Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, à Washington le 15 et devant l'Assemblée nationale le 16 juin 1993, sur la position française dans les négociations du GATT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, à Washington le 15 et devant l'Assemblée nationale le 16 juin 1993, sur la position française dans les négociations du GATT.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre; Paris; Premier ministre

Circonstances : Voyage de M. Balladur à Washington pour rencontrer le président Clinton le 15 juin 1993

ti : Mesdames et Messieurs, je suis très heureux de vous rencontrer ici, pendant quelques minutes, en compagnie
de M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères.

GATT

Avec le Président des Etats-Unis, nous avons évoqué les problèmes du commerce international et ceux de la sécurité de l'Europe, et nous avons également évoqué les problèmes qui se sont posés pour l'aide à la Russie. Ma rencontre avec le Président des Etats-Unis n'avait pas pour objet d'entamer une négociation, mais
simplement de lui dire quelles étaient les préoccupations du gouvernement français et d'entendre de sa bouche quelles étaient les siennes. En ce qui concerne le commerce international, vous le savez, nous sommes attachés à la conclusion heureuse des négociations du GATT. Pour nous, une conclusion heureuse, cela signifie que l'on doit parvenir à un accord qui soit équilibré et qui soit global.

J'ai évoqué trois problèmes agricoles ; j'ai dit quelle était notre préoccupation devant le pré-accord de Blair House qui ne nous parait pas tenir un compte suffisant des intérêts de l'agriculture européenne. En second lieu, j'ai insisté sur le fait que l'accès au marché n'était pas un problème euro-américain, mais un problème mondial et que ce qui devait nous préoccuper tous, ce sont les conditions effectives de la concurrence internationale et l'ouverture des marchés qui sont souvent trop protégés. Je crois donc qu'il n'est pas utile que ces négociations du GATT prennent la forme exclusive d'un dialogue euro-américain, alors qu'il y a tant et tant d'autres problèmes. En troisième lieu, j'ai indiqué au Président notre souci de voir toutes les parties signataires du GATT disposer des mêmes instruments de défense commerciale, ce qui ne nous parait pas être le cas aujourd'hui.

Enfin, je lui ai fait part de notre désir de voir la négociation être véritablement globale, c'est-à-dire progresser sur tous les fronts si j'ose dire, à la fois. Vous savez que la France a remis un mémorandum à ses partenaires, mettant en valeur 15 points, et nous souhaitons que l'on progresse de façon parallèle sur ces 15 points.

Stabilité en Europe - OTAN

En ce qui concerne les problèmes de sécurité de l'Europe, j'ai fait part au Président du projet français d'un pacte de stabilité garantissant pour les pays d'Europe le respect des frontières et le respect des minorités. J'ai fait observer qu'aux yeux du gouvernement français, il s'agissait d'abord d'étudier l'affaire au sein de la Communauté des Douze, et puis de faire des propositions à tous les pays intéressés par la stabilité de l'Europe, en premier lieu bien entendu les Etats-Unis d'Amérique. J'ai insisté sur l'idée que cette initiative était totalement compatible avec le maintien de l'Alliance atlantique auquel nous sommes tous attachés. Le Président a bien voulu me dire qu'a priori, et sous réserve d'une étude complémentaire, il voyait cette initiative avec sympathie. Voilà les deux points essentiels dont nous avons parlé.

Bosnie-Herzégovine

Nous avons également parlé de la situation en Bosnie, cela va de soi. Nous avons insisté sur l'idée que les pressions internationales, grâce notamment au blocus, devaient être accrues, et que l'institution de zones de sécurité devait être effective, c'est-à-dire que la communauté internationale devait mettre en place tous les moyens nécessaires à la protection des 6 zones, dont 2 sur sont protégées par les forces françaises présentes en Bosnie, forces françaises dont je vous rappelle qu'elles sont les plus importantes de la communauté internationale.

Russie

Enfin, nous avons évoqué les problèmes d'aide à la Russie qui ne manqueront de se poser lors du Sommet de Tokyo.

Voilà, Mesdames et Messieurs, un bref résumé de ce que nous avons dit. Maintenant, le ministre des Affaires étrangères et moi-même, sommes à votre disposition pour vous répondre.

GATT

Q - Monsieur le Premier ministre, à défaut d'une évolution sur Blair House, les Américains et le Président Clinton en particulier vous paraissent-ils désormais plus ouverts à ce que l'on appelle une approche globale ?

R - Nous avons échangé nos points de vue. Je n'étais pas venu pour négocier. J'étais venu pour bien comprendre ce que souhaitent nos amis américains et pour tenter de bien faire comprendre ce que souhaitent les Français.

Q - Quand vous avez abordé la situation de la sécurité en Europe, en Méditerranée, est-ce que vous avez évoqué le problème du Maghreb ?

R - Le Premier ministre

Non.

Q - Concernant la Bosnie, le Président Clinton nous a dit ce matin qu'à son avis les Européens finiraient par se rallier à sa position, c'est-à-dire la levée de l'embargo sur les armes. Est-ce qu'il vous a répété ce sentiment, et est-ce qu'éventuellement cela vous parait fondé ?

R - Ecoutez, je préfère lui laisser le soin de vous dire, s'il le souhaite, ce qu'il m'a dit.

Q - Est-ce que vous avez demandé explicitement la renégociation de l'accord Blair House, et si oui, quelle a été la réaction ?

R - Monsieur, il n'y a pas d'accord de Blair House. Il y a un pré-accord négocié par la Commission et qui n'a de valeur juridique que lorsque le Conseil des ministres de la Communauté, qui est l'autorité politique au sein de la Communauté, l'a approuvé.

USA - Allemagne - Télécommunications

Q - Est-ce que l'accord séparé entre les Etats-Unis et l'Allemagne sur l'accès au marché public des télécommunications a gêné vos rapports avec les Américains aujourd'hui, et a affaibli la position française ?

R - Nous n'en avons pas parlé. Si nous en avions parlé, j'aurais plutôt tendance à penser que cela aurait renforcé la position française.

Bosnie-Herzégovine - zones de sécurité

Q - Monsieur Balladur, vous êtes beaucoup trop intelligent, pour croire.....

R - J'aimerais bien que ce soit vrai !

Q - ...pour croire que le projet de zones de sécurité en Bosnie est réalisable. Pourquoi soutenez-vous toujours ce projet ?

R - Ecoutez, il y a déjà des zones de sécurité qui fonctionnent et qui sont réalisées : Sarajevo par exemple. Cela suppose que la communauté internationale y consacre davantage de force. Tout le monde le reconnaît, tout le monde le sait.

GATT

Q - J'aimerais vous poser ma question d'une autre façon : avez-vous demandé la renégociation du pré-accord de Blair House ?

R - J'ai dit que cet accord ne nous satisfaisait pas, et qu'il ne pouvait pas être accepté par nous dans l'état actuel des choses, mais que nous étions prêts à discuter.

Q - Quelle était la réaction de M. Clinton ?

R - Il vous le dira.

Bosnie-Herzégovine

Q - Est-ce que vous ne pensez pas que le moment est venu peut-être, en Bosnie, pour les pays occidentaux, d'étudier sérieusement l'idée de partition dans la mesure où le plan Vance-Owen et le plan concernant les zones de sécurité sont vraiment très mal partis ?

R - Ce n'est pas la position de la communauté internationale.

Q - Est-ce que le réalisme ne devrait pas nous inciter à aborder cette question le plus rapidement possible, plutôt que d'attendre que la partition soit approuvée ?

R - La communauté internationale est engagée dans une politique qui a été décidée par le Conseil de sécurité. La France s'en tient à cette politique.

Q - Est-ce qu'elle a une chance réaliste de parvenir à un résultat ?

R - Si tout le monde veut bien y consacrer les moyens nécessaires, je l'ai répondu tout à l'heure, oui.

Q - Vous vous référez là aux Américains ?

R - A la communauté internationale.

GATT - défense commerciale

Q - Parmi les points d'accord que vous avez évoqués sur le GATT, le deuxième point qui était votre souci de voir les parties disposer des mêmes instruments de défense commerciale...

R - C'était le troisième point

Q - ... le troisième point, concernant la législation américaine...

R - Exactement, c'est pourquoi d'ailleurs nous soutenons la position de la Commission européenne qui souhaite doter la Communauté de ce qu'il est convenu d'appeler, dans le langage technique en vigueur, un instrument de politique commerciale commune.

Q - Monsieur Balladur, pensez-vous que votre discussion avec Bill Clinton aujourd'hui a fait avancer les problèmes dont vous venez de parler ?

R - J'ai trouvé dans le Président des Etats-Unis, un homme ouvert, qui écoute, qui réfléchit, et qui veut bien prendre en compte les arguments de son interlocuteur, et je me suis efforcé d'avoir la même attitude . Seulement, vous vous doutez bien que ce n'est pas au cours d'un entretien d'une heure et quart, je crois, que l'on peut entrer dans le détail technique des choses. Je me suis borné à dire qu'en ce qui nous concernait, nous étions ouverts à la discussion, mais que dans l'état actuel des choses, la situation dans laquelle nous sommes ne nous satisfait pas.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 juillet 2004)
Je viens d'avoir avec le Président Clinton un entretien qui nous a permis d'évoquer un certain nombre de problèmes importants d'intérêt commun qui touchent au commerce international, à la sécurité de l'Europe ou à l'aide à la Russie.

J'ai trouvé un homme tout à fait ouvert, écoutant avec attention. Je venais dans l'état d'esprit d'expliquer la position de notre pays et de bien comprendre la position des Etats-Unis, alors que nous ne voyons pas les choses nécessairement de la même manière, notamment sur les questions commerciales. Je crois que cet entretien a permis de dissiper les ambiguïtés, c'était pour ma part ce que j'en attendais.

GATT - agriculture

Je répète ce qu'est la position de notre pays sur cette affaire commerciale. Nous ne croyons pas que ce qu'il est convenu d'appeler le pré-accord de Blair House puisse fournir une base satisfaisante - en tous cas satisfaisante - pour l'agriculture européenne.

Marchés publics - défense commerciale

En second lieu, en ce qui concerne l'ouverture des marchés, nous pensons qu'il ne faut pas en avoir une conception étroite, mais considérer les marchés de l'ensemble du monde, dont beaucoup sont infiniment plus fermés et plus protégés que les marchés américains ou le marché européen. Et enfin, j'ai insisté sur l'idée que tous les pays devaient être sur un pied d'égalité en ce qui concerne les moyens de défense commerciale.

Stabilité en Europe - OTAN

Voilà ce qu'a été l'essentiel de mon entretien. J'ajouterai que j'ai eu l'occasion d'exposer au Président Clinton les idées françaises sur la sécurité de l'Europe et sur le projet de pacte de sécurité, en précisant bien que ça n'était nullement incompatible, tout au contraire, avec l'Alliance atlantique au maintien de laquelle nous sommes attachés. Le Président a bien voulu me dire qu'il considérait cette initiative avec sympathie.

Volet agricole du GATT

Q - Monsieur le Premier ministre, je crois qu'il y a beaucoup d'agriculteurs en France qui sont très impatients de savoir comment s'est déroulé l'entretien avec le Président des Etats-Unis. Est-ce que vous avez de bonnes nouvelles à donner aux agriculteurs français sur les négociations ? Est-ce qu'on va échapper à une guerre commerciale avec les Etats-Unis ?

R - Je viens de vous dire quelle a été la conversation. Chacun va réfléchir maintenant et, dans l'état actuel des choses, je ne peux que vous répéter ce que je vous ai dit au début du compte-rendu que je vous ai fait : le pré-accord de Blair House tel qu'il est ne nous satisfait pas.

Q - Le Président Clinton est-il ouvert ?

R - Je vous ai dit simplement qu'il m'a répondu, de son côté, qu'il avait lui aussi des problèmes avec l'agriculture américaine. Nous en sommes restés là.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 juillet 2004)

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