Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la recherche médicale et l'informatisation de l'information scientifique, à Paris le 28 septembre 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur la recherche médicale et l'informatisation de l'information scientifique, à Paris le 28 septembre 1994.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration du Centre d'information scientifique de l'Institut Pasteur, Paris le 28 septembre 1994

ti : Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur Général,
Madame le Ministre,
Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,


Une bibliothèque moderne, un centre de conférences et un réseau informatique enfin dignes de sa haute réputation, voilà ce qu'il fallait à l'Institut Pasteur pour entrer avec plus d'atouts encore dans le siècle prochain.

Ce legs de la Duchesse de WINDSOR permet un progrès réel pour l'ensemble de la communauté scientifique française. Je tiens à féliciter Monsieur Marcel BOITEUX d'avoir été à l'origine d'une telle décision qui permettra à l'Institut Pasteur d'élever encore le niveau de ses performances scientifiques et techniques. Le projet était ambitieux. Il a été mis en oeuvre avec une célérité exemplaire. Il fallait que l'Institut Pasteur pût continuer à rivaliser, dans les meilleures conditions, avec les grands centres internationaux de recherche en biologie.

L'inauguration de ce Centre d'Information Scientifique est le signe d'une prise de conscience d'autant plus louable qu'elle était nécessaire. Je souhaite qu'elle incite l'ensemble des chercheurs français à suivre la voie que vous avez ouverte. Que tous ceux qui ont participé à cette réussite soient ici remerciés, au nom du Gouvernement et du pays tout entier !

La maladie et la souffrance, tel est votre ultime champ d'action. Universel et malheureusement connu de tous les hommes, il ne sera jamais parfaitement maîtrisé. Face à cette oeuvre immense, la science qui "n'a pas de patrie", comme le rappelait Louis PASTEUR lors de l'inauguration de votre Institut, est toujours perfectible. Comme les maux qu'elle combat, elle ne connaît de limites que celles qui conditionnent son efficacité et, bien sûr, l'éthique. C'est la meilleure part de l'homme, la plus active, la plus déterminée, qui doit l'emporter sur les vicissitudes de sa condition.

La qualité de la recherche médicale française, et des travaux de l'Institut Pasteur en particulier, est reconnue bien au-delà de nos frontières, grâce à des hommes comme Pasteur. Le fondateur de la microbiologie bouleversa la médecine et la chirurgie de son temps. La réfutation définitive qu'il apporta à la théorie de la génération spontanée, la mise au point de la méthode dite de "pasteurisation", ses recherches sur les maladies infectieuses et contagieuses, ses fameux vaccins ont, selon le mot que vous avez rappelé, Monsieur le Directeur Général, enrichi le "patrimoine de l'humanité".

C'est une grande source de fierté pour notre pays que d'avoir ainsi contribué au progrès des sciences de la vie. Au nom même de ce passé, nous avons le devoir de poursuivre la tâche, dans un élan toujours renouvelé. C'est la mission quotidienne de l'institut Pasteur.

La complexité croissante du monde qu'explore la recherche scientifique, des outils dont elle a besoin, exige une modernisation constante des équipements. Le progrès scientifique n'est pas seulement une affaire de génie personnel. Il ne vient pas seulement, comme on l'a trop longtemps cru en France, des découvertes extraordinaires de savants retirés dans la solitude de leurs laboratoires. La science avance aussi, et de plus en plus, grâce au dialogue avec la communauté scientifique internationale.

L'acquisition, la circulation et le traitement de l'information sont inhérents au développement de toutes les disciplines modernes. L'Institut Pasteur doit rester, pour le monde entier, un centre de référence documentaire. Il n'y a pas de science vivante sans une maîtrise et une gestion efficace de l'information. C'est devenu un enjeu stratégique majeur de toute politique scientifique moderne.

Cela est plus vrai que jamais en matière de biologie moléculaire. L'analyse de séquences et la modélisation moléculaire sont des domaines qu'on ne saurait concevoir sans les méthodes et la puissance de calcul qu'offre l'informatique.

L'élément essentiel d'une informatique moderne dans un grand établissement scientifique est la maîtrise des réseaux. Les équipes qui ne la possèdent pas sont condamnées à la marginalisation dans le monde scientifique d'aujourd'hui. Depuis janvier 1993, vous êtes connectés au Réseau National de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, dispositif qui permet aux chercheurs d'accéder au réseau international de la recherche Internet. La reconnaissance mondiale de votre enseignement et de vos travaux n'en dépend pas seulement. C'est aussi le moyen pour vos découvertes de déboucher plus vite sur des applications concrètes, tant attendues, des malades notamment, qui espèrent en vos compétences. Je pense plus particulièrement aux malades du SIDA et à la lutte que vous menez pour combattre son virus, ainsi que celui de l'hépatite B et les grandes maladies parasitaires. Je profite de cette occasion pour rendre hommage à la détermination avec laquelle Madame Simone VEIL, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville, mène une politique ambitieuse en faveur de la santé publique, et soutient pleinement votre action. Le gouvernement dans son ensemble a décidé un effort important en faveur de la recherche expérimentale et clinique, l'objectif prioritaire étant la mise au point d'un vaccin. J'ai déjà eu, en décembre dernier, l'occasion de vous le dire.

De façon plus générale, nous nous sommes attachés à définir et à mettre en oeuvre une politique favorisant tout à la fois l'accroissement des connaissances et le développement de leurs applications. Le patrimoine scientifique et technique français, sous toutes ses formes, doit être conservé et enrichi, et ses intérêts culturels, économiques et stratégiques, protégés. Or nous devons veiller à ce que l'effort consenti par la Nation ne profite pas indûment à d'autres.

Cela implique que nous veillions au bon équilibre de la coopération internationale qui est nécessaire à la recherche française.

Le Gouvernement travaille à cet objectif. La récente consultation nationale sur les priorités de la recherche française, qu'a organisée M. FILLON, Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, a ouvert quelques voies et dégagé un certain nombre d'objectifs. Il faut que les différents organismes de la recherche publique et les entreprises se concertent et collaborent davantage ; plus précisément les recherches effectuées dans les entreprises ont besoin d'être développées et encouragées. Fondé sur une recherche fondamentale solide, ce dialogue profitera à tous les acteurs de la vie économique. Le programme Bio-Avenir est un exemple, parmi d'autres, de ce qui peut être fait.

Il importe également d'approfondir la dimension internationale de la recherche. C'est par là, en effet, que le concept de "subsidiarité" en matière de recherche au sein de l'Europe trouvera un sens véritable. La forte compétition économique qui règne entre les grands pays industrialisés, ne nous permet plus d'agir seul. La recherche française ne peut disperser ses efforts et doit au contraire se concentrer dans les domaines où elle excelle. Là encore, dans le respect de nos compétences et de nos intérêts, les chercheurs français doivent savoir tirer parti de l'espace européen. De même, nous avons aussi pour tâche de maintenir dans les pays de l'Est des équipes de qualité, et de favoriser ainsi leur accès au progrès, ce qui est sans doute la meilleure façon de contribuer à l'affermissement de démocraties naissantes.

Les objectifs et plus généralement, la réflexion du Gouvernement seront enrichis, et régulièrement mis à jour, par les conseils et les avis du nouveau Haut Comité pour l'Information Scientifique et Technique qui doit entamer bientôt ses travaux. Sa mission est de travailler au renforcement des positions françaises, notamment en ce qui concerne l'élaboration, la diffusion et l'exploitation de l'information électronique.


Je suis heureux de voir qu'à la veille de la célébration de son centenaire, l'Institut Pasteur se dote des moyens d'accroître encore ses résultats et, par-delà, le rayonnement de notre pays dans le monde. Le potentiel de recherche dont dispose la France est en effet le gage de sa vitalité.

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