Déclarations et interviews de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur la nécessité d'une position commune entre les grandes puissances dans le cadre d'une négociation pour un plan de paix en Bosnie-Herzégovine, à Genève le 27 avril 1994 et réponse à une question d'actualité, à l'Assemblée nationale, le même jour. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations et interviews de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur la nécessité d'une position commune entre les grandes puissances dans le cadre d'une négociation pour un plan de paix en Bosnie-Herzégovine, à Genève le 27 avril 1994 et réponse à une question d'actualité, à l'Assemblée nationale, le même jour.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Rencontre entre MM. Alain Juppé et Andreï Kozyrev, ministre des affaires étrangères russe, à Genève le 27 avril 1994

ti : BOSNIE - POINT DE PRESSE CONJOINT DU MINISTRE DES
AFFAIRES ETRANGERES, M. ALAIN JUPPE ET DU MINISTRE
DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA FEDERATION DE RUSSIE,
M. ANDREI KOZYREV - PROPOS DU MINISTRE
(Genève, 27 avril 1994)


J'ai été de mon côté très heureux de pouvoir m'entretenir ce matin avec Andreï Kozyrev. Vous savez que la France attache beaucoup d'importance à sa coopération avec la Russie. Cette coopération se manifestera à nouveau dans quelques semaines, puisque nous devons nous rendre à Moscou à l'invitation d'Andreï Kozyrev, vers le 19 mai. Nous pourrons poursuivre à cette occasion nos entretiens sur d'autres sujets, notamment sur le pacte de stabilité dont nous avons dit un mot ce matin.

Bosnie - mise en place du groupe de contact pour un règlement politique global Nous avons consacré , bien entendu, la plus grande partie de nos entretiens à la situation en Bosnie pour constater d'abord qu'un pas très important venait d'être franchi avec la mise en place du groupe de contact et de négociation qui a commencé ses travaux hier à Londres et qui va les poursuivre à un rythme soutenu, nous l'espérons, au cours des prochains jours, y compris à Sarajevo et Pale.

Pourquoi est-ce que la constitution de ce groupe est importante? C'est qu'elle va permettre d'unifier les positions entre les grandes puissances intéressées par la situation en Bosnie, c'est-à-dire les Américains, les Russes, les Européens, les Nations unies, de façon à progresser vers un règlement de paix. Les bases de ce travail sont connues, ce sont les grands principes qui figurent dans le plan d'action de l'Union européenne, enrichis par l'accord croato-musulman du 18 mars et par le cessez-le-feu intervenu à la suite de la médiation russe en Croatie dans les Krajinas.

Nous sommes tombés d'accord également sur deux points. Le premier, c'est que ce groupe doit se concentrer sur l'obtention la plus rapide possible d'une cessation générale des hostilités en Bosnie et, dans le même temps, doit travailler à ce problème difficile sur lequel la négociation a achoppé pendant plusieurs mois, à savoir la carte qui définira l'implantation de chacune des communautés.

Nous avons également convenu qu'il fallait aller vite. Je souscris pleinement à ce qu'a dit Andreï Kozyrev: il ne faut pas laisser passer le moment qui s'est ainsi créé. Il faut donc mettre la pression politique sur le travail de ce groupe à quatre, de façon qu'il aboutisse le plus vite possible à une rencontre au niveau ministériel et ensuite au sommet que la Russie comme la France ont appelé de leurs voeux depuis maintenant plusieurs jours.

Un dernier mot: ces efforts diplomatiques ne doivent pas nous faire perdre de vue la nécessaire vigilance et la nécessaire fermeté sur le terrain. Ce matin, les autorités de l'ONU et celles de l'Alliance atlantique ont constaté que les conditions fixées par la communauté internationale à Gorazde étaient remplies et qu'il n'y avait donc pas lieu de procéder à des frappes aériennes. Nous en avons pris acte. Mais il nous faut rester vigilants pour que d'autres Gorazde ne se produisent pas ailleurs. C'est la raison pour laquelle il faut renforcer le dispositif dans les zones de sécurité et faire attention également à ce qui se passe en-dehors de ces zones de sécurité. La France est particulièrement préoccupée et attentive à la situation dans la zone de Brcko.

Q - Où et quand aura lieu cette réunion ministérielle et dans quel but ?

R - Quand ? Le plus vite possible. Où ? Les lieux ne manquent pas, nous sommes très mobiles. Et pourquoi ? Je l'ai dit: pour mettre la pression sur ce processus de négociation, il ne faut pas que les choses s'enlisent, il ne faut pas perdre de temps parce qu'il y a là une occasion -comme l'a souligné tout à l'heure Andreï Kozyrev -, qu'il ne faut pas laisser passer.

Q - Donc dans une semaine vous prévoyez qu'il y aura un plan que les parties pourront signer ?

R - Il faut que nous ayions ce résultat.

Q - Y a-t-il des risques d'escalade ?

R -Les possibilités d'escalade militaire, malheureusement, sont nombreuses. On avait pu penser après Sarajevo que la raison finirait par prévaloir sur la folie guerrière. Malheureusement, cela n'a pas été le cas, et ce qu'on a vu à Gorazde a été insoutenable. Il faut donc être très vigilant sur les autres zones de sécurité, mais également sur les autres points sensibles. J'ai parlé de Brcko parce que vous savez quelle est la situation à cet endroit. Il y a deux objectifs à atteindre qui ne sont pas faciles à concilier. Il faut permettre à la partie bosniaque musulmane d'accéder à la Save, mais en même temps il faut maintenir un corridor entre la partie orientale et la partie occidentale de la zone serbe. Voilà pourquoi cette zone est extrêmement sensible. Ce problème doit se régler par la diplomatie. Ce doit être une des tâches prioritaires du groupe de contact. Et en aucune manière par la force. Si telle ou telle partie était tentée d'utiliser la force, je crois que - dans l'esprit qui a été rappelé par Andreï Kozyrev, c'est-à-dire étroite concertation entre l'ONU et l'Alliance atlantique -, il faudrait réagir.

Q - Quels changements doivent être apportés dans le plan de l'Union européenne avant que ce plan ne soit proposé aux parties concernées en tant que plan de la communauté internationale?

R - Ce plan est une référence. Il n'est pas gravé dans le marbre, on peut donc le faire évoluer sur tel ou tel point. Il me semble malgré tout qu'un certain nombre de principes restent actuels et si j'ai bien compris, c'est également le point de vue d'Andreï Kozyrev. Premier principe: la Bosnie-Herzégovine est un Etat, membre des Nations unies, qui doit être respecté en tant que tel. Deuxième principe: au sein de cet Etat, il faut imaginer un système constitutionnel souple, pour permettre à chaque communauté de s'administrer aussi librement que possible. On peut avoir une fédération croato-musulmane, liée dans un cadre confédéral, à une entité serbe par exemple. C'est l'idée générale. Troisièmement, il faut une répartition des territoires dont nous avons avancé les pourcentages. Vous les connaissez: dix-sept et demi pour cent pour les Croates, trente-trois un tiers environ pour les Musulmans et le reste pour les Serbes. Ces pourcentages ont été acceptés par les parties. Nous souhaitons qu'elles les confirment et qu'ensuite on dessine la carte. Et c'est là qu'il y a la difficulté. Si les parties ne parviennent pas à se mettre d'accord sur cette carte, je partage le point de vue d'Andreï Kozyrev, il y un moment, proche, où le groupe de contact devra lui-même produire un projet. Et puis, enfin, lorsque toutes ces exigences auront été remplies, lorsqu'en particulier il y aura eu cessez-le-feu, retrait des troupes, respect de ce plan géographique, il faudra envisager - ça figure dans le plan d'action de l'Union européenne - une suspension progressive, puis la levée des sanctions. Voilà les grands principes qui peuvent, évidemment, être adaptés au cours de la négociation.

Q - Il y a une certaine ambiguïté sur la représentation européenne au groupe de contact et à la réunion ministérielle. Quels seront les pays présents, à votre avis ?

R - Je ne vois pour ma part aucune ambiguïté. Nous avons souhaité un groupe de contact entre Américains, Russes, Européens et Nations unies. L'Union européenne est représentée par son négociateur, M. Owen, qui a lui-même pour adjoint un diplomate français, l'ambassadeur Masset, qui sera remplacé puisque lui-même doit partir en poste, par l'ambassadeur de Sedouy; plus un ambassadeur britannique et un ambassadeur allemand. Au moment où on passera au niveau ministériel, il appartiendra à l'Union européenne de désigner sa représentation.


BOSNIE - INTERVIEW DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. ALAIN JUPPE AUX RADIOS FRANCAISES
(Genève, 27 avril 1994)


Q - Est-ce que vous voulez accélérer le processus de négociation, faire pression sur le groupe de travail ?

R - Il s'agit d'abord de bien vérifier qu'il y a une position commune des grandes puissances qui peuvent influencer le cours de l'Histoire en Bosnie. Nous avons des contacts fréquents avec la diplomatie russe. J'ai estimé qu'il était nécessaire de voir aujourd'hui Andreï Kozyrev, le lendemain du jour où ce groupe de contact, souhaité par la France, s'est mis au travail. Il y a là, je crois, un moment à saisir. Et peut-être pour la première fois depuis plusieurs mois peut-on parler de quelque chance de progrès. Alors il ne faut pas laisser passer l'occasion et pour cela, il faut effectivement mettre une pression politique sur ce processus. Il ne faut pas que les discussions, maintenant, s'enlisent, et c'est pourquoi nous tenons à l'idée d'une réunion ministérielle aussi rapidement que possible, laquelle préparait d'ailleurs le sommet que le Président de la République française, mais aussi le Président Eltsine et d'autres responsables ont souhaité.

Q - Alors quand cette réunion ministérielle et quand ce sommet, et où ?

R - Il nous a semblé aujourd'hui - Andreï Kozyrev et moi-même partageons le même point de vue sur cette question - que dès la semaine prochaine on pourrait tenir cette réunion ministérielle. Parce qu'on connaît déjà les grands éléments du plan de règlement, on ne part pas de zéro. Il y a eu le plan d'action de l'Union européenne, qui reste la référence. On a eu de très longues discussions sur la carte. Donc, je le répète, avec un peu de bonne volonté et surtout beaucoup de pression politique, on doit pouvoir avancer.

Dans le même temps, je voudrais insister sur le fait qu'il ne faut pas perdre de vue la situation sur le terrain. Cette accélération diplomatique ne doit pas nous détourner de la vigilance. Car ce qui s'est passé à Gorazde, si on n'y prend pas garde, peut se reproduire demain à Zepa, à Tuzla, à Bihac, ou même dans une zone qui n'est pas une zone de sécurité au sens propre, à savoir Brcko, zone très sensible. Et donc il faut que nous prévenions tous les belligérants, les Serbes en particulier, qui ont agressé jusqu'à présent, que toute nouvelle agression provoquerait une réaction immédiate de l'ONU et de l'Alliance atlantique. Il faut faire les deux choses en même temps.

Q - Monsieur le Ministre, M. Kozyrev n'a pas souhaité répondre à la question de savoir si les enclaves de l'Est et les zones de sécurité de l'ONU sont négociables. Quel est votre avis là-dessus ?

R -Les zones de sécurité de l'ONU ne sont pas négociables. Les résolutions du Conseil de sécurité, soutenu par l'Alliance atlantique, n'ont pas à être négociées. Pour le reste, à savoir la configuration de la carte dans le détail, c'est au groupe de contact maintenant de travailler.

Q - Est-ce que cela veut dire que ce groupe de contact qui va élaborer un projet signifie la fin de la conférence de Genève sur l'ex-Yougoslavie? Est-ce que ce projet sera sur la Bosnie ou sur l'ex-Yougoslavie ?

R - Non, la conférence de Londres sur l'ex-Yougoslavie n'est pas morte. Il faut sortir de l'ornière, maintenant, le processus de négociation. L'idée française - permettez-moi de le rappeler - du groupe de contact et de négociation, puisque c'est moi-même qui avais lancé cette idée il y a plusieurs jours maintenant, permet de relancer ce processus. Il faudra ensuite que tout ceci soit regroupé dans une vision plus générale. Je rappelle que dans le plan d'action de l'Union européenne, qu'on appelle parfois le plan Kinkel-Juppé, il est prévu une conférence de Londres II et même Londres III. Vous voyez qu'il y a encore beaucoup de travail à faire.

Q - Mais le groupe de contact, c'est sur la Bosnie ou sur l'ensemble de la Yougoslavie ?

R -C'est sur la Bosnie et sur certains problèmes connexes. Je pense en particulier à la situation dans les Krajinas.


BOSNIE - INTERVIEW DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. ALAIN JUPPE A LA CHAINE DE TELEVISION
"TELEVISA"
(Genève, 27 avril 1994)


Q - Il semblerait que maintenant se concrétise une réunion ministérielle, ce groupe de contact, pour essayer de trouver une solution pour Gorazde. Où est-ce que vous en êtes aujourd'hui ?

R - La France souhaite la réunion de ce groupe de contact et de négociation au niveau ministériel. Je rappelle que c'est le gouvernement français qui a lancé cette idée, pour unifier les points de vue des Américains, des Russes, des Européens, des Nations unies. Il y a bien longtemps que chacun négocie dans son coin, il était absolument indispensable de remettre tout le monde, ensemble, autour de la table. C'est fait, et je m'en réjouis, c'est un pas très important.

Pour bien maintenir la pression et pour que ce groupe de contact et de négociation ne s'enlise pas dans des discussion infinies, il faut à mon avis, le plus vite possible, le porter au niveau ministériel. cela peut se faire dès la semaine prochaine. J'ai eu l'occasion de m'en entretenir avec M. Kozyrev. J'ai constaté que les Russes étaient d'accord pour cela, les Européens le sont aussi - Klaus Kinkel me le disait hier au téléphone, et Douglas Hurd avanthier à Londres. Il nous reste à persuader l'ensemble des partenaires pour prendre date.

Q - Et c'est la porte ouverte à un sommet présidentiel sur la Bosnie ?

R - La France souhaite également un sommet . Le Président de la République l'a demandé. Le Président Eltsine a dit la même chose. Il faut le préparer, bien entendu, car on ne déplace pas les chefs d'Etat et de gouvernement pour une réunion d'étape. Il faudra que ce soit une réunion conclusive. Mais je pense vraiment qu'il faut utiliser le moment qui s'est créé avec le lancement du groupe de contact et de négociation.


BOSNIE - REPONSE DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. ALAIN JUPPE A UNE QUESTION
D'ACTUALITE À L'ASSEMBLÉE NATIONALE
(Paris, 27 avril 1994)


Q - Monsieur le Président, ma question s'adresse à M. le ministre des Affaires étrangères. Monsieur le Ministre, depuis près d'un mois, onze jeunes volontaires français de l'association "Première Urgence" croupissent dans les cellules d'une prison militaire serbe. Leur seul crime a été de tenter de porter secours à une population par des vivres et des médicaments, à une population en proie à un siège effroyable.

La soldatesque qui les détient s'est autoproclamée gouvernement de la République serbe de Bosnie. Comme nous le savons tous, les dirigeants de ce soi-disant gouvernement sont en train d'être traduits par les nations démocratiques, dont la nôtre, devant un Tribunal international pour crimes contre l'humanité. Et ces criminels n'ont pas hésité à remplir de caisses d'armes les camions de l'association humanitaire pour mieux l'accuser avec de fausses preuves.

Devant un tel scandale, il me semble que les condamnations les plus fermes et une riposte appropriée sont nécessaires. Or, à ce jour, et c'est la raison de ma question, le Gouvernement français n'a pas condamné publiquement et n'a pas riposté. Les services du Quai d'Orsay ont recommandé à l'association "Première Urgence" et aux familles terriblement inquiètes la discrétion.

Pour avoir été confronté dans le passé, à plusieurs reprises, à des situations identiques, je crois pouvoir vous dire avec certitude que dans ce genre de situation, rien n'est plus néfaste que la discrétion. La discrétion ne profite jamais aux victimes, elle profite toujours aux bourreaux. Et aujourd'hui, les bourreaux s'enhardissent puisqu'ils viennent d'annoncer que les onze Français vont être traduits dans quelques jours devant un Tribunal militaire. Il me paraît évident, et je suis sûr que vous allez me le confirmer, Monsieur le Ministre, que la France ne va pas laisser traduire onze jeunes gens qui sont l'honneur de nos idéaux humanitaires devant le tribunal truqué des organisateurs de la purification ethnique.

Ma question est donc la suivante, Monsieur le Ministre, je voudrais tout d'abord vous demander de bien vouloir condamner de la façon la plus ferme aujourd'hui, devant la représentation nationale, ce nouveau crime des Serbes de Bosnie. Je voudrais ensuite vous demander ce que le gouvernement français compte faire pour obtenir la libération inconditionnelle et rapide de ces otages et pour éviter leur traduction devant un tribunal militaire, ce qui serait un grave discrédit international pour la France. Je suis sûr que votre gouvernement ne le permettra pas.

R - Monsieur le Président, Monsieur le Député, je peux vous dire que le gouvernement, Monsieur le Député, partage totalement à la fois votre analyse et votre souci. Je rappelle les faits : le 8 avril dernier, un convoi de l'organisation "Première Urgence" parti de Split et qui se rendait à Sarajevo pour y livrer 7000 colis familiaux a été intercepté par des forces bosno-serbes. Un montage a été effectué dans la nuit du 8 au 9 avril, puisque nos compatriotes ont été éloignés pendant toute cette nuit de leurs véhicules, ce qui a permis ensuite à la télévision serbe de montrer des armes qui n'étaient pas dans les convois, d'après toutes les informations, bien entendu, dont nous disposons. Elles y ont été introduites dans des buts de manipulation. Voilà les faits.

Je voudrais vous dire, Monsieur le Député qu'il y a bien longtemps, depuis le 8 avril, que la France a condamné cette interception et cette prise d'otages.

J'ai moi-même utilisé, je crois que c'est ici, en répondant à une question d'actualité le terme de "prise d'otages" ; j'ai immédiatement demandé la libération sans délai et sans condition de nos compatriotes. Nous avons multiplié depuis cette date toutes les démarches auprès de l'ONU, auprès du Haut commissariat aux Réfugiés, auprès du Comité international de la Croix rouge, à Belgrade - où notre chargé d'affaires a été faire les représentations nécessaires auprès des autorités serbes - à Paris, où nous avons convoqué le chargé d'affaires serbe, mais également à Sarajevo, et encore aujourd'hui, à Genève, d'où j'arrive à l'instant même.

Nous avons également tout fait pour entrer en contact avec nos compatriotes et avec leurs familles. Ces familles ont été tenues, par l'intermédiaire du Secrétaire général de "Première urgence", au courant de nos démarches, jour après jour. Nous avons également organisé à leur intention deux réunions : l'une le 21 avril, l'autre le 25 avril, pour les tenir informés de nos démarches et depuis lors, nous sommes en correspondance téléphonique avec elles, chaque fois que nous avons une information.

C'est pour la première fois le 22 avril, si je ne me trompe, que notre ambassadeur à Sarajevo, M. Jacolin, accompagné de deux de ses adjoints, a pu rencontrer nos compatriotes pendant une heure et demie. Il a constaté qu'ils n'avaient pas subi de mauvais traitements, que leurs conditions de détention - qui étaient très dures au début - ont été légèrement améliorées. Il a pu leur remettre des messages de leur familles ainsi qu'un certain nombre de colis.

Vous voyez donc que nous sommes, en permanence présents sur le terrain, aussi bien d'ailleurs le ministère de la Défense que le ministère des Affaires étrangères, pour savoir ce qu'il en est et pour obtenir la libération. Et je redis, ici, de la manière la plus nette devant la représentation nationale - puisque la première fois où je l'avais dit, cela n'avait pas été suffisamment entendu, peut-être pas suffisamment bien exprimé - que nous condamnons, sans aucune hésitation possible ce qui est un acte sans justification et que nous exigeons la délivrance immédiate et sans condition de nos onze compatriotes, qui sont l'honneur de la France, parce qu'ils ont fait tout leur devoir humanitaire et rien d'autre.

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