Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la politique de l'enseignement et la bataille de l'emploi dans le cadre du Grand projet urbain de Marseille, Marseille le 10 septembre 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la politique de l'enseignement et la bataille de l'emploi dans le cadre du Grand projet urbain de Marseille, Marseille le 10 septembre 1994.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à Marseille le 10 septembre 1994 à l'occasion de l'inauguration du lycée de la mer Germaine Poinsot - Chapuis

ti :

Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Maire,
Messieurs les Parlementaires,
Madame le Proviseur,
Mesdames, Messieurs,


Votre lycée porte le nom d'une grande résistante marseillaise : Germaine POINSO CHAPUIS. Ministre de la Santé publique et de la Population, Germaine POINSO CHAPUIS fut la première femme Ministre de plein exercice dans notre pays. Combattante volontaire dans la guerre, elle se distingua, dans la paix retrouvée, par l'intérêt profond qu'elle marqua pour les enfants délinquants et malheureux. Il fallait rappeler, en ce 50e anniversaire de la Libération de Marseille, ce grand exemple de constance et de dévouement au service de la Nation.

Les Forces françaises de l'Intérieur et les glorieuses unités de la Première Armée française du général de Lattre de Tassigny firent oeuvre commune. L'armée d'Afrique rassemblait des Français venus de toutes les contrées de métropole et d'Outre-Mer. Grâce à leur avance rapide sur le sol de Provence, grâce à leurs exploits, la France put reconquérir son territoire entier et recouvrer la liberté. Grâce à la première Armée, notre pays tint sa place parmi les vainqueurs.

Marseille avait durement souffert de l'Occupation. Les résistants furent soumis à une répression cruelle. Quatre mille personnes furent déportées. Mais ces combats et ces sacrifices ont sauvé la ville et la liberté. Assurer le souvenir héroïque de ces soldats et de ces résistants, le confier aux jeunes générations, aux élèves de nos écoles, est l'une des meilleures façons de remplir notre devoir de mémoire. C'est une des missions de l'Education Nationale que de transmettre notre fidélité à ces idéaux démocratiques pour lesquels des Français, des habitants de Marseille, ont lutté, parfois, au prix de leur vie.

Dans quelques instants, sur le Vieux-Port, en présence du Ministre d'Etat, Ministre de la Défense et du Ministre de l'Education Nationale, avec les Marseillais et les Marseillaises, nous leur rendrons l'hommage qui leur est dû.


Aujourd'hui, nous commémorons la libération de Marseille, mais j'ai aussi le plaisir d'inaugurer ce lycée. Les cérémonies donnent un sens plus fort à notre action présente. Célébrer les hauts faits de notre passé national permet aussi de mieux fonder l'avenir. Cette rentrée scolaire est, pour moi, l'occasion de rappeler le rôle qui doit être celui de l' Éducation Nationale.

Pour la première fois, depuis bien longtemps, si ce n'est depuis toujours, l'année scolaire s'ouvre sous des auspices sereins. Les enseignants et le Ministre de l'Education Nationale ont beaucoup fait pour rétablir, par la réflexion et par la concertation, le climat de confiance nécessaire à l'aboutissement des réformes concrètes. Quelque treize millions d'élèves, quelque huit cent mille enseignants font, cette semaine, leur rentrée, dans des écoles, dans des collèges et des lycées que nous voulons plus justes.

Il faut que cette rentrée marque une prise de conscience véritable : il n'y a pas de pacte politique et social, il n'y a pas de société démocratique harmonieuse, si la Nation, si l'Education Nationale, n'offre pas à chacun des chances égales face à la vie et face à l'avenir. L'enseignement doit continuer à former des citoyens responsables et à enraciner, en France, les valeurs républicaines auxquelles nous croyons.

La mission de l'Ecole est universelle. Chaque jeune est en droit d'emprunter la voie qui convient le mieux à ses aspirations et à ses aptitudes. L'Ecole a donc le devoir d'être diverse pour être vraiment humaine. La véritable égalité est aussi respect des différences. C'est dans ce sens que Monsieur François BAYROU, Ministre de l'Education Nationale, a élaboré le "nouveau contrat pour l'école".

Ce nouveau "contrat" comprend 158 décisions, auxquelles j'ai apporté mon soutien en juin dernier et dont certaines voient le jour dès cette rentrée. Il propose des moyens concrets pour nouer, pour resserrer les liens de l'Ecole et de la Nation.

La reconstruction du Lycée POINSO CHAPUIS témoigne de l'intérêt que la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et son président, M. Jean-Claude GAUDIN, portent au développement de formations technologiques et professionnelles de qualité, et ceci en liaison avec les autorités académiques.

En effet la formation professionnelle est, par nature, une filière d'exigence. La théorie est constamment confrontée à la pratique dans cet enseignement qui, plus que les autres encore, est lié aux mutations économiques et sociales.

La rénovation des établissements et la modernisation des installations ne sont que les signes plus visibles d'une réflexion et d'un travail que vous avez, ici, opérés en profondeur pour offrir les diplômes les plus utiles et rendre ces cursus scolaires plus cohérents.

Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes choisissent de suivre ces filières qui ont été trop longtemps méconnues. Je me réjouis de voir combien la loi quinquennale sur le travail, l'emploi et la formation professionnelle répond aux besoins actuels. Chaque jeune peut recevoir une formation de qualité avant de sortir du système scolaire.

Marseille dispose désormais d'un établissement qui garantit aux professeurs et aux élèves de meilleures conditions de travail et, donc, de meilleurs chances d'insertion dans la vie professionnelle. Je félicite la région, son Président, M. Jean-Claude GAUDIN, la Ville, son Maire, M. Robert VIGOUROUX, pour le soutien qu'ils ont apporté à cette opération, et, plus généralement, pour l'oeuvre de redressement financier qui est menée, avec persévérance, à Marseille.

Trop de jeunes, malheureusement, ne bénéficient pas encore de tels équipements. C'est pourquoi, un Observatoire national de la sécurité des bâtiments scolaires sera créé dans le cadre du nouveau "contrat pour l'école".

Avec ce nouveau lycée, Marseille a acquis un atout supplémentaire dans la partie qu'elle doit jouer pour bâtir un avenir digne de son passé.


Car Marseille n'est pas une ville comme les autres. La richesse et l'ancienneté de son histoire nous le rappellent ; une histoire réconfortante où les périodes difficiles ont toujours été suivies de relèvements éclatants.

Mon Gouvernement a fait de l'aménagement du territoire une priorité de son action. Il a porté une attention extrême à votre ville et à son aire d'influence économique.

Point d'attraction historique du bassin méditerranéen, ouverture française du Sud de l'Europe, pôle commercial de grande tradition, l'aire marseillaise doit retrouver harmonie et capacité de développement.

De nombreuses décisions ont été prises, depuis 18 mois, pour favoriser, ici, le retour de la croissance et remédier efficacement aux phénomènes d'exclusion, que l'on ne saurait se résigner à accepter.

Je vous rappelle que le Grand Projet Urbain de MARSEILLE est un des plus importants du pays. L'Etat y consacre environ 300 MF, Une action de grande envergure a été lancée dans les Bouches du Rhône, pour préserver la cohésion sociale des villes. Je me réjouis qu'un tel objectif, par delà les légitimes différences politiques, mobilise la réflexion de tous et réunisse, dans l'action, les principaux responsables.

Il nous faut aussi poursuivre notre lutte pour l'emploi. L'évolution du marché du travail dans le département nous y encourage plus que jamais. Les offres d'emploi augmentent. Le taux de chômage commence à se réduire. Le mouvement, encore fragile, doit être confirmé. Chacun doit s'y employer. Le gouvernement vous le savez - y consacre toute son énergie.

Et pour réussir cette bataille de l'emploi, sachons mobiliser tous les atouts de l'aire marseillaise, et ils sont nombreux ! Sa situation géographique exceptionnelle, sa population, son économie, ses universités, ses réussites scientifiques, sa vie culturelle, contribuent au rayonnement de cette grande métropole.

La transformation de l'activité industrielle entraîne, nous le savons tous, des conséquences humaines parfois douloureuses. Le Gouvernement et les collectivités se sont efforcés d'éviter certains sinistres industriels, de favoriser la reconversion des sites de qualité, comme celui de la Ciotat, et d'aider tous ceux qui pouvaient souffrir de ces mutations.

C'est pourquoi, j'ai souhaité qu'une étude fût menée sur les moyens de renforcer l'activité industrielle. Des propositions ont été faites. Certaines peuvent être concrétisées dès à présent.

Les petites et moyennes entreprises doivent se multiplier, se renforcer et se diversifier. Une enveloppe exceptionnelle de 40 MF sera attribuée au préfet du département pour aider les petites et moyennes entreprises industrielles.

Une autre dotation exceptionnelle de 25 MF est destinée à accélérer la recomposition des friches industrielles, qui se trouvent dans l'agglomération marseillaise pour l'essentiel. Ces crédits, dont le total s'élève à 65 MF, permettront une intervention jusqu'à la fin de l'année 1998. Le préfet disposera, par ailleurs, de 3 MF, dès 1994, pour que des projets de transfert de technologies puissent être réalisés sans tarder.

Enfin, la définition des périmètres qui ouvrent droit aux fonds européens a été étendue par le Gouvernement. Ce sont près de 750 MF en 3 ans qui seront mobilisés pour le progrès économique du département. Ce choix sera conforté, le moment venu, par la possibilité d'accéder à la prime à l'aménagement du territoire.

Je demande au délégué à l'aménagement du territoire d'engager une concertation avec les élus concernés afin de trouver une position commune sur de nouvelles orientations à plus long terme.

Je vous rappelle en outre que des crédits supplémentaires, après le CIAT de Mende, ont été attribués pour le contrat de plan. Les équipements de transports et l'enseignement supérieur en ont bénéficié.

Je voudrais, à ce sujet, féliciter Jean-Claude GAUDIN pour la qualité des négociations qu'il a conduites et pour l'éloquence avec laquelle il a plaidé les intérêts de la région.

La décision de réaliser le TGV Sud-Est dote le département d'un atout nouveau. La gare de Marseille doit s'y préparer. J'ai demandé à M. Bernard BOSSON de veiller à ce que la contribution de la SNCF serve à réaliser rapidement un grand projet de qualité pour assurer la desserte principale de cette nouvelle voie, au coeur de Marseille.

L'opération Euroméditerranée permettra de transformer l'agglomération marseillaise. Un secteur de la ville, qui en fut longtemps le centre de gravité et le moteur économique, sera enfin modernisé, grâce à l'effort sans précédent de l'Etat. Mais les traditions d'équilibre et de diversité, qui ont toujours été les siennes, ne seront pas pour autant perdues.

Sur la base du programme envisagé , près de 5 000 emplois permanents pourraient être créés dans les cinq prochaines années. L'installation d'entreprises associées au commerce international doit accompagner et enrichir fortement l'activité portuaire. Un pôle international de services pourrait, enfin, se constituer. Le sud de notre pays serait, alors, en mesure de rivaliser avec les grandes plates-formes portuaires et commerciales de l'Europe du nord et du bassin méditerranéen.

Soyez assurés de la détermination qui est la mienne d'inscrire concrètement dans l'organisation des services de l'Etat, cette priorité de notre politique d'aménagement du territoire ! J'ai été sensible aux arguments développés par vos Parlementaires. Je salue notamment M. Jean-François MATTEI, député de cette circonscription et M. Renaud MUSELIER qui se sont, avec MM. Jean-Claude GAUDIN et Robert VIGOUROUX attachés à démontrer l'intérêt d'une implantation administrative nouvelle à Marseille.

Je considère également que l'opération, dite "Euroméditerranée", est d'intérêt national. C'est pourquoi, l'Etat est prêt à y consacrer 850 MF.

Je souhaite que les négociations engagées avec les collectivités aboutissent rapidement. Le Gouvernement veut faire de l'aire marseillaise un des points forts de notre pays. Je souhaite que la ville, le département et la région partagent cette ambition commune pour Marseille.

Ici, dans cette ville, je tiens à redire notre volonté de poursuivre la modernisation des ports français : c'est une nécessité pour notre commerce extérieur, comme pour l'emploi. Cette modernisation ne peut se faire sans les efforts conjoints de tous les acteurs professionnels : s'ils peuvent compter sur le soutien de l'Etat, il leur appartient aussi de montrer qu'ils savent assumer leurs responsabilités. Seuls l'application complète de la loi, le refus de toute forme de violence, le respect de l'ordre public et le dialogue entre partenaires sociaux permettront au port de Marseille de mettre ses qualités en valeur.


Le Gouvernement a prouvé qu'il s'engageait en faveur de Marseille et des Bouches-du-Rhône. Il nourrit un grand dessein pour cette partie du territoire français. L'effort réalisé est unique en France. Il vous incombe, à présent, de manifester votre cohésion et votre résolution.

La réorientation des activités de la ville et de l'agglomération, la recomposition économique du département et de la région en dépendent.

Les Marseillais et les Provençaux ne sauraient tout attendre de l'Etat. Le Gouvernement est décidé à les accompagner sur la voie du redressement. Il vous fait confiance, car il sait que vous ne manquez ni de volonté, ni de courage. Ensemble, donc, poursuivons notre action !

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