Déclaration de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, sur les mesures touchant l'activité commerciale, sur les grands axes de la politique économique et sur l'Union européenne, Paris le 17 juin 1992. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, sur les mesures touchant l'activité commerciale, sur les grands axes de la politique économique et sur l'Union européenne, Paris le 17 juin 1992.

Personnalité, fonction : BEREGOVOY Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Assemblée générale du Conseil national du commerce à Paris le 17 juin 1992

ti : Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre et Cher ami,
Mesdames et Messieurs,


Je voudrais tout d'abord vous remercier de m'avoir invité, comme le veut la tradition, à venir prononcer l'allocution de clôture de votre Assemblée Générale. C'est avec plaisir que j'ai accepté cette invitation, car je sais, M. Dermagne, depuis le temps que je vous connais que vous êtes un interlocuteur apprécié des pouvoirs publics, toujours prêt au dialogue et à la concertation. La clarté et, j'ajouterai, la franchise de votre discours en témoignent à nouveau. C'est bien ainsi que je conçois le dialogue social : sans esprit partisan, sans arrière-pensées, toujours à la recherche de la concertation, voire du compromis, avec pragmatisme. Vous êtes en charge, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, des intérêts d'une profession. Mous sommes en charge, Jean-Marie Rausch et moi, sous l'autorité du Président de la République, de la défense de l'intérêt général. Et il peut arriver qu'il y ait des contradictions ; ce qu'il faut nous efforcer de faire c'est de les résoudre à travers un dialogue qui doit être permanent, éloigné autant que faire se peut de l'esprit partisan.

Je suis donc heureux de constater que ces deux démarches - la défense des intérêts particuliers légitimes et la défense de l'intérêt général - ne sont pas antagonistes. Nombre de préoccupations que vous venez d'évoquer recoupent celles du Gouvernement : la lutte contre l'insécurité, la prévention de la corruption, et la poursuite de la désinflation.

Des mesures ont déjà été prises sur ces trois points. M. Paul Quilès, Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, a présenté dès le 13 mai dernier en Conseil des Ministres un plan renforçant la présence policière sur le terrain. Sans un minimum de sécurité, il n'y a pas de vie économique et sociale possibles, ni tout simplement de vie démocratique. J'ai noté, vous l'avez dit, que le commerce, le petit commerce, parfois le grand commerce, est victime de la petite et moyenne délinquance. Je l'ai dit à l'Assemblée Nationale, je le confirme volontiers devant vous : je veillerai à ce que la protection des biens et des personnes soit respectée. Nous devons être compréhensifs à l'égard du malaise de la jeunesse, mais la petite délinquance doit être sanctionnée comme les autres. l'ayant dit à la tribune de l'Assemblée Nationale, il m'est facile de le dire devant vous.

Dans le même temps il ne faut pas que toute activité économique se retire des quartiers défavorisés de nos banlieues. Sinon se déclenche le cercle infernal du chômage, de l'exclusion et de la violence. Certains d'entre vous ont trouvé des formules de dialogue avec les populations défavorisées. Je vous demande, Mesdames et Messieurs, de poursuivre cet effort. Assurer la sécurité relève de l'Etat, participer à l'action économique de ces quartiers relève à la fois de l'Etat et de vous-mêmes. Et le secteur privé doit être davantage associé à la mise en oeuvre de la politique de la ville. Les contacts que j'ai eu avec plusieurs grandes entreprises, et les entretiens que nous avons eu ensemble, M. Dermagne, me laissent augurer du bien-fondé de cette orientation.

Vous avez évoqué aussi, Cher Monsieur le Président la lutte contre la corruption et vous avez cité la loi Royer comme un exemple des mécanismes susceptibles de faciliter la corruption. Comme vous le savez, j'ai nommé une commission présidée par M. Bouchery qui doit me remettre dans quelques jours un rapport sur les moyens nouveaux à mettre en oeuvre pour moraliser les activités économiques et financières. Sachez qu'en matière d'urbanisme commercial, je privilégierai toutes formules tendant à plus de transparence, à plus de clarté dans le processus de décision. Des mesures ont d'ailleurs déjà été prises par M. Doubin, et M. Rausch continuera dans cette voie. Il est en effet très important pour tout le monde - les collectivités territoriales, l'Etat, les commerçants, les grandes surfaces - de mettre fin au climat de suspicion parfois injuste qui entoure certaines décisions. Et votre profession, vous-mêmes, les interlocuteurs que vous désignerez seront consultés sur tout projet de réforme.

La poursuite de la désinflation reste comme vous l'avez noté, la priorité économique du Gouvernement. Sur les douze derniers mois, La France a enregistré une hausse de 3,1 % des prix, chiffre encore provisoire mais qui nous permet de constater que nous sommes dans le peloton de tête des pays industrialisés. Le Japon fait légèrement moins que nous, et à l'intérieur de la Communauté Economique Européenne, je crois qu'il n'y a que la Belgique qui a un chiffre d'inflation très légèrement inférieur. Ce n'est pas la victoire du Gouvernement, je le concède volontiers. Vous avez dit que c'était la vôtre, je veux bien l'admettre, donc je dirai c'est la vôtre aussi. Mais c'est aussi celle des chefs d'entreprises autres que ceux du commerce. C'est aussi celle des salariés auxquels je tiens à rendre tout particulièrement hommage, car leurs efforts incessants de productivité ont permis à chaque entreprise commerciale ou industrielle de mieux maîtriser les coûts.

Notre économie, Mesdames et Messieurs, quoi qu'en disent certains est sur la bonne voie : les 12,8 milliards de francs d'excédent commercial sur les quatre premiers mois de l'année 1992 comparés aux 16,5 milliards de francs de déficit des quatre premiers mois de 1991 sont là pour le prouver. Ce déficit de notre balance commerciale était un handicap majeur qui entraînait naturellement un déficit de notre balance de paiement. Je crois que tous les Français doivent se réjouir maintenant de l'excédent commercial, car nous gagnons des parts de marché à l'étranger et nos produits sont naturellement plus compétitifs sur le marché intérieur. L'explication est simple : quand on fait pendant plusieurs années 1 ou 2 % d'inflation de moins que la moyenne de nos partenaires commerciaux, nous gagnons entre 8 et 10 % de compétitivité, c'est ce qui s'est heureusement produit. Il faut poursuivre l'effort pour que la France puisse tenir son rang sur le plan international. La chasse aux surcoûts, la chasse aux gaspillages est une tâche quotidienne. Vous avez adressé ce message au Gouvernement, permettez-moi de l'adresser à la société toute entière, et c'est parce que j'ai bien entendu votre préoccupation sur un trop grand déficit budgétaire que je le dis. Vous savez bien que je partage cette préoccupation.

Je l'ai dit souvent dans le passé et je le redis encore : il n'est pas bon d'avoir des déficits. Mais permettez-moi à ce stade de notre réflexion commune deux mots d'explication : la dépense budgétaire est maîtrisée. En 1991, elle a progressé de 4,2 %, soit un chiffre inférieur à celui de la production intérieure brute en valeur. Nous avons fait 1,2 % de croissance, 3,1 % de hausse des prix, faites l'addition. Peu de pays dans le monde peuvent en dire autant. Autrement dit la part de la dépense publique dans la richesse nationale a tendu à diminuer, y compris l'an dernier, année pourtant difficile. Donc, si le déficit budgétaire se creuse, et si j'ai annoncé 135 Milliards de francs de déficit en 1992 avec Michel Sapin, Ministre de l'Economie et des Finances et Michel Charasse, Ministre du Budget, c'est uniquement dû à des pertes de recettes fiscales liées au ralentissement de la croissance économique en 1991.

J'avais le choix entre deux solutions : augmenter les impôts ou accroître le déficit. Car si vous ne voulez pas que le déficit se creuse, il n'y a pas que la solution que vous avez invoquée : au fond, vous vous dîtes "réduisez les dépenses de l'Etat", cela est une bonne solution. Chaque fois qu'on peut le faire, il faut le faire. Seulement, j'entends, à l'Assemblée Nationale et pas spécialement dans les rangs de mes amis, qu'il faut faire un peu plus pour l'agriculture ; qu'il faut alléger les impôts pour les entreprises et pour d'autres ; qu'il faut qu'il y ait davantage de maîtres dans les classes, davantage de perceptions qui restent ouvertes ; qu'il faut qu'il y ait ...etc, etc... Donc, ce n'est pas si facile à faire, c'est peut-être plus facile à dire. Mais ne polémiquons pas, surtout avec vous !

Donc, première solution : augmenter les impôts, et qu'est-ce qui se serait passé ? On aurait freiné la consommation. Restait la seconde solution : accepter une augmentation temporaire du déficit comme tous les pays industrialisés l'ont fait au cours de l'année dernière en Europe. J'ai donc préféré la solution d'accroître temporairement le déficit afin de ne pas casser le mouvement de reprise économique qui progressivement se dessinait : 1 % au premier trimestre de cette année plus 2,8 % en un an c'est mieux même qu'aux Etats-Unis d'Amérique où cela demande un peu de temps.

En 1992 comme en 1991, des économies budgétaires seront nécessaires, et j'ai même fixé pour la préparation du budget de 1993 - vous voyez que je ne choisis pas la facilité - à 2 % au maximum du produit intérieur brut le déficit budgétaire pour la préparation de la loi de finances. La France a une situation budgétaire qui est beaucoup plus saine que ses partenaires européens : il nous faut maintenir cet avantage. Or, je veux bien vous parler de la croissance, et vous avez parlé de la consommation. Et vous avez même dit, si j'ai bien entendu, que la consommation aurait reculé de 3 % sur les cinq premiers mois de l'année 1992 par rapport à 1991. Peut-être est-ce vrai dans le secteur qui vous concerne, mais il faudra tout de même que nous affinions nos chiffres car l'INSEE - ce n'est pas moi qui naturellement fait les statistiques, c'est une institution qui est indépendante, vous le voyez bien au fur et à mesure qu'elle produit ses chiffres - m'indique que la consommation des ménages a progressé de 2,2 % durant le premier trimestre 1992 par rapport au premier trimestre 1991, et elle m'indique, sur les six derniers mois - vous parliez des cinq - que le rythme annuel de la croissance de la consommation est de l'ordre de 2,8 %. Donc, nous sommes loin des chiffres que vous avez énoncés. Cela dit, je crois qu'il faudra que nous nous interrogions sur l'évolution de la consommation de nos concitoyens, il est parfaitement possible que certaines dépenses de loisirs ou certaines dépenses de services qui sont de la consommation, mais une consommation différente, augmentent plus vite que la consommation traditionnelle. Enfin je ne pense pas cependant, Monsieur le Président, que vous me demandiez, disons, d'accélérer la croissance de la dépense publique pour que la croissance de la consommation augmente. Peut-être y aurait-il un moyen : celui qui consisterait à augmenter brutalement les salaires - vous savez très bien qu'il faut être attentif aux coûts de production.

Vous avez évoqué aussi l'inquiétude qui se fait sentir ici ou là à propos du Traité de l'Union Européenne. J'avoue que je suis parfois un peu surpris de cette inquiétude, car s'il y avait dû avoir inquiétude, elle aurait dû s'exprimer au moment du Traité de Rome - c'est déjà loin - signé en 1957, appliqué par le Général de Gaulle avec M. Antoine Pinay à partir du 1er janvier 1959. Elle aurait dû s'exprimer aussi lorsque le Traité sur l'Acte Unique, après avoir été négocié par le Gouvernement de Laurent Fabius, a été ratifié par l'Assemblée Nationale issue des législatives de 1986. Car c'est l'Acte Unique qui a fait le grand marché. Le grand marché, la libre circulation des marchandises, des capitaux et des travailleurs, datent en effet de l'Acte Unique, et c'est en effet à ce moment-là que nous n'avons peut-être pas mesuré toutes les conséquences de la transformation qui en découlait sur nos mentalités, sur nos comportements, sur la nécessité de nous ouvrir résolument à l'extérieur. Et c'est la raison pour laquelle j'ai toujours pensé pour ma part que de l'Acte Unique, qui prévoyait un grand marché, nous devions déboucher nécessairement vers l'Union Economique et Monétaire. Car il faut pour que le grand marché fonctionne bien - regardez ce qui s'est passé aux Etats-Unis d'Amérique, je ne dis pas qu'il faut faire l'Europe de la même façon - mais il faut à un moment donné qu'il y ait une monnaie unique pour que le grand marché fonctionne bien, et qu'il y ait des politiques économiques convergentes. C'est cela la monnaie unique, et c'est cela l'Union Economique et Monétaire. Autrement dit, je crois qu'avec le grand marché il fallait avoir, comme dans tout Etat organisé, des politiques économiques convergentes et une monnaie unique. Ce ne sera pas fait tout de suite, mais nous avons l'horizon 97 au plus tôt, 99 au plus tard pour la monnaie unique, et je suis convaincu que tous ceux qui ont travaillé - vous-mêmes l'avez noté - à l'ouverture progressive de nos frontières y contribueront. D’ores et déjà nous en engrangeons les bénéfices. Je vous ai parlé d'un excédent commercial de 18 milliards de francs, sachez qu'il est à l'intérieur de la Communauté de 21 milliards de francs alors que nous avons un déficit avec le Japon et avec les Etats-Unis d'Amérique.

Le système monétaire européen qui a été mis en place par M. Giscard d'Estaing et par M. Barre pour la France, par M. Schmidt qui était Chancelier social-démocrate de l'Allemagne à cette époque - 1979 -, a été au fond la première étape de l'Union Economique et Monétaire. Et le franc s'est consolidé sur le marché des changes, il est chaque jour davantage apprécié par les investisseurs internationaux. Vous savez sur ce point que je n'ai jamais accepté la dévaluation comme moyen de régulation économique ou comme la panacée de la compétitivité, j'ai d'ailleurs regretté les dévaluations de 1986 et 1987 qui n'étaient pas nécessaires. Il peut arriver qu'après une période de forte inflation cela s'impose, tel n'était pas le cas ; je n'ai pas dévalué de 1984 à 1986, je n'ai pas dévalué quand j'étais ministre des Finances de 1988 à 1992, et ce n'est naturellement pas comme Premier Ministre que j'engagerai la France dans cette voie.

Je crois qu'il ne faut pas aborder l'Union Européenne avec inquiétude mais avec espérance. Naturellement il faut répondre à chacune des interrogations des Français et le Traité de Maastricht, dont la ratification sera bientôt soumise au vote des français selon la décision du Président de la République, est à mes yeux une étape dans la construction de l'Europe. Cette étape préserve, elle doit préserver l'identité nationale de chacun des pays de l'union. Vous connaissez ce mot affreux de "subsidiarité" qui dit bien néanmoins ce qu'il veut dire : ce que l'on peut faire mieux tout seul chez soi dans son jardin national, on le fait ; ce que l'on peut faire mieux à plusieurs, en l'occurrence à Douze car j'espère que le Danemark nous rejoindra, on le fait à Douze ; si demain on peut le faire mieux à Treize, à Quatorze ou à Quinze, on le fera... Mais ce qu'on peut faire mieux tout seul et il y a bien des choses qu'on peut faire mieux tout seul - nous continuerons à le faire chez nous.

Car l'Europe à mes yeux, c'est la paix d'abord, c'est aussi notre sécurité mais c'est en plus l'émergence d'un ensemble économique et politique capable de faire face dans le siècle qui vient aux États-Unis et au Japon, je parle des puissances économiques et peut-être demain politiques pour le Japon, qui existent déjà, mais il peut y avoir au cours du XXIème siècle d'autres puissances qui émergent. Il faut donc un grand ensemble et qu'à l'intérieur de ce grand ensemble nous soyons naturellement maîtres de ce qui concerne notre identité et notre avenir. De ce point de vue, la création d'un marché unique de 350 millions de consommateurs ne peut qu'être favorable à notre économie et au commerce français.

Car le commerce français, Mesdames et Messieurs, et je vous en félicite, se situe à un très bon niveau dans le contexte européen. La pénétration des structures commerciales françaises par les entreprises étrangères reste limitée alors que parallèlement le commerce français grâce à son savoir-faire s'est largement implanté à l'étranger.

Qui peut croire, Mesdames et Messieurs, que dans votre domaine, la France, seule, peut s'affirmer face aux géants américain et japonais ? C'est au sein de l'union européenne que l'influence française pourra le mieux se faire sentir. Une formule peut-être un peu banale exprime tout à fait ma pensée : "une France solide, forte, dans une Europe solide et forte", tel est l'objectif de la fin de ce siècle. Il ne faut pas que les interrogations, dont je répète qu'elles sont légitimes des uns et des autres nous paralysent : ayons confiance en nous-mêmes, la France aujourd'hui a les moyens de tenir son rang dans l'Europe de demain.

Monsieur le Président, je voudrais maintenant répondre brièvement à quelques dossiers ponctuels que vous avez évoqués. Je partage avec Jean-Marie Rausch votre souci d'une mise en oeuvre rapide de la loi sur la sécurité des moyens de paiement et la prévention des chèques sans provision. S'agissant de l'ouverture des magasins le dimanche, j'ai choisi, en accord avec Martine Aubry et Jean-Marie Rausch, la voie de l'apaisement. Le cadre législatif existant sera maintenu, le principe du droit au repos dominical des salariés réaffirmé, la liste des activités qui bénéficieront d'une dérogation de droit sera allongée pour tenir compte de l'évolution de nos modes de vie. Corrélativement les sanctions de violation du droit du travail seront alourdies et il reviendra au Préfet - il faut décentraliser - d'apprécier chaque situation dans le cadre du dispositif actuel.

En ce qui concerne la réduction des délais de paiement, je vous ai écouté une fois de plus avec un grand intérêt. Les termes du débat sont connus de tous. Au fond le Gouvernement n'a rien à y voir. Vous n'êtes pas très favorable à une intervention trop forte de l'Etat dans les activités économiques, ou alors vous auriez beaucoup changé. Donc c'est un problème qui intéresse les industriels, les commerçants et vous êtes je crois réunis dans la même organisation patronale. Si vous me demandez de la présider, attendez que j'aie changé de fonction. Pour l'instant industriels et commerçants, expliquez-vous. Il y a aussi les agriculteurs que ça intéresse et au Parlement de multiples amendements sont venus pour rappeler que vos difficultés principales - je reconnais que j'en ai moi aussi un peu -, viennent plutôt de ce côté-là. Et bien, place doit maintenant être faite à la négociation entre les fédérations des branches professionnelles. Un premier rapport de l'observatoire des délais de paiement me sera remis au début de l'été et j'espère que des progrès pourront être enregistrés. S'il ne faut pas pénaliser le commerce, il faut comprendre aussi les difficultés des petites et moyennes entreprises et il faut aussi comprendre les difficultés de notre agriculture. Je sais que votre bonne volonté est grande, j'espère donc que vous pourrez avancer.

Avant de conclure, je voudrais Mesdames et Messieurs rappeler le rôle du commerce dans la création d'emplois. Le commerce occupe plus de 12 % de la population active. Vous avez contribué pour plus d'un tiers à la progression de l'emploi de 1980 à 1990. Je souhaite naturellement que ce mouvement se poursuive. C'est un des secteurs où il est possible de réussir, parfois sans diplôme, de progresser très vite. Les métiers du commerce sont en pleine mutation, l'accueil de la clientèle, la formation de la clientèle prennent maintenant le pas sur les tâches parfois répétitives et fastidieuses. C'est sur ce terrain là que grâce à l'apprentissage, et vous savez que nous avons déposé un projet de loi qui va dans la direction de vos préoccupations, que les jeunes pourront acquérir ces qualifications qui n'exigent pas toujours au départ un diplôme disons élevé mais qui exige une bonne connaissance du terrain, le contact avec quelqu'un qui s'occupe de vous et je crois que cela dans vos entreprises est souvent mieux fait qu'ailleurs.

Monsieur le Président, vous avez terminé et je vous ai déjà répondu d'ailleurs, par l'expression de quelques inquiétudes. J'ai noté le déficit budgétaire et j'ai noté l'Europe. Vous parlez aussi de la Sécurité Sociale. Vous savez que je suis autant que d'autres partisan de l'équilibre des comptes. Je souhaite aussi que chacun comprenne qu'il faut que chacun fasse un effort. Moi je suis très frappé de vous entendre, avec plaisir je le dis, parler de la nécessité de maîtriser le déficit de la Sécurité Sociale. Vous vous souvenez peut-être que, quand j'étais Ministre des affaires sociales, non seulement nous avons équilibré les comptes mais nous avons dégagé des excédents. C'est une tâche quotidienne. Et bien, nous avons décidé il y a peu de temps de proposer des (...) à la Caisse Nationale d'Assurance Maladie et aux syndicats de médecins pour réguler les dépenses de santé. Ils se sont mis d’accord et les médecins ont demandé au Gouvernement, au Ministre des finances, au Ministre des affaires sociales, en contrepartie de l'accord qu'ils avaient conclu, une augmentation de leurs honoraires. Naturellement, on est jamais très chaud quand on a l'oeil fixé sur l'inflation, qui vous préoccupe aussi, d'accorder une augmentation des honoraires parce que cela pèse sur l'indice des prix. J'ai accepté. Donc les honoraires des généralistes ont été augmenté, 90 à 100 F. les honoraires des spécialistes ont été aussi augmentés et nous avons été obligés, compte-tenu du code de la Sécurité Sociale, de traduire dans un projet de loi l'accord contractuel. Nous n'avons rien ajouté, nous n'avons rien retranché à cet accord contractuel. J'ai compris lorsqu'il est venu devant le Parlement que c'était plus facile, là encore, à dire qu'à faire. Car nous avons été accusés d'empêcher les médecins de délivrer les ordonnances ce qui est totalement faux, de rationner les soins, etc.. Donc vos propos sur la Sécurité Sociale, je les fais miens. Je crois en effet qu'il faut équilibrer les comptes. Mais je constate que c'est difficile à faire entendre ce message aussi simple, M. Dermagne, dès que l'on entre dans le détail des choses et des contradictions d'intérêt. Mais c'est la vie. C'est pour ça que la fonction que j'exerce n'est pas toujours très agréable: on commence le matin avec le sourire, il arrive que dans l'après-midi une mauvaise nouvelle vous fasse des cheveux - enfin vous me direz "vous en fasse perdre" - et puis l'après-midi une bonne nouvelle vous arrive et vous vous dites que les choses ne vont pas si mal que cela.

Vous avez parlé « d'inquiétudes ». Je sens bien que ce mot est aujourd'hui au coeur des problèmes de la société mondiale. Vous savez il y a ce qui se passe dans le monde en Yougoslavie, l'implosion de l'Union soviétique, la fin d'un système. J'ai rencontré hier le Président Kravtchouk d'Ukraine : il veut lui aussi développer l'économie de marché. Je peux même vous donner cette information, je l'ai pas vu beaucoup dans les médias, nous avons ouvert non pas un crédit, mais une subvention, un don pour qu'il puisse ouvrir une bourse des valeurs à Kiev. C'est tout de même assez singulier, mais j'étais aussi allé en Pologne, l'année dernière, inaugurer la bourse des valeurs de Varsovie. Et je vous le donne en mille, savez-vous où elle est installée ? Elle est installée dans le bâtiment qui était autrefois le siège du parti ouvrier polonais autrement dit du parti communiste polonais, ce qui fait qu'il y a toujours quand on entre dans cette bourse une statue extraordinaire symbole disons d'un régime qui depuis a disparu. Et bien, M. Kravtchouk était il y a encore peu d'année vous savez un orthodoxe, je ne vous en dis pas plus, ce n'est pas de religion dont je veux parler. Il a évolué et je m'en félicite. Vous souriez, vous avez raison parce que j'essaie quand même de détendre un peu cette atmosphère studieuse, mais c'est le reflet d'une vraie crise. C'était simple avant : il y avait d'un côté l'économie de marché, de l'autre côté l'économie collectiviste ; il y avait d'un côté l'Ouest avec ses alliances, de l'autre côté l'Est avec ses alliances ; il y avait d'un côté le paradis et de l'autre l'enfer, ce n'était pas le même pour les uns et pour les autres, mais c'était simple. Or, voilà qu'aujourd'hui, c'est plus compliqué, et c'est plus compliqué parce qu'à la situation d'hier à laquelle nous étions habitués s'est substitué un autre système, enfin une autre organisation du monde. cette mutation s'accompagne du réveil des nationalismes, avec les antagonismes, avec parfois la xénophobie, avec parfois le racisme, avec parfois l'antisémitisme et puis parfois des déchirements sanglants, regardez ce qui se passe en Yougoslavie ; et hier, entendant le Président de l'Ukraine nous parler des Russes, lui l'Ukrainien, et bien on voyait que cela n'était pas simple les rapports entre l'Ukraine indépendante et la Russie indépendante. Ils ont la volonté je crois, de régler leurs problèmes par la concertation, le dialogue dans un esprit pacifique et positif, mais ce n'est pas simple. Alors face à ce monde compliqué, nous sommes tous, c'est un mot que je n'aime pas beaucoup, interpellés, c'est un mot à la mode, vous savez ces mots comme cela, que le langage moderne véhicule. Nous sommes tous interrogés, nous voyons bien que le monde se transforme, nous ne savons pas encore exactement comment. Je crois que c'est cela qui est au coeur de nos inquiétudes.

Ma réponse personnelle à cela, c'est que c'est en constituant de grands ensembles et en particulier l'ensemble européen, c'est en développant la solidarité internationale, c'est en développant les échanges mondiaux sur une base égalitaire que nous répondrons à ces inquiétudes. La jeunesse en particulier qui va d'un pays à l'autre d'un continent à l'autre comme les hommes d'affaires y vont, attend je crois cette période, cette évolution, avec une impatience légitime. Et si j'allais un peu plus loin dans ma réflexion, je dirais que nous avons les mêmes problèmes chez nous et ailleurs. Vous savez les rapports de la politique et de la société se sont beaucoup transformés. Il y a eu beaucoup d'abstention à certains scrutins. Aux Etats-Unis souvent considérés comme un modèle pour les partisans de l'économie de marché, il y a un américain sur deux qui vote ; par contre la puissance de la justice, la puissance des médias, voyez comment ils dissèquent la carrière ou la vie de tel ou tel homme politique, est considérable. Mais c'est vrai, nos élections régionales, ont montré l'émergence de forces différentes, vous savez ce que l'on appelle les partis de gouvernement qu'ils soient de l'opposition ou de la majorité ont subi un échec. J'ai rencontré le Premier ministre belge, il me disait que le phénomène était le même. Le Chancelier Kohl me disait que la situation évoluait aussi en Allemagne en ce sens puisque les länders qui composent la chambre haute sont en majorité dans l'opposition alors que l'Assemblée Nationale, le Bundestag a une majorité d'une autre nature. L'Italie : voyez ce qui s'y est passé, le temps qu'il a fallu pour élire un Président de la République et pour désigner un Président du Conseil qui ne l'est pas encore, à l'heure où je vous parle. Donc il y a une crise des rapports entre la société et la politique, mais la crise s'étend aux rapports entre les organisations syndicales et la société. Vous savez très bien qu'il y a peu d'adhérents dans les organisations syndicales, et vous je vous félicite d'être organisés, je vous félicite de pouvoir avoir une organisation professionnelle car c'est très important, la dispersion n'est pas bonne. Je recevrai demain matin les responsables des organisations syndicales et agricoles ; mais ils ont des revendications, mais à côté d'eux se développent une coordination. Donc, il y a en quelque sorte une structure de société qui est ébranlée par l'effet du progrès technique, des moyens de communication modernes et nous devons les uns et les autres quelles que soient nos opinions syndicales, quelles que soient nos opinions politiques, nous devons les uns et les autres en avoir conscience. C'est la raison pour laquelle je suis heureux d'être parmi vous. Je compte sur vous notamment pour m'aider à développer le problème des chômeurs de longue durée, je compte sur vous pour m'aider à régler le temps partiel pour m'aider à redémarrer l'activité économique plus vite qu'aujourd'hui, mais je compte sur vous aussi pour accepter le dialogue. Moi je suis très heureux d'être parmi vous, quoique vous pensiez, quoique vous votiez et au référendum et en mars 93, L'essentiel c'est de pouvoir de temps en temps se rencontrer, de pouvoir s'écouter, de pouvoir se comprendre, de pouvoir s'opposer sans se mépriser. Je crois que c'est cela la clef du redressement moral de la Nation.

On disait il y a très longtemps, il y a bientôt 2.000 ans, aimez-vous les uns les autres. Je n'irai pas jusque-là parce que je ne suis pas sûr que cela soit immédiatement possible. Mais je terminerai par une formule beaucoup plus simple : respectons-nous les uns les autres, acceptons de nous écouter les uns les autres et si possible il ne suffit pas d'écouter, il faut s'entendre : ça veut dire entendre ce que l'autre a à vous dire et une fois que l'on a entendu ce que l'autre a à vous dire peut-être alors peut-on en arriver à une autre expression du verbe "entendre" qui s'appelle "entente" pour les nécessités du pays et pour le développement de nos intérêts comme de l'intérêt général.

Merci mesdames et messieurs....

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