Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel des écoles de la Légion d'honneur, Saint-Denis le 12 février 1991. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel des écoles de la Légion d'honneur, Saint-Denis le 12 février 1991.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Concert annuel des écoles de la Légion d'honneur à Saint-Denis le 12 février 1991

ti : Monsieur le Grand Chancelier, mesdames qui assumez la responsabilité de ces maisons d'éducation et de l'enseignement, une fois de plus il faut vous remercier pour ces quelques quarts d'heure, fruits j'imagine de longues heures de travail et de préparation et qui chaque fois nous offrent un spectacle de qualité, une musique choisie et bien exécutée où nous pouvons distinguer déjà de jeunes talents qui s'affirment. Cette éducation musicale, j'en suis convaincu, inspirera tout au long de leur vie, grand nombre de vos élèves ; c'est une forme de culture, qui compte parmi les plus profondes et les plus fortes. Il ne faut pas s'en séparer.
- Voilà pourquoi il me faut également remercier en votre nom, maître Lavagne, et mesdames les directrices de la musique que je vois ainsi, chaque année, reprendre pour ce jour, mais aussi tout au long de l'année, la responsabilité particulière qui leur échoit, qui est de former, de perfectionner et de préparer à la vie, à la vie de l'art, des jeunes filles qui leur sont confiées. Je dois constater qu'à travers le temps, de génération d'élèves en génération - il y en a déjà beaucoup que nous avons vu dans ces lieux | - on retrouve les mêmes qualités, la même disponibilité, et le même travail. Travail que l'on retrouve aussi, si je me fie aux résultats, lors des examens et des concours scolaires. Aussi bien Saint-Denis que Saint-Germain, nous offrent des pourcentages - puisqu'on parle toujours de pourcentage - assez rares qui les situent parmi les grandes maisons d'enseignement de France.
- Cela ne se fait pas tout seul, d'autant plus qu'ici il n'y a pas d'autre sélection que celle qui vous vaut mesdemoiselles d'entrer dans ces maisons d'éducation et qu'ensuite, et bien il faut s'affirmer, suivre le rythme, et autant que possible réussir. Nombre d'élèves atteignent le baccalauréat dans d'excellentes conditions. Je ne veux pas dire pour autant que les autres soient laissés pour compte, il y a bien d'autres façons de s'affirmer dans la vie, et il faut se garder de fixer pour seul objectif le fait de conquérir des diplômes. Encore offrent-ils plus de chance et plus de moyens pour proposer à notre société les talents et les compétences dont elle a besoin.
- Je vous félicite en tout cas pour ces résultats. Je ne sais qui je dois féliciter, les enseignants et les élèves, sans doute, tous ensembles. Il faut le concours de tous et de chacun ou bien cela serait de curieuses écoles qui sépareraient ainsi ceux qui enseignent et ceux qui apprennent.
J'ai été heureux de pouvoir suivre, grâce à M. le Grand Chancelier, l'évolution de Saint-Denis et des Loges. En effet au cours de ces dix dernières années beaucoup de travaux ont été accomplis, travaux de fond, travaux matériels, construction de locaux. Cette fois-ci il s'agit d'aménagement pour l'hébergement à Saint-Denis. Il est agréable de penser que vous mènerez une vie dans des cellules de moines qui ne seront pas pour autant prémonitoires, enfin à tous coups, de ce que vous réservera la vie, d'autant plus que je crois avoir compris que M. le Grand Chancelier et vous mesdames avez veillé à un confort qui nous éloigne des périodes purement ascétiques.
- Et sur le plan des études, je me réjouis également que vous ayez organisé un enseignement post secondaire qui déjà donne d'autres perspectives plus larges aux élèves aussi bien avec Khâgne que par ce BTS de commerce international. Aucune discipline au demeurant n'est interdite et c'est ainsi que, peu à peu et dans la mesure de la place disponible, s'élargiront vos moyens et que vous pourrez sur place continuer de vous former pour les études supérieures. Je dois dire que je ne connaissais pas les écoles de la Légion d'honneur avant 1981 et que tout ce que j'en ai su par la suite m'a appris, puis m'a confirmé que nous disposions là en France d'établissements sérieux dont je pense qu'ils se modernisent autant qu'il faut le faire. Ce n'est pas un objectif en soi, encore faut-il que chaque génération se retrouve à l'aise avec ses professeurs, avec son enseignement, avec la société alentour et que ce ne soit pas simplement la répétition de ce qui se disait ou ce qui se pensait dans les décennies précédentes.
- Chaque génération doit avoir son style, doit correspondre aux besoins et parfois aux modes de la société alentour. Elle ne doit pas être séparée de l'ensemble du pays, même dans les façons de penser et de parler, même si quelquefois cela nous étonne, je veux dire si cela étonne ceux qui ont dépassé le temps de leurs études depuis un certain temps.
Au moment où je m'exprime, beaucoup d'événements graves se déroulent loin d'ici. Et si je vous en parle, c'est à la fois parce que je vous avais dit naguère qu'il fallait que vous soyez ouverts aux événements de l'extérieur, que vous ne soyez pas confinés dans vos murs. Mais aussi parce que, en cette circonstance, j'imagine qu'un certain nombre d'entre vous, mesdemoiselles, a des membres de sa famille exposés aujourd'hui pour la cause commune. Il faut donc, je le répète avec gravité, penser à ces hommes qui accomplissent un devoir dans des conditions difficiles, qu'ils peuvent y risquer leur vie. Et tout cela parce que certaines conceptions du devoir de la France, au sein de la société internationale, de la défense du droit, tel qu'il est défini par les Nations unies, fait que la France, elle-même a cru nécessaire de raison garder, tout en faisant les choix que vous savez. Mais, je vous prie mesdemoiselles de penser que nous sommes tous solidaires de vos pensées, le cas échéant de vos inquiétudes, comme vous devez l'être de ce que nous entendons nous-mêmes obtenir par l'attention et le souci que nous prenons pour défendre les intérêts du droit, mais aussi les intérêts du pays.
- Je vous dirai que depuis le 16 janvier, c'est la première fois, à cause de vous, que je ne serais pas à 18h00, comme chaque soir, avec le commandement militaire et civil qui suit et qui ordonne les opérations du Golfe. C'est le premier soir. Enfin, j'y serai juste après vous, mais il a fallu reporter l'heure. Après tout, on pouvait le faire pour la Légion d'honneur, et peut-être, retrouver auprès de notre jeunesse quelque façon de réagir qui explique à distance ce que nous avons le devoir d'accomplir, nous, adultes, et responsables de la suite des choses.
Maître Lavagne, mesdames, puisque c'est le jour et la fête de la musique, c'est vers vous que je me retourne pour terminer. Vous avez consacré le temps dont nous avons parlé pour l'art et plus loin que l'art, pour la culture que vous aimez, que vous servez. Déjà je vois apparaître d'autres talents, ainsi aurons-nous d'une génération à l'autre assuré la continuité et je suis sûr que vous en tirez vous-même de vraies joies au milieu de tant de soucis. Car, il n'est pas aisé d'enseigner, on ne songe jamais assez aux grands mérites de tous les enseignants de France dans quelque discipline que ce soit et dans quelque établissement que ce soit. Les propos que je tiens ici, je voudrais les décerner à l'ensemble des écoles, collèges, lycées, universités, de tout ce qui prend part aujourd'hui à l'Education nationale.
- Mesdames et messieurs, si j'en juge par ceux d'entre vous que je reconnais - et ils sont nombreux, vous êtes fidèles à ce rendez-vous comme nous le sommes ma femme et moi-même. Considérez le comme une manière d'estime, une façon de venir vous saluez, de vous dire bon courage et d'avoir confiance en vous.

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