Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel donné à la maison d'éducation de la Légion d'honneur, Saint-Denis, le 19 février 1992. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel donné à la maison d'éducation de la Légion d'honneur, Saint-Denis, le 19 février 1992.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Concert annuel des écoles de la Légion d'honneur à Saint-Denis le 19 février 1992

ti : Je remercierai d'abord celles et ceux qui nous ont offert ce beau concert, à commencer bien entendu par Maître Lavagne, par la Directrice de la Musique et par toutes ces jeunes filles et celles et ceux qui sur cette scène ajoutent leur compétence à leur talent. Vraiment, pendant une heure, vous nous avez comblés comme chaque année avec des talents différents mais déjà - il faut le dire et je vous en remercie - une maîtrise qui, je l'espère, s'affirmera pour qui voudra continuer de servir la musique, après la Légion d'Honneur.
- Je crois que cet effort autour d'un grand art est un élément complémentaire indispensable de toute culture, de toute éducation et que beaucoup de choses passent par l'expression musicale, hors de laquelle il n'y a pas de connaissance exacte de beaucoup de sciences et tout simplement des cultures les plus raffinées.
- Il est bon aussi que Saint-Denis, aussi bien que les Loges, développent assidûment - je le constate d'année en année - cette connaissance et cette pratique. Je vous en remercie. J'y suis très sensible et je pense qu'à travers le temps futur, vous-mêmes et d'autres que vous continueront cette tradition qui est une grande tradition.
Je vous remercie monsieur le Grand Chancelier de la Légion d'Honneur. Inlassablement, vous avez consacré votre activité et votre dévouement - qui sont grands - depuis le premier jour où je vous ai rencontré. Nous nous sommes vite entraidés pour donner à ces établissements toutes leurs chances. Je crois que depuis ces années-là, pas mal d'évolutions, de constructions, de modifications ont permis aux enseignants de se sentir plus à l'aise dans leur enseignement mais aussi aux élèves de disposer des moyens qui pouvaient leur manquer. Un certain ton, un certain air désormais circule dans ces maisons. J'y vois une approche moderne qui était nécessaire. On peut servir les traditions tout en comprenant ce qui se passe dans son temps, ce qui est, non pas la mode, mais la réalité d'aujourd'hui. C'est la seule façon de préparer l'avenir sans être déphasé, sans représenter des styles anciens qui restent chers à ceux qui les ont connus mais qui ne permettent pas d'avancer.
- Monsieur le Grand Chancelier vous y avez veillé avec tant de soin que je ne peux que vous remercier ce soir devant cette assemblée qui vous est chère. Vous, mesdames et messieurs, qui consacrez votre vocation d'enseignants à ces établissements, sachez que nous les aimons. Quand je dis nous, ce n'est pas un "nous" de majesté ; moi, je les aime et tout autour de moi, on s'en occupe bien, c'est-à-dire avec le souci de contribuer non seulement à votre bien-être mais à votre capacité de savoir afin de maintenir la renommée, justifiée je le crois, par les excellents résultats aux examens de fin d'année.
- On cite maintenant les établissements dans la Légion d'Honneur parmi ceux qui permettent - sans que l'on tombe dans une notion excessive de concours, dans la surcharge scolaire qui représente aussi un danger -, qui aboutissent à un pourcentage élevé et assez remarquable de réussite. La réussite ce n'est pas simplement le Baccalauréat ou bien le passage d'une classe à l'autre ; la réussite c'est celle qui vous permettra plus tard, lorsque adulte vous aurez à connaître vos responsabilités, de tirer le meilleur profit de ce qui fut votre enfance et votre adolescence ainsi que les éléments de savoir qui vous auront été transmis. Ainsi s'assurera la chaîne des générations et lorsque je voyais les enfants de sixième mêler leurs voix au coeur des plus anciennes, je pensais qu'à la Légion d'Honneur on savait assurer ce relais.
Mesdames et messieurs, je connais aussi nombre d'entre vous. Vous marquez beaucoup de fidélité, élus des deux départements où siègent ces établissements, membres du Conseil de l'Ordre de la Légion d'Honneur, Recteur des Universités de Paris, mais je ne peux pas donner la liste des personnalités qui sont ici présentes, qui sont là, parlementaires, conseillers généraux, régionaux, conseillers municipaux ou maires. Souvent on rit, on sourit ou on critique la politique et pourtant c'est de la politique dans le beau sens du terme que de gérer ces communes, ces départements, ces régions et que de siéger au Parlement | Il faut en voir aussi le côté positif, riche, fécond, la somme de travail et d'amour du service public et tout simplement de la France. Tout cela réuni, rassemblé dans le maximum de contradictions - je peux vous en parler en connaissance de cause - crée au total un mouvement, un travail qui obtient des résultats et fait que notre pays se trouve bien placé dans la compétition mondiale, bien qu'il ne soit pas l'un des plus peuplés - ce qui n'est pas une critique, la démographie française se développe correctement - mais ainsi vont les choses : auprès des vastes empires, nos 58 millions d'habitants actuels, bientôt 60 millions, représentent un facteur de création, d'imagination, de travail qui sert souvent d'exemple aux pays étrangers. Tout cela se fait très simplement, ici et là, un peu partout, là où il y a des maîtres attachés à la conscience et à l'esprit des enfants qui leur sont confiés.
- Toutes ces écoles, et celle-ci en particulier, construisent notre pays. On pourrait dire que beaucoup d'autres y contribuent bien entendu. Cela commence là, et c'est pourquoi après les remerciements que j'adressais pour commencer aux élèves des établissements de la Légion d'Honneur, c'est avec les mêmes que je concluerai, pour leur dire qu'il y a de quoi réchauffer l'espérance de ceux, et particulièrement de celui, qui ont la charge du pays, lorsqu'ils vivent ces moments, lorsqu'ils rencontrent tant de bonne volonté, de talent, bref, lorsqu'ils sont avec vous. Maintenant cela fait déjà pas mal d'années et personnellement je trouve plaisir, comme cela, chaque fois que je reviens ici, à constater que tout cela tient bon, tient fort, qu'on y fait des progrès et qu'il existe assez d'hommes et de femmes qui y consacrent leur vie.

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