Déclarations de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur les mesures du plan d'urgence pour l'emploi, le contrat initiative emploi et les objectifs du gouvernement en matière de réduction du chômage de longue durée, Amiens le 27 juillet 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur les mesures du plan d'urgence pour l'emploi, le contrat initiative emploi et les objectifs du gouvernement en matière de réduction du chômage de longue durée, Amiens le 27 juillet 1995.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. Alain Juppé à Amiens le 27 juillet 1995 : signature du 8000ème CIE

ti : (Discours à l'Hôtel de ville d'Amiens)


Mesdames et messieurs du Conseil général, messieurs les Parlementaires, mesdames et messieurs les Élus, chers amis, nous vous avons fait venir un peu tôt, Anne-Marie Couderc et moi-même, mais nous avons voulu profiter de cette belle matinée dans la ville d'Amiens, pour vous rencontrer et nous vous remercions d'être présents au rendez-vous. Il y a quelques instants, dans le bureau du maire d'Amiens, je voyais une photo assez hallucinante, celle d'Amiens en 1945. C'est-à-dire rien, presque rien, un champ de ruines. Eh bien, après toutes ces années d'efforts de la population d'Amiens, de son maire aujourd'hui, des Pouvoirs publics, aussi, je suis heureux de voir cette superbe ville devant nous qui va devenir, j'en suis sûr, dans les années qui viennent, grâce notamment aux efforts que nous faisons pour la doter d'infrastructures nouvelles, un pôle de développement extrêmement dynamique. Et pour cela, j'ai toute confiance dans l'allant, l'imagination, la volonté de Gilles de Robien qui a redonné depuis quelques années à cette ville un nouvel élan. J'ai toute confiance aussi dans le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, puisque votre maire assume cette responsabilité depuis quelques mois maintenant, et j'ai pu vérifier depuis deux mois, depuis que j'assume mes responsabilités de Premier ministre, combien je pouvais compter sur lui. Nous nous voyons régulièrement, pour faire le point, et il y a un climat d'entente, de bonne coopération, un petit peu plus d'ailleurs, d'amitié qui s'est instauré entre nous. Je suis sûr que nous ferons longtemps du bon travail. Comme le disait à l'instant Gilles de Robien, je suis venu sur le terrain. Pourquoi ? D'abord, pour vérifier que le plan du gouvernement se met en place, et ensuite, pour essayer de mobiliser tous ceux qui doivent nous aider dans cette bataille que nous menons, parce que l'État ne la gagnera pas seule, et la présence à ses côtés des collectivités territoriales, des entreprises, des associations, de tous les acteurs sociaux, est absolument indispensable pour cette grande bataille. Certes, comme le disait votre député-maire il y a quelques instants, nous avons les uns et les autres l'esprit sans doute un peu préoccupé aujourd'hui par d'autres sujets que la bataille de l'emploi. Je ne peux pas ne pas penser aux victimes de l'attentat d'avant-hier à Paris, qui continuent à souffrir. Vous savez que plusieurs, hélas, ont succombé à leurs blessures. C'est un drame épouvantable, il n'y a rien de plus lâche, de plus révoltant que ce type d'actes de terrorisme. Et nous avons mis tous nos moyens pour essayer d'en détecter les auteurs, bien entendu, nous avons pris également toutes les précautions pour que la sécurité de nos compatriotes soit assurée le mieux possible. Et puis, j'ai aussi une pensée, au moment où je vous parle, pour les familles de nos casques bleus en Bosnie, puisque c'est ce matin même que, à Rennes, cet après-midi, je crois, en Maine-et-Loire, qu'auront lieu les obsèques des deux capitaines qui sont morts il y a quelques jours là aussi au service de la paix, dans les conditions que vous savez. Mais, quelles que soient les responsabilités d'un chef de gouvernement, quelles que soient les pensées que chaque Française et Français ont pour les victimes de ces différents drames, nous sommes aussi engagés dans une autre bataille qui concerne tous nos concitoyens et que j'appelais à l'instant même la bataille de l'emploi. Pourquoi ? Parce que le fléau du chômage que nous subissons depuis tant d'années est la source principale, la cause principale de cette fracture sociale que le président de la République a diagnostiquée pendant sa campagne et contre laquelle il a voulu mobiliser l'ensemble des Françaises et des Français. Et c'est en faisant reculer le chômage, et elle ne sera pas la seule façon, naturellement, parce qu'il y a aussi beaucoup d'autres problèmes, mais c'est en faisant reculer le chômage que nous arriverons à recréer la cohésion sociale et le pacte républicain qui réduira la fracture sociale. Voilà le sens de mon combat, je mesure combien il est particulièrement d'actualité, ici, puisque je le sais dans ce département, nous avons, vous avez un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, malgré une légère amélioration depuis quelques mois. C'est la raison pour laquelle, en moins de 4 semaines, et après une élection présidentielle ou une grande élection nationale on n'a jamais fait mieux. En moins de 4 semaines, nous avons mis au point un plan d'urgence qui n'épuise pas, bien entendu, l'action réformatrice du gouvernement, je vais y revenir, mais qui a permis de donner le coup d'envoi. Et, je voudrais en rappeler très rapidement les grandes lignes de force. Dans ce plan d'urgence, nous avons d'abord voulu nous attaquer à l'une des formes du chômage la plus redoutable, la plus pernicieuse, la plus durable aussi, qui est précisément le chômage de longue durée. Je regardais les chiffres relatifs à ce département, eh bien je vous le disais, la situation de l'emploi s'améliore, mais pas la situation des chômeurs de longue durée. Voilà pourquoi nous avons conçu cette mesure qui s'appelle le contrat initiative-emploi qui est précisément destinée à réinsérer les personnes au chômage depuis plus d'un an grâce à une aide très puissante qui consiste à abaisser pratiquement de 50 %, pas tout à fait, 40 % le coût du travail, à réinsérer ces hommes et ces femmes dans la société et dans la vie tout court. Et tout à l'heure, nous allons signer un certain nombre, ou assister à la signature d'un certain nombre de contrats initiative-emploi. Les premiers éléments chiffrés dont nous disposons montrent que ça démarre bien. Et que nous devrions atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Dans ce plan, nous avons ensuite voulu nous adresser aux petites et moyennes entreprises, souvent, aux toutes petites entreprises, du secteur industriel, commercial, artisanal, libéral, agricole aussi, parce que nous avons la conviction que c'est là qu'existent les gisements d'emplois pour demain. Et donc, nous avons pris toute une série de mesures pour essayer de les aider dans leur politique d'embauche. D'abord, un allégement du coût du travail de 10 % sur les bas salaires. Mesure simple qui s'applique à tous les emplois existants et à tous ceux qui seront créés, donc, très forte. Mais il y a autre chose dont on ne parle pas parce que tout s'est concentré sur le CIE, mais nous avons également pris des mesures pour favoriser l'accès des petites et moyennes entreprises au crédit. Nous avons par exemple permis, on ne va pas entrer dans la technique, puisqu'il y a des petites et moyennes entreprises, elles comprendront, nous avons permis que la Sofaris puisse garantir des prêts consentis aux petites et moyennes entreprises pour leur développement. Vous savez, on s'est entendu dire très souvent qu'on est parfois un petit peu choqué de voir certains grands établissements bancaires qui ont un peu dilapidé leurs fonds au fil des années, alors que le petit patron qui veut 100 000 francs, 200 000 francs, 300 000 francs, 500 000 francs pour étendre ses activités ne le trouve pas auprès de sa banque. Eh bien c'est là que la Sofaris pourra intervenir pour garantir le prêt dans des proportions d'ailleurs qui seront améliorées par rapport à ce qui a existé auparavant. Nous avons également, et nous allons le voir tout à l'heure dans cette expérience de terrain, engagé une procédure, enfin, un travail de simplification des formalités. A partir du 1er janvier 1996, sur la base d'une expérience qui a été, je crois, conduite ici, il y aura une déclaration sociale unique qui se substituera à une dizaine de formalités préexistantes. Et les formalités, pour les petites et moyennes entreprises, c'est souvent un coût, une perte de temps, c'est un véritable impôt, on appelle ça l'impôt formulaire, nous avons donc, nous avons déjà engagé la simplification. Nous avons aussi pris des mesures pour favoriser la constitution des fonds propres des entreprises, je n'entre pas dans le détail. Le troisième volet de notre plan d'urgence et je rejoins une des préoccupations exprimées par Gilles de Robien, c'est le logement, et dans le collectif budgétaire que le Parlement est en train de voter définitivement, il y a un effort massif en faveur du logement d'urgence, le logement d'insertion. Il n'est pas possible que nous laissions, à l'approche de l'hiver, quand l'hiver viendra, des milliers de Français à la rue. Nous avons inscrit les crédits nécessaires pour cela, cela demande beaucoup d'imagination, parce que pour faire ces logements avant décembre, il ne faut pas s'engager dans les procédures classiques et traditionnelles, il faut vraiment qu'il y ait des formules dérogatoires et une mobilisation de tout le monde. Et le président de la République le disait hier en Conseil des ministres, je le dis aussi, si ça ne marche pas comme nous le souhaitons, eh bien nous n'hésiterons pas à procéder à des réquisitions auprès des gros investisseurs institutionnels qui ont fait, en matière d'immobilier, tant de sottises au cours des années et qui continuent à gérer des parcs de bureaux, de logements vides, ce n'est pas possible dans la situation sociale. Et là, j'appelle vraiment l'ensemble des acteurs locaux, les collectivités territoriales à nous aider dans ce combat que nous menons d'ici décembre prochain. Mais dans le collectif, il y a aussi d'autres mesures pour le logement, pour les PLA, pour les logements intermédiaires, pour l'investissement locatif, nous avons, et ce sera compensé dans les comptes des Conseils généraux, des Conseils régionaux, je le redis, nous avons abaissé les droits de mutation, qui vont, je l'espère, permettre de dégeler le marché immobilier, de même que nous avons augmenté la déduction forfaitaire sur les loyers qui permettra, je l'espère, à l'épargne de se réinvestir dans la construction pour louer. Voilà un certain nombre de mesures, je ne veux pas être trop long mais je voulais quand même les rappeler, parce que ce qui me frappe, c'est qu'on n'en parle pas, qu'on ne développe pas toute la richesse de ces mesures d'urgence que nous avons d'ores et déjà prises. Alors, bien sûr, il a fallu les financer parce que les caisses n'étaient pas pleines, si j'avais sous le nez 10, 20, 30 milliards de côté, très bien, on les aurait utilisés pour ça, mais je ne les ai pas trouvés. Alors, il faut bien financer, et c'est la raison pour laquelle - pour alléger les impôts qui pénalisent l'emploi, à savoir les cotisations sociales - nous avons été conduits à en augmenter d'autres, et notamment la TVA. Cela fait beaucoup grogner ici ou là, on m'accuse de ne pas savoir être assez impopulaire. Eh bien, dans ce cas précis, j'ai pris le risque de l'impopularité, parce que je pense qu'il vaut mieux relever la TVA, parce que c'est un impôt neutre sur l'emploi, et abaisser les cotisations sociales qui, elles, paralysent l'emploi. Voilà la philosophie de notre réforme et je crois qu'elle va marcher, j'en suis tout à fait convaincu. Nous avons vérifié tout à l'heure, je vous l'ai dit, en voyant ici sur place à Amiens plusieurs mises en oeuvre de ce plan gouvernemental, qu'il s'agisse des simplifications administratives, qu'il s'agisse du contrat initiative-emploi ou qu'il s'agisse d'un certain nombre d'initiatives très imaginatives, comme les entreprises d'insertion par l'économie. Je voudrais ajouter que tout ceci n'est qu'un début. Nous sommes le 27 juillet, le gouvernement a été constitué il y a deux mois, pour vous dire qu'on n'a pas chômé, mais il n'y aura pas de longues vacances pour le gouvernement, parce que je veux, dès le début du mois de septembre, mettre sur la table toute une série de réformes qui vont nous permettre de concrétiser les engagements du président de la République et sa volonté de changement. Je n'en citerai que deux ou trois, dès les premiers jours de septembre, nous déposerons le projet de loi relatif à la grande dépendance, vous savez que nous avons de plus en plus de personnes très âgées qui ont besoin qu'on les aide, eh bien nous allons créer ce que nous allons appeler une prestation autonomie, c'est-à-dire, une aide des Pouvoirs publics, qui permettra de créer des emplois, une aide à domicile, afin que les personnes âgées dépendantes puissent rester chez elles et y être aidées. A la fois un objectif humain et social et en même temps, cela permettra de créer des emplois. Le texte est presque prêt, il sera soumis au Parlement dès la rentrée d'octobre. Deuxième réforme que je rendrai publique au mois de septembre, la réforme de l'accession à la propriété. Le rêve d'un Français sur deux, à en croire toutes les enquêtes, reste d'accéder à la propriété de sa résidence principale. Eh bien, il faut aider ceux qui le souhaitent à réaliser ce projet, ce qui permettra d'ailleurs de dégager des places dans les HLM pour y mettre ceux qui ont vocation à y habiter. Là, non plus, je ne veux pas rentrer dans le détail, mais nous ferons ce que le Président de la République avait annoncé, c'est-à-dire, un prêt à taux zéro pour les accédants à la propriété, qui leur permettra donc de compléter leur financement. Et nous ferons aussi ce qui a été appelé un prêt sécurisé, c'est-à-dire, un prêt dont les mensualités seront abaissées si par malheur l'accédant à la propriété tombait au chômage ou avait de graves difficultés dans sa vie. Nous avons étudié la chose et elle sera prête au mois de septembre. Troisième grande réforme que nous poursuivrons à la rentrée, c'est le plan PME-PMI, nous avons déjà avancé, mais nous continuons à y travailler, il faudra notamment traiter le problème de la transmission des petites et moyennes entreprises qui, très souvent, par excès de fiscalité, conduit au dépôt de bilan et donc, au chômage, à la suppression d'emplois. De même que nous avons dans ce cadre, c'est un sujet difficile, ce n'est pas parce qu'il est difficile qu'il ne faut pas s'y attaquer, traité du problème de la concurrence et des relations entre les grandes surfaces, les grandes centrales d'achats. En amont, la production des industriels, des agriculteurs, et en aval, le commerce de proximité. Nous sommes allés dans ce domaine beaucoup trop loin. C'est un peu le maire de Bordeaux qui s'exprime, et quand je vois autour de ma ville prospérer et embellir des dizaines de grandes surfaces qui, dit-on, créent des emplois mais qui en ont supprimé plus dans le commerce de proximité, qui par ailleurs, par le biais des centrales d'achats ont souvent des comportements qui étranglent les producteurs, eh bien je me dis que là, il y a quelque chose qui ne va pas, c'est-à-dire, une situation typiquement française, je ne vois pas ça dans la plupart des pays qui sont proches de nous, donc, il va falloir moraliser la concurrence et rétablir des règles du jeu qui soient plus égales, alors que pour l'instant, la balance n'est pas égale, c'est le moins que l'on puisse dire. Voilà, je ne veux pas poursuivre l'énoncé de tout ce que nous sommes en train de préparer, il y aura aussi des mesures importantes, la réforme de État qui doit s'adapter, lui aussi, et il y aura bien sûr, une loi de Finances pour 1996 qui sera difficile parce qu'elle doit nous permettre de continuer à réduire le déficit. Et là, je voudrais bien que vous compreniez pourquoi, il ne s'agit pas simplement d'appliquer tel ou tel traité international qui nous oblige à revenir en 1998, à une situation plus équilibrée, il s'agit tout simplement du bon sens. Est-ce que vous pensez que la France peut continuer, l'État français peut continuer à emprunter 350 milliards de francs chaque année pour couvrir ses déficits ? Cela ne peut pas durer, ça nous conduit, comme cela conduirait n'importe quelle entreprise ou n'importe quelle collectivité territoriale, à une situation de banqueroute ou de faillite. Il faut donc inverser la démarche et réduire les déficits, c'est comme ça. Et je le dis notamment non seulement aux patrons qui sont là, de PME ou d'entreprises plus grandes, mais également aux accédants à la propriété, à tous les Français, c'est comme ça que nous pourrons faire baisser les taux d'intérêt et donc, relancer la machine économique française. Voilà, monsieur le Député-maire, quelques uns de nos devoirs de vacances. Je suis désolé d'avoir peut-être un peu débordé du sujet que nous traitions aujourd'hui mais j'ai pensé que devant les responsables ici présents, c'était le moment de dire quel était le cap que nous nous sommes fixé. Cela va demander de la détermination, du courage, le gouvernement en a. Le président de la République fixe le cap, le gouvernement met en ¿uvre ses orientations et je sais que je peux compter sur le soutien de la majorité parlementaire pour améliorer, bien sûr, les projets du gouvernement, mais au total, les soutenir, comme il vient de le faire, à l'occasion de cette session extraordinaire qui va s'achever lundi par toute une série de grandes réformes, d'ores et déjà adoptées. Je pense en particulier à la révision constitutionnelle qui va élargir le champ du référendum, qui va allonger la durée de la session parlementaire, non pas pour le plaisir mais pour permettre au Parlement de mieux contrôler le gouvernement, c'est un progrès de la Démocratie, c'est une grande et belle réforme que le président de la République avait annoncée et promise, et qui a été faite pendant l'été. Il ne me reste plus qu'à souhaiter que la mobilisation suive sur le terrain. Votre présence, ici, ce matin, renforce ma confiance, si besoin était, et je vous le dis parce que je le crois très profondément, c'est toute ma volonté, quelles que soient les embûches, quelles que soient les difficultés, quelles que soient les grogneries ici ou là, le scepticisme exprimé par quelques professionnels du commentaire, ils ne sortent en général jamais des limites du Ve ou du VIe arrondissement de Paris, j'ai essayé ce matin de faire l'inverse. Et bien, quelles que soient toutes ces criailleries, nous allons dans la bonne direction, et avec vous, nous allons réussir.

(Applaudissements)
(Discours au siège de l'URSSAF)

J'ai pris cette initiative de piloter cette opération qui correspond tout à fait à l'une des priorités que le gouvernement s'est fixées, c'est-à-dire, la simplification administrative. Alors, c'est une vaste affaire, on voit bien l'objectif, et je le dirai moins bien que les chefs d'entreprise qui viennent de s'exprimer. On a parlé de l'impôt formulaire, c'est vrai que la complexité des différentes déclarations, formalités à accomplir, cela prend du temps, cela coûte de l'argent, cela dissuade souvent, et notamment la toute la petite entreprise, d'embaucher, parce qu'on hésite à se lancer dans cette aventure. Donc, je crois qu'il y a là, dans la bataille pour l'emploi, un fond qui est extrêmement important. Alors, cela suppose une action en amont, et il y a ici beaucoup de parlementaires, je me tourne vers eux, il faut que dans le travail de législation qui est le nôtre à l'initiative du gouvernement, à l'initiative du Parlement, vous ayez en permanence en tête ce souci de simplicité. Vous savez que l'une des orientations que nous avons tracées, c'est celle de la recodification des textes dans un objectif de simplification, un immense chantier. Le Parlement est en train de créer un office de codification qui va pouvoir reprendre un certain nombre de codes pour les simplifier. Code de l'urbanisme, code de l'activité locale, etc. J'ouvre une toute petite parenthèse pour montrer qu'il n'y a pas que des entreprises qui pâtissent de la complexité administrative. Récemment, pour fixer la date du premier conseil municipal, suivant l'élection municipale, nous nous sommes aperçus qu'il y avait 5 circulaires qui se contredisaient toutes et qui sont tout bêtement en vigueur. Finalement, c'était dimanche mais certains conseils l'ont fait vendredi, malgré les textes. Donc, il y a un très gros travail de simplification en amont, au moment de l'élaboration des textes, et puis ensuite, un travail de codification. Et puis, il y a le travail en aval qui consiste à simplifier les différentes formalités. Dans le plan d'urgence pour l'emploi que j'ai annoncé à la fin du mois de juin, j'ai fixé pour le 1er janvier prochain, trois objectifs concrets, la déclaration d'embauche unique sur la base de ces expériences. Nous allons généraliser au 1er janvier sur l'ensemble des départements de France ce qui vient d'être testé ici, et ensuite, la déclaration sociale unique et le contrat d'apprentissage, également simplifié. Donc, voilà les trois objectifs concrets que nous nous sommes fixés. Il faut aller au delà. Et en second lieu, le ministre du Commerce et de l'Artisanat, des PME et des PMI, Jean-Pierre Raffarin, travaille à préparer de nouvelles mesures qui figureront dans le plan PME-PMI que je rendrai publiques au mois d'octobre prochain. Donc, voilà le cap qui a été fixé, donc, il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine, c'est un gisement d'économies considérables pour les entreprises, sans doute aussi d'ailleurs pour les administrations et pour l'État. Et vraiment, sans vouloir être plus long dans mon propos, compte tenu du fait que nous sommes déjà pas mal en retard, je voulais féliciter tous les acteurs de cette initiative, et au sein bien sûr de tous les autres, je pense notamment aux Chambres de Commerce qui, en matière de guichets uniques pour la création d'entreprises ont déjà fait beaucoup de travail. Nous sommes en train de mettre en place avec Anne-Marie Couderc, dans chaque département ou dans chaque bassin d'emplois, un guichet initiative-emploi qui recoupe un petit peu l'idée qui a été évoquée ici et qui permettra aux créateurs d'entreprise, ou plus exactement à l'employeur qui veut embaucher, de s'adresser à une adresse unique qui centralisera ensuite ou décentralisera plus exactement l'ensemble des formalités accomplies. Donc, félicitations à tous, et nous allons tirer partie de cette expérience pour la généraliser au plan national.

(Applaudissements).

(../...)

(Discours à l'agence locale de l'ANPE)

Depuis notre arrivée à la mairie d'Amiens, monsieur Gilles de Robien nous a accueillis, madame Couderc et moi, avec beaucoup de cordialité. Je vous en remercie à nouveau. Donc, je ne vais pas vous répéter ce que j'ai eu l'occasion de dire aux différentes étapes de ce parcours. Ce que nous souhaitons madame Couderc et moi, c'est d'être sur le terrain pour voir ce qui se passe, voir comment les mesures d'urgence prises par le gouvernement ont été reçues, comprises et commencent à être mises en oeuvre. Il y a de ce point de vue des signes très encourageants je l'ai dit tout à l'heure à propos du contrat initiative-emploi qui démarre bien alors même que la procédure n'est pas encore totalement achevée et on a anticipé. Je crois qu'on a eu raison de le faire. Ce qui est également très intéressant pour nous dans ces limites, c'est de voir la mobilisation de tous les acteurs locaux, les Conseils régionaux, ici monsieur Charles Bord, j'espère qu'on signera bientôt une charte régionale initiative-emploi avec la région Picardie, et ces conseils généraux. Tout à l'heure, le président du Conseil général était avec nous, les grandes villes bien entendu mais les chambres de commerce, les associations, les entreprises. Bref, on sent qu'il y a une prise de conscience et une mobilisation très positive, nous allons amplifier bien entendu en essayant de généraliser l'expérience qui se déroule sur le terrain. Aujourd'hui, nous avons vu trois aspects de travail. L'aspect simplification des procédures des formalités, l'aspect contrat-initiative emploi à l'ANPE et ici, l'insertion par l'économie dans cette entreprise qui est la 25ème je crois du réseau Envie qui représente quelque chose de tout à fait exemplaire. Nous avons pu déjà en juger par un coup d'oeil rapide. Et je souhaiterais terminer la visite, ce qui va me conduire à achever mon contrôle. Je vais vous demander tout de suite si vous avez des questions. La curiosité a été tellement satisfaite que...

QUESTION - Monsieur le Premier ministre, y a-t-il des développements, en sait-on plus sur l'attentat qui s'est déroulé ?

ALAIN JUPPÉ - Comme je l'ai dit hier, comme le ministre de l'Intérieur l'avait également indiqué, l'enquête se déroule et compte tenu de l'extrême sensibilité du sujet, vous comprendrez que je n'ai pas d'information nouvelle à apporter à votre connaissance. La justice et la Police poursuivent leurs investigations. Et nous y mettrons bien sûr toute la détermination nécessaire parce qu'il faut identifier les coupables, ce qui est le plus odieux, le plus méprisable, le plus condamnable dans des actes de violence qui est l'attentat aveugle qui frappe comme on l'a vu. J'ai été bouleversé par ce que j'ai constaté lorsque je suis descendu dans la station du RER Saint-Michel. En même temps, nous avons pris des précautions extrêmement fortes à la fois à Paris et dans l'ensemble des grandes villes, les moins grandes d'ailleurs, dans les lieux publics en mobilisant des renforts de police, de gendarmerie importants, ils ont mission de prévenir d'autres actes de ce type. Voilà où nous en sommes aujourd'hui et vous comprendrez que je n'ai pas, bien sûr, à dévoiler les actes de l'instruction.

JACQUES VILLARD - Monsieur le Premier ministre, Jacques Villard du Courrier Picard, une question un peu embarrassante posée en présence de l'intéressé mais quelle suite pensez-vous donner un jour aux propositions qu'avait faites Gilles de Robien d'une semaine à 32 heures ?

ALAIN JUPPÉ - Toutes les suites et tous les prolongements possibles et imaginables. Il y a deux façons de procéder. Il y en a une que je crois mauvaise, d'ailleurs ce n'est pas celle de Gilles de Robien, ce serait de préparer un texte de loi disant tel jour, à telle l'heure, la durée hebdomadaire du travail va tomber à 35 heures ou 32 heures, ce n'est pas la bonne méthode parce que les situations sont extrêmement diverses. Il y a des entreprises qui peuvent se permettre ce type d'initiative, il y en a d'autres qui ne le peuvent pas. Donc, ma méthode à moi, c'est le dialogue social. Il faut que, dans le cas du dialogue social, les partenaires sociaux les organisations professionnelles et les syndicats utilisent ce qu'il est possible de faire et je crois qu'on peut faire plus que ce qu'on fait aujourd'hui. Nous avons eu des exemples d'ailleurs dans cette matinée, d'entreprises qui ont été innovantes dans ce domaine et qui, en diminuant la durée du travail sans pour autant d'ailleurs diminuer les rémunérations, ont pu créer des emplois. J'encourage donc à aller de l'avant. Je sais, pour avoir pris des contacts récents, et j'en reprendrai dès le début septembre avec l'ensemble des organisations syndicales et professionnelles, que la discussion se poursuit. On n'a pas été assez loin dans l'aménagement du temps de travail, dans l'organisation du temps de travail, dans la généralisation, en tout cas, dans l'extension du temps choisi, dans le temps partiel et dans la réduction du temps de travail. C'est une direction dans laquelle il faut aller plus loin.

QUESTION - Plus généralement, pensez-vous que des mesures de votre plan pour l'emploi d'allégement des charges, d'accès plus facile au financement pour les PME, des simplifications administratives, mesures que pratiquaient vos prédécesseurs sont de nature à résoudre le grave problème de chômage ?

ALAIN JUPPÉ - J'abhorre cette question parce que si j'étais convaincu du contraire il ne me resterait plus qu'à rentrer chez moi, et abandonner mes fonctions. Donc, si j'ai pris les mesures que j'ai prises qui vont beaucoup plus loin ce qui avait été fait avant, c'est parce que j'y crois. J'ai la conviction que c'est de nature à accélérer et accompagner le mouvement de recul du chômage qui s'était amorcé depuis quelques mois du fait du retour à la croissance. Je n'ai pas fait cela pour m'occuper les commentaires ou la scène. Je l'ai fait parce que c'est une forte conviction et nous allons continuer d'en prendre, cela n'épuise pas le sujet. Je le disais ce matin à la mairie d'Amiens, il y a bien d'autres domaines dans lesquels les réformes doivent aller plus loin. J'en citerai quelques exemples : tout ce qui concerne d'abord les emplois de proximité, ce que nous allons faire en matière d'aide aux personnes âgées dépendantes dès le début du mois de septembre en déposant un nouveau projet de loi, est de nature à créer des dizaines de milliers d'emplois, tout le monde s'accorde à cela. De même pour les PME-PMI, il faut aller plus loin en ce qui concerne la fiscalité. J'ai parlé de la transmission des entreprises, en ce qui concerne la simplification des procédures, en ce qui concerne les règles de concurrence, c'est là encore un autre chantier qu'il faut approfondir, et puis alors au-delà de ces réformes pour septembre-octobre, il faut également tracer des perspectives à plus long terme et à ce propos je voudrais évoquer tout ce qui concerne l'emploi des jeunes. Nous ne ferons reculer significativement le chômage dans ce domaine que par une véritable révolution dans les procédures d'orientation, nous en avons aussi parlé ce matin. Il faut qu'entre bac-2 et bac+2, bac+3, on change les choses. C'est un vaste domaine de partenariat avec les régions. Nous en avons discuté hier avec l'association nationale des élus régionaux, qui me recevait, et puis c'est aussi un domaine d'initiatives pour l'État. Mais, moi, je ne vais développer le sujet, mais voilà une réforme qui produira ses effets effectivement à moyen terme. On ne peut pas laisser un nombre croissant de bacheliers s'engager dans des filières dont on sait qu'elles ne mèneront pas à l'emploi alors qu'il y a par ailleurs des filières où il y a besoin d'emplois. Donc, il y a là une forme de réorganisation très importante qui implique la mobilisation de l'État, des régions, des collectivités territoriales, des universités.

ÉRIC WASTIAUX - Monsieur le Premier ministre, Éric Wastiaux, France 2, envisagez-vous un retrait des casques bleus suite au vote du Sénat américain hier soir ?

ALAIN JUPPÉ - Vous avez, je pense, lu ou en tout cas entendu quelle était la résolution adoptée par le Sénat américain, c'est la levée de l'embargo s'il y a retrait de la Forpronu et nous, nous disons, s'il y a levée de l'embargo, il y aura retrait de la Forpronu, ce qui prouve que tout le monde est bien conscient qu'il ne faut pas retirer la Forpronu en réalité. Donc, pour l'instant, j'interprète cette délibération du Sénat américain comme une manière de retarder l'échéance parce que les Américains, s'ils prenaient la responsabilité de provoquer le départ des casques bleus, devraient ensuite assumer la situation.

ÉRIC WASTIAUX - J'aimerais aussi savoir si les essais nucléaires à Mururoa risquent de passer à trois, ce qui a été évoqué dans la presse ce matin ?

ALAIN JUPPÉ - Oh ! ne croyez pas trop à la presse parce qu'on y aura entendu beaucoup de choses souvent approximatives. J'ai entendu par exemple ce matin à la radio dire que monsieur Boutros-Ghali avait renoncé à la double-clé sur les opérations de la Forpronu. C'est inexact, j'allais utiliser un mot plus fort. Monsieur Boutros-Ghali a réaménagé le système de la double-clé. Il y a toujours une doubleclé pour l'ONU mais pour ce qui concerne les premières étapes de frappe aérienne dans le cadre de la chaîne de commandement ONU, monsieur Boutros-Ghali a délégué sa responsabilité à son représentant militaire sur le terrain qui est le commandant de la Forpronu, le général Janvier. Voilà, alors j'ai oublié la question qui a été posée - ce n'est pas grave - qui était de savoir si le problème des essais... le président de la République a fixé le cap, il a expliqué qu'il y aurait 7 à 8 essais et cette ligne-là correspond aux besoins de notre défense nationale et à l'intérêt supérieur du pays.

CHRISTOPHE FORCARI. Libération - Monsieur le Premier ministre avez-vous le sentiment que le CNPF partage vos convictions en matière d'allégement de charges et est prêt à s'engager, à embaucher, à hauteur des allégements que vous avez mis en place ?

ALAIN JUPPÉ - Oui, je crois. D'ailleurs je n'imagine pas le contraire. Pendant dix ans, j'ai entendu toutes les organisations professionnelles, CNPF, CGPME, Union Patronale artisanale, expliquer que si elles n'embauchaient pas, c'est parce qu'il y avait trop de charges. Alors, nous avons allégé massivement les charges comme on ne l'avait jamais fait auparavant et permettez-moi de remarquer que la CGPME, l'Union patronale artisanale, la Fédération nationale du bâtiment, d'autres organisations professionnelles encore ont fait des déclarations extrêmement positives sur le plan gouvernemental. Quant au président du CNPF, monsieur Gandois, je l'ai entendu dire sur une radio, il y a encore une quinzaine de jours, que ce plan était bon. Certes, il y a encore à faire, c'est le rôle des partenaires sociaux que d'en demander plus. La réaction a été généralement positive et ce qui me rassure encore plus que les déclarations des présidents de telle ou telle organisation, c'est la réaction sur le terrain. Je constate que tous les patrons d'entreprise que nous rencontrons réagissent positivement. Ce que nous avons vu ce matin en matière de simplification des formalités est extrêmement intéressant et extrêmement important, puisqu'il y a là un prélèvement aussi sur l'entreprise du fait de la complexité administrative qui est extrêmement lourde et qui va s'alléger grâce aux mesures très intelligentes qui ont été prises. Voilà. Bien, écoutez, nous allons retourner à Orly. Merci.

Je vous avais demandé de faire des propositions et de nous fournir des pistes d'actions, notamment dans le domaine des emplois de proximité, puisque nous avions demandé à chaque commissaire pour l'emploi un rapport pour la fin du mois de juin, nous sommes en train de plancher sur tout cela. Donc, je serai maintenant intéressé par les initiatives ou les projets que vous pouvez avoir. Alors, qui est-ce qui va nous les expliquer ? Alors, il n'y a pas de projets ?

GILLES DE ROBIEN - Si, si.

ALAIN JUPPÉ - On serait venu pour rien sans cela.

GILLES DE ROBIEN - Il y en a de nombreux.

ALAIN JUPPÉ - Qui commence ?

(../..)

ALAIN JUPPÉ - ... Consolider parce qu'il nous était apparu qu'au bout de deux ans de CES, cette réinsertion dans le circuit plus normal de la vie du travail et de l'entreprise pouvait être assurée mais les parlementaires qui avaient l'expérience de cela sur le terrain nous ont convaincus, les élus locaux de façon générale, les maires, qu'il valait mieux garder la consolidation des CES pour avoir une perspective un petit peu plus longue compte tenu des caractéristiques de cette population. Voilà un point sur lequel le dialogue a été utile. Bien, monsieur.

(../..)

ALAIN JUPPÉ - Parce qu'on vient de nous expliquer que cela suivait pour 1 800 personnes et vous venez de me dire que vous venez de recruter madame, donc cela veut dire que ça suit, non ? Est-ce que je me trompe ?

QUESTION - Actuellement, dans les entreprises, tout passe par l'informatique, tout passe par un clavier donc la formation des personnes dans les entreprises sera l'informatique d'une manière ou d'une autre, il y aura une partie informatique et vous savez bien...

ALAIN JUPPÉ - Merci monsieur. Les goulots d'étranglement que vous évoquez ne sont pas extraordinairement nombreux mais on voit apparaître ici ou là, la possibilité de pourvoir un certain nombre de postes disponibles et ça, cela pose tout le problème de l'orientation et du fonctionnement de notre système éducatif dans un tout autre domaine qui n'est pas celui de l'entreprise industrielle ou commerciale. On me répétait hier, par exemple, qu'il y a en France une pénurie grave d'infirmières et qu'il n'y a pas de candidates dans les écoles d'infirmières. Voilà un métier qui est un beau métier. Ce n'est pas tout à fait au niveau de rémunération où il mériterait d'être, encore que beaucoup d'efforts aient été faits au cours des années passées, mais il y a pénurie. Monsieur de Robien me disait aussi que tout ce qui concerne le domaine des travailleurs sociaux, des assistantes sociales, est en situation de pénurie et quand on voit à la sortie du lycée un certain nombre de nos jeunes se précipiter dans des formations universitaires dont on sait qu'elles sont sans avenir et sans débouchés, alors qu'il y a d'autres filières qui sont parfaitement respectables et intéressantes où il y a pénurie, cela montre que, parmi les tâches que nous avons à assumer, il y a ce travail d'orientation dès le lycée, des bac-1 ou bac-2 de façon à faire connaître les possibilités qui existent à mieux orienter nos jeunes. Est-ce qu'il y a, monsieur le Commissaire pour l'Emploi, d'autres initiatives que votre groupe d'action pour l'emploi est en train d'étudier ou de prendre ?

LE COMMISSAIRE À L'EMPLOI - Je pense que le nombre des initiatives...

(.../...)

ALAIN JUPPÉ - Monsieur le Commissaire, je crois que malheureusement le temps maintenant est écoulé, nous allons rejoindre l'étape suivante. Je voulais d'abord féliciter et remercier tous ceux qui se sont mobilisés à l'appel du gouvernement pour identifier toutes les initiatives qui pourraient être prises. On voit bien comment se pose le problème de cette bataille pour l'emploi, il faut bien entendu de la croissance. Il faut bien entendu des marchés pour les entreprises, des commandes et ça c'est l'activité économique générale qui l'amènera. C'est en bonne voie d'ailleurs. Les perspectives pour les prochains mois sont encourageantes mais cela ne suffit pas et nous sentons bien les uns et les autres que toute une population est aujourd'hui tellement éloignée des circuits normaux, vis-à-vis du travail. Il faut faire preuve d'imagination et chercher d'autres solutions. Le chômage de longue durée est une véritable plaie qui s'aggrave, on l'a dit, ici aussi, dans un contexte général et où la situation de l'emploi va plutôt mieux. Depuis quelques mois, le chômage de longue durée, lui, a plutôt tendance à augmenter. Donc, il faut des solutions spécifiques. C'est très exactement l'objectif du contrat initiative-emploi, nous en avons signé quelques uns tout à l'heure et je voudrais me réjouir du rythme élevé de démarrage de ce contrat initiative-emploi qui est disponible depuis moins d'un mois. D'ailleurs, il ne l'est donc pas complètement puisque la loi n'est pas encore définitivement votée, donc on est un peu en phase d'anticipation. Elle prévoit, la loi, que c'est à compter du 1er juillet, je voulais les féliciter les ANPE de s'être mobilisées dès le début de ce mois-ci puisque dans les 750 agences de France, on a pu voir apparaître, dès les premiers jours de l'été, ces formulaires CIE. Le succès, parce que je crois qu'on peut déjà parler de succès avec 8 000 contrats initiative-emploi en moins d'un mois, montre qu'il s'agit là d'un dispositif qui va avoir un impact fort, il est simple, il est puissant. Je crois que les entreprises ont immédiatement compris comment elles pouvaient l'utiliser et j'espère que nous allons continuer dans les prochaines semaines et dans les prochains mois à tirer tout le parti possible de ce nouveau dispositif. Il y a aussi beaucoup à faire pour simplifier le travail des entreprises et aussi celui des demandeurs d'emplois. Nous avons évoqué quelques initiatives tout à l'heure, je voudrais souhaiter que l'inscription des demandeurs d'emploi à l'Assedic, qui a été expérimentée ici ou là, puisse être assez rapidement étendue de façon à bien marquer que l'Agence nationale pour l'emploi est avant tout un organisme de placement plus qu'un organisme de statistiques ou de recensement ou d'indemnisation. Je crois que c'est vers cette tâche-là qu'il faut la mobiliser. Et puis, pour en revenir aux chômeurs de longue durée et aux personnes qui ont du mal à se réinsérer spontanément dans la vie de travail, il faut que toutes ces initiatives, dont on vient de vous parler, qui peuvent apparaître quand on les prend isolées comme un petit peu limitées dans leurs ambitions, mais quand on les additionne, cela fait beaucoup d'emplois. Il faut que ces initiatives soient vraiment encouragées et portées à la connaissance de tous les départements, qu'on puisse essayer de les généraliser. C'est très exactement l'objectif que nous nous sommes fixé, madame Couderc et moi, dans ces tournées sur le terrain, c'est entendre ce genre de propositions et ensuite, par le biais de l'ensemble des comités départementaux pour l'emploi, des commissaires pour l'Emploi, des comités interministériels, d'essayer de les diffuser. Ces emplois de proximité, appelons-les comme cela, et qui recouvrent une très grande diversité de possibilités : emplois de caractère social, emplois dans le domaine de l'environnement, emplois d'aide aux familles, emplois dans le domaine culturel, dans le domaine touristique, ainsi de suite, constituent des gisements considérables. Il y a plusieurs dizaines de milliers voire plusieurs centaines de milliers d'emplois qui peuvent être disponibles, qui peuvent s'adresser à des catégories de la population particulièrement touchées. Voilà pourquoi je me réjouis de voir que la mobilisation que nous avons entreprise depuis un mois et demi maintenant est en train de marcher, je ne saurais trop insister, tous les acteurs ici présents, des représentants de l'État bien entendu mais aussi des représentants des collectivités territoriales, de l'implication du Conseil régional, du Conseil général, des municipalités, des entreprises bien entendu, des associations puissent continuer l'effort qui a été ainsi engagé. C'est un combat de longue haleine mais en additionnant 10 emplois, 20 emplois, 30 emplois, initiative comme celle que nous allons voir tout à l'heure, l'insertion par l'économique, je crois que nous ferons reculer ce véritable fléau qui est en train de miner la cohésion sociale de notre pays. En tout cas, félicitations à tous ceux qui se sont lancés dans la bagarre.

(Applaudissements)

(.../...)
(point presse)


Depuis notre arrivée à la mairie d'Amiens, monsieur Gilles de Robien nous a accueillis, madame Couderc et moi, avec beaucoup de cordialité. Je vous en remercie à nouveau. Donc, je ne vais pas vous répéter ce que j'ai eu l'occasion de dire aux différentes étapes de ce parcours. Ce que nous souhaitons madame Couderc et moi, c'est d'être sur le terrain pour voir ce qui se passe, voir comment les mesures d'urgence prises par le gouvernement ont été reçues, comprises et commencent à être mises en oeuvre. Il y a de ce point de vue des signes très encourageants je l'ai dit tout à l'heure à propos du contrat initiative-emploi qui démarre bien alors même que la procédure n'est pas encore totalement achevée et on a anticipé. Je crois qu'on a eu raison de le faire. Ce qui est également très intéressant pour nous dans ces limites, c'est de voir la mobilisation de tous les acteurs locaux, les Conseils régionaux, ici monsieur Charles Bord, j'espère qu'on signera bientôt une charte régionale initiative-emploi avec la région Picardie, et ces conseils généraux. Tout à l'heure, le président du Conseil général était avec nous, les grandes villes bien entendu mais les chambres de commerce, les associations, les entreprises. Bref, on sent qu'il y a une prise de conscience et une mobilisation très positive, nous allons amplifier bien entendu en essayant de généraliser l'expérience qui se déroule sur le terrain. Aujourd'hui, nous avons vu trois aspects de travail. L'aspect simplification des procédures des formalités, l'aspect contrat-initiative emploi à l'ANPE et ici, l'insertion par l'économie dans cette entreprise qui est la 25ème je crois du réseau Envie qui représente quelque chose de tout à fait exemplaire. Nous avons pu déjà en juger par un coup d'oeil rapide. Et je souhaiterais terminer la visite, ce qui va me conduire à achever mon contrôle. Je vais vous demander tout de suite si vous avez des questions. La curiosité a été tellement satisfaite que...

QUESTION - Monsieur le Premier ministre, y a-t-il des développements, en sait-on plus sur l'attentat qui s'est déroulé ?

ALAIN JUPPÉ - Comme je l'ai dit hier, comme le ministre de l'Intérieur l'avait également indiqué, l'enquête se déroule et compte tenu de l'extrême sensibilité du sujet, vous comprendrez que je n'ai pas d'information nouvelle à apporter à votre connaissance. La justice et la Police poursuivent leurs investigations. Et nous y mettrons bien sûr toute la détermination nécessaire parce qu'il faut identifier les coupables, ce qui est le plus odieux, le plus méprisable, le plus condamnable dans des actes de violence qui est l'attentat aveugle qui frappe comme on l'a vu. J'ai été bouleversé par ce que j'ai constaté lorsque je suis descendu dans la station du RER Saint-Michel. En même temps, nous avons pris des précautions extrêmement fortes à la fois à Paris et dans l'ensemble des grandes villes, les moins grandes d'ailleurs, dans les lieux publics en mobilisant des renforts de police, de gendarmerie importants, ils ont mission de prévenir d'autres actes de ce type. Voilà où nous en sommes aujourd'hui et vous comprendrez que je n'ai pas, bien sûr, à dévoiler les actes de l'instruction.

JACQUES VILLARD - Monsieur le Premier ministre, Jacques Villard du Courrier Picard, une question un peu embarrassante posée en présence de l'intéressé mais quelle suite pensez-vous donner un jour aux propositions qu'avait faites Gilles de Robien d'une semaine à 32 heures ?

ALAIN JUPPÉ - Toutes les suites et tous les prolongements possibles et imaginables. Il y a deux façons de procéder. Il y en a une que je crois mauvaise, d'ailleurs ce n'est pas celle de Gilles de Robien, ce serait de préparer un texte de loi disant tel jour, à telle l'heure, la durée hebdomadaire du travail va tomber à 35 heures ou 32 heures, ce n'est pas la bonne méthode parce que les situations sont extrêmement diverses. Il y a des entreprises qui peuvent se permettre ce type d'initiative, il y en a d'autres qui ne le peuvent pas. Donc, ma méthode à moi, c'est le dialogue social. Il faut que, dans le cas du dialogue social, les partenaires sociaux les organisations professionnelles et les syndicats utilisent ce qu'il est possible de faire et je crois qu'on peut faire plus que ce qu'on fait aujourd'hui. Nous avons eu des exemples d'ailleurs dans cette matinée, d'entreprises qui ont été innovantes dans ce domaine et qui, en diminuant la durée du travail sans pour autant d'ailleurs diminuer les rémunérations, ont pu créer des emplois. J'encourage donc à aller de l'avant. Je sais, pour avoir pris des contacts récents, et j'en reprendrai dès le début septembre avec l'ensemble des organisations syndicales et professionnelles, que la discussion se poursuit. On n'a pas été assez loin dans l'aménagement du temps de travail, dans l'organisation du temps de travail, dans la généralisation, en tout cas, dans l'extension du temps choisi, dans le temps partiel et dans la réduction du temps de travail. C'est une direction dans laquelle il faut aller plus loin.

QUESTION - Plus généralement, pensez-vous que des mesures de votre plan pour l'emploi d'allégement des charges, d'accès plus facile au financement pour les PME, des simplifications administratives, mesures que pratiquaient vos prédécesseurs sont de nature à résoudre le grave problème de chômage ?

ALAIN JUPPÉ - J'abhorre cette question parce que si j'étais convaincu du contraire il ne me resterait plus qu'à rentrer chez moi, et abandonner mes fonctions. Donc, si j'ai pris les mesures que j'ai prises qui vont beaucoup plus loin ce qui avait été fait avant, c'est parce que j'y crois. J'ai la conviction que c'est de nature à accélérer et accompagner le mouvement de recul du chômage qui s'était amorcé depuis quelques mois du fait du retour à la croissance. Je n'ai pas fait cela pour m'occuper les commentaires ou la scène. Je l'ai fait parce que c'est une forte conviction et nous allons continuer d'en prendre, cela n'épuise pas le sujet. Je le disais ce matin à la mairie d'Amiens, il y a bien d'autres domaines dans lesquels les réformes doivent aller plus loin. J'en citerai quelques exemples : tout ce qui concerne d'abord les emplois de proximité, ce que nous allons faire en matière d'aide aux personnes âgées dépendantes dès le début du mois de septembre en déposant un nouveau projet de loi, est de nature à créer des dizaines de milliers d'emplois, tout le monde s'accorde à cela. De même pour les PME-PMI, il faut aller plus loin en ce qui concerne la fiscalité. J'ai parlé de la transmission des entreprises, en ce qui concerne la simplification des procédures, en ce qui concerne les règles de concurrence, c'est là encore un autre chantier qu'il faut approfondir, et puis alors au-delà de ces réformes pour septembre-octobre, il faut également tracer des perspectives à plus long terme et à ce propos je voudrais évoquer tout ce qui concerne l'emploi des jeunes. Nous ne ferons reculer significativement le chômage dans ce domaine que par une véritable révolution dans les procédures d'orientation, nous en avons aussi parlé ce matin. Il faut qu'entre bac-2 et bac+2, bac+3, on change les choses. C'est un vaste domaine de partenariat avec les régions. Nous en avons discuté hier avec l'association nationale des élus régionaux, qui me recevait, et puis c'est aussi un domaine d'initiatives pour l'État. Mais, moi, je ne vais développer le sujet, mais voilà une réforme qui produira ses effets effectivement à moyen terme. On ne peut pas laisser un nombre croissant de bacheliers s'engager dans des filières dont on sait qu'elles ne mèneront pas à l'emploi alors qu'il y a par ailleurs des filières où il y a besoin d'emplois. Donc, il y a là une forme de réorganisation très importante qui implique la mobilisation de l'État, des régions, des collectivités territoriales, des universités.

ÉRIC WASTIAUX - Monsieur le Premier ministre, Éric Wastiaux, France 2, envisagez-vous un retrait des casques bleus suite au vote du Sénat américain hier soir ?

ALAIN JUPPÉ - Vous avez, je pense, lu ou en tout cas entendu quelle était la résolution adoptée par le Sénat américain, c'est la levée de l'embargo s'il y a retrait de la Forpronu et nous, nous disons, s'il y a levée de l'embargo, il y aura retrait de la Forpronu, ce qui prouve que tout le monde est bien conscient qu'il ne faut pas retirer la Forpronu en réalité. Donc, pour l'instant, j'interprète cette délibération du Sénat américain comme une manière de retarder l'échéance parce que les Américains, s'ils prenaient la responsabilité de provoquer le départ des casques bleus, devraient ensuite assumer la situation.

ÉRIC WASTIAUX - J'aimerais aussi savoir si les essais nucléaires à Mururoa risquent de passer à trois, ce qui a été évoqué dans la presse ce matin ?

ALAIN JUPPÉ - Oh ! ne croyez pas trop à la presse parce qu'on y aura entendu beaucoup de choses souvent approximatives. J'ai entendu par exemple ce matin à la radio dire que monsieur Boutros-Ghali avait renoncé à la double-clé sur les opérations de la Forpronu. C'est inexact, j'allais utiliser un mot plus fort. Monsieur Boutros-Ghali a réaménagé le système de la double-clé. Il y a toujours une doubleclé pour l'ONU mais pour ce qui concerne les premières étapes de frappe aérienne dans le cadre de la chaîne de commandement ONU, monsieur Boutros-Ghali a délégué sa responsabilité à son représentant militaire sur le terrain qui est le commandant de la Forpronu, le général Janvier. Voilà, alors j'ai oublié la question qui a été posée - ce n'est pas grave - qui était de savoir si le problème des essais... le président de la République a fixé le cap, il a expliqué qu'il y aurait 7 à 8 essais et cette ligne-là correspond aux besoins de notre défense nationale et à l'intérêt supérieur du pays.

CHRISTOPHE FORCARI. Libération - Monsieur le Premier ministre avez-vous le sentiment que le CNPF partage vos convictions en matière d'allégement de charges et est prêt à s'engager, à embaucher, à hauteur des allégements que vous avez mis en place ?

ALAIN JUPPÉ - Oui, je crois. D'ailleurs je n'imagine pas le contraire. Pendant dix ans, j'ai entendu toutes les organisations professionnelles, CNPF, CGPME, Union Patronale artisanale, expliquer que si elles n'embauchaient pas, c'est parce qu'il y avait trop de charges. Alors, nous avons allégé massivement les charges comme on ne l'avait jamais fait auparavant et permettez-moi de remarquer que la CGPME, l'Union patronale artisanale, la Fédération nationale du bâtiment, d'autres organisations professionnelles encore ont fait des déclarations extrêmement positives sur le plan gouvernemental. Quant au président du CNPF, monsieur Gandois, je l'ai entendu dire sur une radio, il y a encore une quinzaine de jours, que ce plan était bon. Certes, il y a encore à faire, c'est le rôle des partenaires sociaux que d'en demander plus. La réaction a été généralement positive et ce qui me rassure encore plus que les déclarations des présidents de telle ou telle organisation, c'est la réaction sur le terrain. Je constate que tous les patrons d'entreprise que nous rencontrons réagissent positivement. Ce que nous avons vu ce matin en matière de simplification des formalités est extrêmement intéressant et extrêmement important, puisqu'il y a là un prélèvement aussi sur l'entreprise du fait de la complexité administrative qui est extrêmement lourde et qui va s'alléger grâce aux mesures très intelligentes qui ont été prises. Voilà. Bien, écoutez, nous allons retourner à Orly. Merci.

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