Déclaration et interview à Radio Méditerranée et RTL de M. Edouard Balladur, Premier ministre, le 22, et conférence de presse le 23 juillet 1993, sur la situation économique et politique du Maroc et les relations bilatérales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration et interview à Radio Méditerranée et RTL de M. Edouard Balladur, Premier ministre, le 22, et conférence de presse le 23 juillet 1993, sur la situation économique et politique du Maroc et les relations bilatérales.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre; Paris, Premier-ministre

Circonstances : Voyage officiel de M. Edouard Balladur, Premier ministre, au Maroc les 22 et 23 juillet 1993

ti : Monsieur le Premier Ministre,


Je tiens tout d'abord à vous exprimer tous mes remerciements pour la qualité de l'accueil que vous m'avez réservé et à vous dire combien je suis sensible aux propos chaleureux que vous venez d'avoir, tant à l'égard de mon pays que de ma propre personne. Soyez assuré que je me réjouis d'être parmi vous ce soir, avant l'audience que sa Majesté le Roi a bien voulu m'accorder et en prélude aux entretiens de travail que vous aurons ensemble et avec plusieurs membres de votre gouvernement.

Pour marquer le prix que j'attache aux liens particuliers qui unissent nos deux pays, j'ai tenu à répondre très rapidement à l'invitation que m'a adressé Sa Majesté le Roi Hassan II, à l'occasion de la visite de M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, en mai dernier en visite au Maghreb et dans l'ensemble du monde arabe et musulman.

Maroc

Je suis d'autant plus heureux d'être ici aujourd'hui que j'ai conscience d'arriver au moment d'une nouvelle et importante étape de la vie de votre pays à l'histoire millénaire. Laissez moi vous dire mon respect pour les remarquables progrès économiques du Royaume du Maroc, unanimement salués par la communauté financière internationale, et ceci en dépit d'une sécheresse persistante qui accable vos campagnes et qui touche l'ensemble des secteurs de l'économie nationale.
Laissez-moi également saluer l'approfondissement constant de la démocratie marocaine menée sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Hassan II. Les élections législatives du 25 juin dernier et les récentes mesures de grâce prises par sa Majesté en sont le meilleur exemple. Laissez-moi vous dire enfin combien nous sommes sensibles et attentifs aux efforts que le Royaume du Maroc a entrepris pour lutter par tous les moyens contre l'un des pires fléaux du monde contemporain, celui de la drogue.

Dans un monde menacé par l'instabilité, de telles évolutions renforcent la stabilité du Maroc et l'influence qu'il exerce au carrefour du monde arabe et musulman, de l'Afrique et de l'Europe.

C'est fort de ces atouts et d'une histoire très ancienne que votre pays peut jouer un rôle de premier plan dans les relations internationales. Il est sollicité par les chefs d'Etat d'Afrique en quête de conseils et de coopération. Il participe largement à des opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'Organisation des Nations unies, souvent à nos côtés : au Cambodge, en Angola, en Somalie où la qualité des soldats marocains suscite l'admiration. Il contribue au sein du Maghreb à un processus unitaire parfois difficile mais dont chacun mesure l'intérêt pour l'équilibre de la région. Au Proche-Orient et dans le Golfe enfin, l'on se félicite de la capacité de médiation du Maroc et de son souverain.

CE - Maroc

Tourné naturellement vers l'Europe, le Maroc cherche à fonder ses relations avec le vieux continent et notamment avec la Communauté européenne, sur de nouvelles bases. Nous sommes prêts, vous le savez, ainsi que l'atteste la présence à mes cotés durant cette visite de M. le ministre délégué aux Affaires européennes, à vous aider dans la définition de ce nouveau contrat.

France - Maroc

Conscient de votre expérience et de votre spécificité, je suis venu m'entretenir avec votre souverain et avec vous même des grands problèmes de l'heure - que ce soit dans la région, au Proche-Orient, dans les états de l'ex- Yougoslavie ou ailleurs dans le monde - ainsi que de nos propres relations . Le rôle international du Maroc et de son roi, fondé sur son aura à l'étranger et sur sa grande stabilité, ne peuvent que nous conforter dans notre choix de toujours, celui d'une politique de coopération héritière de notre ancienne et constante amitié.

Nos deux pays sont unis au delà de l'histoire par une trame économique, culturelle et humaine très dense.

Sur le plan économique et financier, nos échanges sont étroits, qu'il s'agisse de transactions commerciales, d'investissements directs, de participation à votre important processus de privatisation, de transferts d'épargne des expatriés marocains, de tourisme, de financements publics ou encore d'accords de rééchelonnement de votre principal partenaire.

Le Maroc est également au premier rang de nos relations culturelles extérieures avec un budget de coopération de quelque 500 millions de francs français. Celle-ci s'exerce en matière d'enseignement dans les établissements français, dans la coopération éducative et linguistique, l'audiovisuel, les échanges scientifiques et techniques. Nous savons maintenant depuis de nombreuses années que nos cultures et nos langues sont liées de façon si étroite que leur épanouissement n'est pas rival mais complémentaire et source d'enrichissement réciproque. Tel est le sens de la participation du Royaume du Maroc aux institutions multilatérales francophones qui nous honore tout particulièrement.

Les raisons que nous avons de nous parler et de nous comprendre sont donc nombreuses. Faut-il ajouter que cet échange est naturellement facilité par la présence de 30 000 Français au Maroc et de 720 000 de vos compatriotes qui vivent et travaillent en France. Les uns et les autres représentent un apport fondamental au développement de nos économies.

Monsieur le Premier ministre, Messieurs les ministres, permettez-moi de former des voeux sincères pour le bonheur personnel et la santé de Sa Majesté le Roi Hassan II et de lever mon verre à l'amitié franco-marocaine ainsi qu'au bonheur et au progrès du Royaume du Maroc.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mai 2004)
Q - La France et les pays du Maghreb sont liés par l'histoire, Maroc, Algérie et Tunisie ; alors, commençons par le Maroc : cette première visite à Rabat prend valeur de symbole. C'est le premier pays que vous visitez hors CEE ou Etats-Unis. Vous venez d'avoir un entretien avec le Roi Hassan II. Qu'en est-il aujourd'hui des relations franco-marocaines ?

R - Le but de mon voyage, qui est effectivement le premier voyage officiel que j'effectue à l'étranger - j'ai fait quelques visites de travail, en Europe ou aux Etats-Unis - le but de mon voyage est de faire en sorte de bien manifester aux yeux des Marocains, et aux yeux de Sa Majesté, le Roi du Maroc, dont je suis l'invité, que le Maroc revêt pour nous une importance très grande. C'est le point de jonction, entre l'Europe et l'Afrique, et il est, à bien des égards, le premier partenaire de notre pays. Et nous y sommes très présents. Nous souhaitons donc accompagner le Maroc dans son effort vers le développement et nous souhaitons faire en sorte qu'il trouve, auprès de nous, en toutes circonstances, l'aide et la compréhension, je dirais simplement, l'amitié, qu'il est en droit d'attendre de nous. C'est le sens de mon voyage.

Nous avons, ce matin, avec le Premier ministre, et sept ou huit membres du gouvernement, évoqué toute une série de problèmes des relations franco-marocaines. Et ce voyage, que je fais en compagnie de M. Roussin et de M. Lamassoure, doit, dans mon esprit, avoir des suites concrètes, précises et positives. Avec le Roi, il y a quelques instants, nous avons évoqué davantage les problèmes de l'évolution de la situation dans cette région du monde et nous avons des intérêts communs, des préoccupations communes, qu'il s'agisse de l'Europe, qu'il s'agisse de l'Afrique.

Algérie

Q - Alors donc, le pays voisin du Maroc, l'Algérie, connaît un moment difficile, sur le plan économique, social et politique, bien sûr, la présence, l'aide de la France est de plus en plus sollicitée. Que peut apporter la France de plus ?

R - Je suis au Maroc, Monsieur, et c'est au Maroc que vous m'interrogez. Vous me pardonnerez, mais je préfère me borner au sujet des relations entre la France et le Maroc. L'Algérie est un pays fort important pour nous aussi, c'est évident, un pays qui connaît des difficultés sérieuses, mais je ne souhaite pas aujourd'hui mêler deux messages l'un à l'autre.

Maroc - CE

Q - Alors donc, il y a toujours eu des très bonnes relations d'amitié avec ces trois pays du Maghreb, des relations qui imposent des devoirs à la France et des responsabilités de ces pays vis-à-vis de la France. L'Europe, maintenant, représente aussi un grand espoir, la France a-t-elle l'intention d'être l'avocat du Maghreb vis-à-vis des instances européennes et de quelle manière ?

R - Elle l'a déjà été ! Elle l'est depuis longtemps. Est discutée actuellement une nouvelle convention entre le Maroc et la Communauté européenne. Comme toujours, ce genre de conversation prendra un certain temps, d'autant qu'il faut adapter les intérêts. Vous savez, il y a les intentions, et en ce qui nous concerne, il n'y a que de bonnes intentions envers le Maroc, de la même manière que le Maroc n'a que de bonnes intentions envers la France. Et puis, il y a des intérêts et des faits. Il faut essayer de faire en sorte que les faits et les intérêts s'adaptent à ce qui est essentiel, c'est à dire le climat d'amitié et d'entente étroite entre nos deux pays. Nous souhaitons en tous cas que les liens du Maroc avec la Communauté européenne soient renforcés.

Immigration - délocalisations

Q - Alors, Monsieur le Premier ministre, la délocalisation est un sujet primordial en ce moment, à propos des pays à forte immigration et de la France et de l'Europe, il faut créer de l'emploi sur place, donc donner les moyens financiers, ce qui entraîne des délocalisations, pertes d'emploi en Europe, donc chômage, comment sortir de ce dilemme ?

R - Vous savez, les pays en voie de développement connaissent tous le même problème. Ce sont en général des pays à démographie extrêmement forte, et qui, pour éviter l'émigration, doivent développer leurs activités sur leur sol, et pour les développer, il ne leur suffit pas que la consommation intérieure absorbe la production. Il faut aussi qu'ils puissent exporter. C'est un problème qui est commun à beaucoup de pays en voie de développement, c'est aussi un problème français. Je vous rappelle au passage que la France exporte le quart de sa production, et est notamment le deuxième exportateur au monde de produits agricoles et alimentaires. Je dis cela en passant, au cas où l'on pourrait ne pas comprendre ce qu'est la position française sur les négociations du GATT. Alors, longtemps, on a posé le problème de l'émigration en disant, mais est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux développer les emplois dans les pays de départ, si j'ose dire, pour éviter d'avoir à résoudre des problèmes d'immigration dans les pays d'arrivée. Mais développer les emplois dans les pays de départ, cela veut dire développer la production, et ça veut dire, si la consommation intérieure ne suffit pas, absorber la production, accepter de recevoir chez soi une partie de cette production. C'est donc un équilibre assez difficile, qui est de tous les temps d'ailleurs, je pourrais citer des expériences historiques sur plusieurs siècles.

Chaque fois, les pays se sont trouvés dans ce genre de choses. C'est pas un choix, j'allais dire, vous me pardonnerez cette expression binaire, je veux dire, ce n'est pas tout blanc ou tout noir. Il ne faut pas dire d'un coté, aucune délocalisation, il ne faut pas dire de l'autre, n'acceptez aucune exportation. Ce n'est pas comme cela que les choses se passent. Il faut trouver un bon équilibre. Je suis persuadé que nous le trouverons avec le Maroc.

France - Maroc - démocratisation

Q - Est-ce que vous avez parlé de la démocratisation du Maroc, ou des droits de l'homme, et est-ce que il y a une rupture entre votre gouvernement et le précédent par rapport au Maroc ?

R - Je n'ai pas à me prononcer sur ce qu'a fait le précédent gouvernement, surtout, me trouvant au Maroc. Et me trouvant au Maroc, je n'ai pas non plus à me prononcer sur les événements de la politique intérieure du Maroc. Tout ce que j'ai à dire et tout ce que je peux dire, c'est que tout ce qui contribuera à faire évoluer le Maroc sera bien vu par la France et est bien vu par la France, mais nous devons pratiquer une amitié qui soit active, qui soit compréhensive et qui en même temps, ne soit pas indiscrète.

France - Maghreb - Proche-Orient

Q - Plusieurs de vos ministres ont effectué des visites dans des pays arabes du Golfe, et aussi au Maghreb, cela signifie-t-il que la politique de la France sera plus présente dans ces pays. Y a t-il une redéfinition en fait plus poussée des rapports France-pays arabes, dans la tradition du général de Gaulle et de Georges Pompidou ?

R - L'amitié entre la France et les pays arabes, qu'il s'agisse de ceux qui bordent la Méditerranée occidentale ou de ceux qui bordent la Méditerranée orientale, est une tradition de la politique étrangère de la France, depuis des générations et des générations. Il est bien vrai que l'action du général de Gaulle et celle du Président Pompidou avaient tendu à la remettre à l'honneur. Une série d'événements se sont passés depuis. Je crois, qu'en effet, la France a tout intérêt à être, parmi tous les pays d'Europe, parmi les grands pays d'Europe, celui qui manifeste le plus d'amitié, le plus de compréhension et le plus de soutien envers les pays arabes.

Ils ont à faire face à des problèmes difficiles. Problèmes de la démographie, qui est très importante, problèmes du développement et, au Proche-Orient, problèmes de règlement de la situation israélo-arabe. Et dans cette matière, je répondrai à ce que vous disiez tout à l'heure. Il faut que l'amitié soit active, il faut qu'elle soit compréhensive. Il ne faut pas qu'elle conduise à substituer son propre jugement à ceux qu'on prétend aider. Il faut se garder de se montrer, je dirai, indiscret.

France - Maroc - CE

Q - Dernière question, Monsieur le Premier ministre, dans l'avenir, peut-il y avoir superposition entre les relations bilatérales traditionnelles France-Maghreb et les liens qui vont se créer obligatoirement entre les instances communautaires et ces mêmes pays ?

R - Oh, c'est dans la nature des choses ! mais cela se produit aussi entre pays européens. Prenez les relations de la France et de l'Allemagne. Couple, sur lequel finalement est bâti le progrès de l'Europe. La France et l'Allemagne entretiennent des rapports étroits, de la même manière, la France et l'Allemagne ont des relations avec la Communauté européenne et inversement, l'une et l'autre y défendent chacune leurs intérêts. Il n'y a aucune contradiction entre les deux. Une bonne compréhension franco-allemande permet d'avancer en Europe. Et dans la voie de la construction de l'Europe. Et, de la même manière, il n'y a aucune contradiction entre le renforcement des relations entre le Maroc et la France d'une part et une coopération plus étroite entre le Maroc et la Communauté européenne de l'autre. Voilà comment je vois les choses.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mai 2004)
Q - La France et les pays du Maghreb sont liés par l'histoire, Maroc, Algérie et Tunisie ; alors, commençons par le Maroc : cette première visite à Rabat prend valeur de symbole. C'est le premier pays que vous visitez hors CEE ou Etats-Unis. Vous venez d'avoir un entretien avec le Roi Hassan II. Qu'en est-il aujourd'hui des relations franco-marocaines ?

R - Le but de mon voyage, qui est effectivement le premier voyage officiel que j'effectue à l'étranger - j'ai fait quelques visites de travail, en Europe ou aux Etats-Unis - le but de mon voyage est de faire en sorte de bien manifester aux yeux des Marocains, et aux yeux de Sa Majesté, le Roi du Maroc, dont je suis l'invité, que le Maroc revêt pour nous une importance très grande. C'est le point de jonction, entre l'Europe et l'Afrique, et il est, à bien des égards, le premier partenaire de notre pays. Et nous y sommes très présents. Nous souhaitons donc accompagner le Maroc dans son effort vers le développement et nous souhaitons faire en sorte qu'il trouve, auprès de nous, en toutes circonstances, l'aide et la compréhension, je dirais simplement, l'amitié, qu'il est en droit d'attendre de nous. C'est le sens de mon voyage.

Nous avons, ce matin, avec le Premier ministre, et sept ou huit membres du gouvernement, évoqué toute une série de problèmes des relations franco-marocaines. Et ce voyage, que je fais en compagnie de M. Roussin et de M. Lamassoure, doit, dans mon esprit, avoir des suites concrètes, précises et positives. Avec le Roi, il y a quelques instants, nous avons évoqué davantage les problèmes de l'évolution de la situation dans cette région du monde et nous avons des intérêts communs, des préoccupations communes, qu'il s'agisse de l'Europe, qu'il s'agisse de l'Afrique.

Algérie

Q - Alors donc, le pays voisin du Maroc, l'Algérie, connaît un moment difficile, sur le plan économique, social et politique, bien sûr, la présence, l'aide de la France est de plus en plus sollicitée. Que peut apporter la France de plus ?

R - Je suis au Maroc, Monsieur, et c'est au Maroc que vous m'interrogez. Vous me pardonnerez, mais je préfère me borner au sujet des relations entre la France et le Maroc. L'Algérie est un pays fort important pour nous aussi, c'est évident, un pays qui connaît des difficultés sérieuses, mais je ne souhaite pas aujourd'hui mêler deux messages l'un à l'autre.

Maroc - CE

Q - Alors donc, il y a toujours eu des très bonnes relations d'amitié avec ces trois pays du Maghreb, des relations qui imposent des devoirs à la France et des responsabilités de ces pays vis-à-vis de la France. L'Europe, maintenant, représente aussi un grand espoir, la France a-t-elle l'intention d'être l'avocat du Maghreb vis-à-vis des instances européennes et de quelle manière ?

R - Elle l'a déjà été ! Elle l'est depuis longtemps. Est discutée actuellement une nouvelle convention entre le Maroc et la Communauté européenne. Comme toujours, ce genre de conversation prendra un certain temps, d'autant qu'il faut adapter les intérêts. Vous savez, il y a les intentions, et en ce qui nous concerne, il n'y a que de bonnes intentions envers le Maroc, de la même manière que le Maroc n'a que de bonnes intentions envers la France. Et puis, il y a des intérêts et des faits. Il faut essayer de faire en sorte que les faits et les intérêts s'adaptent à ce qui est essentiel, c'est à dire le climat d'amitié et d'entente étroite entre nos deux pays. Nous souhaitons en tous cas que les liens du Maroc avec la Communauté européenne soient renforcés.

Immigration - délocalisations

Q - Alors, Monsieur le Premier ministre, la délocalisation est un sujet primordial en ce moment, à propos des pays à forte immigration et de la France et de l'Europe, il faut créer de l'emploi sur place, donc donner les moyens financiers, ce qui entraîne des délocalisations, pertes d'emploi en Europe, donc chômage, comment sortir de ce dilemme ?

R - Vous savez, les pays en voie de développement connaissent tous le même problème. Ce sont en général des pays à démographie extrêmement forte, et qui, pour éviter l'émigration, doivent développer leurs activités sur leur sol, et pour les développer, il ne leur suffit pas que la consommation intérieure absorbe la production. Il faut aussi qu'ils puissent exporter. C'est un problème qui est commun à beaucoup de pays en voie de développement, c'est aussi un problème français. Je vous rappelle au passage que la France exporte le quart de sa production, et est notamment le deuxième exportateur au monde de produits agricoles et alimentaires. Je dis cela en passant, au cas où l'on pourrait ne pas comprendre ce qu'est la position française sur les négociations du GATT. Alors, longtemps, on a posé le problème de l'émigration en disant, mais est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux développer les emplois dans les pays de départ, si j'ose dire, pour éviter d'avoir à résoudre des problèmes d'immigration dans les pays d'arrivée. Mais développer les emplois dans les pays de départ, cela veut dire développer la production, et ça veut dire, si la consommation intérieure ne suffit pas, absorber la production, accepter de recevoir chez soi une partie de cette production. C'est donc un équilibre assez difficile, qui est de tous les temps d'ailleurs, je pourrais citer des expériences historiques sur plusieurs siècles.

Chaque fois, les pays se sont trouvés dans ce genre de choses. C'est pas un choix, j'allais dire, vous me pardonnerez cette expression binaire, je veux dire, ce n'est pas tout blanc ou tout noir. Il ne faut pas dire d'un coté, aucune délocalisation, il ne faut pas dire de l'autre, n'acceptez aucune exportation. Ce n'est pas comme cela que les choses se passent. Il faut trouver un bon équilibre. Je suis persuadé que nous le trouverons avec le Maroc.

France - Maroc - démocratisation

Q - Est-ce que vous avez parlé de la démocratisation du Maroc, ou des droits de l'homme, et est-ce que il y a une rupture entre votre gouvernement et le précédent par rapport au Maroc ?

R - Je n'ai pas à me prononcer sur ce qu'a fait le précédent gouvernement, surtout, me trouvant au Maroc. Et me trouvant au Maroc, je n'ai pas non plus à me prononcer sur les événements de la politique intérieure du Maroc. Tout ce que j'ai à dire et tout ce que je peux dire, c'est que tout ce qui contribuera à faire évoluer le Maroc sera bien vu par la France et est bien vu par la France, mais nous devons pratiquer une amitié qui soit active, qui soit compréhensive et qui en même temps, ne soit pas indiscrète.

France - Maghreb - Proche-Orient

Q - Plusieurs de vos ministres ont effectué des visites dans des pays arabes du Golfe, et aussi au Maghreb, cela signifie-t-il que la politique de la France sera plus présente dans ces pays. Y a t-il une redéfinition en fait plus poussée des rapports France-pays arabes, dans la tradition du général de Gaulle et de Georges Pompidou ?

R - L'amitié entre la France et les pays arabes, qu'il s'agisse de ceux qui bordent la Méditerranée occidentale ou de ceux qui bordent la Méditerranée orientale, est une tradition de la politique étrangère de la France, depuis des générations et des générations. Il est bien vrai que l'action du général de Gaulle et celle du Président Pompidou avaient tendu à la remettre à l'honneur. Une série d'événements se sont passés depuis. Je crois, qu'en effet, la France a tout intérêt à être, parmi tous les pays d'Europe, parmi les grands pays d'Europe, celui qui manifeste le plus d'amitié, le plus de compréhension et le plus de soutien envers les pays arabes.

Ils ont à faire face à des problèmes difficiles. Problèmes de la démographie, qui est très importante, problèmes du développement et, au Proche-Orient, problèmes de règlement de la situation israélo-arabe. Et dans cette matière, je répondrai à ce que vous disiez tout à l'heure. Il faut que l'amitié soit active, il faut qu'elle soit compréhensive. Il ne faut pas qu'elle conduise à substituer son propre jugement à ceux qu'on prétend aider. Il faut se garder de se montrer, je dirai, indiscret.

France - Maroc - CE

Q - Dernière question, Monsieur le Premier ministre, dans l'avenir, peut-il y avoir superposition entre les relations bilatérales traditionnelles France-Maghreb et les liens qui vont se créer obligatoirement entre les instances communautaires et ces mêmes pays ?

R - Oh, c'est dans la nature des choses ! mais cela se produit aussi entre pays européens. Prenez les relations de la France et de l'Allemagne. Couple, sur lequel finalement est bâti le progrès de l'Europe. La France et l'Allemagne entretiennent des rapports étroits, de la même manière, la France et l'Allemagne ont des relations avec la Communauté européenne et inversement, l'une et l'autre y défendent chacune leurs intérêts. Il n'y a aucune contradiction entre les deux. Une bonne compréhension franco-allemande permet d'avancer en Europe. Et dans la voie de la construction de l'Europe. Et, de la même manière, il n'y a aucune contradiction entre le renforcement des relations entre le Maroc et la France d'une part et une coopération plus étroite entre le Maroc et la Communauté européenne de l'autre. Voilà comment je vois les choses.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mai 2004)

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