Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration du Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus le 16 février 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration du Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus le 16 février 1993.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus (Alpes Maritimes) le 16 février 1993

ti : Mesdames et messieurs,
- Ce moment nous l'attendions tous et vous surtout, combattants d'Indochine, depuis qu'a été prise il y a sept ans la décision d'édifier à Fréjus le Mémorial des Guerres en Indochine et plus particulièrement la nécropole où reposent 20000 des nôtres.
- Je découvre en ce jour cet admirable site, ce monument, cette nécropole, ce mur qui invitent à la réflexion. C'est ici que s'achève le parcours de ceux qui, militaires et civils, sont tombés dans leur lutte, d'abord contre l'occupant japonais, ensuite ceux qui ont pris les armes pour exécuter la mission que leur avait confiée le gouvernement de la République.
- C'est la deuxième fois en l'espace de quelques jours que j'apporte à nos soldats d'Indochine l'hommage de la France. Je l'ai fait mercredi dernier sur les lieux mêmes où s'est livrée la dernière bataille afin de bien marquer qu'il y a des sacrifices que les vicissitudes de l'Histoire n'effacent pas.
- Je le fais de nouveau, aujourd'hui, parce que c'est là, en terre française et en présence de leurs camarades de combat que nous inscrivons le souvenir des morts, pour qu'on sache de génération en génération ce que furent leur peine et leur gloire. Je n'oublie pas non plus les blessures reçues là-bas et dont beaucoup de survivants souffrent encore. Je n'oublie pas les prisonniers détenus dans d'atroces conditions et qui ont dû attendre quarante ans pour se voir reconnaître le statut qu'ils méritaient. Je n'oublie pas l'histoire douloureuse qui a vu notre armée remplir son devoir jusqu'à l'amertume des tâches inaccomplies parce qu'on n'inverse pas, sans doute, le mouvement du temps.
- En suivant il y a un instant les travées de la nécropole et le mur des souvenirs qui comportera le nom de l'ensemble des tués et disparus des guerres en Indochine, je me remémorais le sacrifice de tous ces soldats morts là-bas, métropolitains, légionnaires, africains, nord-africains, vietnamiens, tombés au champ d'honneur. Ils ont été des milliers de soldats à s'illustrer ainsi en Indochine, dont les combats portent les noms qui pour nos contemporains signifient une longue trace déchirante - Dong-Khe, Cao-Bang, Coc-Xa, Vinh-Yen, Dong-Trieu, Hoa-Binh, Nghia-Lo, Na-San et bien sûr Dien Bien Phu et j'en passe - tous ces lieux qui ont vu nos soldats apporter leur bravoure.
- C'est d'ici, de Fréjus, que partaient autrefois les troupes engagées en Extrême-Orient et c'est ici, à Fréjus, que chacun pourra venir se recueillir pour penser aux vertus de soldats qui après tant d'autres et sur tant de champs de bataille, à travers les siècles, ont offert leur courage et leur vie à la France.
- Méditons, mesdames et messieurs, leur exemple qui, de tous les legs qu'ils nous ont transmis, restera le plus précieux et tâchons, les uns et les autres, de servir là où nous sommes comme ils ont su le faire sans se demander s'ils seraient compris ou incompris.
- Aux soldats et aux civils inhumés dans la nécropole, à tous ceux dont le nom sera gravé sur le mur du souvenir, j'exprime solennellement la reconnaissance de la Nation.

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