Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement des relations économiques avec le Kazakhstan, la réduction de l'armement nucléaire, et le sauvetage de la mer d'Aral, Almaty le 16 septembre 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement des relations économiques avec le Kazakhstan, la réduction de l'armement nucléaire, et le sauvetage de la mer d'Aral, Almaty le 16 septembre 1993.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel au Kazakhstan les 16 et 17 septembre 1993 ; dîner d'Etat offert par le Président de la République du Kazakhstan et Mme Noursoultan Nazarbaev

ti : Monsieur le Président, madame,
- Il y a tout juste un an, vous honoriez la France de votre première visite d'Etat depuis l'indépendance du Kazakhstan. Et, aujourd'hui, je réponds à votre invitation, comme vous l'avez vous-même rappelé, premier Président de la République française à venir ici saluer et découvrir votre pays pour constater les efforts entrepris par votre gouvernement afin de mener à bien tant de réformes à la fois.
- Nous voici donc, monsieur le Président, avec vous, avec le peuple kazakh, dont les grandes qualités de courage, de patience et d'endurance nous sont connues. Je songeais, en venant et en survolant vos steppes, à tous ces peuples qui ont forgé leur âme dans ces grands espaces.
- Même si ce fut en de rares occasions, nos histoires se sont déjà rencontrées. Récemment encore, à une époque que j'ai vécue, nous avons combattu ensemble les forces du nazisme. Certains des vôtres sont venus se joindre aux combats de la Résistance française.
- Et lorsque votre indépendance a été acquise, je n'ai pas douté, un instant, que votre peuple saurait être à la hauteur de ces enjeux. Nous en avons, aujourd'hui, la preuve. Nous suivons, avec intérêt, les efforts que vous accomplissez pour votre pays et la région dans laquelle il se situe, qui bénéficie de la stabilité, de l'équilibre et d'un climat sans lesquels un développement harmonieux ne pourrait se concevoir.
- Nous savons que vous vous inspirez dans votre démarche de ce qu'en Europe, à Douze et bientôt davantage, nous tentons de construire, d'ouvrir et de perfectionner. Cet esprit-là, cet esprit européen, se manifeste jusque dans votre capitale puisque nous y avons, avec la Communauté européenne, l'Allemagne et le Royaume-Uni, amorcé une expérience unique : celle du partage d'un bâtiment et de la mise en commun de nos moyens diplomatiques.
Nous admirons votre attachement et celui de votre peuple à la paix. Votre pays a montré sa sagesse et son sens des responsabilités en devenant, dès le mois de mai 1992, par le Protocole de Lisbonne, partie au traité sur la réduction des armements stratégiques et vous vous êtes engagés à adhérer au traité de non prolifération en qualité d'Etat non nucléaire. Vous avez également approuvé l'annonce d'une négociation multilatérale sur un moratoire universel au sujet des essais nucléaires. C'était facile à la France de se ranger à cette opinion et d'y participer, puisqu'elle a été à l'origine en décidant, dès avril 1992, de suspendre ses propres essais.
- Nous connaissons votre rôle actif pour que s'organise entre les nouveaux Etats indépendants de l'ancienne Union soviétique une coopération qui sera bénéfique pour leur devenir, essentielle à leur stabilité en raison même des liens qui vous ont unis pendant si longtemps et qui au-delà des aspects politiques continuent de s'imposer. Dans le respect de l'indépendance et de la souveraineté de chacun de ces Etats, vous vous attachez à renforcer les liens, notamment monétaires et économiques, qui découlent de l'histoire et de la géographie, et dont la négociation entraverait, sans aucun doute, le développement.
- Mais parce que votre pays se trouve à la charnière de l'Europe et de l'Asie, vous avez pris toute votre part à la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe, nous nous y sommes rencontrés et vous avez proposé, pour le continent asiatique, l'adoption de mesures de confiance inspirées de l'expérience acquise à cette conférence. Vous vous êtes efforcé de rapprocher les points de vue au sein de l'ancienne Union soviétique et dans plus d'un conflit, vos bons offices ont été utiles à tous. La guerre civile ensanglante depuis de longs mois le Tadjikistan voisin. Nous souhaitons comme vous que les parties en présence ouvrent le dialogue afin de réaliser la réconciliation nationale et, aussi pour que les Etats de la région directement intéressés engagent des pourparlers en liaison avec les Nations unies et la CSCE. Je ne détaillerai pas davantage : on a bien compris la contribution importante que le Kazakhstan peut apporter, apporte déjà dans cette région à la paix du monde, et croyez-le, dans cette tâche comme dans d'autres, la France sera à vos côtés.
A vos côtés, la France l'est déjà dans l'oeuvre de modernisation que vous avez commencée ; par exemple vous voulez former votre jeunesse, vos cadres, vos fonctionnaires, les dirigeants de vos grandes entreprises aux réalités nouvelles, à l'état de droit et à l'économie moderne. Nous souhaitons partager votre expérience. Vos ressources acquises ou potentielles sont immenses : votre pays a la chance rare de détenir une grande part des ressources naturelles de la planète et l'on me dit qu'on trouve dans les sous-sols du Kazakhstan toutes les matières premières.
- Les relations économiques entre nos deux pays sont encore balbutiantes, on le sait bien. Mais à la suite de nos échanges de l'an dernier et de maintenant, je les crois très prometteuses et susceptibles de connaître dans les jours qui viennent un développement rapide. Les projets sont multiples et le grand nombre de chefs d'entreprises qui m'accompagne témoigne de l'intérêt que portent l'industrie et les banques françaises à votre pays. Les besoins sont immenses, les ressources et les hommes sont là, chez vous comme chez nous.
- Le groupe de travail intergouvernemental, créé par le Traité d'amitié et de coopération signé il y a un an à Paris, se réunira pour la première fois demain sous la présidence des ministres compétents. Des contrats importants ont été engagés dans le secteur pétrolier, bien sûr, mais aussi dans le bâtiment, les télécommunications, l'agriculture ou l'automobile.
- Pour faciliter leur mise en oeuvre et encourager les entreprises à poursuivre leurs efforts, la France mettra en oeuvre des crédits à moyen terme d'un montant d'une importance réelle qui vous a été communiqué. Ce n'est qu'un premier pas en faveur du renforcement de nos liens économiques, mais c'est aussi le signe de la confiance que nous avons dans votre développement et dans votre réussite.
- Nous apprécions l'attention qui est la vôtre à l'égard du monde rural et agricole. Dans ce domaine, non seulement nous vous fournirons un peu de notre savoir faire, mais nous attendons aussi de connaître le vôtre, car je n'ignore pas que si l'on parle toujours du sous-sol, votre pays dispose aussi d'une agriculture et d'un élevage importants.
J'insisterai sur un point, vous connaissez un très grave problème pour la protection de votre environnement. Non seulement par les effets des expériences nucléaires qui n'ont pas toujours été engagées dans les conditions de sécurité suffisantes pour la santé publique. Mais aussi le désastre de la mer d'Aral qui bouleverse tous les peuples du monde et qui est devenu le symbole de la nature détruite, vouée à l'aridité. L'utilisation que je crois abusive de techniques d'irrigation a détruit peu à peu la mer elle-même, enfin l'a réduite à peu de chose, a entamé les fleuves, ruiné la région. Cela nous touche d'autant plus qu'il s'agit là d'une région que nous retrouvons constamment dans le récit des périodes du début de l'histoire, la naissance des empires où l'on représentait toujours cette région de la mer d'Aral et des deux fleuves qui s'y jettent comme synonyme de civilisation et de richesse. Il ne suffit pas naturellement de s'en émouvoir. Il est temps pour la communauté internationale de vous aider et de passer à l'action. Et je puis vous dire, de façon solennelle, que la France y est prête, comme vous avez bien voulu le lui demander. Nous allons recourir au Fonds international de sauvetage de la mer d'Aral. Nous soutiendrons l'action des organisations internationales, particulièrement celle de la Banque Mondiale. Nous sommes désireux de contribuer à la reconstitution de votre patrimoine écologique, notamment pour ce qui touche à l'eau potable.
- C'est l'exemple même d'une tentative faite à l'origine pour développer le bien-être des populations. Et finalement, par manque de prospective, on constate que cet effort qui fait vivre des millions de personnes se retourne contre eux et contre le pays qui est le vôtre. C'est une leçon pour tous ceux qui recherchent des cultures intensives à base d'engrais chimiques. Je vous ai parlé des effets des expériences nucléaires, en particulier dans la zone de Semipalatinsk. Les contacts entre scientifiques de nos deux pays se poursuivent à ce sujet et vont s'intensifier. Et vous savez combien nous sommes attachés, notamment au Sommet du G7 à Tokyo, à concrétiser l'aide internationale dans ce domaine.
J'ai été très intéressé, monsieur le Président, par notre conversation de cet après-midi. Nous avons pu comparer nos expériences et mesurer de quelle manière, nous, en Europe occidentale nous recherchons l'unité de pays qui se sont tant combattus, vous-mêmes, là où vous êtes, vous devez chercher, dans le respect de votre indépendance, à préserver des liens qui nous permettront un jour de réaliser de grands ensembles. Je vous redis au nom de mon pays, de la France, comme en mon nom personnel, celui de ma femme et les membres du gouvernement français qui m'accompagnent, combien nous sommes honorés d'être à Almaty, monsieur le Président, et à vous témoigner, comme à vous-même madame, à travers vos personnes la considération que nous portons à votre peuple, et à mon tour je vais lever mon verre à l'avenir, à la prospérité de la République du Kazakhstan, à votre peuple pour le présent et l'avenir, et vous madame, monsieur le Président, à votre bonheur personnel et à celui des vôtres, enfin, cela s'impose ce soir à l'amitié entre nos deux pays.
- Vive le Kazakhstan |
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