Déclaration de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, en réponse à une question sur le comportement de trois ministres de son gouvernement face au Front national au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'Assemblée nationale le 20 mai 1992. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, en réponse à une question sur le comportement de trois ministres de son gouvernement face au Front national au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'Assemblée nationale le 20 mai 1992.

Personnalité, fonction : BEREGOVOY Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Séance de questions à l'Assemblée nationale, le 20 mai 1992

ti : M. le président. La parole est à M. Hervé de Charette.

M. Hervé de Charette. Monsieur le Premier ministre, ma question est relative à la portée nationale des comportements de trois ministres au conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur.

L'opinion publique se souvient qu'en arrivant à Matignon voue avez, d'entrée de jeu, marqué votre intention de rendre au parti socialiste et au Gouvernement une certaine allure de moralité qui leur faisait cruellement défaut. («  Oh ! » sur les bancs du groupe socialiste.)

M. Raymond Douyère. Pas vous, monsieur de Charette !

M. Hervé de Charette. Certes, vos déclarations ont sonné comme l'aveu implicite de l'immoralité précédente du pouvoir. (Applaudissements sur divers bancs des groupes Union pour la démocratie française et du Rassemblement pour la République), mais on ne pouvait que se féliciter de ce premier pas. C'était aussi une bonne résolution pour l'avenir : encore mieux !

Et puisque certains, ici et là, posaient des questions concernant M. Tapie, vous-même et M. le Président de la République êtes intervenus pour vous porter garant du nouveau ministre. C'était, certes, une innovation mais, ma foi, pourquoi pas ?

Hier, enfin, le garde des sceaux a affirmé dans un grand journal : « La République ne peut être fondée que sur la vertu ». Comme il a raison ! Hélas, depuis quelques jours, ces belles déclarations et ces louables intentions se heurtent à la dure réalité des faits. En témoigne ce qui s'est passé il y a déjà quelques semaines en Bourgogne, mais aussi a ce qui s'est passé ces jours-ci au conseil régional du Nord - Pas-de-Calais, à l'encontre de notre collègue Philippe Vasseur.

Ce qui est en train de se passer au conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur nous conduit une nouvelle fois à dénoncer le grand écart entre vos promesses et vos comportements. Le groupe socialiste de ce conseil régional, dirigé par M. Tapie et qui comprend deux autres de vos ministres, Mme Guigou et M. Bianco, vient en effet d'accepter sans broncher la voix personnelle de M. Le Pen et celle des élus du Front national pour prendre le contrôle de cinq commissions.

Dans cette instance, deux majorités et deux seulement sont possibles : une majorité relative dirigée par M. Jean-Claude Gaudin et qui a porté celui-ci à la présidence du conseil régional, et une majorité virtuelle, contre nature, profondément indigne du point de vue moral, formée par les socialistes et le Front national.

La question est donc une nouvelle fois posée : le parti socialiste est-il prêt à accepter les voix du Front national pour ses diverses manoeuvres dans les régions ?

M. Philippe Vasseur. La réponse est oui !

M. Hervé de Charette. M. Tapie, Mme Guigou, M. Bianco ont-ils l'intention de prendre le contrôle de fait du conseil régional à Marseille avec le concours de M. Le Pen ?

M. Philippe Vasseur. La réponse est oui !

M. Hervé de Charette. Monsieur le Premier ministre, vous ont-ils consulté et avez-vous donné votre aval ? Y a-t-il, comme on peut de se demander, un accord secret entre vos ministres et M. Le Pen à cet égard ? (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste.)

Et vous, monsieur le Premier ministre, qui vous laissez présenter comme le « père-la-vertu » d'un règne finissant, avez-vous l'intention de laisser trois de vos ministres tremper dans ces magouilles , (Applaudissements sur les bancs des groupes Union pour la démocratie française et sur divers bancs des groupes du Rassemblement pour la République et de l'Union du centre.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Pierre Bérégovoy Premier ministre. Monsieur le député, à une réponse précise il faut en effet une réponse précise.

M. Jean Ueberschlag. Ce n'est pas évident de répondre à celle-là !

M. le Premier ministre. M. de Charette, que je connais bien et que je regrette parfois de ne plus rencontrer sur les chemins de la Nièvre (Sourires) m'a demandé quelle serait l'attitude du Gouvernement à l'égard du Front national ainsi que l'attitude des ministres élus dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à l'égard du phénomène politique qui s'est produit.

Il sera - que dis-je sera -, il a été demandé aux présidents de commission qui ont été élus avec les voix du Front national de démissionner.

M. Patrick Balkany. Et s'ils ne veulent pas ?

M. le premier ministre. Je dois d'ailleurs dire que les six présidents de la liste de M. Gaudin qui ont été élus dans les mêmes conditions ont également l'intention de démissionner.

M. Christian Estrosi. C'est exact !

M. le Premier ministre. Voilà au moins un point sur lequel il y a un consensus.

M. Patrick Balkany. Ce n'est pas bon, la proportionnelle !

Mme Marie-France Stirbois. Et en Alsace ?

M. le Premier ministre. A question précise, réponse précise, ai-je dit. Mais ce qui a été fait dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pourrait être fait ailleurs, en particulier dans la région de Haute-Normandie. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)

M. Jean-Claude Thomas et plusieurs députés des groupas du Rassemblement pour la République et Union pour la démocratie française. Et en Bourgogne ?

Plusieurs députés du groupe socialiste. Alors, monsieur de Charette, qu'est-ce que vous répondez ?


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