Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception en l'honneur de la communauté française, Sanaa le 19 octobre 1993. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception en l'honneur de la communauté française, Sanaa le 19 octobre 1993.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel au Yémen les 18 et 19 octobre 1993 ; réception en l'honneur de la Communauté française à la Résidence de France

ti : Mesdames, messieurs,
- Mes chers compatriotes,
- Avec mes compagnons de voyage parmi lesquels M. le ministre des affaires étrangères, M. Alain Juppé et Mme Juppé et quelques-uns de nos collaborateurs, nous achevons un périple qui nous a d'abord conduits à l'Ile Maurice avec escale en Arabie saoudite. Nous rentrons ce soir. Nous ferons un arrêt simplement au Caire où nous rencontrerons le Président égyptien. Nous avons passé un temps très bref ici à Sanaa qui méritait beaucoup mieux mais il est difficile de s'absenter trop longtemps car il se passe aussi des choses en France.
- Comme je le fais chaque fois dans un pays étranger au cours de mes voyages, je rencontre les Français de ce pays qui veulent bien venir à la Résidence de France pour quelques moments, c'est ce que vous faites ce soir et je vous en remercie. Je me suis informé auprès de M. l'ambassadeur pour savoir s'il se posait à vous des problèmes d'un type particulier. Il ne le semble pas. Bien entendu, les problèmes de caractère général on les retrouve par définition ici et là : l'éloignement de vos familles (mais cela c'est bien ce que vous avez voulu) et d'autre part, surtout pour ceux qui sont dans les champs pétroliers, un certain isolement qui ne doit pas être facile à supporter tous les jours.
- Quant aux autres, Sanaa, d'une façon plus générale le Yémen tout ce qui est sur le plateau élevé, nous avons en tous cas eu le sentiment qu'il y avait là un climat généralement supportable et les Français que j'ai déjà rencontrés depuis hier avaient l'air fort attachés à ce pays. Nous y sommes venus en amis. La France et le Yémen entretiennent des relations déjà très anciennes qui ont toujours été bonnes et nous continuons. C'est un pays très peuplé qui connaît beaucoup de difficultés, qui a besoin de se développer et qui donc doit compter sur le concours des pays industriels avancés, c'est le cas de la France. Nous sommes nous-mêmes pris dans la tornade d'une récession économique qui frappe l'ensemble des pays industriels d'occident et cela doit nous faire mesurer quand même nos privilèges si l'on compare la situation d'un pays comme la France avec celle d'un pays comme le Yémen qui avec tant de travail et tant de courage, doivent lutter constamment contre un sous-développement que les Yéménites ont réussi à vaincre en certains domaines. Mais il reste beaucoup à faire.
- Nous avons été accueillis très amicalement par le Président Saleh et par les autorités de ce pays dont nous garderons les meilleurs souvenirs. Je pense que les conversations que nous avons eues auront été utiles. QUand nous serons rentrés à Paris nous les mettrons en oeuvre pour que véritablement l'amitié de ces deux pays se traduise dans les faits.
Quant à vous, mesdames et messieurs, mes chers compatriotes, vous allez continuer de vivre ici, chacun selon ses fonctions, ses obligations, peu de temps, beaucoup de temps, dans des situations fort diverses. J'espère que vous formez un petit groupe - de l'ordre de 500 personnes je crois au total - suffisamment cohérent même si la cohésion dans un pays comme la France est parfois difficile à réaliser. A l'extérieur, je ne sais pas si c'est plus commode mais, comme il s'agit des choses importantes et en tous cas de l'intérêt du pays, on se retrouve plus aisément.
- Je vous souhaite bonne chance ici. J'espère que vos enfants peuvent s'instruire convenablement. Jusqu'aux petites classes, je suppose que c'est facile, à partir de la sixième j'ai l'impression que c'est plus compliqué et j'imagine assez la difficulté des familles qui doivent se séparer des enfants lorsqu'ils ont 11 - 12 ans alors que cela passe déjà si vite. Mais un Français qui vit à l'étranger fût-ce dans un pays ami sait à l'avance qu'il aura à connaître des difficultés de ce genre.
- Alors je vous dis bon courage, mais en même temps, j'ai le sentiment qu'il ne faut pas que du courage pour être ici, pour y trouver aussi beaucoup d'intérêt, pour qui aime l'histoire, pour qui aime la trace d'un pays dans la civilisation. Il y donc de quoi exciter l'esprit et pour ceux qui ont la chance de pouvoir voyager à l'intérieur du Yémen, je suppose qu'ils doivent y trouver des joies et des curiosités assez rares. Cela ne nous a pas été donné sinon à l'exception de Thula d'où nous arrivons à l'instant et nous avons beaucoup admiré ce que nous avons vu. Cela veut dire que pour en connaître davantage il faudrait revenir et, encore nous reviendrions, il faudrait toute une vie. Et pour certains d'entre nous, la vie a déjà accompli un si long parcours qu'il est difficile de l'imaginer et pour tous les autres ils seront inspirés par autre chose et d'autres pays. J'en suis sûr, cependant, tous ceux qui m'accompagnaient auront dans un coin de leur coeur le sentiment que c'est un pays qu'on peut et qu'on doit aimer.
- J'ai dit bonne chance et maintenant nous allons je pense, entendre les accents de la Marseillaise.

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