Déclaration de politique générale de M. Edouard Balladur, Premier ministre, devant le Sénat le 15 avril 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de politique générale de M. Edouard Balladur, Premier ministre, devant le Sénat le 15 avril 1993.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déclaration de politique générale au Sénat le 15 avril 1993

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,


Appelés à exprimer leur volonté, à l'occasion des élections législatives des 21 et 28 mars derniers, les Français ont décidé de changer de politique, de rompre avec la gestion précédente. Ils l'ont fait nettement, certains parce qu'ils étaient déçus dans leurs illusions, d'autres, plus nombreux, parce qu'ils savaient qu'une autre politique, inspirée par un esprit de réforme, pourrait seule contribuer au redressement de la France.

Le gouvernement que j'ai constitué est déjà à l'ouvrage. Sa mission est difficile : je ne l'ai pas caché aux Français. Sa mission est exigeante : il faut redresser, affermir, rénover notre pays, et pour cela rassembler les Français. Sa mission est exaltante : il s'agit, au fond, de faire renantre l'espoir, non par des promesses inconsidérées ou irréalisables mais en expliquant nettement quelle est la situation, ce vers quoi nous tendons, comment et quand nous comptons y parvenir. C'est la méthode de ce gouvernement, elle est connue, elle seule nous permettra de donner une chance à la France. Notre ambition, pour être raisonnable -ce n'est pas forcément un défaut- n'est pas timide : elle est à la mesure des difficultés de notre temps.

La semaine dernière, j'ai engagé devant l'Assemblée nationale la responsabilité du gouvernement sur une déclaration de politique générale, dont il vous a été donné lecture par le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire. L'Assemblée nationale a bien voulu approuver cette déclaration. Me voici aujourd'hui devant vous, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, pour vous présenter les grandes orientations du programme gouvernemental, pour en préciser certains aspects et pour réaffirmer que le succès de la politique de réforme que nous avons commencée à mettre en oeuvre repose sur le soutien de tous, appelle le concours et les avis de tous - et en particulier de la Haute Assemblée que vous constituez.

Je l'ai dit, le gouvernement est animé d'une volonté : celle de refaire de la France un exemple. Il s'agit de susciter l'adhésion de nos concitoyens, de faire en sorte que le plus grand nombre d'entre eux se reconnaissent dans une même ambition et réunissent leurs efforts au service de notre pays.

Notre politique, vous la connaissez dans ses grandes lignes. Elle repose sur quatre principes essentiels : affermir l'Etat républicain, assainir notre économie au service de l'emploi, garantir les solidarités essentielles à notre société, mieux assurer la place de la France en Europe et dans le monde.

Le succès de la politique de ce gouvernement dépend aussi du soutien que vous lui apporterez. C'est la raison pour laquelle je sollicite l'appui de la Haute Assemblée, en application du dernier alinéa de l'article 49 de notre Constitution.

Avant tout, il nous revient d'affermir l'Etat républicain et de reconstruire une démocratie équilibrée.

Toutes les mesures utiles seront prises pour préserver l'administration française de la politisation, qui est contraire à la tradition républicaine. Elle affaiblit notre administration, ternit son image dans l'opinion. Pour mettre un terme à une dérive qui nuit à la force et au crédit de l'Etat républicain, j'ai décidé de demander la publication des avis motivés des responsables des corps concernés par les nominations au tour extérieur et la suspension des nominations trois mois avant les élections législatives ou présidentielles.

Une démocratie équilibrée suppose aussi que les représentants élus du peuple soient associés plus étroitement à l'oeuvre de redressement du pays. Je sais la grande qualité des travaux de votre assemblée et le rôle déterminant qu'elle joue dans l'enrichissement des projets de loi, j'entends faciliter son expression. C'est la raison pour laquelle, comme je l'ai indiqué la semaine dernière devant l'Assemblée nationale, le gouvernement privilégiera, chaque fois que cela sera possible, l'inscription à l'ordre du jour d'une proposition de loi d'origine parlementaire.

Si nos institutions ne justifient pas une refonte, elles méritent cependant des retouches. Vous serez donc appelés à vous prononcer rapidement, sur la réforme de la Haute Cour et du Conseil supérieur de la magistrature. Elles constituent une priorité pour le gouvernement, notamment parce qu'il convient que les citoyens n'aient pas le sentiment que le Parlement diffère l'examen des responsabilités encourues lors d'une affaire tellement douloureuse et que chacun a encore présente à l'esprit.

Vous serez également conduits à vous pencher de nouveau sur la réforme du Code de procédure pénale, après que M. le ministre d'Etat, Garde des sceaux, ministre de la Justice, aura fait des propositions à cet effet.

Un Etat efficace, c'est un Etat qui laisse toute sa place au mouvement de décentralisation. Votre Assemblée a puissamment contribué à cet effort.

La décentralisation approfondit la démocratie locale en même temps qu'elle donne une nouvelle dimension aux collectivités territoriales. Elle n'a pourtant pas toujours suffisamment été accompagnée d'une réflexion sur l'administration du territoire. Je suis certain que vous aurez à coeur de vous y attacher.

Affermir l'état républicain, c'est aussi garantir la sécurité des citoyens. L'Etat de droit ne doit pas souffrir d'exception. Les magistrats et auxiliaires de justice, les policiers, gendarmes et fonctionnaires de l'administration pénitentiaire connaissent leur mission, savent sa grandeur et sa difficulté. Certes, des incidents inattendus et profondément répréhensibles sont toujours possibles. J'approuve pleinement la réaction rapide, ferme et équilibrée de M. le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire. La volonté de ce gouvernement est claire : redéfinir les conditions dans lesquelles les policiers exercent leurs fonctions ; faciliter leur travail, dans le strict respect de nos principes juridiques et des droits légitimes des citoyens.

Cependant, qu'on ne généralise pas : les forces de l'ordre font d'ores et déjà preuve, dans des conditions souvent difficiles, d'une grande compétence et d'une grande mantrise. Leurs incontestables qualités seront indispensables au succès de la politique que nous entendons mettre en oeuvre pour mieux assurer la sécurité de tous.

L'Etat républicain, c'est aussi une nation assurée d'elle-même, de sa cohésion, de son identité et de son avenir. La politique de l'immigration du gouvernement, vous en connaissez déjà les grandes lignes : les flux d'immigration doivent être mieux contrôlés et les décisions de reconduite à la frontière exécutées ; l'accession à la nationalité française pour les enfants nés sur notre sol, de parents étrangers, devra répondre à une volonté clairement affirmée. Votre Assemblée a examiné et adopté un nouveau Code de la nationalité conforme aux conclusions de la Commission présidée par M. Marceau LONG. Ce texte sera donc, dans les toutes prochaines semaines, transmis à l'Assemblée nationale.

Deuxième grande orientation : assainir notre économie, au service de l'emploi. Pour recréer un exemple français de société, il faut redresser l'économie, qui est la base de tout, il faut retrouver des marges de man¿uvre financières, rétablir les conditions de la croissance au service de l'emploi, priorité absolue de notre action.

La solidité et la stabilité de notre monnaie nous y aidera. Elle passe par le maintien de la parité avec le Deutsche Mark et l'approfondissement de notre coopération avec nos partenaires européens, au premier rang desquels, les Allemands. Elle sera garantie par l'autonomie de notre institut d'émission.

Déjà, la claire détermination du gouvernement nous a permis d'enregistrer une baisse de plus de la moitié du différentiel des taux d'intérêts à court terme entre l'Allemagne et la France. Je suis convaincu que nous pouvons faire mieux encore, à condition de mener la politique de redressement financier que nous vous proposons.

Un collectif budgétaire, qui comportera des économies d'au moins 20 milliards de francs, permettra de mettre l'accent sur de nouvelles priorités : le logement, le bâtiment et les travaux publics seront appuyés ; l'allégement des charges sociales recherché ; les petites et moyennes entreprises, soutenues.

Au-delà de ces mesures immédiates, vous savez qu'il faut absolument mener une action économique et sociale à moyen et long terme, afin de poursuivre trois objectifs : la diminution du chômage, la maîtrise des finances publiques et la modernisation de nos structures économiques. Sur ces trois points, nul ne peut prétendre obtenir des résultats immédiats. Il faut mener de front la réflexion et le mouvement, ne pas prendre d'engagements à la légère sur un sujet aussi douloureux que celui du chômage, mais programmer son action et se fixer des objectifs ; ne pas sous-estimer les déficits publics mais, quand ils seront bien connus, s'assigner des objectifs chiffrés pour les réduire, peu à peu.

La troisième grande orientation de notre action, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, sera la garantie des solidarités essentielles à notre société. Ces solidarités essentielles, j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, il faut les entendre au sens large. Elles englobent la protection sociale, le système éducatif et la culture, l'aménagement du territoire et l'équilibre entre les collectivités de la République, comme entre toutes les activités économiques ou entre les villes et leurs banlieues.

La garantie d'une bonne protection sociale, sur la base d'un modèle français hérité de l'immédiat après guerre, suppose de répondre à quatre questions urgentes : comment mieux organiser la lutte contre le chômage, ce fléau à l'origine de bien des exclusions, et qui pèse lourdement sur les régimes sociaux ; comment sauver ceux-ci de la crise financière dans laquelle ils s'enfoncent ; comment améliorer le statut des salariés et garantir le financement de la politique familiale ; comment, enfin, résoudre les situations de précarité et de dépendance que font apparaître l'histoire de notre pays, l'évolution de la société et l'allongement de la durée de la vie ? En évoquant ici les situations de précarité nées de l'histoire de la France, je pense tout particulièrement à la Communauté des rapatriés, Français, Musulmans, aux Harkis, à l'égard desquels le gouvernement tiendra les engagements pris par ses prédécesseurs, et notamment le gouvernement de M. Jacques CHIRAC, dont l'action a été exemplaire.

L'objet du collectif budgétaire qui sera soumis au Parlement dans le courant du mois de mai sera d'apporter des réponses à ces questions après que les organisations syndicales auront été consultées. S'agissant de l'équilibre des régimes sociaux, la création d'un fonds destiné à apurer leur situation déficitaire a été mise à l'étude.

Le système d'éducation appelle également l'attention et le souci de tous. Il a contribué par le passé, d'une façon déterminante, à bâtir la France républicaine. Il doit aujourd'hui être modernisé et le corps enseignant, dont je tiens à saluer l'excellence et le dévouement à sa mission, est le premier à souhaiter son adaptation au monde d'aujourd'hui. Plus d'autonomie, plus de formation professionnelle et en alternance, plus de solidarité entre les établissements, par une décentralisation soucieuse d'éviter les déséquilibres, tels sont les traits principaux de la réforme que nous voulons mettre en oeuvre. Les pratiques culturelles, elles aussi, seront mieux soutenues, par l'accent mis sur les enseignements artistiques et la défense du patrimoine, dans le cadre de l'approfondissement de la décentralisation ; les activités culturelles seront mieux réparties sur tout le territoire.

Nous voulons assurer un développement équilibré à toutes les activités dans le respect de l'environnement et cela veut dire, en particulier, garantir une place éminente à notre agriculture, comme à l'aménagement de l'espace dans notre pays. Nous ne saurions nous résigner à une agriculture affaiblie, c'est un enjeu économique -il n'y a pas tellement de domaines, je le répète devant vous, dans lequel la France est le deuxième exportateur au monde- c'est un enjeu humain et de société, c'est un enjeu national. C'est pourquoi le gouvernement ne peut se satisfaire de la façon dont ont été menées les négociations du GATT ; dans le domaine agricole en particulier, mais dans d'autres aussi, elles ne répondent pas aux critères d'une bonne négociation : celle qui préserve les intérêts essentiels de chacun. Il faudra négocier de nouveau, pour l'agriculture comme pour d'autre secteurs, afin que les règles de la concurrence internationale soient plus équitables.

Une politique volontaire d'aménagement du territoire est une solide garantie d'une plus grande justice dans notre pays, entre les différentes régions et entre les Villes. Qui le sait mieux que vous, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, qui représentez si bien la pluralité et la richesse des collectivités territoriales françaises, vous dont les travaux, notamment ceux consacrés à l'aménagement de l'espace, ont permis d'effectuer en ce domaine de considérables progrès.

Les régions seront associés à la préparation des grandes décisions concernant les équipements et infrastructures indispensables. D'ores et déjà, j'ai demandé que soit suspendue jusqu'à nouvel ordre toute fermeture de services publics en zone rurale. Cette mesure est une étape indispensable avant la redéfinition d'une politique visant à mieux assurer l'efficacité de l'action administrative sur l'ensemble du territoire.

Dans le même esprit, je crois qu'il y a lieu de mettre à l'étude les conditions dans lesquelles des implantations commerciales nouvelles conduisent souvent à la disparition de toute vie locale dans les villages et dans les bourgs. Il ne s'agit nullement de s'opposer au progrès, il s'agit de vérifier que la modernisation du système de distribution, tel qu'on le concevait il y a quelques dizaines d'années, est toujours adaptée aux besoins de la vie sociale. Je souhaite que soit suspendue toute nouvelle autorisation, jusqu'à nouvel ordre en attendant le résultat de la concertation que M. le ministre du Développement économique va s'employer à mener.

La solidarité entre les collectivités locales riches et les collectivités locales pauvres doit être encore approfondie, sous l'égide de l'Etat qui en reste le principal organisateur. Solidarité et aménagement du territoire sont encore liés quand on aborde le délicat problème des villes et des banlieues.

Aujourd'hui, plus d'un Français sur deux habite dans une banlieue. La violence urbaine est le révélateur de crises multiples : crise des activités économiques, qui entraîne un taux de chômage très élevé ; crise de l'habitat urbain, car on ne peut ignorer à quel point certains grands ensembles ont été mal conçus, mal construits et ont mal vieilli ; crise sociale et familiale aussi : de nombreux jeunes, après une scolarité souvent négligée, manquent de points de repères, l'autorité de parents trop souvent au chômage ne s'exerce plus, la jeunesse doute de son devenir. Une véritable politique de la ville doit être mise en oeuvre afin d'engager rapidement la réforme dans tous les domaines de la vie collective, économique et sociale. Dans cette action, il ne faudra pas négliger la mise en oeuvre d'une politique d'éducation et de pratique sportive renouvelée. Le sport est en effet un facteur d'intégration sociale essentiel à notre société.

La quatrième orientation de notre action, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, sera de mieux assurer la place de la France en Europe et dans le monde.

En Europe, depuis à peine plus de 3 ans, tout a changé : l'Union Soviétique s'est disloquée et, derrière elle l'Europe de l'Est ; l'Allemagne a pu enfin se réunifier ; le traité de l'Union européenne a été ratifié par dix de ses signataires, dont la France, alors que le Grand Marché entrait en vigueur, le 1er janvier 1993.

Une politique européenne réaliste et concrète doit être mise en oeuvre, inspirée de l'idée qu'il n'y a pas de vrai antagonisme entre les intérêts de la Nation et ceux d'une construction européenne respectueuse de la Nation. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, vous serez appelés à participer à cette nation, à contrôler plus strictement et plus régulièrement les textes émanant de la Communauté. Vous aurez également à vous interroger sur le mode de scrutin pour l'élection au Parlement européen afin de rapprocher davantage les citoyens des élus.

Vous ne manquerez pas d'appuyer le gouvernement dans son souci d'établir un dialogue politique fructueux et constant avec l'Europe orientale et de contribuer au règlement des conflits dans l'ex-Yougoslavie. Le caractère atroce des combats, la multiplication des exactions, la prise en otage des populations civiles, autant de motifs pour tous les Européens de se sentir concernés et d'agir. Il ne sera certes pas simple de parvenir à un règlement de la question bosniaque. Les risques sont grands. Mais la France, avec l'Europe des Douze, doit se mobiliser encore plus et agir en liaison étroite avec l'ONU pour parvenir au règlement de conflits qui menacent la stabilité de tout le continent. Il n'y aura pas d'Europe occidentale heureuse dans une Europe orientale apaisée. Tout nous rapproche de ces pays, tout doit nous inciter à établir avec eux des liens étroits.

J'ai indiqué devant l'Assemblée nationale que, pour parvenir à l'équilibre, à la stabilité politique et à la paix sur l'ensemble du territoire de l'Europe, la Communauté des Douze devait prendre ses responsabilités. J'ai donc suggéré, dans l'esprit de ce qui avait été antérieurement proposé par notre pays, une procédure qui comporterait plusieurs étapes : la première, durant laquelle le gouvernement, en liaison avec les autorités compétentes de l'Etat, mettrait rapidement au point le contenu et les formes des propositions qu'il compte faire à nos partenaires de la Communauté ; la seconde durant laquelle nos partenaires seraient saisis de ces propositions qui devraient comporter à la fois l'énoncé des problèmes à résoudre, une méthode pour en discuter à Douze, un calendrier optimal pour parvenir au terme de la discussion ; au cours de la troisième étape, il s'agirait, au-delà des Douze, mais une fois que ceux-ci auraient arrêté leur décision d'associer tous les pays directement intéressés par la stabilité et la paix en Europe, à la discussion internationale qui devrait alors s'ouvrir. Son objectif viserait à l'établissement d'un traité -ou d'un accord général- garantissant cette stabilité et précisant les instruments propres à l'assurer.

Il s'agit d'une affaire d'une grande envergure. A dessein, j'entends ne fournir aucune précision complémentaire, dussé-je me voir reprocher de rester vague. L'idée que je me fais de l'objectif à atteindre dans les meilleures conditions, est précise. Encore faut-il laisser au gouvernement le temps de vérifier que notre pays peut s'engager dans cette voie avec une chance raisonnable de succès.

C'est pourquoi, j'ai suggéré que l'Europe des douze étudie les conditions dans lesquelles pourraient être assurés l'équilibre et la paix sur le continent, avant de les proposer à l'ensemble des nations intéressées. D'ores et déjà, toutes les autorités de l'Etat concernées par ce grand problème ont commencé d'y réfléchir en commun.

Dans le même temps, l'affirmation de notre politique de défense doit être une priorité et tenir compte des données nouvelles de la situation. Un Livre blanc sera préparé, Livre blanc sur la base duquel sera élaborée une loi de programmation militaire, soumise au Parlement au printemps de 1994. Cette loi écrira notamment les conditions de la garantie et de la pérennité de notre capacité nucléaire.

Le troisième volet de notre politique étrangère, au-delà de la politique européenne et de la politique de défense, a une dimension plus large. La France doit continuer à jouer un rôle dans le monde : en Afrique bien évidemment, par une politique de coopération qui vise à faciliter un développement au service de l'homme, de sa liberté et de sa dignité ; dans les négociations économiques mondiales aussi, pour limiter les déséquilibres monétaires et pour éviter que les échanges commerciaux ne soient perturbés par eux, comme par la différence des régimes sociaux.

Les grandes orientations de l'action du gouvernement vous ont été rappelées : il le fallait, je crois, car elles définissent une politique de réforme pour construire un nouvel exemple français ; c'est cette politique que je vous demande aujourd'hui d'approuver.

Mais que les choses soient bien nettes. Est-ce là le changement politique, la volonté de changement qu'ont voulu nos concitoyens ? Je le crois.

Nous avons commencé à mener une politique bien différente de celles des divers gouvernements qui se sont succédés de 1988 à 1993. L'ambition est différente, la méthode est différente, nombre de mesures proposées sont différentes, même si, de toute évidence, il ne s'agit pas de systématiquement prendre le contrepied de ce qui a été fait antérieurement, au motif que cela aurait été fait par d'autres.

Cette action novatrice du gouvernement a été exposée avec précision.

Peut-on parler de continuité dans la méthode ? Certainement pas. Ce n'est pas, par exemple, l'avis de nombre d'organisations syndicales qui se félicitent de l'ouverture d'une phase de concertation active et d'échanges de vues, afin de préparer, par une consultation très ouverte, des décisions dont je souhaite qu'elles entraînent l'adhésion du plus grand nombre.

Est-ce vraiment un signe de continuité, que de réunir enfin, la commission des comptes de la sécurité sociale, alors qu'elle aurait du l'être depuis plusieurs mois, pour connaître les chiffres exacts des déficits de nos régimes sociaux, avant de prendre les mesures qui pourront à terme en rétablir l'équilibre.

Faut-il encore voir, sur le fond cette fois, une continuité dans la politique de l'immigration, quand on annonce que les décisions de reconduite à la frontière seront bel et bien exécutées et que la lutte contre l'immigration clandestine sera accentuée, au moment où un sens sera redonné à notre tradition d'accueil pour tous ceux qui entendent séjourner paisiblement et régulièrement en France ? Est-ce une marque de continuité que de souhaiter redonner à l'acquisition de la nationalité française une signification plus forte ?

N'y a-t-il pas une rupture par rapport au passé dans le lancement, de façon transparente et clairement définie, d'un programme de privatisation, après une période quelque peu confuse qui a vu des privatisations partielles se succéder alors qu'on déclarait ne pas vouloir en mener ?

Et ne faut-il pas voir un vrai changement dans l'annonce de l'usage exact qui sera fait du produit des privatisations, pour désendetter notre pays ou pour donner un appui financier à une ambitieuse politique de la ville ?

Certaines mesures ont déjà été prises ou vont l'être très rapidement, d'autres vous seront proposées à l'automne ; certaines ont un effet immédiat, d'autres s'inscrivent dans une perspective quinquennale.

Notre programme de travail est important. Son contour est précis. Qu'il me soit permis, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, d'en rappeler les traits essentiels. Avant tout, un bilan très détaillé de la situation de notre pays sera établi. Puis, dès le mois prochain sera soumis à votre approbation un collectif budgétaire prévoyant des mesures indispensables à la relance de l'activité économique et à la lutte contre le chômage. Ce collectif imposera à tous des sacrifices. Mais il prévoira aussi des mesures en faveur du logement et des aides pour les PME ; plusieurs projets de loi viendront ensuite, certains très vite, sur les privatisations, sur la Banque de France, sur la Caisse des Dépôts et Consignations, ainsi que sur la justice, et notamment la Haute Cour et le Statut de la Magistrature, sur la réforme du code de la nationalité, sur la sécurité.

Lors de la session d'automne, vous seront soumis, en même temps que le budget pour 1994, un autre ensemble de mesures législatives. J'en énumère quelques unes : un plan quinquennal pour la réduction du déficit et de la dette, une loi quinquennale sur la lutte contre le chômage, récapitulant toutes les mesures permettant de développer l'emploi, des projets de loi sur la famille.

Dans le même temps vous aurez à connaître des conclusions de la Conférence de Matignon sur la protection sociale qui se tiendra au printemps et à l'automne et qui permettra, je l'espère, l'élaboration d'une loi quinquennale sur l'avenir des régimes sociaux.

Vous serez également saisis d'une politique d'ensemble sur l'agriculture, quand les organisations agricoles, dans leur diversité, auront été entendues. Je les reçois le 7 mai prochain.

Un peu plus tard, après l'élaboration d'un Livre blanc sur la défense de la France dans un monde nouveau, un projet de loi de programmation militaire vous sera soumis, afin d'assurer la cohérence de notre effort de défense et son évolution, tant du point de vue de la doctrine qu'il y a lieu d'élaborer que de celui des moyens qui lui sont consacrés.

Voilà un important programme de travail, je le répète, son contenu est précis, je vous l'ai rappelé, son contenu est économiquement réaliste. Certes, à la différence de certains de mes prédécesseurs, le gouvernement ne dispose pas d'une situation budgétaire confortable et ne peut profiter d'une période de haute conjoncture, bien au contraire. Mais, malgré cela, il est possible d'agir. Un effort important d'économies budgétaires et le lancement d'un programme de privatisations permettront de dégager quelques marges de manoeuvres. Quelques sacrifices devront également être demandés aux Français. Enfin, le programme du gouvernement s'inscrit dans la durée, c'est un programme à cinq et c'est dans ce délai que les recettes nécessaires au financement de notre action devront être trouvées.

Renouveau, tolérance, rassemblement, tels sont les principes de notre action. Le gouvernement est placé dans une situation difficile, un véritable effort de redressement est indispensable.

Le redressement ne peut attendre, pas plus que ne peuvent attendre les Français de plus en plus nombreux à être frappés par le chômage.

C'est au pays tout entier qu'il faut donner des raisons d'espérer. C'est du pays tout entier que nous attendons le soutien. C'est pourquoi, j'attends le vôtre avec confiance.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 février 2004)

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