Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la situation économique dans le Nord et les mesures du gouvernement en faveur du département et sur la politique de lutte contre la drogue, à Douai, Valenciennes et Roubaix le 11 juin 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la situation économique dans le Nord et les mesures du gouvernement en faveur du département et sur la politique de lutte contre la drogue, à Douai, Valenciennes et Roubaix le 11 juin 1993.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement officiel de M. Balladur dans le Nord le 11 juin 1993 en particulier à Douai Valenciennes et Roubaix

ti : Monsieur le Député-Maire,

1. D'abord, je vous prie d'accepter tous mes remerciements pour la chaleur de l'accueil que vous m'avez réservé. Je vous présente également mes félicitations pour la qualité du plaidoyer que vous avez développé en faveur de la ville de Douai et du bassin minier.

L'énergie que vous consacrez à Douai est connue presqu'autant à Paris qu'elle est reconnue par vos concitoyens. L'imagination, l'écoute, la rigueur sont quelques uns des traits de votre caractère. Votre souci de préserver la qualité de la vie en accordant une grande attention à l'environnement, contribue à ce que l'élu local que vous êtes avec passion soit aussi, au plan national, un élu écouté. Cela se sait, cela doit se savoir.

La première étape de mon déplacement dans le département du Nord est consacrée au Douaisis. Je l'ai souhaité parce que, s'y trouvent concentrés les difficultés et les signes d'espoir d'une région dont le tissu économique a su et doit encore se transformer.

Par sa propre volonté et par la conjugaison des efforts de tous, Douai et sa région ont su franchir l'étape de la fin de l'extraction charbonnière, après deux siècles d'une activité intensive qui lui était presque exclusivement consacrée. L'activité industrielle aujourd'hui dominante, avec de grandes entreprises et avec un nombre important de PMI, la réhabilitation des logements, les efforts réalisés en matière sanitaire et tous ceux qui sont engagés en tous domaines depuis une vingtaine d'années, ont permis une évolution certes douloureuse, mais qui peut être considérée comme en partie réussie.

Aujourd'hui, un second souffle est nécessaire. Il faut franchir une étape.

Cette obligation se rencontre dans l'ensemble du département.

2. Vous savez que les politiques d'aménagement du territoire et de la ville constituent une priorité pour le Gouvernement. La cohésion sociale et territoriale de notre pays doit être retrouvée.

C'est pourquoi ces politiques ont été l'objet des premiers débats généraux du Parlement. Le Gouvernement a souhaité être "à l'écoute" ; députés et sénateurs se sont exprimés, ont formulé des propositions, ont enrichi la réflexion gouvernementale.

Mais il faut également être "au contact".

Le département du Nord constitue à cet égard un témoignage. C'est pourquoi mon premier déplacement en province y est consacré : pour que dans certains aspects de ces politiques, le Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville, le Ministre d'Etat, de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, ainsi que moi-même puissions percevoir au mieux la réalité telles que les acteurs "sur le terrain" la ressentent et souhaitent l'exprimer. Le pragmatisme doit aussi conduire nos ambitions.

Le département du Nord conjugue d'une part la nécessité de faire face à de graves difficultés immédiates, en termes d'emploi et de reconversion industrielle, en termes sociaux et de vie dans les banlieues, et d'autre part l'impératif d'exploiter au mieux des atouts, certains anciens comme la volonté des responsables publics de travailler ensemble, comme la jeunesse d'une population qui veut prendre son destin en mains, et d'autres plus récents, comme les grandes infrastructures de communication. Difficultés et signes d'espoir se conjuguent ; à nous de réussir en donnant plus d'espoir.

Enfin, le département est géographiquement aux "avant-postes" du pays, dans une Europe dont le poids septentrional reste fort. Le développement économique du département et son équilibre social, sont, pour ce motif aussi, à rechercher avec ardeur. Il est impératif que ce département soit à la fois une vitrine de la France, et une région puissante.

3. Il nous appartient dans l'immédiat, de "faire feu de tous bois" en faveur de l'emploi.

J'ai eu l'occasion de le déclarer à maintes reprises : une économie moderne et humaine doit se fixer comme objectif d'éviter la recherche systématique et en toutes circonstances d'une productivité financière étroitement conçue.

Pour répondre à cette exigence, le Gouvernement élabore, en concertation avec les organisations professionnelles et syndicales, un projet de loi quinquennale, qui devra définir les principes de l'action à long terme en faveur de l'emploi.

Parallèlement, le développement de la formation professionnelle, de la formation en alternance, et de l'apprentissage, est l'un des moyens essentiels de lutter contre le chômage, notamment contre le chômage des jeunes. Notre objectif sera de doubler rapidement le nombre des jeunes en formation dans l'entreprise, grâce à un crédit d'impôt accordé aux entreprises beaucoup plus largement qu'il ne l'est aujourd'hui. Il faut appeler celles-ci à prendre davantage conscience que l'un de leurs devoirs essentiels, afin d'assurer le progrès et l'emploi, est de participer plus activement à la formation des jeunes, et en particulier de ceux qui ont quitté l'enseignement et sont sans emploi.

Notre objectif est de tout mettre en oeuvre pour que le plus grand nombre de jeunes puisse accéder à un emploi et à une formation.

4. La formation constitue bien évidemment le meilleur des gisements pour l'avenir : le savoir et le savoir faire doivent devenir un des atouts du Douaisis.

D'abord je tiens à confirmer que l'Etat apportera à la région Nord Pas de Calais l'enveloppe de 170 MF en sus du plan "Université 2000" initialement conclu. L'engagement avait certes été pris en ce début d'année, mais son financement n'avait pas été prévu.

Je demande également au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'apporter un soutien complémentaire pour le développement du pôle juridique de Douai. Une enveloppe de 16 MF y sera consacrée, en sus des crédits d'ores et déjà prévus, dans le cadre du troisième programme "Université 2000".

Par ailleurs, la reconversion économique s'accompagne nécessairement de l'évolution du cadre de vie. Aussi, le groupe interministériel de restructuration des zones minières, le GIRZOM, verra sa dotation augmentée pour l'année 1993.

En outre, toujours dans la volonté de faciliter le développement économique, la réalisation de la rocade minière sera accélérée par l'affectation immédiate de la totalité des crédits d'étude et par l'accélération d'une partie des travaux. Par ailleurs, je demande au préfet de région de considérer ce projet comme prioritaire dans la négociation du troisième contrat de plan Etat-région.

Evoquant les infrastructures, je ne saurais omettre le TGV. Il appartient aux forces locales de mettre ce nouvel équipement à leur profit.

Les décisions que j'ai évoquées s'inscrivent dans l'orientation selon laquelle il faut, après la reconversion du bassin minier, passer à sa rénovation. Il s'agit d'améliorer le cadre de vie, de renforcer la capacité de formation et de faciliter la circulation des hommes et des marchandises.


La rénovation du bassin minier à laquelle vous aspirez, résultera de plusieurs facteurs : les soutiens apportés par les acteurs publics, le dynamisme des entrepreneurs, la volonté des habitants.

Les propos que j'ai entendus ont témoigné de la détermination des habitants. Soyez assuré de la mienne et de celle du Gouvernement.


- Chambre de commerce et d'industrie de Valenciennes

Monsieur le Président,
Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les Présidents,
Messieurs,

1. En premier lieu, je vous remercie très sincèrement de la qualité de l'accueil que vous m'avez réservé. Je souhaite également souligner la qualité des propos que vous avez tenus depuis le début de la rencontre, qualité qui témoigne des capacités humaines dont bénéficie le Hainaut Cambrésis.

J'ai conscience que la région doit faire face à de nombreux handicaps, que la situation est sans doute ici la plus difficile du département.

2. Quatre thèmes ont été abordés. Je souhaite les reprendre successivement.

2.1. La formation des hommes d'abord, parce que c'est un sujet fondamental.

Le développement de la formation professionnelle, de la formation en alternance, et de l'apprentissage est l'un des moyens essentiels de lutter contre le chômage, notamment contre le chômage des jeunes. Notre objectif sera de doubler rapidement le nombre de jeunes en formation dans l'entreprise, grâce à un crédit d'impôt accordé aux entreprises beaucoup plus largement qu'il ne l'est aujourd'hui. Il faut appeler celles-ci à prendre davantage conscience que l'un de leurs devoirs essentiels, afin d'assurer le progrès de l'emploi, est de participer plus activement à la formation des jeunes, et en particulier de ceux qui ont quitté l'enseignement et sont sans emploi.

En ce qui concerne l'enseignement supérieur, je confirme l'attention que je porte à ce que l'enseignement supérieur dans le Hainaut-Cambresis constitue un ensemble multipolaire dont le siège est à Valenciennes et qui s'appuie sur des implantations à Cambrai et à Maubeuge. Je souhaite aussi conforter son développement.

J'ai donc demandé que soient débloquées rapidement les autorisations de programme pour l'année 1993 en faveur du département de mesures physiques de l'IUT de Maubeuge et des travaux prévus à Cambrai. Je souhaite également qu'à l'IUT de Cambrai, un département secondaire soit ouvert en priorité. Enfin, j'ai demandé au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'engager une étude sur l'évolution des effectifs d'étudiants afin qu'éventuellement, un rééquilibrage du plan Université 2000 en faveur du Hainaut-Cambrésis, puisse être analysé.

2.2. En ce qui concerne l'administration des hommes, plutôt que d'envisager la création d'un nouveau département, une déconcentration renforcée des services d'Etat me parait préférable. A cet égard, l'effort qui a été engagé en faveur du Hainaut-Cambrésis mérite d'être accentué.

J'ai demandé au préfet de région de formuler des propositions afin que les ministères concernés adaptent leurs affectations en moyens financiers et humains.

2.3. Dans le domaine du soutien à l'activité économique, je me suis attaché à ce que le retard pris dans la signature du décret d'application des zones d'investissement privilégié soit rattrapé. Le système fiscal dérogatoire ainsi mis en place facilitera l'implantation de nouvelles entreprises.

Pour donner une plus grande efficacité au dispositif, je demande au préfet de région d'apporter, à partir du FEDER, 20 MF dans la Sambre et 30 MF dans le Valenciennois, pour soutenir les aménagements de zones retenues au titre de la ZIP et qui s'intègrent dans un projet d'agglomération.

Mais vous avez dit combien l'éventuel classement en objectif 1 du Hainaut belge, atténuerait l'utilité du régime fiscal dérogatoire et, surtout, créerait une très forte distorsion de part et d'autre de la frontière.

L'équité impose que les interventions communautaires soient mises en oeuvre suivant les mêmes critères dès lors que la contiguïté des zones géographiques se traduit, au-delà des frontières nationales, par une similitude des caractéristiques socio-économiques.

Aussi est-il souhaitable que les moyens mis en oeuvre en faveur des régions classées en objectifs 1, le soient également pour les zones contiguës qui présentent les mêmes caractéristiques.

Tel est le sens de l'amendement que le Gouvernement a introduit auprès de la Communauté Européenne, le 19 mai dernier. Notre demande est, à ce jour, restée sans réponse. Soyez assurés que notre position est ferme.

Au plan général, je rappelle qu'en sus des crédits communautaires mobilisés par le préfet de région, l'Etat intervient de manière substantielle et positive dans cette partie du département, pour soutenir l'activité économique.

Au-delà du fonds de conversion, de SODINORD, il y a FINORPA dont le champ d'intervention est dorénavant étendu aux bassins d'emploi de Cambrai et de Sambre-Avesnois, en sus de Roubaix-Tourcoing, Calais, Boulogne et Dunkerque. En outre, la dotation pour l'année 1993 sera de 84 MF.

Il y a également la prime à l'aménagement du territoire dont à titre d'exemple trois entreprises du Hainaut-Cambresis viennent de bénéficier pour environ 400 emplois et 146 MF d'investissement.

Il y a également le plan productique régional auquel l'Etat a participé en 1992 à hauteur de 60 MF. 120 PME en ont bénéficié dans le département pour une augmentation d'environ 20 % des effectifs en moyenne et à 3 ans, pour les entreprises concernées.

Les outils d'aménagement du territoire en matière de développement économique sont donc fortement mobilisés. Je m'en félicite.

2.4. Le sujet des infrastructures routières a également été évoqué, comme élément déterminant du développement économique.

Le plan de relance décidé par le Gouvernement apportera une enveloppe nouvelle et immédiate de près de 56 MF pour le département du Nord. Les liaisons Douai-Valenciennes et Valenciennes-Maubeuge en bénéficieront, ainsi que l'autoroute A1.

Je demande par ailleurs au préfet de région de considérer les travaux relatifs à la rocade minière et la poursuite des liaisons de la Vallée de la Sambre comme prioritaires dans le cadre de la négociation du prochain contrat de plan Etat-région.

Par ailleurs, je souhaiterais rappeler le soutien qu'apporte l'Etat à deux projets qui certes ne relèvent pas des infrastructures, mais qui constituent des pôles industriels forts, avec des capacités importantes de développement. Je veux parler de Sevelnord et de l'étude engagée pour la constitution d'un pôle ferroviaire.

Expressions d'une mobilisation collective de partenaires publics et privés, de tels pôles témoignent de l'efficacité qu'il y a à s'engager tous pour favoriser l'emploi.

3. Le Hainaut-Cambresis est douloureusement touché par le chômage dont le niveau est extrêmement préoccupant. Son évolution est largement le reflet de l'évolution économique générale.

Une telle situation n'est pas tolérable, le Gouvernement ne peut se résigner à l'exclusion de millions de Français et accepter que les jeunes et notamment ceux qui ont fait l'effort de se former encourent le risque d'être écartés de la vie active. Il a donc été décidé de tout mettre en oeuvre pour soutenir l'emploi.

Le plan de soutien présenté au Parlement dans le collectif budgétaire répond à cet objectif. D'un montant de 15 milliards F, il constitue d'ores et déjà un effort significatif.

Mais la situation commande d'aller plus loin.

Au total, ce sont 40 milliards qui sont consacrés à des actions qui obéissent toutes au souci de soutenir l'emploi, et en particulier l'emploi des jeunes, soit directement, soit au travers d'efforts d'investissements créateurs d'emplois et de l'assainissement de la situation financière des entreprises.

S'agissant des aides directes à l'emploi, le projet de collectif prévoyait un dispositif important en faveur des entreprises grâce notamment à la baisse des cotisations familiales qui pèsent sur l'emploi des salariés rémunérés au SMIC ou un peu au dessus.

Près de 10 Mds F supplémentaires seront consacrés au soutien direct à l'emploi.

L'objectif est de mettre tout en oeuvre pour que le plus grand nombre de jeunes puisse accéder à un emploi et à une formation.

A cet effet, des primes seront allouées aux entreprises qui concluent des contrats d'apprentissage, ou qui embauchent des jeunes dans le cadre de contrats comportant une période de formation.

Ce dispositif s'ajoutera à l'amélioration du crédit d'impôt apprentissage. De même, les incitations financières à la conclusion de contrats de retour à l'emploi, qui concernent les chômeurs de longue durée, seront majorées.

200.000 contrats emploi-solidarité supplémentaires seront inscrits au budget de l'Etat.

L'ensemble de ces mesures, votées avant l'été, permettront aux entreprises de se mobiliser très rapidement pour l'emploi.

Ainsi, le Gouvernement se donne, dans la situation difficile où est l'économie française, tous les moyens pour relancer l'activité et soutenir l'emploi. Mais le Gouvernement ne peut pas tout faire tout seul. Les entreprises ont un rôle décisif à jouer.

Elles doivent utiliser aussi rapidement et aussi complètement que possible tous les moyens qui leur sont offerts pour investir et créer des emplois.

Elles doivent prendre conscience de leurs propres responsabilités dans cet impératif national qu'est la lutte contre le chômage.

Elles ne doivent se résigner aux licenciements que lorsque toutes les autres solutions ont été explorées.

Cette action collective est urgente. Il n'y a pas de fatalité, la France n'est pas condamnée à connaître un nombre de chômeurs sensiblement plus élevé que celui de ses voisins.


C'est ici, au coeur d'une région qui subit de graves difficultés, que je tiens à l'affirmer. La lutte pour l'emploi est un objectif national majeur. Les moyens sont mis en place par le Gouvernement, faisons ensemble preuve de notre détermination.


- Ecole nationale de police de Roubaix

Les problèmes de la ville et des banlieues constituent une difficulté majeure. Trois Français sur quatre habitent dans les villes, près d'un sur trois dans les banlieues. Une telle concentration, d'autant plus qu'elle a souvent été subie, est facteur de déséquilibres.

De brusques poussées de violence en témoignent périodiquement. Les causes sont nombreuses : surpopulation, habitat dégradé ou inadapté, coéxistence de communautés aux traditions différentes, échec scolaire, chômage, insécurité et sentiment d'insécurité.

C'est une partie de l'avenir de la société française qui est en jeu. Je l'ai dit à l'Assemblée Nationale. Je le répète ici, avec d'autant plus de force que le département du Nord est un département plus jeune que la moyenne nationale, et plus urbanisé. Je le répète avec d'autant plus de force que l'agglomération lilloise à malheureusement été récemment la scène d'évènements violents révélateurs.

Le problème de la ville et des banlieues est à la fois douloureux, grave et complexe. J'en ai rencontré certains acteurs il y a un instant, et je m'adresse à vous, futurs policiers, qui devez aussi y jouer un rôle essentiel. Je concentrerai donc mes propos sur ce qui, les uns et les autres, vous touche le plus.


La police se trouve placée au coeur du problème. Bien souvent, elle est la seule et la dernière représentation de toute autorité constituée. Elle focalise les rejets, elle est la cible des attaques contre tous les symboles de l'autorité. Or, c'est justement dans ces quartiers que l'autorité doit être la plus respectée, parce qu'elle y est garante de la vie en collectivité et qu'elle y assume une fonction de médiation sociale.

Il faut restaurer l'autorité de l'Etat, un Etat républicain, fort et mesuré, respectueux et respectable.

Une action législative ambitieuse est engagée pour rénover notre cadre juridique, l'adapter aux impératifs qu'impose la réalité de notre vie en société. Je voudrais vous en dire quelques mots.

Notre nation doit être accueillante mais elle entend conserver son identité et faire respecter ses lois.

Contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, la réforme du code de la nationalité que nous avons entreprise ne remet pas en cause les principaux critères sur lesquels repose depuis plus d'un siècle la définition de la nationalité française : filiation, lieu de naissance, résidence. Elle cherche à les combiner dans la perspective d'une meilleure prise en compte de l'objectif d'intégration assigné au droit de la nationalité.

Jusqu'à présent notre code de la nationalité faisait passer les jeunes gens nés en France de parents étrangers, du statut d'étranger à celui de français, la plupart du temps sans qu'ils l'aient voulu.

Ils devront désormais exprimer un choix dans le cadre d'une procédure d'une grande simplicité. Ils pourront être ainsi Français, dès seize ans, dès lors qu'ils en auront manifesté la volonté.

La réussite de l'intégration suppose en second lieu une immigration maitrisée.

C'est l'objet du projet de loi portant sur la maitrise de l'immigration que le Gouvernement vient de déposer au Parlement. En même temps ce texte confortera la situation de tous ceux qui séjournent régulièrement et paisiblement en France.

De même que la loi leur reconnaît un droit de séjour en France à travers le renouvellement de la carte de 10 ans, elle consacre pour la première fois le droit au regroupement familial.

Qui peut dire que ces étrangers sont menacés par les dispositions destinées à enrayer les mariages de complaisance, à lutter contre la polygamie ou contre l'immigration clandestine alors qu'ils sont les premières victimes de ces pratiques irrégulières qui jettent la suspicion sur leur présence en France.

Bien au contraire ; l'intégration des étrangers en situation régulière sera facilitée dès lors qu'ils seront à l'abri de l'ombre portée par ceux qui abusent des règles de droit et de la situation française.

La police est en première ligne. J'attends qu'elle soit en ordre de marche. Chacun d'entre vous doit témoigner de rigueur, d'intelligence, d'humanité. Le policier, présent sur la voie publique, doit savoir qu'il représente l'autorité de l'Etat. Au travers de son comportement, c'est l'ensemble du corps de la police qui sera jugé, c'est le service public, c'est la capacité de l'Etat à permettre une vie collective paisible.

Le projet de loi relatif aux contrôles d'identité actuellement soumis au parlement renforcera l'efficacité des contrôles dans la recherche et la poursuite des infractions à la loi pénale, comme dans la prévention des troubles à l'ordre public. Je vous demande que, le moment venu, il en soit fait un usage scrupuleux, conforme au code de déontologie dont le ministre de l'Intérieur a décidé de vous doter.

Servir dans la police nationale est un métier exigeant ; exercer ce métier dans un contexte difficile suppose de grandes qualités.

Âgés pour la plupart d'une vingtaine d'années, vous avez décidés d'embrasser un métier, qui fait que vous avez choisi de vous mettre au service de l'Etat, au service de vos concitoyens.

Quelle plus belle définition que celle de "Gardien de la Paix", qui résume si bien votre principale mission : assurer la tranquillité publique. Pour l'exercice de votre métier, la formation est primordiale.

Elle doit avoir pour assise un grand professionnalisme fondé sur des connaissances solides, et bien entendu, sur des capacités d'intervention selon des techniques éprouvées.

Ces connaissances vous permettront de remplir votre mission avec efficacité, en protégeant votre sécurité, et dans le respect des lois républicaines comme dans celui des Droits de l'Homme.

C'est dans ces conditions que le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire souhaite individualiser les formations au long de la vie professionnelle. Mais, tout autant, il développera la formation en alternance dès la formation initiale. Les gardiens de la paix subissent aujourd'hui un enseignement scolaire et il ne leur est offert, pendant un an, qu'un savoir théorique. Il faut, à l'avenir, les former en alternance, en école sur le terrain, en les faisant alors bénéficier du tutorat des anciens.

Cette nouvelle organisation sera mise en oeuvre à l'école nationale de police de Roubaix, dès le mois de septembre prochain. Neuf mois sur douze, sera associée à la théorie une expérience pratique au sein des services actifs. Ainsi mieux formés, vous pourrez mieux faire face à cette forme de délinquance bien spécifique qu'est la délinquance urbaine. Ainsi, l'école sera également mieux insérée dans les dispositifs de sécurité de l'agglomération.

Une des attentes de ses habitants sera donc satisfaite. Cette attente est légitime : les statistiques révèlent que la croissance de la délinquance et de la criminalité dans le département ont, depuis cinq ans, évolué de manière plus défavorable que la moyenne nationale.

Des renforts vont donc être apportés au préfet, en hommes pour des missions adaptées à la délinquance urbaine, en moyens opérationnels et en moyens immobiliers.

Mais ici, plus encore qu'au niveau national, l'ennemi public numéro 1, c'est la drogue. Le nombre d'affaires traitées en la matière s'est accru dans le Nord, ces dernières années, trois fois plus vite qu'au plan national. Le seuil du supportable est franchi. Le désarroi de la population est entendu.


La situation frontalière du département, la perspective de la suppression des contrôles systématiques aux frontières, leur perméabilité de ce fait, rendent la tâche d'autant plus urgente et nécessaire qu'elle est difficile.

Mais, au-delà des chiffres et de la géographie, c'est une grande détresse humaine que j'observe. C'est contre elle qu'il faut se battre, c'est la dignité qu'il faut relever. Je discerne l'égarement de l'individu, la dissolution de tout lien avec la société. Nous ne pouvons admettre cette douleur, comme nous ne pouvons admettre l'économie souterraine qu'elle nourrit, la peur qu'elle véhicule, et la maladie.

La France compte environ 150 000 toxicomanes et quelques 500 décès sont à déplorer chaque année. Crise morale, crise sociale, crise économique, le terrain est là, fragile, pour que se développe l'usage de la drogue.

N'oublions pas que l'essentiel pour éviter ce fléau se joue à l'intérieur de la famille. Il s'agit d'abord de dialogue, de rapports humains, d'attention, d'affection. Quand pointent la peine, la fuite, l'illusion, rien ne remplacera jamais la voix du coeur. Parents, amis, soyez là. Vous êtes essentiels dans la lutte contre la toxicomanie.

La loi du 31 décembre 1970 fixe, en ce domaine, les fondements publics : répression sévère des faits de trafic, incrimination des faits d'usage, alternatives aux poursuites pour les usagers. Si je l'évoque, c'est qu'il n'est pas question de dépénaliser certaines drogues. L'exemple de quelques pays européens ne m'y incite pas.

La lutte contre la toxicomanie ne sera gagnée que si elle est menée avec la même volonté sur deux fronts : la répression du trafic, la prévention de l'usage.

S'agissant de la prévention et des soins, chaque étape est fondamentale : l'information, la prévention qui passe notamment par le soutien aux clubs sportifs, associations, centres sociaux, la prise en charge et les soins, la désintoxication, la prévention des rechutes, la post-cure.

La chaîne a la solidité de son maillon le plus faible. Le département du Nord offre à cet égard une situation particulière. Je salue la qualité de la coopération qu'y s'est instaurée entre tous : Etat, collectivités territoriales, associations, et la volonté d'agir dont chacun témoigne par la mise en oeuvre de ses moyens propres. J'ai souhaité que les moyens d'Etat soient renforcés dans le Versant Nord Est.

La prévention commence dès le plus jeune âge. D'abord au sein des familles dont le rôle éducatif est dans notre société fondamental.

Les familles doivent être aidées et responsabilisées dans ce rôle éducatif. Elles doivent être informées des méfaits effectifs des drogues et produits illicites sur la santé de leurs enfants. Car il n'y a pas de drogue innocente.

L'école, est également un lieu privilégié.

J'ai demandé au ministre de l'Education nationale d'augmenter le nombre de comités anti-drogue dans les établissements d'enseignement.

J'entends que soit renforcée au maximum la prévention à l'école, je veux dire la véritable prévention, celle qui permet à un jeune d'être armé pour dire "non" à certaines dérives et, notamment, à la toxicomanie. Un message adapté en fonction de l'âge devra être dispensé aux élèves des écoles, collèges et lycées, d'une manière régulière et systématique.

La vigoureuse relance de la politique de la ville que Madame le ministre d'Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville a engagée devrait avoir des effets également dans la lutte contre la toxicomanie.

Il s'agit d'une action de longue haleine. J'en appelle à chacun de ses acteurs pour accroître nos moyens d'intervention. La qualité du dispositif de soins, qui se fonde sur la gratuité et l'anonymat, est incontestée. Le dévouement de chacun, également. De l'information préventive à la post-cure, la stratégie doit être globale, forte, totale.

Nous avons hérité d'un sens élevé de la liberté, sachons le transmettre à nos enfants.

Nous ne devons pas tolérer d'en voir un seul prendre le chemin de la dépendance. Mais où trouver l'aide immédiate, le conseil, le soutien, l'écoute nécessaires ? Où trouver les soins appropriés, la prise en charge adaptée, le réconfort ?

Imaginer un nouveau dispositif, à l'échelle du fléau ; tel est le défi. Nous avons su le faire pour soigner les malades du SIDA. Il nous faut le concevoir pour les malades toxicomanes.

Les forces de l'ordre, police, gendarmerie et la douane, occupent également une place considérable. La complémentarité entre ces services responsables de la lutte contre les stupéfiants mérite d'être renforcée pour accroître la répression. Le protocole d'accord signé ici le 16 avril dernier, entre la police nationale et la douane en est une traduction. Le ministre de l'Intérieur va augmenter les moyens dont disposent les brigades de stupéfiants. La lutte contre le commerce de rue et le petit trafic va s'accentuer.

Je demande à Monsieur le Préfet de coordonner les interventions de la police, de la gendarmerie et de la douane, pour qu'un contrôle vigilant soit opéré dans cette zone frontalière particulièrement exposée du fait de la proximité de sources d'approvisionnement en produits stupéfiants.

Si les services spécialisés sont chargés de lutter contre les grands trafiquants, votre rôle à vous, Gardiens de la Paix, bien implantés dans le tissu social de la ville, est d'assurer la police au quotidien. La tâche est aussi noble que délicate, car votre mission est triple : préventive, dissuasive et répressive.

Il n'est plus acceptable que, dans une Démocratie, dans un Etat de Droit, la sécurité soit assurée, en quelque sorte, à deux vitesses. On s'aperçoit alors que ce sont les plus déshérités, les plus faibles qui sont le plus gravement touchés.

Les délinquants qui s'attaquent aux biens des pauvres, les trafiquants qui s'en prennent, par la vente de leur poison, aux jeunes dans la pleine instabilité de l'adolescence, seront poursuivis sans relâche.

Encore une fois, le Gouvernement a décidé de vous donner les moyens d'une politique, sur les plans tant juridique que matériel. Il est donc en mesure de vous demander une obligation de résultat.

J'ajoute que le nouveau délégué général à la lutte contre la toxicomanie, Monsieur Jean-Louis LANGLAIS, va être chargé d'évaluer l'action des pouvoirs publics telle qu'elle a été conduite depuis 5 ans. Il préparera un plan d'action constitué de mesures concrètes pour les cinq ans à venir. Je rappelle qu'il s'agit de changer d'échelle.


J'ai abordé certains aspects seulement de ce qui peut renforcer l'efficacité de la politique de la ville. Madame le ministre d'Etat, ministre de la Ville complètera cette analyse en revenant dans l'agglomération dans les prochaines semaines.

La volonté du Gouvernement d'y affecter des moyens a été démontrée par le projet de loi de finance rectificative. Il y apporte 5 milliards de francs, à ajouter aux 7 milliards d'ores et déjà consacrés à cette politique. Sa détermination est sans faille.

Elle repose sur chacun de vous, vos qualités et votre dévouement.

La voie est difficile ; j'ai confiance en vous.

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