Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur l'aménagement du territoire, les contrats de plan Etat région et le développement régional des pays de la Loire, Nantes le 15 octobre 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur l'aménagement du territoire, les contrats de plan Etat région et le développement régional des pays de la Loire, Nantes le 15 octobre 1993.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à Nantes dans le cadre du débat sur l'aménagement du territoire; réunion du conseil régional des pays de la Loire ; rencontre avec les socio-professionnels

ti : Monsieur le Ministre, président du conseil régional,
Messieurs les présidents de conseil général,
Monsieur le président du conseil économique et social régional,
Mesdames et messieurs.

Dès mon intervention à l'Assemblée Nationale le 8 avril dernier, j'ai annoncé la nécessité d'une politique d'aménagement du territoire rénovée et ambitieuse.

L'ouverture d'un débat national a été décidé lors du comité interministériel d'aménagement du territoire qui s'est tenu le 12 juillet. Le débat a été officiellement lancé dans les premiers jours de septembre.

J'ai souhaité participer à son animation et mon premier déplacement est consacré aux Pays de la Loire.

Pourquoi ce choix ?

C'est tout d'abord parce qu'une démarche de prospective à l'horizon 2015 a déjà été engagée ici et de manière exemplaire, avec la constitution d'une conférence régionale d'aménagement.

Par ailleurs, monsieur le président, vous avez incarné une politique d'aménagement du territoire qui a constitué une forte particularité de la politique intérieure française. Vous l'avez fait dans ce souci de trouver un équilibre géographique à l'expansion nationale, dans ce souci d'inscrire l'action de l'Etat dans le long terme afin de corriger des évolutions qui sans son intervention, auraient déséquilibré le pays.


Le contexte économique est aujourd'hui bien différent.

L'économie française, comme celle des autres pays européens, connaît pour la première fois depuis vingt ans une récession. La croissance économique sera négative cette année.

Les finances de l'Etat, des collectivités locales, de la Sécurité sociale subissent durement le contrecoup de cette crise et cela d'autant plus que nous avons trouvé des finances lourdement déficitaires.

Le chômage s'est fortement accru depuis un an. Il en résulte des phénomènes d'exclusion, une certaine désespérance chez les jeunes, et un climat d'insécurité.

Cette crise économique que subit le pays -la plus grave depuis 1945- est accentuée par des déséquilibres devenus excessifs entre les régions, entre les villes et les campagnes, et, dans les zones urbaines, entre les quartiers.

Pour redresser la France, le Gouvernement a engagé, depuis un semestre, une politique d'assainissement de l'économie au service de l'emploi.

85 milliards de F. en année pleine ont été accordés aux entreprises au bénéfice de l'emploi et de l'investissement, des plans de relance sans précédent ont été mis en oeuvre au service des travaux publics et du logement.

Cet effort de l'Etat mérite d'être relayé, d'être complété par un effort des collectivités territoriales. Des exemples montrent qu'aucun préalable n'est nécessaire pour prendre des initiatives. Il y faut de la volonté. Lutter pour l'emploi nous concerne tous. Il s'agit d'un devoir.

L'action de redressement repose sur une volonté de réforme résolue, tellement sont grands les besoins du pays.

Le Gouvernement a mis en oeuvre des réformes de grande ampleur :

- réforme du code la nationalité,
- réforme de l'immigration,
- réforme constitutionnelle,
- réformes des retraites, du financement de la protection sociale, de l'assurance maladie,
- réforme des finances locales,
- actuellement, réforme de l'emploi et de la formation professionnelle,
- nouvelles bases dans les négociations internationales, du GATT notamment,
- et relance de l'aménagement du territoire.

Aussi, lorsque j'entends dire que le Gouvernement n'est pas assez rapide ou qu'il est conservateur, je souhaiterais que ces propos soient atténués par le sens des réalités.

Cette volonté de réforme répond à l'urgence et s'inscrit dans la durée.

Le comité interministériel de Mende a adopté plusieurs mesures à effet immédiat ; vous les connaissez. Il a également décidé d'engager un débat national sur l'aménagement du territoire. J'inaugure ce débat national ici, parmi vous, en apportant une conclusion à de premiers échanges.


La nouvelle politique d'aménagement du territoire doit permettre de dessiner et de construire la France telle que nous la souhaitons, et non comme seul aboutissement d'évolutions subies.

L'Etat porte une responsabilité éminente en ce domaine. Elle n'est pas pour autant exclusive. Son intervention doit s'inscrire dans une volonté nationale clairement partagée par les collectivités territoriales et par l'ensemble des acteurs économiques et sociaux du pays.

Le débat national poursuit plusieurs objectifs.

L'emploi d'abord. Le débat doit nous permettre d'imaginer comment associer tous les Français à la prospérité économique et au progrès social, aujourd'hui et pour les générations à venir. Une répartition équilibrée des hommes et des activités sur le territoire entrainera une utilisation plus efficace des ressources et favorisera davantage la création d'emplois que la concentration sur quelques pôles où les surcoûts publics et sociaux sont devenus excessifs.

Restaurer la cohésion sociale ensuite. Trop de déséquilibres sont patents. Je les ai déjà cités : entre les villes et les campagnes, entre les régions et, au sein des villes, entres les quartiers. A ces déséquilibres géographiques s'ajoutent les césures sociales, souvent selon les mêmes frontières. Il est urgent de préserver l'unité nationale.

Retrouver l'équité entre les citoyens. Il s'agit de restaurer dans les faits un principe républicain. Les conditions de l'égalité dans l'accès aux services publics ne sont plus réunies. Des nouvelles formules sont à trouver qui répondent aux aspirations de tous les Français, et qui intègrent les progrès techniques des dernières décennies.

Rétablir une confiance et une ambition collectives. Il s'agit de rendre la confiance dans la chose et la responsabilité publiques. Seul le sentiment d'appartenir à une société en construction et dont les représentants assument totalement leur devoir, peut susciter l'espoir, cet espoir si nécessaire à l'aube d'un nouveau millénaire.

Enfin, la construction européenne incite à renforcer le poids et l'influence de notre pays.

Chercher à atteindre ces objectifs suppose que le débat national s'inscrive dans une perspective de long terme.

Trois questions sont posées : quelle France souhaitons nous en 2015 ? Quelle place y revient à chaque partie du territoire national ? Quels moyens faut-il pour parvenir à l'équilibre ainsi dessiné ?

Apporter des réponses demande l'expression de convictions et l'ouverture aux idées nouvelles. Cela suppose autant d'imagination que de raison. Cela exige une grande mobilisation.

J'ai écouté avec grand soin chacune de vos interventions.

Je compte sur chacun d'entre vous pour exprimer l'ampleur de l'enjeu et traduire l'ambition que les Français ont pour leur pays. Il est nécessaire de donner la parole à ceux qui la prennent rarement. Il ne peut y avoir ni exclusive, ni sujet interdit. Et vous, responsables élus, vous avez une mission particulière, celle de donner forme à toutes ces expressions. Il s'agit de préparer la France de 2015.


La richesse du débat, la diversité des propositions dépendront largement de l'intensité des discussions.

Un document introductif a été diffusé. Il ne constitue pas un programme d'actions, lequel ne pourra être que le fruit des discussions à venir. Il a pour but d'éclairer chacun quant aux problèmes à résoudre et quant à l'importance des choix à faire.

Les ressources du pays, l'utilisation de l'espace, les rapports institutionnels et financiers, les particularités régionales constituent quelques uns des thèmes majeurs. Sans doute y en a t-il d'autres.

Je souhaite que le sens des responsabilités et l'émancipation de ceux qui participeront au débat contribuent d'ores et déjà à consolider la cohésion nationale.

Le Gouvernement s'est engagé dans cette voie, d'abord en esquissant les priorités qu'il estime devoir être honorées avant 1998. Il ne s'agit pas d'une réduction des capacités de négociation locales pour les contrats de plan. Il s'agit d'une garantie que certains objectifs définis par ordre de priorité, qui sont l'expression d'un choix national fait par l'Etat, seront atteints.

Le Gouvernement s'est également engagé dans la voie de renforcer la cohésion nationale, en modulant les dotations d'Etat aux troisièmes contrats de plan Etat-région.

J'ai parfaitement conscience, à cet égard, de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve la région. Aussi, une part légitime de la réserve nationale sera accordée aux Pays de la Loire. Le niveau atteint permettra l'engagement d'opérations supplémentaires en matière d'enseignement supérieur, de recherche et de développement rural.

Par ailleurs, pour répondre à un impératif national d'aménagement du territoire et conscient de la difficulté qu'il y a à financer certains projets majeurs dans le cadre seul des contrats de plan Etat-région, je viens de décider le lancement d'un programme routier exceptionnel. Il s'agit d'accélérer la réalisation des trois grands axes que sont la Rocade des Estuaires, la Route Centre Europe Altantique et la RN88 qui relie Lyon à Toulouse. L'Etat affecte 1,6 Milliard de Francs à ce programme exceptionnel de travaux. Il convient de définir maintenant les conditions dans lesquelles les collectivités territoriales pourront s'associer à la réalisation de ce programme, pour, le cas échéant, lui donner plus d'ampleur.

Ce programme est à ajouter aux opérations d'ores et déjà envisagées dans les contrats de plan qui, sur ces axes, sont cofinancées à parité par l'Etat et les régions. Ce programme permettra une réalisation plus rapide de voies destinées à mieux irriguer des régions périphériques du territoire national, et à les rapprocher des pôles économiques européens actuellement plus actifs.

Pour que ce programme soit utilement complété dans la région, je demande au préfet de prévoir dans le contrat de plan un effort au bénéfice des liaisons routières Saint-Nazaire-Laval et Angers-Laval-Mayenne.

Je sais également l'importance qui s'attache à l'aménagement du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire et à ses accès. Aussi ai-je demandé au préfet de région de renforcer les atouts du port. L'Etat est prêt à contractualiser deux fois plus pour les infrastructures portuaires, dans le prochain contrat de plan que dans le précédent. Parallèlement, les moyens seront dégagés pour lancer les études sur la mise à gabarit B+ de la liaison ferroviaire Saint-Nazaire-Paris. Il faut assurer au port le développement qu'il mérite.

Bien évidemment, ce développement s'envisage en harmonie avec les intérêts écologiques. Préserver les grands équilibres est une garantie du succès à terme.

Ces décisions sont destinées à améliorer la position des Pays de la Loire au sein de l'Europe. A douze, avec l'unification de l'Allemagne et l'ouverture à l'Est, le centre de gravité de l'Europe se déplace vers l'intérieur du continent. Il nous faut donc lutter contre un possible affaiblissement de la façade atlantique. Dans cette compétition, vous connaissez vos atouts qui, au-delà d'une certaine unité historique de l'arc atlantique, sont essentiellement la mer, l'espace et la jeunesse de la population.

Largement grâce à vous, Monsieur le Président, une réflexion de qualité se développe sur le thème de l'arc atlantique, et de sa partie française. Il est indispensable de l'approfondir avec célérité et imagination. Il est nécessaire que chacun y trouve sa place tant aujourd'hui l'aménagement du territoire suppose la coordination des partenaires, collectivités, Etat, Europe.

Cette réflexion comprend une analyse sur la mise en valeur des capacités de développement des zones rurales et sur la qualité du réseau urbain. Le sujet est difficile, les intérêts peuvent paraître divergents, l'urgence est présente. L'effectivité de l'action ne s'apprécie pas seulement au montant des investissements réalisés dans telle ou telle zone. Elle dépend aussi de la qualité de la mobilisation. Chacun des partenaires est légitime dans ses attentes, les interventions de tous sont nécessaires, les complémentarités sont à exploiter. Le défaut de l'un peut rompre l'effort collectif.

C'est le respect de chacun et l'action de tous qui permettront des évolutions. Le débat national sera l'occasion de l'exprimer. Il s'agit d'une entreprise qui offre pour la prospérité et pour l'emploi, un réservoir considérable de croissance et de développement. Il conduira, je l'espère, à des suggestions sur les modalités de l'action publique. Il révélera le dessin que les Français souhaitent pour la France de demain.

Il ne peut s'agir, en six mois, de figer l'avenir de la France pour vingt ans. Il s'agit de définir un horizon. Mais bien entendu, le cadre qui sera défini devra être adaptable et modulable de manière régulière, tous les cinq ans, par exemple, après une nouvelle consultation nationale.

C'est une politique de réformes que j'entends conduire. Le terrain est difficile, les obstacles nombreux mais la route est à présent tracée.

La politique d'aménagement du territoire, rénovée et ambitieuse, en est une des expressions.

Le débat national sur l'aménagement du territoire nous permettra d'avancer ensemble, avec résolution et confiance


Je compte sur vous..

- Rencontre avec les socio-professionnels


Monsieur le président du Conseil économique et social de région,
Messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs.


Dès mon intervention à l'Assemblée Nationale le 8 avril dernier, j'ai annoncé la nécessité d'une politique d'aménagement du territoire qui soit rénovée et ambitieuse.

L'ouverture d'un débat national a été décidé lors du comité interministériel d'aménagement du territoire qui s'est tenu le 12 juillet. Le débat a été officiellement lancé dans les premiers jours de septembre.

J'ai souhaité participer à son animation et mon premier déplacement est consacré aux Pays de la Loire.


L'économie française, comme celle des autres pays européens, connaît pour la première fois depuis vingt ans une récession. La croissance économique sera négative cette année.

Les finances de l'Etat, des collectivités locales, de la Sécurité sociale subissent durement le contrecoup de cette crise et cela d'autant plus que nous avons trouvé des finances lourdement déficitaires.

Le chômage s'est fortement accru depuis un an. Il en résulte des phénomènes d'exclusion, une certaine désespérance chez les jeunes, et un climat d'insécurité.

Cette crise économique que subit le pays -la plus grave depuis 1945- est accentuée par des déséquilibres devenus excessifs entre les régions, entre les villes et les campagnes, et, dans les zones urbaines, entre les quartiers.

Pour redresser le pays, le Gouvernement a engagé, depuis un semestre, une politique d'assainissement de l'économie au service de l'emploi.

Le premier acte de cette politique a été l'adoption par le Parlement d'une loi de finances rectificative. Elle visait à enrayer la dérive des déficits publics et à réaliser plus de 20 milliards de F d'économies pour financer un plan de soutien à l'emploi.

Le succès de l'emprunt d'Etat a permis, par anticipation des recettes de privatisation, de financer un plan de soutien à l'activité.

85 milliards de F en année pleine ont ainsi été accordés aux entreprises au bénéfice de l'emploi et de l'investissement, en donnant la priorité aux PME.

En ce qui concerne les secteurs les plus touchés par la crise, je rappelle qu'un effort sans précédent a été consenti en faveur du logement. De même, le dispositif de relance des travaux publics a permis, avec les cofinancements, de mobiliser 18 milliards de F d'investissements. Il s'agit, dans ce secteur, du plan le plus important depuis 1975.

Par ailleurs, le Parlement a adopté une loi relative au développement de l'emploi et de l'apprentissage. Celle-ci comporte trois dispositions dont l'importance mérite d'être soulignée : l'allègement des cotisations patronales d'allocations familiales pour les catégories professionnelles les moins qualifiées ; l'élargissement du crédit d'impôt pour l'apprentissage ; la création d'une aide forfaitaire de l'Etat pour l'embauche des jeunes.

La loi quinquennale relative au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle vient d'être adoptée en première lecture à l'Assemblée Nationale. Encouragement à la création d'emplois, organisation nouvelle du temps de travail, développement de la formation et de l'insertion professionnelles, simplification des structures et des procédures : telles ont été les priorités adoptées par l'Assemblée nationale.

Je sais qu'ici, vous avez su pressentir la nécessité de certaines évolutions, comme en témoigne le dispositif de pré-retraite progressive mis en place dans les chantiers navals de Saint-Nazaire. Je m'en félicite.

Le projet de loi apporte un début de réponse, dont les effets seront progressifs, mais qui marque la volonté qui est la notre :

- de réduire les charges sociales qui pèsent sur l'emploi des plus modestes,
- de diversifier et d'assouplir les formes du travail salarié pour les adapter mieux aux besoins actuels,
- de donner à notre jeunesse des possibilités nouvelles de formation professionnelle.

Enfin, la loi de finances pour 1994 illustre la volonté du gouvernement de maîtriser ses dépenses -elles n'évoluent que de 1,1 %- et de maintenir l'activité grâce notamment à une baisse de l'impôt sur le revenu.

En d'autres termes, le Gouvernement mobilise l'ensemble des moyens juridiques et financiers qui sont nécessaires au redressement du pays.


La nouvelle politique d'aménagement du territoire doit permettre de dessiner et de construire la France telle que nous la souhaitons, et non comme seul aboutissement d'évolutions subies.

L'Etat porte une responsabilité éminente en ce domaine. Elle n'est pas pour autant exclusive. Son intervention doit s'inscrire dans une volonté nationale clairement partagée par l'ensemble des acteurs économiques et sociaux du pays.

Le débat national poursuit plusieurs objectifs.

L'emploi d'abord. Le débat doit nous permettre d'imaginer comment associer tous les Français à la prospérité économique et au progrès social.

C'est malheureusement une vérité que l'économie française est celle des économies développées qui créé le moins d'emplois lorsqu'il y a croissance, qui détruit le plus d'emplois lorsqu'il n'y a pas de croissance. Je n'ai pas attendu l'augmentation très sérieuse du chômage dans les dernières années pour dire mon inquiétude devant les mécanismes fiscaux, sociaux, réglementaires, conduisant les entreprises françaises à rechercher d'abord la solution de leurs difficultés dans la réduction de leurs effectifs.

Il faut que désormais le licenciement ne soit pas le premier recours, mais bien au contraire le dernier recours lorsque toutes les autres possibilités ont été épuisées.

Une répartition équilibrée des hommes et des activités sur le territoire entraînera une utilisation plus efficace des ressources et favorisera davantage la création d'emplois que la concentration sur quelques pôles où les surcoûts publics et sociaux sont devenus excessifs.

Restaurer la cohésion sociale est également un objectif à atteindre par le débat national. Trop de déséquilibres sont patents. Je les ai déjà cités : entre les villes et les campagnes, entre les régions et, au sein des villes, entres les quartiers. A ces déséquilibres géographiques s'ajoutent les césures sociales, souvent selon les mêmes frontières. Il est urgent de préserver l'unité nationale.

Retrouver l'équité entre les citoyens également. Il s'agit de restaurer dans les faits un principe républicain. Les conditions de l'égalité dans l'accès aux services publics ne sont plus réunies. Des nouvelles formules sont à trouver qui répondent aux aspirations de tous les Français, et qui intègrent les progrès techniques des dernières décennies.

Rétablir une confiance et une ambition collectives. Il s'agit de rendre la confiance dans la chose et la responsabilité publiques. Seul le sentiment d'appartenir à une société en construction et dont les représentants assument totalement leur devoir, peut susciter l'espoir, cet espoir si nécessaire à l'aube d'un nouveau millénaire.

Enfin, la construction européenne incite à renforcer le poids et l'influence de notre pays.

Chercher à atteindre ces objectifs suppose que le débat national s'inscrive dans une perspective de long terme.

Trois questions sont posées : quelle France souhaitons nous en 2015 ? Quelle place y revient à chaque partie du territoire national ? Quels moyens faut-il pour parvenir à l'équilibre ainsi dessiné ?

Apporter des réponses demande l'expression de convictions et l'ouverture aux idées nouvelles. Cela suppose autant d'imagination que de raison. Cela exige une grande mobilisation.

Je compte sur chacun d'entre vous pour révéler l'ampleur de l'enjeu et traduire l'ambition que les Français ont pour leur pays. Il ne peut y avoir ni exclusive, ni sujet interdit. Mais vous, responsables socio-professionnels, vous avez une mission particulière. Je tiens à remercier personnellement ceux d'entre-vous qui ont déjà exprimé le souhait d'apporter une importante contribution au débat.

La richesse du débat, la diversité des propositions dépendront largement de l'intensité des discussions.

Un document introductif a été diffusé. Il ne constitue pas un programme d'actions, lequel ne pourra être que le fruit des discussions à venir. Il a pour but d'éclairer chacun quant aux problèmes et quant à l'importance des choix à faire.

Les ressources du pays, l'utilisation de l'espace, les rapports institutionnels et financiers, les particularités régionales constituent quelques uns des thèmes majeurs. Sans doute y en a t-il d'autres.

Je souhaite que le sens des responsabilités et l'émancipation de ceux qui participeront au débat contribuent à consolider d'ores et déjà la cohésion nationale.

Le Gouvernement s'est engagé dans cette voie en modulant les dotations d'Etat aux troisièmes contrats de plan Etat-région.

J'ai parfaitement conscience, à cet égard, de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve la région. Aussi, une part légitime de la réserve nationale sera accordée aux Pays de la Loire. Le niveau atteint permettra l'engagement d'opérations supplémentaires en matière d'enseignement supérieur, de recherche et de développement rural.

Par ailleurs, pour répondre à un impératif national d'aménagement du territoire, je viens de décider le lancement d'un programme routier exceptionnel. Il s'agit d'accélérer la réalisation des trois grands axes que sont la Rocade des Estuaires, la Route Centre Europe Altantique et la RN88 qui relie Lyon à Toulouse. L'Etat apporte 1,6 milliards de Francs à ce programme exceptionnel de travaux. Il convient de définir maintenant les conditions dans lesquelles les collectivités territoriales pourront s'associer à la réalisation de ce programme, pour, le cas échéant, lui donner plus d'ampleur.

Ce programme est à ajouter aux opérations d'ores et déjà envisagées dans les contrats de plan qui, sur ces axes, sont cofinancées à parité par l'Etat et les régions. Ce programme permettra une réalisation plus rapide de voies destinées à mieux irriguer des régions périphériques du territoire national, et à les rapprocher des pôles économiques européens actuellement plus actifs.

Pour que ce programme soit utilement complété dans la région, je demande au préfet de prévoir dans le contrat de plan un effort au bénéfice des liaisons routières Saint-Nazaire-Laval et Angers-Laval-Mayenne.

Je sais également l'importance qui s'attache à l'aménagement du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire et à ses accès. Aussi ai-je demandé au préfet de région, de renforcer les atouts du port en contractualisant deux fois plus de crédits pour les infrastructures portuaires dans le 3ème contrat de plan, que dans le second. Parallèlement, les moyens seront dégagés pour lancer les études sur la mise à gabarit B+ de la liaison ferroviaire Saint-Nazaire-Paris. Le développement du port mérite d'être soutenu.

Il mérite de l'être dans le souci de préserver les équilibres écologiques.

Ces décisions sont destinées à améliorer la position des Pays de la Loire au sein de l'Europe. A douze, avec l'unification de l'Allemagne et l'ouverture à l'Est, le centre de gravité de l'Europe se déplace vers l'intérieur du continent. Il nous faut donc lutter contre un possible affaiblissement de la façade atlantique. Dans cette compétition, vous connaissez vos atouts qui, au-delà d'une certaine unité historique de l'arc atlantique, sont essentiellement la mer, l'espace et la jeunesse de la population.

Une réflexion de qualité se développe déjà sur le thème. Il est indispensable de l'approfondir avec célérité et imagination.

Cette réflexion doit s'accompagner d'une analyse relative à la mise en valeur des capacités de développement des zones rurales pour lesquelles l'agriculture constitue une activité majeure mais pas unique. Je tiens à souligner à cet égard, combien l'agriculture apporte à la richesse régionale et combien elle a su s'adapter.

Elle constitue un atout important. Une réflexion sur la politique de la ville et la qualité du réseau urbain mérite aussi de se développer. Le sujet est difficile tant les intérêts peuvent paraître divergents et tant l'urgence est présente. Chacun des partenaires est légitime dans ses attentes, les interventions de tous sont nécessaires, les complémentarités sont à exploiter. Le défaut de l'un peut rompre l'effort collectif.

C'est le respect et l'action de chacun qui permettront les évolutions. Dans cette démarche, la vocation de l'Etat est de permettre un développement harmonieux.

Le défi que nous devons relever suppose un effort considérable de dialogue et de compréhension de l'intérêt national.

Il ne peut s'agir, en six mois, de figer l'avenir de la France pour 20 ans. Il s'agit de définir un horizon. Mais bien entendu, le cadre qui sera défini devra être adaptable et modulable de manière régulière, tous les cinq ans, par exemple, après une nouvelle consultation nationale.


C'est une politique de réformes que j'entends conduire. Le terrain est difficile, les obstacles nombreux mais, avec la confiance des Français, la route est à présent tracée.

La politique d'aménagement du territoire, rénovée et ambitieuse, en est une des expressions.

Le débat national sur l'aménagement du territoire nous permettra d’avancer ensemble, avec résolution et confiance.

Je compte sur vous.

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