Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement des relations culturelles, économiques et techniques entre la France et la Corée, Séoul le 14 septembre 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement des relations culturelles, économiques et techniques entre la France et la Corée, Séoul le 14 septembre 1993.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en Corée du Sud du 14 au 16 septembre 1993 ; diner d'Etat offert par M. le Président de la République de Corée et Mme Kim Young Sam

ti : Monsieur le Président, madame,
- mesdames et messieurs,
- Je m'adresse à vous ce soir afin de célébrer la première rencontre d'Etat entre la France et la Corée. Monsieur le Président, vous avez été au premier rang de ceux qui ont combattu pour la liberté et l'établissement de la démocratie dans votre pays. Il vous revient désormais d'en conduire la marche et il est rare que le destin d'un homme d'Etat s'accomplisse aussi pleinement. Il est rare aussi qu'un peuple témoigne d'une telle détermination et d'un tel courage. C'est donc à la jeune démocratie coréenne, l'une des plus vivantes et des plus authentiques d'Asie, que je veux rendre hommage ce soir.
- Dès votre arrivée à la tête de l'Etat, vous avez entrepris de réformer la vie publique et de moderniser l'économie. Vous bénéficiez dans cette double responsabilité d'un large soutien populaire et je formule des voeux de plein succès à votre action dont l'ambition est de renforcer la cohésion et le dynamisme déjà remarquables de la société coréenne.
- Dans le même temps, votre pays doit affronter le drame, antérieur à la guerre froide, de la division, une division qui a été et qui reste entière avec son cortège de malheurs et de souffrances.
- Je songe, en cet instant, à ces millions de personnes qui depuis quarante ans n'ont plus de nouvelles de leurs familles restées au Nord. Comment accepter que subsiste ici un mur qui ailleurs est heureusement tombé. Vous avez choisi, monsieur le Président, la voie que je crois la plus sage, celle du dialogue, de la coopération et de la réconciliation.
- La France approuve cette démarche réaliste qui peut être généreuse. La Corée, nous le savons, est un pays pacifique qui n'a jamais au cours de son histoire, malgré de multiples vicissitudes, agressé quiconque de ses voisins.
- Mais le dialogue que vous envisagiez d'ouvrir avec la Corée du Nord se fonde sur une exigence préalable, celle que vous avez formulée en matière d'armement nucléaire. L'incertitude qui subsiste quant aux intentions nord-coréennes peut paraître inquiétante pour la paix de la région et du monde. J'aurai demain l'occasion à l'Assemblée nationale de revenir en détail sur ces questions.
- D'ores et déjà, permettez-moi de conclure sur une note d'espoir ; pour la première fois, depuis le début de ce siècle, les Coréens semblent avoir la possibilité de définir eux-mêmes le sort de leurs deux nations. La France souhaite qu'ils y parviennent pacifiquement et, dans cette perspective et ce souhait, ils peuvent être assurés de son soutien.
Monsieur le Président, madame, l'amitié entre nos peuples est ancienne. Rien n'affecte la sérénité de nos relations.
- Celles-ci, pourtant restent comme enrobées de cette brume légère qui même par beau temps voile les horizons lointains. La géographie veut que nous soyons assez éloignés les uns des autres et il nous faut donc mieux préciser les contours de notre coopération et la renforcer. C'est ce que nous avons commencé d'entreprendre lors des différents entretiens qui nous ont réunis cet après-midi.
- Dans le domaine culturel d'abord, où existe déjà une coopération très active, la France est honorée de la place que sa civilisation et sa langue occupent en Corée, puisque la Corée est de tous les pays d'Asie celui où l'enseignement du français est le plus développé.
- En retour, Paris s'affirme comme le principal point d'entrée et de diffusion de la culture coréenne en Europe. L'enseignement de votre langue s'y développe rapidement. L'un de vos compatriotes de très grand talent exerce la direction musicale de l'Opéra de Paris. Le musée Guimet ouvrira prochainement un département consacré à la civilisation coréenne et, au printemps dernier, un festival d'art dramatique coréen a connu un succès remarquable. Je terminerai dans ce domaine par votre sport national ; le Tae-Kwon-Do qui se développe de telle façon qu'un Français, qui m'accompagne d'ailleurs maintenant en Corée, en est devenu champion du monde.
Dans le domaine scientifique et technique, nous devons veiller à ne pas disperser nos efforts, nos moyens : - formation ou recherche - concentrons-nous, dans un souci de cohérence, sur des programmes prioritaires d'intérêts communs dans la logique des accords récemment conclus par les instituts de recherche français les plus prestigieux avec leurs équivalents coréens.
- Sur le plan technologique, commercial, économique, l'accroissement récent des flux d'investissements de la Corée vers la France, comme de la France vers la Corée, constitue un élément très prometteur.
- La mise en place des nouvelles instances, instances de concertation entre nos ministres chargés de l'industrie, doit permettre de mieux identifier les possibilités de coopération et d'encourager les projets communs. Je ne doute pas de votre volonté d'ouvrir et de restructurer l'économie coréenne et que cette volonté sera l'occasion de resserrer nos liens.
- J'observe notamment que, parmi les priorités définies par votre nouveau plan, plusieurs portent sur le domaine où des technologies françaises ont une avancée reconnue : aéronautique et espace, énergie nucléaire, environnement et transport terrestre. Pour ces transports terrestres, la coopération franco-coréenne connaît aujourd'hui un premier succès, qui, lorsqu'il se confirmera, s'annoncera très heureux et très utile pour nos communes destinées. Utilisons-le pour étoffer et approfondir le champ de nos relations pour notre plus grand bénéfice mutuel.
Votre pays est devenu, grâce à son travail, à son ingéniosité, à ses capacités, un grand pays industrialisé. J'ai évoqué l'évolution des échanges commerciaux, l'importance croissante des investissements à l'étranger, je me dois aussi de mentionner l'augmentation des salaires qui sont aujourd'hui comparables à ceux du sud de l'Europe ainsi que le développement de la protection sociale inexistante il y a encore quelques années. Cet accroissement du coût du travail rend indispensable une mutation industrielle et sociale. L'économie coréenne devra s'orienter inévitablement vers la production et la fabrication de produits à forte valeur ajoutée. La France est désireuse d'aider la Corée à réussir cette nouvelle étape.
- Grand pays industriel, ai-je dit, la Corée le sera d'autant plus, qu'elle saura faire preuve d'esprit d'ouverture et de compétition dans tous les secteurs : économique, financier, commercial, propriété intellectuelle et industrielle. Vous y avez accompli de grands progrès ces dernières années, il faut aller plus avant.
- Un club d'hommes d'affaires franco-coréens se réunira demain. C'est à la fois le symbole de ce qui existe déjà entre nos deux pays, mais aussi l'outil du devenir. Je souhaite plein succès à cette initiative.
- Bref, les conditions me semblent réunies pour qu'entre la Corée et la France s'établissent partout des relations de confiance et que chacun de nos pays deviennent pour l'autre, selon ses capacités, sa position géographique et son influence propre, un point d'appui ou un levier, un partenaire et un allié.
La réussite de ce voyage ne serait totale s'il se limitait à ses aspects économiques. Il faut simplement permettre à nos deux pays de mieux se connaitre. Je souhaite qu'il donne à vos compariotes une image rénovée de la France d'aujourd'hui. Un pays dont la réputation de goût, de savoir vivre, de culture et de tradition existe en harmonie avec la modernité, les capacités de recherche de haut niveau les technologies de pointe dans de très nombreux secteurs.
- Je sais, monsieur le Président que votre pays déplore également que l'image qu'il donne à l'étranger soit souvent réductrice. Elle ne rend pas compte de tous ses progrès, de ses virtualités qu'il s'agit maintenant de diversifier. Voilà une autre tâche à laquelle nous allons nous atteler.
- Au nom de la France, en mon propre nom et en celui de ma femme ici présente, au nom des ministres du gouvernement français et de la délégation qui nous accompagne, je vous remercie à nouveau, ainsi que Madame Kim Young Sam pour votre invitation et pour tout ce que nous percevons déjà et ce que nous recevrons de votre part.
- La vitalité extraordinaire et le courage de votre peuple lui ont permis de devenir, en une génération, un modèle politique, un pôle de prospérité, de stabilité, un interlocuteur important et écouté sur la scène internationale. Au moment, selon le geste rituel de lever mon verre, je formerai d'abord des voeux de prospérité, de réussite à votre peuple que je salue en cet instant, à son avenir, sa prospérité bien entendu, son équilibre. Mais je veux, Monsieur le Président et vous madame, former également des voeux pour votre bonheur personnel et celui des vôtres en même temps qu'à l'approfondissement de notre amitié et de notre coopération. J'adresse des voeux semblables à celles et ceux de vos compatriotes qui participent à ce repas.
- Vive la Corée |
- Vive la France |.

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