Discours de M. Edouard Balladur, Premier ministre, en hommage aux protagonistes de la libération des enfants otages de l'école maternelle de Neuilly, à l'Hôtel Matignon le 24 mai 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Edouard Balladur, Premier ministre, en hommage aux protagonistes de la libération des enfants otages de l'école maternelle de Neuilly, à l'Hôtel Matignon le 24 mai 1993.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réception à l'Hôtel Matignon le 24 mai 1993 des protagonistes de la prise d'otage de l'école maternelle de Neuilly

ti : Mesdames et Messieurs,


Il y a deux semaines, vers 9 H 30, un individu armé pénétrait dans l'école maternelle du Commandant Charcot à Neuilly-sur-Seine. Là, il prenait en otage les enfants d'une classe de maternelle et leur institutrice, Madame Laurence Dreyfus. En quelques minutes, Madame, vous étiez plongée dans l'angoisse. Les parents des petits élèves prisonniers, leurs amis, leurs proches l'étaient aussi ; une grande émotion allait gagner très vite la France toute entière et nos voisins.

Face à l'imprévisible, - car qui aurait pensé qu'une maternelle pourrait devenir une prison - les premières réactions sont déterminantes. Ce sont elles qui préparent la suite des événements, qui préservent l'éventualité d'une issue heureuse. Il faut le souligner : d'emblée, Madame, vous avez commencé de sauver la situation. Nous tous, réunis ici aujourd'hui, soulagés et heureux, vous sommes profondément reconnaissants.

Au delà de notre cercle, c'est la France entière qui s'est émue et qui est aujourd'hui, elle aussi, reconnaissante envers toutes celles et ceux qui ont contribué à éviter le cauchemard.

Monsieur le Ministre d'Etat, Ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, Charles Pasqua, avec lequel j'ai arrêté les principes de l'action des forces de l'ordre, a constamment conduit l'opération avec une détermination et un sang-froid auxquels je rends hommage.

Je tiens également à rendre hommage au Maire de Neuilly, mon Ami Nicolas Sarkozy, qui, par sa présence constante auprès des familles comme auprès des enfants, a fait la preuve non seulement de son courage mais aussi de son sens moral et de son esprit de responsabilité.

Pendant ces quelques jours d'angoisse, notre pays a fait bloc. Les débats qui font la force de la vie d'une démocratie n'étaient plus de mise, tous étaient rassemblés, unis dans une même inquiétude. Quand toutes les évidences sont suspendues, un pays n'a qu'une seule âme, qu'une seule pensée, qu'une seule volonté.


Qu'il me soit permis, aujourd'hui, au nom du Gouvernement mais aussi, je le sais, au nom de tous les Français, de présenter des remerciements très sincères et d'exprimer une profonde reconnaissance.


Mes remerciements vont bien sûr aux services publics, qui ont démontré toute leur efficacité et leur compétence. Les personnels de l'Education Nationale, évidemment, au premier rang desquels une jeune institutrice, mais aussi, autour d'elle, des agents dévoués et épris de leur métier. Les forces de police, les pompiers et les services de santé ont également fait preuve d'une rapidité de réaction et d'une capacité d'organisation en tout point admirable. Je tiens, ici, à souligner la remarquable qualité de l'action conduite par les membres du R.A.I.D. Ils ont été contraints d'agir dans des circonstances dangereuses, nous ne savions pas même à quel point, avant de découvrir l'ingéniosité terrifiante du mécanisme mis en place par celui qui s'était transformé en "Bombe Humaine". Ils sont passés à l'action avec un courage, un sang-froid et un professionnalisme exemplaires ; leur intervention a préservé la vie de tous les enfants encore tenus en otages. Après les membres du RAID, les artificiers chargés de désamorcer le dispositif complexe et menaçant mis en place par le preneur d'otages, ont eux aussi fait preuve d'une exceptionnelle compétence. Qu'ils en soient tous félicités et remerciés me paraît naturel.


Je voudrais aussi, après avoir souligné la force qui naît du rassemblement, de l'action coordonnée et de l'union des volontés, rendre un hommage tout particulier à trois des protagonistes essentiels de ce qui fut un drame mais aurait pu, sans leur merveilleux courage et leur compétence, être une terrible catastrophe.

Nous sommes aujourd'hui rassemblés autour de trois jeunes femmes exceptionnelles. Laurence Dreyfus, Evelyne Lambert et Catherine Ferracci, vous êtes toutes trois entrées dans la mémoire des Français, au moment où, par votre sang-froid et votre courage, vous sauviez leurs enfants... Chacune d'entre vous, à sa façon, a su contribuer à préserver les conditions d'un dénouement qui n'aura pas porté préjudice à l'équilibre et à la santé des petits élèves placés sous votre protection. L'amour et l'attention que vous avez prodigués, comme le calme avec lequel vous avez fait face à une situation particulièrement périlleuse, ces qualités démontrées devant le danger et dans l'angoisse ont forcé l'admiration de tous, et la mienne en particulier.

Permettez-moi, Madame Laurence DREYFUS, de vous dire tout mon respect et ma reconnaissance. Après deux années de formation d'élève-maître, vous avez débuté votre carrière d'institutrice en 1992, à Neuilly. Vos débuts étaient jugés "prometteurs" par la hiérarchie du ministère de l'Education Nationale, me dit-on : cette appréciation s'est révélée juste, quand même était-elle bien en deçà de ce que l'avenir allait démontrer ! Vous avez pleinement rassuré vos petits élèves, continué à donner à leur vie l'organisation et le rythme sans lesquels ils auraient pu, très vite, être en proie à la peur. Vous les avez aimé et protégé de telle sorte qu'ils sont aujourd'hui bien vivants et, je le crois, bien loin d'imaginer à quel point leur jeune existence a pu être mise en danger !

Permettez-moi également, Madame Evelyne LAMBERT, de vous exprimer une grande admiration et mes remerciements profonds. Affectée à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris en novembre 1992 après de brillantes études à l'Ecole de Santé des armées de Bordeaux, vous avez toujours été passionnée par les délicates missions de la médecine d'urgence. Votre force de caractère, vos compétences et votre calme ont été vite remarqués : c'est pour cela que le choix s'est porté naturellement sur vous quand le preneur d'otages a réclamé la présence d'un médecin, pour s'occuper des enfants. Après avoir obtenu la libération de certains d'entre eux, vous avez, en collaboration avec les forces de police et avec un sang-froid hors du commun, aidé à préparer l'assaut qui a mis un terme à la prise d'otages. Votre action a été courageuse et déterminante.

Permettez-moi enfin, Madame Catherine FERRACCI, de vous féliciter également. Médecin anesthésiste-réanimateur depuis 1981, vous avez, tant au SAMU de l'Hôpital Beaujon depuis 1989, qu'au Sud Liban, au Mexique ou en Colombie, toujours fait preuve d'un dévouement et d'une générosité exceptionnelle. Ce sont ces qualités qui vous ont poussé à vous porter immédiatement volontaire, malgré le danger, pour pénétrer dans la salle de classe et aider à prendre en charge les enfants. Vous n'avez pas peu contribué à limiter leur traumatisme, vous avez beaucoup oeuvré pour que 13 enfants soient libérés avant le dénouement. A vous aussi, avec les enfants, les familles et les élus aujourd'hui rassemblés, il faut dire notre reconnaissance.

C'est pourquoi j'ai décidé de proposer à M. le Président de la République de vous nommer, toutes trois, dans l'ordre national de la Légion d'Honneur, ce qu'il a bien volontiers accepté. Il a tout aussi volontiers accepté mon souhait de vous voir remettre, de ses mains, les insignes de votre distinction à l'Elysée.

Vous entrez ainsi dans une compagnie bien particulière : celle des filles et des fils de notre pays auquel celui-ci doit une partie de sa grandeur et de sa force. Vous l'avez mérité, comme vous avez mérité l'affection respectueuse et reconnaissante des familles, mais aussi du gouvernement, et enfin, de la France.

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