Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur le syndicalisme des cadres et le rôle de la CGC dans le redressement économique, Paris le 30 septembre 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Edouard Balladur, Premier ministre, sur le syndicalisme des cadres et le rôle de la CGC dans le redressement économique, Paris le 30 septembre 1994.

Personnalité, fonction : BALLADUR Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 50ème anniversaire de la CGC, le 30 septembre 1994

ti : Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,


Je suis heureux d'être des vôtres, aujourd'hui, pour célébrer avec vous le cinquantième anniversaire de la Confédération Générale des Cadres.

Ma présence parmi vous traduit l'attention que, depuis un demi-siècle, les pouvoirs publics portent à la situation et au rôle des cadres, dont vous défendez la cause. Elément central du paysage syndical de notre pays depuis la Libération, la CGC a toujours su faire entendre sa voix, avec les qualités qui sont propres à l'encadrement : réalisme, pragmatisme, sens des responsabilités. De fortes personnalités se sont illustrées à la tête de votre confédération. Je tiens ici à saluer l'action qui a été la leur, au service des cadres et de l'intérêt général.

Ma présence parmi vous témoigne aussi de mon attachement au rôle des partenaires sociaux, dont la reconnaissance pleine et entière est une condition essentielle au fonctionnement de notre démocratie.

La Confédération Générale des Cadres est l'une des organisations où, depuis cinquante ans, s'élabore la réflexion sur l'évolution de notre société. Aussi est-il naturel que vous entendiez contribuer, comme par le passé, à l'approfondissement du dialogue social et au dynamisme de notre pays.

A l'heure où la croissance économique est de retour, les cadres, comme beaucoup de Français, s'interrogent sur leur place dans notre société. Du fait des responsabilités qu'ils exercent, de leur niveau de formation, ils ont un rôle éminent à jouer dans l'évolution de notre société. La Confédération Générale des Cadres est bien placée pour exprimer ces réflexions, pour favoriser l'émergence de solutions consensuelles, aussi bien dans les débats qui animent la vie publique qu'au sein des institutions où elle est représentée.

C'est pourquoi je souhaite vous faire part des commentaires que m'inspire l'amélioration de la situation de notre économie. Je voudrais également saisir cette occasion pour préciser le rôle que, à mes yeux, les partenaires sociaux peuvent jouer dans cette phase décisive de l'histoire de notre pays.


La situation de la France commence à être meilleure.

Vous me permettrez de rappeler quelle était cette situation en 1993. Elle était la pire que nous ayons connue depuis la dernière guerre. Le déficit du budget de l'Etat était supérieur à 340 milliards de francs. Les déficits sociaux étaient d'une ampleur telle qu'une menace grave et immédiate pesait sur notre système de protection sociale. Le paiement des retraites n'était plus garanti. L'assurance-chômage n'était plus financée. Les dépenses d'assurance-maladie échappaient à tout contrôle. Le chômage s'aggravait à un rythme sans précédent, frappant des catégories sociales jusqu'alors épargnées, en particulier les cadres. Enfin, la position de notre pays dans le monde était mal assurée et ses intérêts mal défendus dans les négociations commerciales.

Le Gouvernement n'a ménagé aucun effort pour mettre en oeuvre la politique de réforme que, face à de tels périls, nos compatriotes appelaient clairement de leurs voeux.

Il s'agissait d'abord de relancer l'économie en mettant un terme à la dérive des finances publiques, en consolidant la monnaie et en jetant les bases d'une politique d'aménagement du territoire digne de ce nom.

Il s'agissait aussi de sauver notre système de protection sociale, auquel tous les Français sont à juste titre attachés et qui constitue l'un des fondements essentiels de notre société.

Toutes les réformes rendues nécessaires par la poursuite de ces objectifs ont été engagées et, pour la plupart, menées à bien.

Dans le domaine économique, personne ne conteste aujourd'hui que la récession est derrière nous et que la France est entrée dans une période de croissance vigoureuse, saine et durable.

Dans le domaine de l'emploi, 120.000 postes de travail ont été créés depuis le mois de janvier. C'est la première fois depuis quatre ans que notre pays est redevenu créateur net d'emplois. Dans le même temps, le chômage a commencé à reculer. Et même si nous ne sommes pas à l'abri de déconvenues passagères, la tendance qui s'amorce est nettement dessinée. Elle est positive. L'emploi se redresse, en particulier celui des jeunes.

En matière sociale, des décisions difficiles ont été prises, avec le concours actif des partenaires sociaux et grâce à l'adhésion de nos compatriotes et des professionnels concernés. Notre système de protection sociale, dans son ensemble, a été sauvé de la banqueroute et il s'est engagé sur la voie des réformes.

Le résultat est que notre pays a aujourd'hui franchi une étape importante vers son redressement.

Ce résultat a été atteint grâce à l'adhésion du plus grand nombre possible de nos compatriotes, conscients que l'action de réforme engagée par le Gouvernement s'inscrit dans la durée et vise à entraîner le pays tout entier vers la construction d'un nouvel exemple français.

Votre confédération, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, le sait mieux que quiconque, elle qui a fait corps avec la reconstruction puis l'expansion de notre pays depuis la Libération : nous devons inventer aujourd'hui une autre société, qui ne soit ni la répétition de la société des "trente glorieuses" ni la continuation de la société de plus en plus dure et de moins en moins fraternelle dans laquelle nous vivons depuis une vingtaine d'années.

Comment concilier nos valeurs sociales, issues de l'idéal républicain de justice et de fraternité, avec la concurrence chaque jour plus vive du reste du monde ? Telle est la question à laquelle notre pays doit apporter une réponse conforme à ses traditions et à son rang.

Cette réponse passe d'abord par la reconstruction d'une économie forte, dynamique et créatrice d'emplois. Je récuse le débat qui, de temps à autre, ici ou là, s'instaure entre la priorité économique et la priorité sociale. L'histoire de la Vème République montre à l'évidence qu'il n'y a pas de progrès économique durable s'il ne profite pas à tous et qu'il n'y a pas de progrès social qui ne repose sur une économie forte.

C'est pourquoi le redressement économique restera, jusqu'au terme de son action, la priorité du Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire.

De même qu'entre 1987 et 1989, le retour de la croissance avait permis la création de plus de 900.000 emplois, de même, tout doit être fait aujourd'hui pour que la croissance avec laquelle notre pays est en train de renouer permette d'obtenir une diminution forte et durable du nombre des chômeurs.

Les mesures prises l'an passé, qu'il s'agisse des mesures d'urgence arrêtées dès l'été 1993 ou de la loi quinquennale relative au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle, commencent à porter leurs fruits. Celles contenues dans le projet de loi de finances pour 1995 visent le même objectif. Je pense en particulier à la poursuite du processus d'allègement des cotisations familiales, au mécanisme fiscal d'aide aux emplois familiaux et à l'aide à l'embauche des allocataires du RMI privés d'emploi depuis plus de deux ans.

Naturellement, le retour de la croissance ne suffira pas à résoudre tous les problèmes dont la crise a accentué l'ampleur, en particulier l'exclusion, qui menace l'équilibre de la société française. C'est pourquoi le Gouvernement prépare, en complément aux mesures pour l'emploi que je viens d'évoquer, un ensemble de dispositions qui seront rendues publiques dans les prochains jours et qui apporteront, je l'espère, des réponses concrètes aux situations de détresse que connaissent un trop grand nombre de nos concitoyens.

Il n'en reste pas moins que le développement de l'emploi doit être la priorité de l'action publique. La dignité du travail est le ressort de toute société organisée, de tout homme responsable de lui-même.

C'est la raison pour laquelle j'ai proposé que notre pays se fixe collectivement pour objectif de réduire d'un million le nombre des chômeurs. Cette ambition est nécessaire. Elle est à la mesure de l'enjeu. Nous ne devons pas nous résigner. Je forme le voeu que les partenaires sociaux apportent leur concours à cette entreprise, pour la part qui leur revient et sans qu'il soit évidemment question dans mon esprit de porter la moindre atteinte à leur indépendance.


Je suis personnellement attaché, vous le savez, au rôle des partenaires sociaux dans le fonctionnement de notre société. J'y suis même tellement attaché que, parfois, cela m'est reproché. Ma conviction est cependant que le nouvel exemple français que j'appelle de mes voeux ne verra le jour ni contre ni sans les organisations représentatives des salariés et des employeurs.

Ai-je pour autant l'ambition de lier ces organisations par je ne sais quel "pacte social" inspiré de ce qui se fait à l'étranger ? Assurément non. L'exercice serait dénué de toute portée pratique et vous refuseriez, non sans raison, de vous y plier.

En revanche, je crois utile pour tous qu'à intervalles réguliers, les organisations syndicales et patronales soient amenées à s'exprimer sur l'efficacité des mesures prises par le Gouvernement dans la lutte pour l'emploi.

Les confédérations syndicales ont apporté la preuve, dans la gestion des organismes de protection sociale, du sens des responsabilités qui les anime. Je discerne mal pour quelles raisons elles ne pourraient pas faire part, dans les instances appropriées, des remarques qu'elles ont à formuler dans le domaine de l'emploi, qui commande tout le reste.

Depuis dix-huit mois, le Gouvernement s'est efforcé, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, d'associer les partenaires sociaux à la marche des affaires publiques. Votre confédération a toujours apporté une contribution de qualité aux réflexions et aux travaux engagés à chacune de ces occasions. Vous avez pris vos responsabilités lorsqu'il s'est agi de réformer le régime général d'assurance-vieillesse, de remettre sur pied l'assurance-chômage, de sauver l'assurance-maladie ou les retraites complémentaires. J'estime donc que le Gouvernement ne fait pas fausse route en souhaitent renouer l'ensemble des fils du dialogue social.

Le temps des décisions venues d'en haut, imposées sans concertation ni débat est révolu. Il n'est à mes yeux qu'une seule méthode efficace de gouvernement, celle qui consiste à écouter et à dialoguer avant de décider. C'est la seule qui soit de nature à permettre à notre pays de faire face aux problèmes qui l'assaillent, en l'entraînant tout entier, au-delà des clivages traditionnels et dans le respect des convictions de chacun.

Naturellement, cela suppose que les pouvoirs publics disposent d'interlocuteurs solides et responsables, aptes à exercer la plénitude de leurs attributions. C'est la raison pour laquelle, conformément aux souhaits que vous aviez exprimés le 10 février dernier, j'ai demandé à Monsieur le Ministre du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle de mettre en place dans les meilleurs délais un groupe de travail chargé de formuler des propositions en ce sens. Je souhaite que cette instance examine plus particulièrement les questions que pose la mise en place de passerelles entre la vie professionnelle et la vie syndicale. J'attends également des propositions sur le rôle de conseil que les organisations syndicales peuvent jouer auprès des salariés.

Soucieux de redonner toute sa place au dialogue social, le Gouvernement s'attachera, j'en prends l'engagement devant vous, à ce que ces propositions se traduisent rapidement dans les faits.


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, c'est un message d'espoir pour l'avenir que je voudrais vous adresser aujourd'hui.

La proportion des cadres dans la population active s'est fortement accrue au cours des cinquante dernières années. C'est l'une des modifications les plus importantes de notre société. Ce mouvement se poursuivra.

Seule l'acquisition d'une qualification permet l'accès à un emploi durable et c'est le sens des efforts déployés par le Gouvernement en faveur de la formation professionnelle.

Vos responsabilités sont à la mesure du rôle qui est le vôtre dans le dynamisme de l'économie et la cohésion sociale de notre pays.

Je souhaite que votre confédération trouve dans la célébration de son cinquantenaire des raisons supplémentaires d'apporter son concours au redressement national.

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