Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur les missions de l'école et les propositions du nouveau contrat pour l'école, Paris le 16 juin 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur les missions de l'école et les propositions du nouveau contrat pour l'école, Paris le 16 juin 1994.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Présentation définitive des 155 propositions pour le nouveau contrat pour l'école à la Sorbonne le 16 juin 1994

ti : Mesdames, Messieurs,


Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui, comme je m'y étais engagé il y a plus de quatre mois, lors de la table ronde que j'ai tenue à Matignon en présence du Ministre de l'Education Nationale, avec les partenaires du système éducatif.

Depuis le 27 janvier dernier, le Ministre de l'Education Nationale a associé l'ensemble du monde de l'éducation nationale à ses réflexions, à ses projets, et à ses ambitions pour l'Ecole. Les tables rondes qui ont été organisées en province, les demi-journées qui se sont tenues dans les établissements du premier et du second degré, les débats qui ont eu lieu au Sénat et à l'Assemblée nationale prouvent combien le Ministre de l'Education Nationale a été soucieux d'écouter, d'interroger, de comprendre. Je le félicite et le remercie d'avoir su mener avec talent et courage la concertation approfondie que j'avais demandée. Mes félicitations et mes remerciements s'adressent également à vous, Mesdames, Messieurs, acteurs du système éducatif, qui assurez la charge effective de notre Ecole : je sais le travail important que vous avez réalisé, et qui a permis au Ministre de l'Education Nationale d'élaborer un Nouveau Contrat pour l'Ecole, adapté aux attentes et aux besoins.

Le moment est venu d'arrêter des orientations à la suite de ce grand débat, de vous indiquer quelles décisions j'ai prises, et surtout, de vous dire quelles doivent être, à mes yeux, les relations entre l'Ecole et la Nation.


Permettez-moi de faire sans attendre une déclaration préalable : la qualité de l'école doit être pour la France la première priorité ; c'est en effet la priorité dont la réussite conditionne les autres priorités. Ainsi, nous voulons lutter contre le chômage et particulièrement le chômage des jeunes. Ce résultat sera impossible à atteindre si les jeunes ne sont pas formés à l'autonomie intellectuelle comme à l'autonomie de la personnalité qui sont la condition même de l'adaptation à une vie professionnelle qui sera de plus en plus variée. C'est à l'école que le combat contre l'exclusion se gagne ou se perd.

Notre système éducatif a été souvent critiqué. Il est pourtant souvent présenté à l'étranger comme un modèle. Certes, il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a pas de problèmes, qu'il n'y a pas d'injustices, j'y reviendrai. Mais je veux dire ici devant vous que l'édifice bâti depuis plus d'un siècle est solide, porteur des principes de la démocratie, et que les Français ne demandent pas qu'il soit remis en cause dans ses fondements. C'est pourquoi, il convient de rendre hommage à ceux qui, génération après génération, ont construit notre école, et à tous ceux qui aujourd'hui en assument la charge. Il existe, en France, une grande tradition de l'école. C'est aussi pourquoi lorsqu'on parle de réforme de l'école, il convient de le faire avec beaucoup de prudence. J'ai approuvé le choix, fait par le Ministre de l'Education Nationale, d'une démarche originale associant tous les acteurs du système autour de propositions concrètes. Car il ne s'agit pas de bouleverser de fond en comble, mais de corriger ce qui ne marche pas assez bien compte tenu de l'évolution de la société, et de soutenir ceux qui veulent aller plus loin. Comme j'ai eu l'occasion de vous le dire déjà le 9 mai dernier je ne soutiendrai pas une énième réforme de l'Education Nationale, ni un bouleversement qui se ferait contre ses acteurs ; j'ai souhaité des mesures adaptées à l'évolution de la France d'aujourd'hui. Le Nouveau Contrat pour l'Ecole répond à cette exigence d'adaptation souple et fine du système éducatif à l'état et aux besoins actuels.


Notre société a besoin de la meilleure formation possible. Elle a besoin d'une école d'un haut niveau de culture générale, ouverte sur les réalités du monde. Elle a profondément besoin d'une école qui rassemble, qui empêche que ne s'élargissent les fractures entre Français. Elle a besoin d'une école qui donne à tous le sentiment de la justice.

Le projet du Nouveau Contrat pour l'Ecole c'est de rétablir l'égalité des chances, en particulier pour ceux qui n'ont pas la chance d'appartenir aux milieux les plus favorisés de notre société.

C'est à leur égard que l'école doit traduire concrètement le soutien le plus actif. La majorité des mesures proposées répondent à cet impératif : l'accent est mis sur la maîtrise de la lecture et de l'écriture, sur la maîtrise de notre langue, sur la méthodologie, en particulier par la surveillance des devoirs par des études dirigées, sur l'enseignement précoce des langues et des arts. L'éducation civique sera enseignée dans les classes afin de mieux faire connaître à chaque enfant son environnement, les problèmes de santé, de justice, bref tout ce qui l'aidera à s'épanouir dans le respect d'autrui.

Les propositions qui concernent plus précisément le collège vont elles aussi dans le sens du rétablissement de l'égalité des chances mieux aider ceux qui sont en difficulté - et cela le plus tôt possible, dès la sixième -, ou encore enrichir les parcours de ceux qui peuvent aller plus loin et plus vite, en particulier des élèves dont la réussite servira d'espoir dans des milieux où elle est moins fréquente, c'est une voie généreuse de réforme pour le collège.

Toutes ces mesures traduisent notre volonté que l'école apporte des chances concrètes, non pas seulement par des mots, mais par des actes, à tous les jeunes Français.

Les acteurs de l'école et l'ensemble des Français approuvent largement ces mesures ; c'est l'enseignement de la consultation organisée par le Ministre.

Les zones géographiques et les quartiers les plus fragiles doivent être les premiers concernés. Dès mon arrivée au Gouvernement j'ai demandé au Ministre de l'Education Nationale de veiller à ce que l'école ne disparaisse pas de régions complètes de notre territoire. C'est à cet impératif que répondait le moratoire sur la fermeture des écoles à classe unique qui étaient menacées en milieu rural. Je me réjouis de constater, quinze mois après, que pas une école n'a été fermée en France, sauf demande explicite des élus. Notre souci est le même à l'égard des cités classées en zone d'éducation prioritaire. C'est pourquoi je considère comme très importante la mesure tendant à améliorer le service public d'éducation, notamment en ce qui concerne les classes maternelles, dans ces zones d'éducation prioritaire.

L'école est sans nul doute le plus bel instrument d'aménagement du territoire ; il est indispensable de mettre à sa disposition des moyens qui lui permettent de vaincre les obstacles qui tiennent à l'éloignement de lieux plus riches et mieux dotés. C'est pourquoi j'attache un grand prix à toutes les mesures qui concernent la garantie à tous de l'égalité d'accès aux nouvelles technologies et à l'informatique. J'approuve pleinement que soit développé l'équipement des établissements scolaires, et l'Etat ne se dérobera pas à l'aide qu'il doit apporter ; des cours à distance seront organisés dans les lycées, dans une salle multimédia, pour permettre aux élèves de suivre les options de leur choix lorsque celles-ci ne seront pas enseignées dans l'établissement qu'ils fréquentent. De même, la chaîne du savoir et de la connaissance sera bien un nouvel outil d'enseignement : les professeurs seront incités à l'utiliser, comme aide et complément à leur enseignement, non pas - surtout pas, bien sûr - comme substitut, car rien ne remplace la présence et l'originalité de chaque maître, sa relation privilégiée avec la classe.

L'école deviendra un véritable lieu de vie éducative. Les propositions du Nouveau Contrat qui concernent plus particulièrement la vie des tablissements sont novatrices et justement adaptées à la mission chaleureuse d'accueil, de rencontre et d'échanges, qui doit être celle de l'Ecole : la présence accrue des infirmières et des assistantes sociales dans les établissements, des documentalistes, des conseillers d'orientation, le renforcement de la présence des adultes, l'installation d'instances de concertation légère pour veiller à la sécurité, tout cela ne pourra qu'apporter à l'Ecole la qualité de vie qu'elle mérite. L'école n'est pas seulement un lieu d'enseignement elle doit être un lieu d'éducation au sens le plus noble du terme.

La nation enfin a besoin qu'un service public d'éducation moderne assure, mieux que cela n'a été le cas jusqu'à ce jour, un meilleur équilibre entre les voies générales, technologiques et professionnelles. L'Ecole doit garantir le droit pour chaque enfant à une formation générale et professionnelle. Le Nouveau Contrat répond à cette exigence, et je me réjouis, par exemple, de l'élargissement des débouchés offerts aux élèves des séries littéraires et économiques afin de diversifier les parcours d'excellence, de l'ouverture d'une réflexion sur l'évolution et l'avenir de la voie technologique au lycée, du développement des formations professionnelles dans une logique de parcours cohérent allant du CAP au diplôme d'ingénieur, de la valorisation de la voie technologique et des baccalauréats professionnels.

Egal respect pour les formations scientifiques et les formations humanistes de la voie générale, littéraire ou économique. Egal respect entre les formations générales et les formations technologiques et professionnelles. Egal respect entre les formations dispensées par la voie classique, dans les lycées professionnels dont je veux saluer la réussite, notamment celle des baccalauréats professionnels et de la formation par alternance dans laquelle, vous le savez, je fonde beaucoup d'espoir, qu'elle soit sous statut scolaire ou en apprentissage.


Voilà les buts du Nouveau Contrat pour l'Ecole. Je me suis réjoui, avec le Ministre de l'Education Nationale, de la richesse et de la qualité du débat qui a permis de le préparer. J'ai été heureux que les buts définis et les mesures concrètes proposées soient si largement approuvés par les partenaires de l'école et de l'opinion publique. Je sais aussi que beaucoup, parmi eux, s'interrogent sur la faisabilité en termes de moyens. C'est un devoir pour nous de leur donner des points de repère précis, concernant les moyens que supposent ces mesures nouvelles, et concernant le calendrier de leur application.

Tout le monde sait que les moyens de la nation doivent être utilisés avec économie. Les budgets doivent être maîtrisés pour ne pas alourdir le fardeau des impôts, déjà beaucoup plus lourd en France qu'à l'étranger, et réduire les déficits, condition absolue de la reprise économique.

Les diverses actions nouvelles contenues dans le Nouveau Contrat pour l'Ecole nécessitent en général un développement sur plusieurs années ; en outre, si certaines peuvent être appliquées dès la rentrée, d'autres, telles l'élaboration de nouveaux programmes pour l'école primaire ou l'organisation du collège en trois cycles - et je pourrais citer bien d'autres exemples -, exigent un travail de préparation qui implique une mise en route à la rentrée 1995 ; d'autres enfin ne seront réalisables qu'à partir de 1996. C'est pourquoi j'ai demandé que le Nouveau Contrat pour l'Ecole fasse l'objet d'une discussion parlementaire à l'automne. Cette discussion portera sur un projet de loi dans lequel seront inscrites les mesures nouvelles à caractère législatif. Elle portera aussi sur la programmation de toutes les mesures nouvelles législatives ou non.

En outre, je tiens à indiquer l'attention particulière que je porte aux conditions de travail des élèves et des professeurs. Je suis personnellement convaincu que des classes trop chargées rendent l'apprentissage des uns et la tâche d'enseignement des autres non seulement plus difficiles mais plus fragiles. C'est pourquoi, même si les effectifs d'élèves subissent une diminution, je demanderai que les marges d'emplois ainsi dégagées soient d'abord orientées vers une amélioration de l'encadrement des enfants, condition essentielle de la réussite scolaire.


Mesdames, Messieurs, je serais profondément heureux que le travail conjoint du gouvernement et de tous ses partenaires, l'écoute attentive de nos compatriotes, en particulier des parents d'élèves, aient permis de faire de l'école un lieu où les Français se rencontrent au lieu de s'opposer. C'est à ce prix qu'ils seront, comme ils doivent l'être, fiers de leur école. C'est à ce prix que la jeunesse retrouvera une foi plus solide en son avenir.

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