Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'histoire et les missions de l'Ecole Normale Supérieure, son rôle dans la diffusion des connaissances, les progrès de l'enseignement et de la recherche et la formation des élites, Paris le 21 septembre 1994. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'histoire et les missions de l'Ecole Normale Supérieure, son rôle dans la diffusion des connaissances, les progrès de l'enseignement et de la recherche et la formation des élites, Paris le 21 septembre 1994.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Ouverture des cérémonies du Bicentenaire de l'Ecole Normale Supérieure, le 21 septembre 1994

ti : Messieurs les ministres,
- Monsieur le Président,
- Monsieur le Directeur,
- Mesdames et messieurs,
- Curieuse idée de m'adresser aux élèves de l'Ecole Normale Supérieure, à un moment où il m'est très difficile de dire trois mots. J'exigerai de votre part, et je vous pris de m'en excuser, une attention que le propos ne méritera peut-être pas. Mais c'est ainsi, j'avais rendez-vous avec vous, j'y tenais, et je l'ai maintenu.
- J'étais venu dans cette salle, il me semble la reconnaître, mais c'est peut-être une erreur, il y a vingt-quatre ans, je n'avais pas d'extinction de voix, mais j'avais plus de difficulté à m'exprimer qu'aujourd'hui car les élèves de l'Ecole Normale Supérieure étaient particulièrement bruyants, à cette époque.
- C'est une année de commémoration, je dirais même qu'il y a inflation, un peu partout en France on célèbre et c'est très bien, j'ai même l'impression qu'on ne célèbre pas assez, si j'en juge par ce que j'entends dire un peu partout. Pourtant, croyez-moi, la célébration du passé est quelque chose de très important, mais l'année 1994 est particulièrement riche de ce genre de cérémonies. J'y ajoute la vôtre. Vous venez d'horizons très divers, mais avec un même objectif : vous initier, vous former, toujours davantage, avec les meilleurs maîtres, dans les disciplines de votre choix, c'est dire qu'il y a là un mélange de rigueur et de liberté qui, je crois, caractérise assez bien l'état d'esprit de votre école.
- On vous l'a dit, je le répète parce qu'on ne peut pas célébrer un moment comme celui-là sans rappeler un peu d'histoire : il y a deux cents ans, des hommes croyaient en ce que nous appelons toujours les Lumières, et pour cette raison, ils ont voulu créer un établissement où l'on dispenserait des enseignements de la plus haute exigence à des jeunes qui se consacreraient, à leur tour, à la recherche, à la réflexion et à la transmission des savoirs.
- J'espère que ce message va continuer d'être celui qui vous occupe.
9 Brumaire, An III. C'est le 9 Brumaire An III, c'est-à-dire le 30 octobre 1994, que commence l'histoire de l'Ecole Normale Supérieure, votre histoire en quelque sorte.
- Ce jour-là, la Convention adopta le décret fondateur. Mais cela est toujours vrai, il ne suffit pas, croyez-moi, de faire un décret pour qu'une décision soit appliquée. La naissance de l'institution voulue par la Convention fut particulièrement difficile. Et je reconnais parmi vous un certain nombre de responsables politiques que j'ai connus du gouvernement, ils pourraient confirmer ce que je viens de dire, entre la décision que l'on prend dans un cabinet ministériel avec le sentiment qu'aussitôt les ailes du pouvoir vont la transporter jusqu'au dernier village de France, il se passe beaucoup de choses et bien souvent, elle emprunte des chemins de traverse.
- Donc, l'école a été créée, il faut que nous rafraîchissions nos mémoires sur les valeurs qui ont conduit à créer cette école, et qui peuvent encore inspirer l'action d'aujourd'hui. C'est d'ailleurs le cas si j'ai bien entendu ce qui m'a été dit tout à l'heure des projets actuellement formés et qui ont rencontré le soutien des responsables du gouvernement.
- La déclaration des droits de l'Homme, adoptée un an plus tôt, prévoyait qu'il fallait mettre, je cite : "l'instruction à la portée de tous les citoyens". Et c'est Condorcet qui avait dit je le cite, "même sous la Constitution la plus libre, l'homme ignorant est à la merci du charlatan".
- La démarche était révolutionnaire, l'objectif ambitieux : il n'y avait à l'époque guère plus de 200000 ou 300000 Français qui savaient peu ou prou lire et écrire. Comment instruire tous les autres ? Pour cela, il fallait des milliers d'instituteurs, et la France n'en avait pas.
- Pour en former rapidement, on eut alors une idée surprenante, après tout, dont on peut sourire aujourd'hui : on décida, pour former les instituteurs, de s'inspirer de l'école de formation à la préparation de la poudre à canon et du salpêtre.
- En 1792, l'armée avait elle aussi de grands besoins. Il lui fallait former de nouveaux cadres, et on décida de faire venir de tous les districts de France quelques hommes à qui l'on allait apprendre les techniques de la fabrication de la poudre et qui, de retour chez eux, pourraient ouvrir des écoles et démultiplier ce qu'ils avaient appris.
- A vrai dire, c'est presqu'une image, ce que vous apprenez et ce que vous enseignerez devra avoir la force explosive que représente cette technique, ou bien vous aurez des idées, vous découvrirez des faits, et à votre tour, vous ferez une forme de révolution, ou bien rien ne se passera et l'on oubliera l'antériorité de la poudre à canon.
- L'expérience a été considérée, à l'époque, comme un succès que l'on imita pour former les instituteurs. C'est ainsi que l'Ecole Normale Supérieure est la descendante de l'école de la poudre et du salpêtre. Est-ce de là que vient son dynamisme offensif sur le terrain scientifique ?
Il est toujours difficile de savoir qui est le véritable père d'un projet politique comme cette première école normale. Disons qu'on peut considérer qu'elle en eut au moins deux : Garat et Lakanal qui firent adopter par la Convention le décret du 9 Brumaire An III : "il sera établi à Paris une école normale où seront appelés de toutes les parties de la République des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles et dans tous les genres, l'art d'enseigner". Il n'est pas désagréable d'être professeur ici quand on a dit tout cela.
- Comme le disent les responsables de l'école d'aujourd'hui : "telle a été la réalité de l'école normale depuis cette date, telles restent ses ambitions".
- Il s'agissait de faire venir dans la capitale des jeunes gens, de parfaire leur instruction, et puis de les renvoyer dans leurs districts pour ouvrir des écoles normales locales où seraient formés des instituteurs. On en fit venir, d'après les indications que j'ai, près de 1500, les cours commencèrent le 1er Pluviose de l'An III.
- Au début, ce fut l'enthousiasme. Malheureusement, les plus belles intentions politiques se heurtent parfois, même souvent, aux dures réalités du moment, c'était l'hiver, il faisait froid, les élèves n'avaient pas grand chose pour se chauffer. Le ravitaillement de Paris était difficile, et ils n'avaient pas non plus de quoi manger à leur faim. Pour finir, la Convention ne leur versait pas régulièrement la rétribution qu'elle avait promise. Bref, on était assez loin des conditions idéales d'études.
- Et puis, il faut ajouter que les professeurs (qui étaient les plus grands savants de l'époque : je citerai Lagrange, Laplace, Monge, Berthollet, et quelques autres) firent des cours bien trop difficiles pour ce public mal préparé. Les élèves se révoltèrent (c'est une tradition du quartier Latin, mais là ils se révoltaient contre les révolutionnaires eux-mêmes |). Et on finit par fermer l'école peu de temps après, et les élèves rentrèrent chez eux.
- La première expérience de l'Ecole Normale Supérieure n'a donc duré que quelques semaines. Elle s'est soldée par un échec. Enfin, il faut modérer ce propos car l'enthousiasme qui était né de cette initiative, l'élan qui s'en est suivi, expliquent aussi la suite, c'est-à-dire la réussite finale. De plus cet échec fut le premier, si c'en est un, et le seul. Une fois recréée l'institution, la vôtre, va surtout de réussite en succès, et de plus en plus, jusqu'à devenir ce qu'elle est aujourd'hui et qui justifie notre réunion de ce soir.
Mais si vous le permettez, revenons à l'origine. Après l'An III, il faut attendre le décret du 17 mars 1808 pour que renaisse l'Ecole Normale. Cependant l'objectif de ce décret est différent du précédent. Il ne s'agit plus de préparer des professeurs pour former des instituteurs, il s'agit désormais d'instruire les régents des écoles secondaires qui seront chargés de fournir les cadres dont la France a besoin.
- Si l'on veut utiliser le vocabulaire d'aujourd'hui, il allait être question de préparer des professeurs du second degré et des scientifiques de haut niveau. Et c'est encore cet objectif là que l'école poursuit actuellement. M'ont été présentés tout à l'heure un certain nombre de vos professeurs actuels ou anciens, et j'ai pu constater que la tradition était bien respectée.
- Si l'on veut bien y regarder de près, on s'apercevra que les deux étapes de la naissance de l'Ecole Normale forment chacune le point de départ des deux missions qui sont aujourd'hui les vôtres, et qui sont celles de l'ensemble du système éducatif. En l'An III, la mission confiée à l'école est de contribuer à répandre toujours plus de lumières dans le pays et à démocratiser l'accès aux connaissances. En 1808, elle est de contribuer au développement et au progrès économique.
- Ces deux orientations ne sont pas évidemment contradictoires, mais complémentaires, elles continuent d'être, je vous l'ai dit, d'actualité. Quand il s'agit de fixer le cap de notre système éducatif : d'une part, offrir à chaque individu l'instruction la plus solide, la plus large possible et d'autre part fournir au pays les compétences dont il a besoin.
- Cette double mission, je le répète, est un devoir national et c'est pour cela que j'ai toujours voulu pour ce qui me concerne, (j'ai fait cette proposition pour la première fois en 1965), que l'éducation nationale fût considérée en France comme la priorité des priorités. J'ai souhaité que cela fût inscrit dans la loi. Ce qui a été accompli le 10 juillet 1989. Et je voudrais que cela fût une préoccupation fondamentale, permanente, profonde, de tous les responsables politiques français, quel que soit leur choix personnel.
- Quoi qu'il en soit, l'Ecole Normale, a pris sa part dans la mise en oeuvre de cette double volonté. Pour l'illustrer, il suffit de rappeler combien sont nombreux les normaliens qui ont marqué leur temps. Des noms viennent immédiatement à l'esprit : Victor Cousin, Bergson, Taine, Romain Rolland, Sartre, et l'on ne s'étonnera pas que je cite aussi Jaurès et Blum, et plus récemment Georges Pompidou. Parmi vous qui sera-ce ? Il faudrait posséder un sens divinatoire très aigu pour le deviner, mais il y en aura, et après tout la réussite n'est pas simplement la réussite sociale, politique et même universitaire. La réussite elle est d'abord intérieure, le savoir, la capacité de transmettre le savoir. Peut-être sans jamais rencontrer la notoriété, mais avec le sentiment d'avoir réussi sa propre vie.
- Le présent est satisfaisant, dans les sciences exactes comme dans les sciences sociales. Mais là je crois que la liste serait trop longue et rien de pire que d'oublier quelqu'un.
Vous l'avez dit Monsieur le Directeur sept anciens normaliens siègent aujourd'hui à l'Académie française, pourquoi pas, le fait d'y être parvenu montre des qualités rares, et les prix Nobels et les médailles d'or du CNRS et les médailles Fields qui ont récompensé les travaux d'anciens élèves. Je crois que cette année encore, les succès ont été nombreux.
- On ne va pas dresser un palmarès, mais c'est quand même très intéressant de voir qu'à travers deux siècles on a pu assurer une telle permanence, et faire que de la jeunesse française ou étrangère surgisse des femmes et des hommes qui ont été capables de maîtriser la science ou de dominer leur pensée de telle sorte qu'ils ont marqué la suite des temps. Il ne serait pas juste si l'on veut évoquer la qualité du travail qui se fait à l'Ecole normale, de ne pas mentionner ceux qui ont des responsabilités d'enseignement, de recherche, ou d'administration.
- Sur vos murs, j'ai vu qu'ils sont honorés, leurs noms gravés dans le marbre, ambition suprême, ce furent Vidal de la Blache, Fustel de Coulanges, Pasteur (dont on m'a dit, mais cela je l'ai appris à cette occasion, qu'il avait quelque chose d'assez tyrannique, totalement même) Ernest Lavisse, Gustave Lanson, Althusser, et tant d'autres, anciens ou contemporains. Ils ont fait, et ils font, le renom de l'école. Ils ont donné, et ils donnent, à la France le meilleur de leur esprit. Ils ont contribué, et ils contribuent, dans le monde au rayonnement de notre culture et de notre science. C'est très important de pouvoir vous dire cela, certains d'entre vous sont en cours d'étude, d'autres commencent. Mais comment mener toute une vie qui sera souvent difficile, sans être possédé dès le point de départ, par la volonté, à la fois par le désir de servir ce que l'on aime, son pays, la science, les lettres, ce que l'on choisit, ce pour quoi on estime être fait ? C'est cela, qu'a produit, après les débuts difficiles que je vous ai rapportés, l'école de l'an III.
- Au fil des années, le contenu de la formation a naturellement évolué. Aujourd'hui, je crois que votre école offre une scolarité assez originale, qui est pour beaucoup dans la qualité qui lui est reconnue, et qui est bien réelle.
- Cette scolarité particulière, c'est une sorte de formation à la carte. Chaque étudiant doit composer lui-même, si vous le permettez l'expression un peu vulgaire, son menu. Déterminer lui-même son cursus. A chacun de se trouver sa voie, de frayer son chemin. Formidable école de responsabilité, et vous devez trouver le moyen de devenir vous-même | S'il y a ce qu'on appelle un "esprit normalien", c'est sans doute en cela qu'il s'exprime le mieux : savoir se prendre en charge. C'est vraisemblablement là que réside l'aspect le plus original, spécifique, de votre formation.
J'ai connu, et visité beaucoup d'autres écoles, je pense que nulle part ailleurs on ne trouve cette disponibilité et en même temps cette marque de confiance à l'égard de jeunes gens qui devront démontrer par eux-mêmes ce dont ils seront capables. Croyez-moi, chérissez cette liberté, (vous n'en disposerez pas toujours |) assimilée à un luxe dans notre société où trop souvent l'utile est devenu la référence. Mesurez aussi, votre chance et votre avantage, vous les avez gagnés en travaillant beaucoup, faites-les fructifier, ils sont désormais votre meilleur atout.
- J'ai souvent entendu dire, - il m'est arrivé autrefois, moi aussi, de faire quelques études -, que l'essentiel c'était de réussir à entrer dans une grande école, après quoi... on avait plus rien à faire. Je ne crois pas que cela soit juste de dire cela pour l'Ecole Normale Supérieure, même si cela reste assez vrai pour quelques autres.
- Il est un autre aspect qu'il faut également évoquer. Plus récemment, l'Ecole Normale a entrepris de s'ouvrir sur le monde extérieur c'est-à-dire de vous ouvrir au monde.
- Votre institution scolarise chaque année plusieurs dizaines d'étudiants étrangers qui viennent y suivre des enseignements. Vos laboratoires accueillent pour des séjours plus ou moins longs des chercheurs venant du monde entier. L'application des accords entre les douze européens permet même désormais, aux jeunes de cette Union européenne de concourir dans les mêmes conditions que les jeunes Français. Et c'est un des points sur lesquels, ayant négocié le Traité de Maastricht, j'avais le plus insisté, avec même le regret pendant toutes ces années, où j'ai pu disposer de responsabilités de ne pas avoir assez insisté sur l'importance qu'il y a pour la France de disposer à l'étranger d'assistants, de professeurs, et en France de disposer de bourses pour recevoir des jeunes gens qui n'oublient jamais leur jeunesse et qui restent naturellement très attachés à leur enseignement premier.
- J'espère que mes paroles seront entendues par d'autres, ils ne manquent pas ceux qui veulent, ceux qui sont prêts à assurer la relève.
- On m'a dit que cette année la première du concours Lettres était grecque et que le premier du concours Sciences était tunisien. Je leur dit bravo | Continuez | Je ne dis pas que cela se reproduira toujours comme cela et souhaiter que l'un d'entre vous s'illustre à son tour, comme ont su le faire ces amis étrangers, pourrait paraître un peu restrictif.
- Je sais aussi que la plupart des étudiants de l'Ecole Normale effectuent désormais au cours de leur scolarité un long séjour à l'étranger, dans une université ou dans un laboratoire. On vous y encourage, et je vous y encourage moi aussi et nous avons pris sur le plan européen des dispositions qui facilitent le passage d'une université à l'autre, d'un pays à l'autre.
- Cette ouverture sur le monde sera bénéfique croyez-moi, pour la formation aussi bien que pour la recherche.
L'Ecole Normale Supérieure, donc vieille institution de 200 ans, est encore pleine de dynamisme et de projets : participation, je viens de le dire, aux programmes européens, coopération avec des établissements étrangers, participation à des réseaux internationaux de recherche. Et je crois que cette orientation, est la bonne, qu'elle est conforme à l'esprit des lumières que j'ai évoqué il y a un moment. Cet esprit qui a présidé à votre création et dont vous êtes dépositaires. La France sera d'autant plus forte qu'elle saura s'ouvrir, dialoguer, échanger, et coopérer avec les partenaires les plus divers. Je craindrais vraiment le repli sur soi qui irait à l'encontre de l'évolution du monde actuel.
- Développer toujours plus le potentiel qui est le vôtre dans le respect de vos traditions, - la tradition n'est pas la fin des fins, elle est souvent indispensable -, telle est la volonté, Monsieur le Directeur, que vous avez pour votre établissement. C'est la raison pour laquelle beaucoup de vos élèves, après leur sortie, s'engagent dans des formations complémentaires, en préparant par exemple, un doctorat qui s'ouvrira sur des voies nouvelles.
- Mais il en est qui souhaiteraient poursuivre des recherches qui s'inscrivent mal dans les cadres existants. On a parlé il y a quelques années du malaise des littéraires, il faut dire qu'ils s'en sont chargés eux-mêmes, il est sans doute vrai que certains de leurs travaux ne correspondent pas exactement aux normes qui permettent d'obtenir des bourses. Ne peut-on aider l'excellence dans le domaine littéraire, distinguer simplement quelques personnes, et leur offrir des moyens de continuer ? Pour ceux qui voudraient poursuivre un travail personnel hors de ces normes habituelles, il n'y a pas de moyen aujourd'hui qui le leur permette. J'en ai parlé à M. le ministre de l'enseignement supérieur, qui est parmi nous. Je crois pouvoir dire que trois bourses seront prochainement créées pour permettre à des étudiants d'entreprendre, sur une durée de quelques années, une oeuvre personnelle ou une recherche d'une originalité exceptionnelle. C'est un commencement, on verra ce que donnera cette expérience. Je suis sûre qu'elle ne nous décevra pas. Il faudra voir comment organiser un jury qui examinera les candidatures. Mais je suis convaincu qu'une telle mesure complètera avec bonheur l'ensemble des moyens de formation dont vous disposez à la sortie de l'Ecole, convaincu qu'elle rendra service aux intéressés aussi bien qu'à la collectivité.
Voilà, monsieur le Président, monsieur le Directeur, voilà, mesdames et messieurs, vous toutes et tous qui écoutez ce qu'il me paraissait utile de dire, au moment où s'ouvrent les manifestations de commémoration du bicentenaire de votre école.
- Cette commémoration - par des conférences, des colloques, des expositions - permettra de rappeler le message des premiers fondateurs, qui avaient la conviction juste et forte que le développement du savoir permet le progrès de l'humanité. Et c'est cette conviction qui impose aux responsables de toutes sortes et particulièrement aux responsables politiques de favoriser la recherche dans tous les domaines, et de chercher à mettre les connaissances à la disposition du plus grand nombre.
- Si je fais le bilan de ce que j'ai pu connaître au cours de ce dernier demi-siècle, il me semble qu'il n'y a pas de recherche plus utile, plus importante que celle-là.
- C'est pourquoi je suis heureux de constater que la majorité des élèves qui sortent de l'Ecole Normale s'engagent dans la recherche ou dans l'enseignement. Il est bon que votre institution - c'est sa fidélité à ses propres origines - prenne de cette façon toute sa place dans la réussite du système éducatif français et dans son évolution.
- Eh bien, je vous y encourage |
- Soyez sûrs de quelques principes, n'en rajoutez pas plus qu'il ne convient mais soyez sûrs de ce que vous faites :
- défendez partout l'idée que l'instruction est utile, et qu'il convient toujours de la faire progresser ;
- développez la thèse, dont vous êtes dépositaires, que la Nation doit veiller à son éducation nationale ; respectez à la fois, - c'est votre tradition -, la qualité et l'innovation ;
- échangez avec le monde extérieur : les universités, les laboratoires, les entreprises, les institutions étrangères et notamment celles de l'Union européenne.
- Bref, ayez beaucoup d'ambition, soyez l'un des moteurs d'une société qui chaque jour doit préparer son avenir, qui doit faire de la recherche et de l'enseignement la priorité dont je parlais et qui se préoccupe de la sorte comme il convient de sa jeunesse.
- De cette manière, vous serez fidèles aux objectifs que vous ont laissés les fondateurs de l'Ecole Normale il y a 200 ans.
- Je vous en remercie à l'avance, et je vous souhaite à toutes et à tous une bonne rentrée, une bonne scolarité et la suite.

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