Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'histoire du rayonnement culturel de la ville de Naples, ses liens avec la France, sur les relations nord sud et sur les carences de l'aide au développement, Naples le 8 juillet 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'histoire du rayonnement culturel de la ville de Naples, ses liens avec la France, sur les relations nord sud et sur les carences de l'aide au développement, Naples le 8 juillet 1994.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Remise du diplome du docteur "Honoris causa" de l'Institut universitaire oriental de Naples (en marge du sommet du G7, réuni à Naples du 8 au 10 juillet 1994)

ti : Monsieur le président,
- Monsieur le doyen,
- Monsieur le député,
- Je vous remercie. Je remercie l'Institut universitaire oriental de l'honneur que vous me faites et des propos qui l'accompagnent.
- Messieurs les présidents, monsieur le maire, mesdames et messieurs, c'est assez difficile d'entendre des compliments même quand on s'y est habitué. Ce que je viens à l'instant d'écouter relevait d'une culture et d'une analyse qui me plaisaient, sans me convaincre toujours, tant je sentais survivre dans cette maison, un esprit, l'esprit de Naples, l'esprit de l'Italie, l'esprit universel de l'humanité. Je souhaite, maintenant, vous en donner les raisons.
- Avant d'évoquer Naples, sa culture, ses liens avec la France, je veux rappeler un épisode de son passé le plus récent. Il y a un mois était célébré, en France, le cinquantième anniversaire du débarquement - le 6 juin 1944 - sur les côtes normandes. Et dans quelques semaines, je fêterai avec les Parisiens la libération de notre capitale, nouvelle étape du rétablissement des principes de liberté et de démocratie nés en Europe.
- Mais nous, Français, n'oublions pas que, pendant ce temps, de durs combats se déroulaient sur le sol italien et qu'une autre résistance, la résistance italienne, luttait à nos côtés.
- Nous n'oublions pas que, le 28 septembre 1943, Naples s'insurgeait et qu'au terme de quatre journées sanglantes, son peuple se libérait lui-même. Quand les troupes alliées entrèrent à Naples, le 1er octobre, la ville était libre : la vaillance des Napolitains, auxquels je veux rendre hommage, avait suffi.
- Ces "quatre jours de Naples" ont rendu votre cité et ses habitants plus chers encore aux citoyens de la République française. Ce n'était qu'un retour des choses. Relisons Stendhal, qui écrivait en 1817, au terme de son deuxième séjour dans votre ville : "Je pars. Je n'oublierai pas plus la rue de Tolède que la vue qu'on a de tous les quartiers de Naples. C'est, sans comparaison, à mes yeux, la plus belle ville de l'univers.. Cette baie si belle, qui semble faite pour le plaisir des yeux, les collines derrière Naples toutes garnies d'arbres, cette promenade au village de Pausilippe par le chemin de Joachim, tout cela ne peut pas plus s'exprimer que s'oublier".
Et comment ne pas évoquer le souvenir d'Alexandre Dumas, entrant sous une fausse identité dans un royaume dont son père avait été le prisonnier, découvrant Naples, en 1835, en tombant et y tombant amoureux : double bonheur, pleinement napolitain.
- Expulsé à l'automne par la police des Bourbons, Dumas reviendra un quart de siècle plus tard, aux côtés de Garibaldi. Il y restera encore quatre années, animant un journal plus garibaldien que ne l'était Garibaldi - Dumas ne pouvait s'empêcher d'être excessif en tout - et, dirigeant le Musée archéologique et les fouilles de Pompéi, il continua de vivre parmi vous et de s'en réjouir. Cette rencontre passionnée sera rapportée dans un roman et, surtout, dans des "impressions de voyage", qui sont un hommage éblouissant à Naples et aux Napolitains, à ce peuple qu'il avait, mieux que tout autre en son temps, à la fois compris et aimé.
- Je n'aurai pas ni le talent, ni l'usage des superlatifs, ni l'imagination entraînante d'Alexandre Dumas mais j'essaierai, moi aussi, de comprendre et d'aimer à sa façon. Naples, ce n'est pas seulement, en effet, un site et une ville admirables. C'est tout autant un mode de vie, c'est une culture. Et dès l'origine, elle a été placée sous le double signe de la beauté et de l'esprit.
- On la sait de fondation grecque et durablement marquée par la culture hellénique. A l'époque romaine, elle était aussi célèbre par son rayonnement intellectuel que pour son attrait physique : si Horace parle de l'"otiosa Neapolis", Martial préfère évoquer la "docta Parthenope".
- Bien des siècles plus tard, en 1224, c'est Naples qui conduisit Frédéric II de Hohenstaufen, l'Empereur romain germanique, à y installer la première université de l'Italie du Sud - en quelque sorte, la soeur aînée de la vôtre, et qui entretint avec elle, à ce que l'on m'a dit, des relations d'émulation stimulantes.. Oeuvrant pour une renaissance - déjà -, celle de l'Empire romain, esquissant les contours de ce que sera plus tard l'Etat moderne, le grand Frédéric II Hohenstaufen voulait des juristes et des administrateurs, et il les voulait près de lui, formés en vertu de ses désirs et de ses besoins et non plus suivant le seul intérêt de l'Eglise et de la Papauté.
- On lui en voulut. Rappellerai-je qu'il réussit cette étonnante gageure de reconquérir les lieux saints et d'être pour cela excommunié. J'aime bien les esprits originaux : mais il le paya cher.
Naples, en tout cas, devint une ville universitaire : privilège immense pour l'époque.
- Elle ne cessera pas d'être un des grands pôles culturels de la Péninsule. Avec la dynastie d'Anjou, elle s'affirmera comme une des capitales les plus brillantes, attirant Pétrarque, Boccace ou Giotto. Nous n'en retirons pas, nous Français, trop de vanité. En définitive, votre ville reçut beaucoup moins de la France qu'elle ne lui apporta, comme le prouvèrent les siècles suivants.
- Le 22 février 1495, Charles VIII, Roi de France, entrait à Naples, au terme d'une longue chevauchée que devaient suivre quelques déboires. C'était la rencontre d'un monde inaccompli, le nôtre, avec une civilisation florissante : la vôtre.
- Charles VIII, en tout cas, accomplissait deux ambitions. La première, imposer les droits de sa famille, les Valois, du moins à ce qu'il pensait, sur le Royaume de Naples, en raison de l'héritage du dernier Duc d'Anjou. Et entreprendre, la route du Levant étant ainsi ouverte, une croisade contre le Grand Turc : après tout, ne s'était-il pas, lui aussi, dénommé - il ne fut pas le seul - Roi de Jérusalem.
- Les rêves de croisade et les droits dynastiques une fois évanouis, il resta à la France le plus beau des dons que pouvaient lui apporter ses aventures italiennes : la Renaissance, cette révolution des idées, des sciences, des arts, qui allait en un demi-siècle transformer la culture et la société d'Occident.
- Commença alors un mouvement de relations, d'échanges, dans lequel l'influence italienne irrigua toute l'Europe : mouvement des oeuvres et des pensées, mais tout autant des hommes - artistes et artisans, bien sûr, mais aussi marchands, ingénieurs, philosophes, hommes d'Etat, comme ce Mazzarini, notre Mazarin, que je considère comme l'un des plus grands dirigeants de la France.
Mais concentrons aussi notre attention, si vous le voulez bien, sur ces XVIIème et XVIIIème siècles moins connus que les précédents mais qui furent ici, dans cette ville, une période de bouillonnement et de création intense. Et rendons-leur justice.
- C'est à Naples, où le Caravage s'est réfugié à la suite de l'un de ses nombreux démêlés avec la justice romaine, qu'il affirme et que s'affirme l'existence de l'école luministe, avec son retour à la "peinture naturelle", - ce ne sera pas le dernier | - en réaction au maniérisme devenu formaliste et conventionnel comme le deviennent toutes les disciplines. C'est de Naples que ce naturalisme redonnant la primauté à la crudité de la lumière, à la densité de la matière, au modelé des formes se diffuse en Europe, grâce à des personnalités diverses, comme le Battistelo, Vaccaro, et cette figure exceptionnelle que fut Artémisia Gentileschi, femme et peintre, cas assez rare pour ce temps-là.
- Le chevalier Marino, considéré comme l'un des plus célèbres poètes du temps, a déployé pendant dix ans toutes les grâces de son art à Paris, à la Cour du jeune Louis XIII. Adulé, mais lucide, il donna un portrait pénétrant de la France, de la France de toujours. Permettez-moi de le citer : "La France, toute pleine de contradictions et de disproportions, lesquelles cependant forment une discorde concordante, qui la perpétue". Je peux témoigner de la justesse de ce diagnostic.
- Peu de temps après, Giambattista Basile, autre poète et homme de cour, écrivait "le Conte des contes ou le divertissement des enfants", recueil plein de vie et de truculence où l'on trouve l'histoire de la "Chatte Cendrillon" que devait adapter en Français, à la fin du même siècle, Perrault. Vous voyez que les relations sont constantes, s'interpénètrent, que les cultures et les traditions forment l'esprit ici et là.
Sculpteur et architecte de génie, "metteur en scène de toute une époque", comme l'a écrit notre écrivain André Chastel, le chevalier Bernin conçut et réalisa l'art baroque, dominant la scène à tel point que ses contemporains ne voyaient que Michel Ange pour rétrospectivement l'égaler. Et personnellement, je ne serais pas très loin de porter ce jugement même si je dois noter au passage, pour être tout à fait juste, que les collègues français du Bernin s'arrangèrent pour empêcher la mise en oeuvre de ses projets pour l'achèvement du Palais du Louvre. Il en reste une statut équestre, arrangée par un autre, mais chaque fois qu'il m'arrive de parcourir - assez souvent, encore -, les grands couloirs du nouveau Louvre, je n'oublie pas ce que l'on doit à votre compatriote.
- Luca Giordano, dit "Luca fa presto", en raison de sa folle virtuosité, illustre en peinture, de Naples à l'Escurial, cet art nouveau fondé sur l'occupation et la dramatisation de l'espace. Vous voyez que beaucoup de choses, beaucoup d'idées, beaucoup de formes sont nées ici.
- Et l'art baroque s'épanouit alors partout à partir de Naples, dans tous les domaines, suivant tous les registres. Citerai-je l'Opéra Seria qui connait son plus subtil raffinement grâce à ces castrats idolâtrés dans l'ensemble de l'Europe. Scarlatti définit l'ouverture "à l'italienne", qui préfigure la forme symphonique. Et parallèlement, la musique abandonne ici ses habits de cour et se diffuse dans toute la société avec la naissance de l'Opéra-Bouffe, dont la Servante maîtresse de Pergolèse est le premier joyau, suivi de beaucoup d'autres. Un écrin leur est bientôt offert avec la construction du Théâtre de San Carlo au temps de Charles III de Bourbon, attaché à l'embellissement d'une ville et d'un royaume dont il voulait faire un laboratoire de réformes. J'ai visité ce théâtre : j'ai trouvé là une des merveilles de l'Europe. Et pendant plus d'un siècle, notamment sous la direction de Rossini, San Carlo allait être au coeur de l'invention musicale.
Naples fut ainsi une fête - pas seulement une fête : les drames de la vie, les drames de l'histoire s'y donnaient rendez-vous -, une fête pas simplement pour elle, ou pour les siens, mais aussi pour nous tous. Benedetto Croce, que vous avez cité tout à l'heure, rappelait à des hôtes étrangers lors de l'exposition de 1900 : "Ici, vous n'êtes pas seulement sur un terrain vésuvien, mais vous êtes aussi sur le terrain le plus spéculatif, le terrain de la spéculation des idées le plus représentatif d'Italie".
- J'ajouterai que Naples a d'abord été une capitale du droit, qu'elle est toujours, et de ce que je n'appellerai pas son envers, la rhétorique. Elle a été naturellement gagnée par l'effervescence intellectuelle de l'humanisme renaissant. S'il n'y a pas à proprement parler d'école napolitaine, on peut dire que viennent à Naples, au XVIème siècle, des intellectuels épris de liberté et généralement voués à l'errance pour échapper au sort de Giordano Bruno. Je pense en particulier à Campanella, que sa définition de la cité idéale amena, par comparaison, à une vigoureuse critique sociale.
- Et puis ce fut le choc galiléen, - on pourrait dire copernicien, enfin ne nous disputons pas -, c'est-à-dire pour reprendre les mots de Fernand Braudel, historien français que je cite, "La découverte d'un monde infini, géométrique, confondant terre et ciel", découverte fondatrice de la science moderne mais aussi découverte "blasphématoire", inacceptable par les autorités religieuses. Les choses ont changé sans doute ; mais c'est une bonne référence.
- L'intérêt porté à Descartes par le milieu intellectuel napolitain, où Galilée avait eu de nombreux élèves et disciples, représente comme un prolongement du galiléisme, dont sont préservés l'esprit déductif et la primauté donnée à la démarche scientifique, le blasphème disparaîssant au passage pour la plus grande sécurité des penseurs, qui n'en eurent pas fini cependant ici et là avec la persécution. Le cartésianisme de l'Académie des investigants est moins une greffe qu'une façon d'être fidèle à l'héritage de Galilée, en maintenant la fonction critique de la pensée face au formalisme conservateur de l'idéologie dominante. Il n'est jamais mauvais de s'inspirer de cet exemple.
Et au delà, vint un autre philosophe : parlons philosophie, quand même, vous en avez beaucoup plus parlé que moi. Je parlerai de Vico, dont étudiant j'étudiais, j'apprenais les corsi et les ricorsi. Vico, s'il a élaboré une philosophie de l'Histoire, a d'abord jeté les fondations des sciences humaines. Rejetant la prétention des philosophes - pardonnez-moi -, à expliquer le monde naturel, que Dieu seul connaît, il légitima l'étude du "monde civil", du "monde des nations", qui - c'est lui qui parle - : "fait par les hommes, peut être connu et expliqué par la science humaine".
- Et quand il écrit que "la science nouvelle commence par les premières pensées des premiers hommes et non pas avec les premières réflexions des philosophes sur les idées humaines", il définit les principes de la recherche historique et ethnologique moderne, surmontant l'anachronisme, intégrant dans son objet la mythologie, la poésie, la philosophie et l'histoire religieuse, sur lesquelles, vous le savez, Vico a insisté de façon si profondément novatrice.
- Bien entendu, ce rappel de Vico ne constitue pas les éléments d'un procès contre la philosophie : ce ne serait pas le lieu ni le moment. Mais un rappel utile d'une certaine façon de réinventer le monde, alors que tant de siècles étaient passés.
- Mesdames et messieurs, votre institution a bien changé, depuis sa création, à l'époque de Vico ; elle s'est développée, elle a élargi son horizon, ses champs d'étude et ses publics. Elle n'a pas varié sur deux points essentiels : la volonté d'exceller, l'excellence, et l'esprit d'ouverture, c'est-à-dire la capacité de connaître, de comprendre et d'échanger, pour le bien de tous.
Je profite de cette occasion, avant de terminer, pour vous faire part de l'une de mes préoccupations en ce jour où Naples accueille le Sommet des sept pays les plus industrialisés du monde.
- Entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, le fossé ne cesse de se creuser. Savez-vous qu'en dépit des sommes considérables affectées aux aides bilatérales et multilatérales, le flux des capitaux qui viennent d'Afrique vers les pays industriels est plus important que le flux des capitaux qui viennent des pays industriels vers les pays en développement ?
- La croissance économique de quelques Etats en développement sert trop souvent - il faudra le rappeler ce soir, demain, après-demain, et je n'y manquerai pas - sert d'alibi pour aider de moins en moins les autres, les plus pauvres, naturellement, ceux qui s'enfoncent dans la misère. Après tout, pensent beaucoup, après tout : qu'ils y restent. Tel n'est pas mon sentiment.
- Ce désintérêt ne me paraît pas seulement inacceptable, moralement et socialement, mais je le crois suicidaire pour nos propres pays. Refuser de considérer l'aide au développement comme une priorité d'action, c'est se vouer à l'impuissance face au trafic de la drogue, à la montée du SIDA, aux conséquences de la poussée démographique dans les pays du Sud, à la misère, à la misère, encore à la misère.
- Et nous ne pouvons pas admettre qu'un quart de la population de la planète se désintéresse du sort des trois autres quarts, à l'exception de rares moments où le choc insupportable de l'image, la confrontation directe avec l'horreur, l'amènent à réclamer des interventions humanitaires, toujours nécessaires, mais généralement tardives et limitées.
- Eh bien, il faut réagir : et qui peut mieux le faire, monsieur le Député, que l'Europe ? L'Europe en a le devoir : son passé n'est pas innocent à l'égard des peuples de bien des Pays du Sud. Mais, en même temps, elle peut le faire sans attirer le soupçon du paternalisme car depuis qu'elle s'est unie, elle a déjà beaucoup agi en ce domaine, en nouant avec de nombreux pays des relations où s'équilibrent l'aide et le respect.
- Cela reste très insuffisant. Car tout est lié : l'Europe que nous souhaitons, en tout cas que je souhaite - je ne suis pas le seul ici - l'Europe des peuples et non plus seulement celle des marchandises, l'Europe des cultures, doit être aussi l'Europe de la solidarité, protectrice des siens et généreuse avec les autres.
Voilà, mesdames et messieurs, j'en aurai fini. La volonté de faire l'Europe ne peut être confondue avec le repli sur soi. Ma conviction est au contraire que l'Europe a encore bien des choses à apporter au monde si elle le veut. Et je crois qu'elle le peut.
- En ces siècles passés, que j'ai eu l'honneur d'évoquer devant vous, où vous m'avez parlé si justement de philosophie et de sens de l'Histoire, l'infinité du monde se révélait aux savants et aux philosophes de notre continent par l'étude des astres et l'investigation intellectuelle.
- Dans le même temps, voyageurs, explorateurs découvraient des continents et des peuples nouveaux. Et c'est de cette double révélation qu'est né le monde moderne.
- L'Europe a beaucoup reçu du monde : par la force, la conquête, l'exploitation, assurément, mais aussi par l'étude, la volonté de connaître et la capacité, lentement acquise, de comprendre et d'aimer l'étrange et l'étranger.
- Qui mieux que vous, mesdames et messieurs, de l'Institut universitaire oriental, pourrait en témoigner ? Mais l'Europe a quand même beaucoup donné aux autres, en commençant par ces valeurs qui fondent notre identité commune : la liberté, la démocratie, la soif de justice sociale. Elles avancent, elles reculent : on compte leurs victoires, on compte leurs défaites. Mais au total, on avance et le témoignage de ceux qui souffrent, de ceux qui supportent le poids de l'injustice est plus fort encore que le témoignage des vainqueurs.
- Elle peut aujourd'hui, dans et pour la paix, contribuer à ce que j'appellerai, sans craindre d'employer de grands mots parce que quelquefois les grands mots sont utiles pour nommer les grandes choses, le développement de l'humanité.
- Nous savons de quoi nous parlons. Ferons-nous la somme des déceptions, saurons-nous résumer en peu de mots l'histoire décadente du monde des hommes ? Mais tant que restera dans l'esprit de quelques-uns - et, je l'espère, du plus grand nombre - cette espérance d'une société où ces valeurs-là, en fin de compte, l'emporteront, tant que cela sera imaginable, je me sentirai fort bien et très heureux parmi des universitaires, parmi des philosophes, parmi des femmes et des hommes d'étude et de réflexion sans lesquels rien ne serait possible.

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