Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel donné à la maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges, Saint-Germain-en-Laye, le 29 mars 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du concert annuel donné à la maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges, Saint-Germain-en-Laye, le 29 mars 1994.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Concert annuel des écoles de la Légion d'honneur aux Loges le 29 mars 1994

ti : Mesdames et messieurs,
- Vous le rappeliez tout à l'heure, monsieur le grand chancelier, c'est bien la treizième fois que j'assiste à un concert des maisons de la Légion d'Honneur et c'est la première de ces treize fois que ma femme ne m'accompagne pas car elle se trouve aujourd'hui à New York où elle rencontre le secrétaire général des Nations unies. Elle m'a prié de l'en excuser et en était même très fâchée.
- En effet, nous avons pris goût à ces circonstances, à ces occasions qui nous sont données d'approcher d'un peu plus près ces deux maisons dont on a vanté l'excellence - que j'ai pu moi-même souvent constater, en tout cas dans le domaine de la musique -, où l'on se renouvelle tout en étant fidèle aux traditions, où l'on pousse loin, je crois, la connaissance de la musique, l'enseignement musical, au point que dans bien des choeurs, apparemment plus expérimentés, on ne réunit pas autant de jolies voix et autant de technique. Je tiens à féliciter une fois de plus, maître Lavagne, que je crois avoir toujours vu ici et qui y était même avant, vraisemblablement, madame Charon, madame Serrant, madame Leprévost, qui élèvent, éduquent et forment à la musique et à ses exigences chaque génération d'élèves. Nous y trouvons, je crois, grand plaisir et grand intérêt et ces rendez-vous annuels permettent de mesurer quelquefois des différences quand on passe d'une maison à l'autre. Je constatais que l'on est trop peu souvent aux Loges : je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, depuis quelque temps, je m'étais habitué à aller à Saint-Denis. Ce n'est pas le résultat d'un choix particulier, c'est peut être plus commode tout simplement. J'ai constaté que là-bas et, je le sais, ici, rien n'est négligé par les responsables, en particulier par le grand chancelier, par la surintendante et puis par l'ensemble des professeurs pour que chacune ait sa chance.
Il me semble que la formation donnée doit donner toutes les possibilités de réussite, si difficiles à acquérir, qu'offre notre société.
- Des grands travaux architecturaux, une modernisation des classes, des écoles et, toujours, une recherche dans la qualité de l'enseignement à laquelle vous n'avez jamais manqué.Au total la réputation de ces écoles est grande et bien entendu, j'avais remarqué le classement que le grand chancelier - avec une certaines absence d'humilité - a bien voulu vous rappeler : on comprend que ce soit une juste ambition, pour un grand chancelier de la Légion d'Honneur, que de voir prospérer l'éducation dans ces maisons.
- Je pourrais donc multiplier les remerciements, vous dire à quel point ce rendez-vous annuel m'est utile, comme aux différentes personnalités qui se joignent à nous : sans quoi on n'aurait pas une vraie notion, on ne ressentirait pas ce qui se passe ici, où j'ai le sentiment qu'une certaine ouverture se produit sur le monde extérieur, avec bien entendu un grand attachement à ce qui fait la qualité et le caractère particulier des maisons de la Légion d'honneur. Je vous dirai : si le ciel le permet, à l'année prochaine.
- Les premières d'entre vous que j'ai entendues ici, celles qui ont réalisé de beaux morceaux, avec des instruments souvent difficiles, les choeurs et celles qui les écoutent, eh bien depuis treize ans, elles ont grandi. Combien sont parties, sont mêlées à la vie et désormais dirigent ou cherchent à diriger leur vie. J'en rencontre de temps à autre, au gré des circonstances et bien rare est le cas ou l'on ne garde pas le souvenir fort du temps passé, ici aux Loges ou bien à Saint-Denis.
Voilà, mesdames et messieurs, je vous remercie pour votre présence.. J'ai dit ce que je pensais des maîtres : et n'oublions pas les autres disciplines. Toutes les disciplines sont servies, ici. On nous offre comme un joyau la musique, mais il y a les autres, même si ce n'est pas l'occasion de les rencontrer. Je constate seulement, moi aussi, les résultats : j'ai tendance à vouloir les partager avec le grand chancelier. En réalité, je sais bien que tout est difficile pour vous et quand je vois maintenant l'Hypokhâgne réussir, la khâgne en perspective certaine, je me rappelle que cela m'a été demandé bien souvent : pourquoi entreprendre une série d'études si elles ne vont pas jusqu'à leur aboutissement. Car la khâgne permet sans doute d'entrer à Normale supérieure - soit Ulm, soit Saint-Cloud, et offre bien d'autres possibilités, en particulier des équivalences à l'université et en bref cela veut dire, non pas une sélection, mais un ensemble d'enfants d'abord, puis de jeunes filles, de jeunes gens, qui, vous le savez bien, remplissent ensuite dans notre société des rôles éminents.
- Je vous souhaite de terminer une bonne année. Cent pour cent dans plusieurs de vos classes, dans plusieurs séries de baccalauréat, je dirai que c'est presque un peu redoutable. Si j'étais entré dans une école semblable comme on dit en termes vulgaires, "je me serais tenu à carreau". Heureusement, j'étais dans une école de province où les pourcentages étaient infiniment plus modestes de telle sorte que l'on avait pas d'humiliation à se retrouver au sein du 0,3 ou du 0,5 % rejeté par les examinateurs. Je ne sais pas comment vous faites. Je sais que dans certains grands lycées de Paris, on opère, en dépit du discours officiel, une sélection assez sévère et que ceux qui arrivent là sont déjà le résultat d'un tri. Mais d'après ce que je crois savoir, il me semble que tel n'est pas le cas ici, c'est dire que vraiment sont formés pour réussir l'ensemble des élèves : et celles d'entre vous qui n'arrivent pas tout à fait au terme, qu'elles ne désespèrent pas. Combien sont collés au bac ou ne l'ont jamais eu et qui font de brillantes carrières mais je ne vous le recommande pas car on n'est pas là pour ça. Vous pourrez choisir des voix parallèles plus tard, mais ici, aux Loges, comme à Saint-Denis, vous êtes là pour passer le bac et, surtout, ne prenez pas sur vous de faire baisser la moyenne |
- Nous allons rester encore quelques moments avec vous. C'est toujours un accueil extrêmement sympathique et agréable que je reçois ici, ne vous étonnez donc pas si j'y reviens. Voilà pourquoi, sous la réserve que chacun d'entre nous doit émettre quand on parle de l'avenir, à l'année prochaine et merci.

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