Conférence de presse de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur les missions du Comité interministériel de lutte contre la drogue, Paris le 21 septembre 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur les missions du Comité interministériel de lutte contre la drogue, Paris le 21 septembre 1993.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cinquième réunion du Comité interministériel de lutte contre la drogue à Paris le 21 septembre 1993

ti : Le Comité interministériel de lutte contre la drogue créé en 1982 ne s'était jusqu'à ce jour réuni que quatre fois dont la dernière en septembre 1986.

J'ai souhaité quelques mois seulement après la constitution du Gouvernement que ce soit dans cette instance dont c'est précisément la mission que soit débattu et décidé le programme de lutte contre la drogue annoncé dès le 30 juin dernier.

Et c'est de façon tout aussi délibérée que j'ai souhaité, et cette conférence de presse vous le montre, donner à la diffusion des résultats de ce travail gouvernemental une particulière solennité.

La drogue est un fléau ; nous le savons tous mais il me parait nécessaire de rappeler quelques chiffres et quelques faits qui démontrent l'ampleur considérable des ravages individuels et collectifs qui résultent de l'usage des stupéfiants en tous genres.

Nul il y a vingt ans, le nombre de morts par surdose est aujourd'hui d'au moins 500 par an.

Directement ou indirectement par les contaminations qu'elle favorise, la drogue est à l'origine de milliers de morts.

La consommation des drogues est non seulement de plus en plus répandue mais aussi, elle touche des publics de plus en plus jeunes qui sont aussi plus vulnérables.

La liaison entre drogue, échec scolaire, troubles de la santé physique et mentale et actes délictueux n'est pas exclusive d'autres éléments ; elle ne fait cependant pas de doute.

Et, même si on ne peut pas non plus l'établir de façon systématique, cette corrélation est certaine.

Ce constat est accablant. Mais, la gravité de la situation ne peut et ne doit en aucun cas justifier la résignation.

C'est pour cela, et parce que la détermination du Gouvernement dans son ensemble est totale, que le comité interministériel a pris les décisions suivantes.

Comme ce programme fait l'objet d'un dossier de presse détaillé et donnera probablement lieu à des questions, je ne m'attarderai que sur sa philosophie et sur celles des mesures d'application qui me semblent les plus importantes.

D'abord, et parce que la drogue est un problème de société, il a paru au Gouvernement nécessaire de charger une commission de réfléchir sur les aspects souvent conflictuels de cette question.

Les drogues douces existent-elles, que penser des drogues de substitution, la distinction entre le trafic et l'usage est-elle pertinente, que penser de l'injonction thérapeutique, comment informer efficacement...

Les résultats de ces travaux devront m'être remis à la fin de cette année : Ils alimenteront la seconde étape du programme gouvernemental de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

Pour ce qui concerne, non plus la réflexion mais les actions, ce programme est axé sur la prévention, les soins mais aussi la répression ; sur ce dernier point, je rappelle que la lutte contre la drogue est l'une des priorités de la politique menée par Monsieur le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire qui a d'ailleurs prévu dans le projet de loi de finances 1994 d'y affecter des moyens accrus.

Par ailleurs, je tiens à souligner que le Gouvernement a décidé de compléter cet effort national par une action diplomatique visant à renforcer la coopération internationale sans laquelle la lutte d'un pays contre la drogue est largement illusoire.

Cette action internationale est extrêmement importante car c'est de sa réussite que dépend, dans un monde où les frontières sont largement ouvertes, l'arrêt effectif de la production et de la circulation de la drogue.

Mais, chacun des gouvernements des pays concernés a également sa responsabilité et le domaine dans lequel des mesures à caractère national peuvent être prises reste important.

Ainsi en est-il :

- de la lutte contre le trafic et la vente de drogue sur la voie publique,
- du choix de condamnations adaptées au cas particulier des toxicomanes ; tel est le cas de l'injonction thérapeutique dont nous allons assurer le développement de façon à en doubler le nombre sur 2 à 3 ans,
- de l'amélioration du dispositif sanitaire. C'est une priorité de ce plan. En particulier, le développement des réseaux coordonnant les actions des médecins, des hôpitaux, des collectivités locales et des milieux associatifs et sociaux en faveur des toxicomanes sera recherché.

Un effort spécifique sera réalisé en milieu hospitalier notamment pour le sevrage des toxicomanes.

Toutefois, il est clair que s'il n'est pas accompagné et suivi, un toxicomane sevra n'est pas sauvé ; c'est pourquoi le dispositif spécialisé de soins, en particulier pour sa partie post cure, sera renforcé.

Enfin, la prévention doit également être renforcée.

Or, c'est d'abord par une information de qualité, accessible et donc dispensée par priorité aux jeunes par ceux à qui ils font confiance, que passe une prévention efficace.

C'est pourquoi il a été décidé, outre le développement de structures de proximité dans et en dehors du système scolaire, de créer dès 1994 une journée nationale d'information sur le problème de la drogue.

Destinée aux jeunes et à leurs familles cette journée, à la réalisation de laquelle I'Education Nationale apportera une contribution spécifique, sera le point d'orgue d'une campagne générale d'information dont l'importance est grande car on ne se bat bien que lorsque l'on connaît l'ennemi.

Mais et aussi complet et précis qu'il soit, ce plan n'aurait pas été crédible si des moyens financiers supplémentaires n'y avaient pas été consacrés.

Or, et pour cette première étape, 85 millions de Francs seront affectés; au financement de ces actions notamment pour les mesures sanitaires et ce dès cette année. Il sera d'ailleurs proposé au Parlement dans la prochaine loi de finances rectificative pour 1993 d'y consacrer 35 millions de francs.

Dans les domaines de la répression, des soins, et de la prévention, c'est près d'une trentaine de mesures, à effet immédiat ou à moyen terme, qui ont été décidées aujourd'hui.

Il s'agit là du premier volet d'un programme de lutte contre la drogue que les résultats de la Commission de réflexion, dont j'attends beaucoup, permettront de compléter.

La détermination du Gouvernement à combattre un fléau aux conséquences individuelles et collectives désastreuses est totale. Ce plan le montre, mais il n'est qu'une première étape.

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