut pas vous étonner vous qui, précisément, avez ce type d'expérience.
- Je ne suis pas venu vous apporter des nouvelles de la France. Vous en avez soit par vos relations familiales, soit parce que vous faites quelquefois le voyage, soit parce que vous lisez la presse ou écoutez les radios ou voyez les télévisions. Enfin, je puis vous apporter quand même le salut et le bonjour de ceux que je retrouverai moi-même dès demain après-midi.
J'ai été très heureux de pouvoir faire ce voyage en République démocratique allemande. Il se pose d'un coup tant de problèmes dans un pays comme celui-ci, ce n'est pas le seul en Europe de l'Est, d'une nature si nouvelle et pourtant sur des sujets, sur des problèmes constants qui ont toujours occupé l'humanité : la liberté, la façon de vivre. Mais cela va en même temps si vite que vous-mêmes, j'imagine, vous devez avoir de la peine à vous y reconnaître.
- En tout cas, on ne peut pas penser que soudain les événements cessent de bouger. Nous sommes en un lieu passionnant, passionné aussi, où beaucoup de choses se font, se défont et nous devons nous préparer à observer avec sympathie pour ce peuple ce qui se passera puisqu'il y aura pour la première fois des élections libres, ouvertes, au mois de mai. C'est le peuple qui tranchera et çà c'est la meilleure formule en toute circonstance.
- Nous avons été parfaitement reçus. Je dois dire que la France est considérée en Allemagne, en République démocratique allemande. Nous le constatons beaucoup plus souvent en Allemagne fédérale dont nous sommes les voisins et associés, les alliés dans le cadre de la Communauté et de l'Alliance atlantique. Enfin, nous constatons que les Allemands de ce pays savent recevoir et s'intéressent à la France comme nous nous intéressons et comme je m'intéresse à leur propre pays. Voilà donc vraiment un dialogue, dialogue à peine amorçé en raison des événements internationaux que vous connaissez mais que nous allons approfondir et continuer.
- Des membres du gouvernement ont précisément pour mission de mener à bien cet approfondissement.
Voilà, maintenant, je vais circuler pendant quelques moments parmi vous : ce n'est pas là que vous aurez l'occasion de faire de grandes confidences, le lieu ne s'y prête pas et le temps non plus mais enfin tout de même. C'est mieux d'avoir un contact personnel, si on peut l'avoir.
- Vous allez observer, là où vous êtes placés, toute une évolution qui va faire l'histoire de l'Europe, de notre Europe pour longtemps. Tout cela va se décider au cours des prochains mois, des prochaines années. Ne soyez pas des spectateurs sans intérêt, puisque vous avez à la fois le risque et la chance d'être spectateurs directs de ce qui touche aussi à notre avenir. Le sort des Allemands, où qu'ils soient, n'est pas séparable du sort des Français, l'Europe commence d'exister en tant que réalité politique, humaine, économique, je ne dis pas culturelle car elle existait dans les siècles derniers plus encore qu'elle n'existe aujourd'hui sur le plan de la culture. Voyez l'exemple de Berlin au XVIIIème siècle.
- Nous allons essayer de reprendre ce qu'il y a de meilleur dans cette tradition et d'y ajouter tout ce que notre siècle prochain le XXIème peut apporter. Ils seront un certain nombre tout de même à le fréquenter, ce siècle, et vous aurez beaucoup à y faire, surtout pour construire cette Europe avec les peuples voisins dont celui-ci. Les séparations d'hier ne vont pas durer éternellement.
Voilà, mes chers compatriotes, ce que je pouvais vous dire comme cela, dans ces quelques instants, je suis venu pour deux jours et demi, accompagné de nombreux ministres français notamment M. le ministre des affaires étrangères, M. Roland Dumas, le ministre de l'intérieur, M. Pierre Joxe, le ministre de l'industrie, M. Fauroux, le ministre du commerce extérieur, M. Rausch mais il y en a d'autres, je ne vais pas faire une énumération qui n'aurait pas d'intérêt particulier, c'est pour vous dire que nous avons désiré faire une démarche qui nous permette de traiter toute une série de problèmes très importants.
- Comme vous le voyez, ma femme m'a accompagné et vient vous voir en même temps que moi, mais je vais maintenant remercier madame l'ambassadeur d'avoir organisé ces journées tumultueuses, très chargées, car, du matin au soir, notre emploi du temps ne chôme pas ce qui explique peut-être un peu que nous vous ayons fait un peu attendre ce soir.
- Je terminerai pas quelques mots très simples. Vous appartenez à la communauté française, vous êtes donc comme elle, à la fois unis et sans doute un peu différents, parfois même sans doute divisés sur les options, sur les choix fondamentaux, c'est normal, c'est la vie de la démocratie. C'est très bien comme cela mais à mes yeux vous êtes des représentants du peuple français sans distinction et c'est à ce titre que je suis très heureux de vous saluer ce soir.
- Vive la République.
- Vive la France.

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