Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la réception offerte à l'équipe de France de course au large dans l'épreuve de "L'Admiral's cup". | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la réception offerte à l'équipe de France de course au large dans l'épreuve de "L'Admiral's cup".

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

ti : Je tenais à vous recevoir en compagnie de Mme le ministre de la jeunesse et des sports. Je voulais simplement vous remercier, au nom du pays et de ce que vous avez fait dans votre sport, votre discipline, vos disciplines. Il s'agit d'un témoignage d'énergie, de ténacité et de réussite.
- C'est très intéressant pour moi de recevoir non seulement les vainqueurs, mais de recevoir aussi ceux qui les ont aidés pour cette course au large. Cette Admiral's Cup paraissait toujours hors de portée. Le résultat précédent le plus important avait été une troisième place en 1959, et vous avez pris part pendant longtemps, vous ou d'autres, à ces courses avec un succès relatif. Cette fois-ci le succès est absolu puisque vous avez gagné.
- Pour tous ceux qui s'occupent depuis toujours de ce type de course au large, avoir trouvé des hommes et des femmes suffisamment compétents, qualifiés, résolus et capables de gagner doit être une immense joie. Gagner ne nous arrive pas tous les jours et dans cette discipline, nous avions à montrer que nous valions bien les autres, Américains, Anglais. Dans la circonstance d'ailleurs, vous avez précédé les Italiens. Il y a donc non seulement vous-même, monsieur le président et tous ceux qui vous entourent, l'équipage, mais aussi les corps de métier, les architectes, la météorologie, tous ceux qui ont créé l'instrument à partir duquel vous avez réalisé cet exploit, impossible l'un sans l'autre.
- Je dirai donc qu'il s'agit d'une victoire collective et on a bien besoin en France de victoires collectives où chacun apporte ses qualités et son effort. C'est aussi une victoire - vous me permettrez de dire - intelligente, car jusqu'à la quatrième épreuve, vous ne pouviez pas savoir que vous aviez gagné et la dernière course a été une explosion. C'est donc très remarquable, et très bien conduit, d'intelligence et de courage puisque les choses ne sont jamais simples. Il faut se dominer soi-même avant de dominer les éléments. Si on ne commence pas par cela, c'est vrai en toute chose, on n'arrive à rien. C'est donc une éducation de soi-même, et je vois qu'il y a des jeunes ici qui ont déjà bien commencé. Au fond, c'est une discipline intérieure qui permet un jour de maîtriser son esprit, son corps et les éléments, parce que les éléments, il faut compter avec eux. Je pense que Mme Florence Arthaud pourrait dire mieux que quiconque : "les éléments cela compte". Alors il faut être sûr ou du moins confiant dans sa maîtrise et dans sa capacité. Même si les éléments sont un peu complices, et surtout s'il ne le sont pas, il faut les dominer.
- De temps à autre, il faut dire que la France a été gâtée ces temps derniers : on aperçoit des champions, des hommes ou des femmes, seuls, en équipe, qui ont su traverser l'indifférence, souvent l'absence de soutien, pour apparaître au premier plan parmi ceux qui ont illustré l'ensemble des disciplines sportives. Vous en êtes - je vous le répète et je vous remercie - comme certains d'entre vous, Florence Arthaud, Carole Reitzer, Christophe Augin et les jeunes qui s'affirment de la même manière.
Vous avez pu observer depuis quelques temps que plusieurs champions, dans d'autres disciplines, ont su montrer ce qu'ils valaient | J'ai reçu d'ailleurs, il y a quelques jours, c'est un peu le hasard des circonstances, Gérard d'Aboville. On n'ose pas croire à cette sorte de défi, ce défi à soi-même. Alors vous vous dites : pourquoi ? Ce n'est pas inutile. Cela sert simplement à montrer que l'homme est capable de maîtriser tout ce qui l'entoure. Espérons qu'il maîtrisera de plus en plus, car les éléments aiment bien quand même prendre leur revanche. C'est un métier et si c'est un métier, c'est une passion difficile, dans laquelle le risque alterne avec la chance et la réussite.
- Je vous souhaite donc de pouvoir vraiment continuer longtemps à vous démontrer d'abord à vous-mêmes - je pense que c'est d'abord cela - mais à démontrer aussi aux autres que notre pays est capable de figurer parmi les grands pays qui produisent une jeunesse décidée, résolue, capable de penser à autre chose qu'à elle-même, et capable de fournir une sorte de service exemplaire.
- On est là pour voir le fruit de vos efforts, pour rester un moment ensemble et vous souhaiter de pouvoir vraiment poursuivre et gagner. Pourquoi pas ? Vous avez pris le pli et vous allez voir, il vous sera difficile de vous en défaire. Le sport, et c'est même plus que le sport, la lutte, le combat, la volonté de gagner doivent préparer des caractères qui acceptent aussi bien l'échec que la réussite, qui restent semblables à eux-mêmes quoiqu'il advienne et c'est une leçon pour la vie comme pour vous-même.
- Alors bon courage et persévérez.

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