Déclaration de politique générale de Mme Edith Cresson, Premier ministre, sur l'affaire Habache et les grands axes de la politique gouvernementale, à l'Assemblée nationale le 7 février 1992. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de politique générale de Mme Edith Cresson, Premier ministre, sur l'affaire Habache et les grands axes de la politique gouvernementale, à l'Assemblée nationale le 7 février 1992.

Personnalité, fonction : CRESSON Edith.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Session extraordinaire du Parlement les 7, 10 et 11 février 1992

ti : Mesdames et Messieurs les députés,

Le Parlement a été convoqué en session extraordinaire pour débattre, comme vous l'avez demandé, de l'affaire Habache. C'est ce que j'oserai appeler le mobile apparent et nous parlerons des conditions de venue et de départ de Georges Habache. Mais j'ai perçu un mobile plus réel chez certains : l'impatience. J'ai cru en effet entendre ici et là que certains d'entre vous souhaitaient un changement de gouvernement et que d'autres souhaitaient s'auto-dissoudre (l'auto-dissoudre, c'est nouveau !). J'ai entendu des propositions bien divergentes. Après tout, c'est votre affaire.

Mesdames et Messieurs les députés, je vous entretiendrai bien sûr de M. Habache. Je vous exposerai ensuite la politique que j'entends conduire jusqu'à la fin de la législature. Vous savez que vous pouvez toujours à l'occasion d'une telle déclaration de politique générale, censurer le Gouvernement. Le Président de la République vous l'a rappelé mardi. Mais pourquoi, Mesdames et Messieurs de l'Opposition, voulez-vous bouleverser le calendrier sans apparemment savoir comment, et sans présenter de propositions qui vous soient communes ?

D'ici à 1995, il y aura une élection au suffrage universel chaque année, avec :

- cette année, les élections régionales, cantonales et sénatoriales.

- en 1993, les élections législatives,

- en 1994, les élections européennes,

- en 1995, les élections municipales et l'élection présidentielle et puis les sénatoriales.

La démocratie a ses règles et son calendrier. Ne faites pas de l'impatience une vertu républicaine.

Je vous demande de vous rappeler l'expression du Président de la République et je cite : "je vous ai dit que la France devait être une démocratie paisible et réfléchie. Le propre d'une démocratie paisible c'est que les consultations électorales s'y font à leur échéance normale". Mesdames et Messieurs les députés, cette intervention du Président de la République date de 1976. Mais, puisque vous le souhaitez, revenons aux mobiles apparents de cette session extraordinaire.

Jamais, depuis 1958, aucun de mes prédécesseurs n'a voulu monter à cette tribune pour débattre d'affaires qui ont affecté, et parfois très gravement, le bon fonctionnement de l'Etat. Mais l'opinion publique n'a pas la mémoire courte, et vous, en tous cas, ne devriez pas avoir la mémoire courte. Elle se souvient que certaines affaires ont été tragiques.

Il y a aujourd'hui trente ans, le 8 février 1962, une manifestation pacifique pour la paix en Algérie a débouché sur une répression sanglante au métro Charonne. Les familles ont pleuré leurs morts. J'ai cherché en vain la trace d'explications sérieuses du pouvoir de l'époque. J'ai cherché la trace de sanctions politiques. Il n'y en avait pas.

Les Français se souviennent, qu'en d'autres temps, la justice avait du mal à passer, même lorsqu'il s'est agi de crimes. Ils se souviennent que certains médias étaient muselés, le droit bafoué, la réalité camouflée, et que tout se terminait par des non-lieux. Je n'aurai pas la cruauté de vous rappeler ici la longue liste des affaires qui sont dans toutes les mémoires. Heureusement, les temps ont changé.

Vous avez souhaité, Mesdames et Messieurs de l'Opposition, débattre de la venue en France de Georges Habache ? Eh bien, parlons-en !

Le mercredi 29 janvier, à 21h40, un avion se pose au Bourget. C'est un transport sanitaire d'urgence. Georges Habache est à bord pour être admis dans un hôpital de la Croix-Rouge. Je ne reviendrai pas sur une chronologie qui ne souffre plus de contestation. Je me bornerai à indiquer quelques points qui ont soulevé des interrogations.

1) Une autorisation délivrée à l'insu des autorités politiques compétentes a abouti à l'entrée dans notre pays, par avion sanitaire, de Georges Habache ;

2) A partir du moment où l'autorité politique était prévenue, c'est-à-dire vers 20h00, l'avion était en vol. Aucune mesure improvisée et dont l'exécution aurait été dangereuse, en tous cas hasardeuse, ne pouvait faire obstacle à l'hospitalisation de l'intéressé dans un hôpital privé ;

3) A partir de là, était-il possible d'invoquer à l'encontre de l'intéressé l'existence d'une pièce de justice ? Non certainement. Les vérifications faites lors de la procédure administrative s'étaient révélées négatives : il n'existe aucun mandat d'arrêt national ou international contre Georges Habache.

Nous entrons alors dans une autre phase, et d'abord dans une phase judiciaire. Le juge a prononcé la garde à vue, instruit son dossier, levé la garde à vue. M. Habache est reparti dans le pays d'où il était venu.

A ma demande, des sanctions ont été prises contre des hauts responsables qui s'étaient livrés à un traitement de cette affaire en sous-estimant ses aspects politiques. Ils ont commis la faute de ne pas prendre la précaution élémentaire d'informer leur ministre. D'une faute administrative à laquelle il a été rapidement mis bon ordre, d'un mauvais fonctionnement de l'Etat, vous voulez faire une affaire d'Etat. Tenons-nous en aux faits. M. Habache est reparti. Le Président de la République s'est exprimé. Le Parlement est réuni. Le monde continue de tourner. Les jeux Olympiques s'ouvrent demain. Le Parlement italien vient d'être dissout. L'IRA et l'ETA ont repris leurs attentats meurtriers. L'Allemagne vient de franchir le seuil des 3 millions de chômeurs. "Sans émotion" titre un journal économique.

Ainsi va le monde avec ses bons et ses mauvais côtés. Mon Gouvernement continue de travailler. Permettez-moi dans le cadre de cette déclaration de politique générale de revenir maintenant à l'essentiel.

Qu'attendent aujourd'hui les Français de leur Gouvernement, de tout Gouvernement ?

C'est en définitive très simple à énumérer, difficile à satisfaire :

- un Etat de droit,

- des emplois, le droit de s'insérer dans la société,

- une protection sociale,

- des régions dynamiques ayant toutes leurs chances,

- une France qui tient son rang dans le monde.

C'est en fonction de ces attentes fondamentales que j'agis comme l'ont fait les Premiers ministres de Gauche depuis 10 ans, Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Michel Rocard.


1 - ETAT DE DROIT

La France est elle-même quand elle est universalité, quand elle propose au monde les principes des droits de l'homme, quand elle fonde un Etat de droit. François Mitterrand a fait de l'Etat de droit le socle de son action à la tête du pays.

Délibérément, depuis 1981, la Gauche a voulu mettre nos concitoyens à l'abri de tous les régimes d'exception. Qui a supprimé la Cour de Sûreté de l'Etat ? Qui a aboli les tribunaux militaires ? Ce sont là des conquêtes que j'espère définitives comme l'abolition de la peine de mort.

Volontairement, depuis 1981, la Gauche a élargi le champ des libertés. Qui a permis aux radios libres de vivre ? Pas vous. Qui a libéré la télévision du carcan politique ? Pas vous. Qui a réglementé les écoutes téléphoniques dont la pratique non encadrée fut si longtemps tolérée ? L'action de mon Gouvernement s'inscrit dans cette continuité. Que ce soit la réforme du statut de la magistrature, la suppression de la double peine, le renforcement de l'aide juridique, l'achèvement de la rénovation du code pénal.

Mais lutter pour l'Etat de droit, c'est aussi faire respecter ces droits. C'est pourquoi, face au problème de l'immigration avec lequel certains veulent affoler l'opinion, je dis qu'il n'y aura pas d'intégration généreuse sans maîtrise rigoureuse des flux migratoires. Dire cela en gêne, parait-il, certains. Ils ne me feront pas dévier de ma conviction.

Les libertés individuelles, tout le monde le sait, sont garanties en France, mieux et plus que dans la plupart des autres pays. On peut même perquisitionner pour la première fois le siège d'un parti politique au pouvoir. Mais peut-on injurier le Gouvernement ? Peut-on jeter l'opprobe sur l'ensemble de la représentation nationale et l'associer à l'argent ? La déviation à laquelle nous assistons est dangereuse et vous le savez bien, sur tous les bancs. Elle mérite une réflexion collective. Il n'y a pas d'un côté les politiques et de l'autre les justiciers comme on tente bruyamment d'en accréditer l'idée.

Mesdames et Messieurs les députés, même si certains pensent y avoir un petit intérêt immédiat, méfiez-vous de la démagogie. Soyez inflexibles envers ceux qui, en nombre infime, auraient failli. Rappelez-vous que tout ce qui tire la politique vers le bas, avec les facilités que donne notre société dite médiatique, s'inscrit contre la démocratie, fait le jeu des faux prophètes, et un jour, peut faire le malheur du peuple.

Pour ce qui concerne notre action, je voudrais seulement poser quelques questions. Qui, en France, a fait voter une loi sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales ? Qui a entrepris de lutter contre le blanchiment de l'argent tiré des trafics illégaux ? Qui a institué un contrôle des marchés publics ? Qui a clarifié le régime d'indemnisation des élus ? Qui a proposé de rendre public le patrimoine des élus ? Les gouvernements de la Gauche.

Mais aujourd'hui, la France doit aller encore plus loin. Je vous proposerai dans les prochaines semaines une réforme profonde des règles de l'urbanisme commercial qui, bonnes dans leur principe, méritent d'être revues dans leurs modalités. Mais j'insiste. Il ne suffit pas, la preuve en est, de légiférer. Il est temps de relever la tête. Et de rappeler aux démagogues, où qu'ils soient, l'honneur du politique.


2 - DES EMPLOIS

L'emploi. Des emplois, voilà ce qu'attendent les Français. Voilà la priorité de mes priorités. La crise de l'emploi des années 80 et 90 ne s'explique pas seulement par des changements de conjoncture. Nous avons à faire face à une mutation d'une grande ampleur :

- une nouvelle concurrence internationale pour nos produits,

- une évolution démographique meilleure que chez certains de nos voisins et une population active féminine qui est la plus importante d'Europe. Nous devons assumer ces caractéristiques toutes deux favorables en créant plus d'emplois que les autres.

Quand je décide de renforcer les capacités financières des PME et des PMI, de relancer l'apprentissage, de développer la formation en alternance, c'est la bataille pour l'emploi. Quand nous incitons à la création d'emplois familiaux, et quand nous allégeons les cotisations sociales à l'embauche des jeunes, c'est la bataille pour l'emploi. Quand nous réorganisons l'ANPE, quand nous créons des "Carrefour jeunes", quand nous sanctionnons le travail clandestin, c'est la bataille pour l'emploi. Quand la France regagne des parts de marché à l'étranger, notamment sur les pays solvables et dans les industries civiles - les chiffres du commerce extérieur sont là pour le prouver - c'est la bataille pour l'emploi. Quand je prends des mesures de politique industrielle pour restructurer le secteur public, le moderniser, l'adapter à la concurrence internationale, c'est la bataille pour l'emploi. L'Etat actionnaire remplit sa fonction traditionnelle qui a été à l'origine des grandes réussites in-dustrielles qui sont notre fierté à tous.

La création de Thomson-CEA-Industries, l'ouverture du capital de Bull et les accords technologiques qui l'accompagnent, les réorganisations de demain, voilà les emplois du futur dans les industries de pointe. Celles-ci tireront notre industrie, et assureront notre indépendance.

Sur ces dossiers, menés en informant les commissions parlementaires compétentes qui, depuis des années, s'y intéressent, je vous demande - car il s'agit de dossiers complexes et d'une importance essentielle - de vous reporter aux analyses de la presse économique. L'industrie de la France de demain est une affaire sérieuse où l'anecdote politicienne et l'intérêt personnel n'ont pas leur place. La bataille, je la mène pour inverser la courbe du chômage. C'est ce pari et seulement celui-là, que je veux gagner. Lui seul m'intéresse. Souvenons-nous de l'échec de la Droite, en 1987, qui a laissé monter le taux de chômage à un niveau jamais atteint. De grâce, ne nous donnez pas de leçons.

Pour ma part, je suis déterminée à bousculer les réticences naturelles au changement, et beaucoup d'attitudes douillettes. Qui, en France, a jugulé l'inflation et rendu à nos entreprises la compétitivité de leurs prix ? Qui a restructuré, modernisé et adapté à la concurrence internationale le secteur public ? Qui défend aujourd'hui nos secteurs de pointe dans la grande tradition industrielle de notre pays ? Une seule réponse : la Gauche.

Mais la France doit aller encore plus loin. Nous devons intensifier notre action contre l'exclusion professionnelle. Dans les 9 prochains mois, 500 000 chômeurs de longue durée se verront proposer une action individualisée de formation, de qualification professionnelle ou de retour à l'emploi. Nous devons développer l'apprentissage, professionnaliser le plus possible les formations, déconcentrer les établissements, faire un effort sans précédent sur l'enseignement des langues et des technologies.


3 - LA PROTECTION SOCIALE

Pour moi, Premier ministre d'un Gouvernement de Gauche, la protection sociale :

- c'est d'abord permettre à chacun de se soigner efficacement, en étant protégé contre les conséquences financières de la maladie,

- c'est ensuite permettre aux personnes âgées de percevoir un revenu convenable,

- c'est enfin donner à chacun les moyens de mener une vie sociale normale, d'échapper à l'exclusion.

Le revenu minimum d'insertion créé par Michel Rocard a été une avancée décisive. Il ne se contente pas d'assurer un revenu, il oriente vers l'insertion professionnelle.

Je disais que la protection sociale, cela signifie d'abord de pouvoir se soigner. C'est possible, pour tous, dans notre pays, parce qu'il existe une Sécurité sociale qui marche. Dès mon arrivée, je me suis trouvée confrontée au problème lancinant de l'équilibre des comptes de la Sécurité sociale. Mission accomplie, mission impopulaire et tant pis pour ma cote dans les sondages. Le déficit de la Sécurité sociale prévu pour 1991 aura été ramené de 23 à 15 milliards de francs et, en 1992, l'équilibre sera retrouvé.

Je ne me suis pas contentée de redresser les comptes pour l'avenir immédiat. Je me suis préoccupée d'assurer cet équilibre pour le moyen terme. Des négociations ont été engagées avec l'ensemble des professionnels de la santé et les Caisses d'assurance maladie. Vous savez que ce sont des négociations difficiles tant elles rompent avec nos habitudes. Et pourtant, 4 accords sont, dès à présent, signés. Pour la première fois un Gouvernement réussit à mettre en place des dispositifs négociés qui garantiront l'équilibre de la Sécurité sociale sur un long terme.

Reste l'importante question des retraites. Mon ambition est d'en consolider les régimes.

Vous savez qu'ils sont aujourd'hui déséquilibrés parce que leur système de financement n'a pas été adapté à notre évolution démographique et sociologique. Voilà encore une question lancinante. Je la traiterai. Des consultations sont déjà engagées. Nous prendrons les mesures nécessaires. Leur effet sera lent et progressif.

En attendant, je saisis l'occasion de cette tribune pour rappeler, confirmer, haut et fort, le droit à la retraite à 60 ans de même que le maintien du système de retraite par répartition. Il est clair que les retraités actuels ont des droits acquis. Ils seront préservés. Le pouvoir d'achat de ces retraités sera maintenu, comme il l'a été depuis que la Gauche est au pouvoir. Enfin, les actifs d'aujourd'hui doivent avoir l'assurance de bénéficier demain d'une retraite qui corresponde aux cotisations qu'ils auront versées.

Qui donc, depuis 10 ans, a non seulement maintenu, mais amélioré la protection sociale en France ? Qui donc sait, en même temps, mettre en place une politique contractuelle de maîtrise de la dépense ? Qui a enfin donné à chacun l'assurance d'un revenu minimum et d'une prise en charge active de son insertion ? Une seule réponse : les gouvernements de Gauche.

Mais la France doit encore aller plus loin. Le programme de mon Gouvernement pour les prochains mois est clair :

- assurer une régulation contractuelle des dépenses de médicaments,

- réussir de nouvelles négociations avec les professions de santé,

- amorcer le rééquilibrage structurel du système de retraite,

- ajuster le revenu minimum d'insertion au vu de l'expérience acquise,

- organiser une réflexion sur l'éthique dans le domaine de la santé.


4 - DES REGIONS DYNAMIQUES

En engageant le mouvement de décentralisation il y a 10 ans, nous avons décidé, sous l'impulsion de Gaston Defferre, de mettre fin au mouvement séculaire de concentration des pouvoirs, de tous les pouvoirs, à Paris. Cette politique, nous la faisons vivre, pour donner à chaque partie du territoire sa chance de s'épa-nouir, pour concourir au développement de la nation.

C'est ainsi qu'il faut comprendre cette politique de délocalisation des organismes publics. Elle fait grincer des dents certains qui confondent l'unité nationale avec le centralisme parisien. Mais elle a maintenant assez d'avocats parmi les élus de nos régions pour être irréversible. Oui, nous allons "aérer" la France, créer des pôles de développement. Non pas dans les discours, mais dans les actes, respectueux des choix personnels des agents concernés. Une politique volontariste pour les organismes, une politique fondée sur le volontariat pour les personnes, c'est ma méthode.

Equilibrer nos territoires, c'est aussi amplifier notre politique d'équipement de nos régions. Augmenter de 12 % les crédits routiers, faire progresser l'aide de l'Etat aux transports collectifs, mettre au point un dispositif de soutien au logement solide et complet nous l'avons fait ces derniers mois, avec l'appui de la majorité de l'Assemblée nationale.

Redonner confiance en l'avenir à nos espaces ruraux, à leurs acteurs, c'est redonner sa chance à chaque territoire, à chaque pays de France. C'est la politique de développement rural sans précédent que le Gouvernement a engagée depuis quelques mois. Elle donnera lieu, au printemps, à des assises nationales du monde rural. Les conclusions seront soumises à un débat du Parlement.

Nos territoires mieux équilibrés doivent aussi être mieux préservés : notre environnement, c'est notre patrimoine commun. Le littoral, la Loire, nos ressources en eau, notre capacité à traiter les déchets d'une société prospère mais trop insouciante, ce sont les actions concrètes, où nous nous sommes résolument engagés.

Qui a redonné leur autonomie de décision aux acteurs de la démocratie locale ? Qui a engagé le programme autoroutier le plus important depuis 35 ans ? Qui a pris à bras-le-corps les questions les plus vives de notre environnement ? Ce sont les gouvernements de la Gauche.

Mais maintenant, la France doit aller plus loin dans l'équipement de ses régions. Nous allons compléter le dispositif de soutien au logement dans les différentes catégories. De même, les programmes routiers et autoroutiers ainsi que les transports collectifs seront amplifiés. Les conditions de mise en place de cet ensemble utile à nos régions et qui s'inscrit dans la bataille pour l'emploi seront précisées dans les toutes prochaines semaines.


5 - UNE FRANCE QUI TIENT SON RANG DANS LE MONDE

La France est une grande nation, prospère, avec un niveau de vie des plus élevés au monde. Il y a 12 ans, par cours de télévision interposés, M. Giscard d'Estaing nous avait signalé notre rang de "puissance moyenne". Quelle ambition ! La Gauche ne l'a pas voulu.

Nous sommes restés une des grandes puissances de ce monde qui joue un rôle éminent malgré tous les bouleversements en cours :

- une puissance militaire, la troisième au monde,
- une puissance économique : nous avons le 4ème produit intérieur brut,
- une puissance commerciale : la France est le 4ème exportateur mondial. Nos entreprises gagnent partout des parts de marché,
- une puissance culturelle à travers l'organisation réussie de la Francophonie, qui réunit à travers le monde 46 pays,
- enfin, nous sommes une puissance politique. Membre permanent plus que jamais respecté du Conseil de Sécurité, la France poursuit sa mission de modération et d'apaisement des tensions mondiales. Cela s'est illustré la semaine dernière par la réunion du Conseil de Sécurité au niveau des chefs d'Etat. Cette première a eu lieu sur l'initiative de la France.

Dans les conseils européens, la France a été à l'origine des grandes initiatives que vous connaissez :

- le grand marché de 1993,
- l'adhésion réussie de l'Espagne et du Portugal dont M. Chirac ne voulait pas,
- l'Acte unique européen et le traité de Maastricht qui sera signé ce soir même par Roland Dumas accompagné de Pierre Bérégovoy et Elisabeth Guigou.

A Maastricht - et là-dessus vous devez accepter d'être d'accord devant l'Histoire - la France a obtenu des objectifs prioritaires de la négociation :

- sur le plan politique avec l'amorce d'une défense commune et une véritable politique étrangère,
- sur le plan économique et monétaire avec l'engagement de voter à la majorité qualifiée en faisant sauter l'exigence britannique de l'unanimité pour la 3ème phase de l'union économique et monétaire. Dois-je rappeler que la France était d'autant plus en droit de poser cette exigence qu'elle est déjà le seul pays des Douze avec le Luxembourg à remplir les conditions économiques de la phase finale de l'union économique et monétaire,
- sur le plan social, la France a enfin obtenu après une longue lutte des engagements précis (sur les conditions de travail, la sécurité, l'hygiène, le travail des femmes, les droits des salariés) et un mode de décision sur ces problèmes à la majorité qualifiée.

Mais Maastricht, c'est aussi tout un ensemble d'autres progrès qui permettent à la Communauté de devenir un véritable ensemble économique et social, organisé et déterminé.

La Communauté sera d'abord :

- plus forte, grâce à une politique rénovée pour l'industrie, appuyée sur la recherche et le lancement de réseaux transeuropéens, qui concernent aussi bien les transports que les PTT,

- plus proche, en matière de santé, d'éducation, d'environnement, de protection des consommateurs,

- plus démocratique, avec le renforcement des pouvoirs du Parlement européen et une meilleure insertion des Parlements nationaux dans le processus de décision : vous savez combien ce point est d'importance,

- plus solidaire, comme en témoigne la reconnaissance solennelle à Douze, à notre demande, de la spécificité de nos Départements d'Outre-mer,

- plus sûre enfin, grâce à la mise en place d'une coopération étroite dans le domaine de la police et de la justice.

Tout cela doit être fait sans remettre en cause les acquis fondamentaux et surtout ceux de la politique agricole commune.

Qui peut nier le rôle majeur de la France dans la construction européenne ? Qui ne reconnaît à la France, comme me le faisait remarquer hier encore le Président Eltsine, son rôle majeur : dessiner les contours de l'Europe du siècle prochain. Qui n'a compris que sa culture, sa tradition, la poussent, à Bruxelles, au GATT, et dans les enceintes internationales à défendre concrètement les intérêts économiques des pays du Sud ? Jacques Delors à Bruxelles, François Mitterrand et les gouvernements de Gauche à Paris, sont à l'origine de ces grandes réalisations qui ont fortifié la place de la France dans le monde.


Mesdames et Messieurs les députés, je vous ai exposé mes priorités. Je crois à la vertu de l'action. J'ai comme seul critère, l'intérêt général.

Il faut parfois déranger pour innover. Vous le savez, l'action est souvent conflictuelle. Mais elle doit toujours être équilibrée :

- équilibre entre "le sans Etat" dont nous avons vu les ravages notamment sociaux et sur lesquels les économistes dits "libéraux" commencent à s'interroger, et le "tout Etat" aux conséquences dramatiques,

- équilibre en refusant une société de l'argent roi pour une société où le rôle du profit est reconnu à sa juste place, mais où ce profit doit servir à l'investissement et à l'emploi en accompagnant une volonté forte, un effort soutenu.

Je poursuivrai mon action. Avec persévérance. Avec détermination. Sans me laisser distraire. Sans temps mort. La France n'a pas de temps à perdre. Le rendez-vous de 1993 est pour demain.

Dans l'immédiat, pour la session ordinaire de printemps, c'est-à-dire le 2 avril, les grands sujets ne vont pas manquer : la ratification des accords de Maastricht ; la loi de programmation militaire ; l'avenir des retraites ; la politique industrielle ; la mise en ¿uvre des équipements structurant notre territoire ; le développement rural ; la préparation du XIème Plan. Cela va nous occuper jusqu'à la fin de la législature. D'ici là il y aura des scrutins locaux. Au-delà de tous les clivages et de toutes les différences, je souhaite que ce soit un moment privilégié pour notre vie démocratique.

Mais avant que vous ne partiez dans vos départements et dans vos régions, je voudrais vous dire une chose. Dans ces temps que certains voudraient moroses, nous avons tous ici, Gouvernement et élus de toute la Nation, un devoir fondamental vis-à-vis des Français : le devoir de leur dire la vérité. La vérité c'est que dans une phase de langueur économique mondiale, les choses vont mieux chez nous qu'ailleurs. La vérité c'est que les résultats, lors de la reprise, dépendront surtout de notre volonté de nous battre aujourd'hui. De nous battre, et pas de crier. La vérité enfin, c'est que la France est un grand pays. Mesdames et Messieurs les députés, qu'il faut servir et qu'il faut aimer.


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