Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur le soutien des pouvoirs publics à la filière des biocarburants issus des oléagineux et le marché des biocarburants, Grand-Couronne le 2 octobre 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur le soutien des pouvoirs publics à la filière des biocarburants issus des oléagineux et le marché des biocarburants, Grand-Couronne le 2 octobre 1995.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration de l'unité expérimentale de fabrication d'ester méthylique de colza, Grand-Couronne le 2 octobre 1995

ti : Monsieur le Président de la Fédération des oléo-protéagineux,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Préfet.
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Maire de Grand-Couronne,
Mesdames et Messieurs,


En venant ici avec le ministre de l'Agriculture, Monsieur Philippe Vasseur, j'ai voulu marquer toute l'importance que le Gouvernement attache avec vous à l'inauguration de cette première unité expérimentant le stade industriel de fabrication d'ester-méthylique de colza, moins de deux ans et demi après la mise en service du pilote de Compiègne.

Grâce à cette nouvelle unité de Grand-Couronne, en effet, nous allons pouvoir vérifier en grandeur réelle que les bio-carburants constituent une réponse adaptée aux besoins énergétiques du XXIe siècle qui approche. Et, comme cela a été dit par les orateurs qui m'ont précédé, c'est bien une réalisation exemplaire que vous me permettez d'inaugurer aujourd'hui.

Exemplaire, elle l'est à plusieurs titres :

D'abord, elle est la traduction complète du soutien important des pouvoirs publics, qu'il s'agisse de l'État, des nombreuses collectivités territoriales qui se sont associées à ce projet, à la filière des deux carburants et en particulier à ceux qui sont issus du colza.

Elle est exemplaire aussi parce qu'elle matérialise l'implication de toute la filière, les agriculteurs-producteurs de colza, les organismes collecteurs d'oléagineux, les transformateurs, les triturateurs, et elle prouve que la profession agricole - nous le savions déjà - est capable de répondre à tous les défis qui lui sont lancés.

Cette initiative contribue aussi, comme le Président Sabin l'a indiqué, au maintien, voire au développement de l'emploi rural. Elle illustre parfaitement l'utilisation intelligente que l'on peut faire de la jachère dans le respect des règles posées par l'Organisation mondiale du commerce, en permettant la mise en culture de plus de 110.000 hectares de colza énergétique sur jachère.

Elle devra être, elle sera la vitrine de ce que les bio-carburants peuvent apporter à l'économie et à la société française en contribuant à diminuer notre facture énergétique et certaines formes de pollution. De ce point de vue, je souhaite qu'elle soit également exemplaire en matière de traitement de ces effluents aériens et liquides.

Je me souviens des discussions mi-amusées, mi-sceptiques (et j'y avais participé avec certains d'entre-vous), lorsqu'on évoquait depuis plus d'une décennie le pétrole vert, pour reprendre l'expression en vigueur à l'époque, qui, avec les autres énergies nouvelles, devait nous permettre de surmonter les chocs pétroliers.

Je me souviens des arguments qu'avançaient les détracteurs de cette formule qui nous expliquaient que : "décidément, jamais ce pétrole vert ne serait rentable, tant il semblait alors impossible de produire à des coûts raisonnables ou acceptables des carburants d'origine végétale".

Cette usine de Grand-Couronne pour l'ester-méthylique de colza, et bientôt celle toute proche de Gonfreville pour l'éthanol prouvent combien on avait tort, à l'époque, de douter de nos capacités humaines et techniques. La sémantique, elle-même, traduit l'évolution puisque de pétrole vert, il n'est plus question, on parle maintenant avec des sigles : l' E.M.C., l' E.T.B.E., ou l'éthanol. La chimie s'est emparée des bio-carburants, ce qui montre que le pari est en passe d'être gagné.

En 1997, la France devrait produire 400.000 tonnes d'ester-méthylique de colza sur jachère, utilisant ainsi les possibilités offertes par l'Organisation mondiale du commerce, comme le font l'Allemagne, mais aussi l'Espagne, l'Italie, l'Autriche. Ce dont nous nous félicitons.

Les bio-carburants, qu'ils soient issus du colza, du tournesol, de la betterave, du blé, du topinambour ou de la pomme de terre, sont en effet un des grands enjeux européens de ce début du prochain XXIe siècle. Cela est d'autant plus vrai que, si la France a une image de pionnier dans ce secteur à l'échelle européenne, elle n'est pas la seule à croire aux mérites des bio-carburants. Vous savez que les États-Unis avec le "clean-air-act", loi de propreté de l'air votée en 1990, ont également largement développé ces bio-carburants.

Comme cela vient d'être justement souligné, l'exemple américain dans 43 grandes agglomérations prouve que ces bio-carburants contribuent fortement à la diminution des pics de pollution dus aux échappements pour véhicules. Et c'est là une raison supplémentaire de poursuivre nos recherches et le développement des bio-carburants en France et en Europe.

Si l'on se fie aux objectifs fixés par la Commission de l'Union européenne dans le cadre du programme "Altener", ce sont 1 million et demi d'hectares qui pourraient être cultivés pour satisfaire 5 % de la consommation des véhicules à moteur sur les jachères ou aussi, soyons optimistes, sur d'autres terres.

Je voudrais profiter de cette occasion, comme l'a fait tout à l'heure le Président Sabin, pour souligner ce que nous devons à Philippe Vasseur qui a réussi, dans un contexte très difficile, à obtenir que la jachère soit fixée à 10 % et seulement à 10 % pour l'ensemble des formes de jachère, ce qui autorise à la fois la remise en culture de 600.000 hectares et le maintien du programme de jachère énergétique. Nous pouvons toujours dire que ce n'est pas assez, mais comme l'a dit Monsieur Sabin : "c'était inespéré".

Je voudrais féliciter publiquement Philippe Vasseur de l'excellent résultat qu'il a ainsi obtenu.

(Applaudissements)

Il me semble souhaitable qu'à terme - pourquoi pas dans la décennie qui vient - les cultures énergétiques et la fabrication de bio-carburants constituent une réelle alternative aux cultures à des fins alimentaires, et soient aussi cultivées sur des terres non mises en jachère. Cela prouvera une fois encore que notre agriculture est capable de relever tous les défis. Ce dont je suis personnellement convaincu et ce dont cette unité de Grand-Couronne est la manifestation éclatante.

Je me placerai volontiers, en écho aux propos qui viennent d'être prononcés, dans une perspective volontariste. Si l'on retient les conclusions du rapport remis par Monsieur Raymond Lévy, il devient urgent de développer des carburants de substitution aux carburants actuels sans attendre la raréfaction du pétrole dans soixante-dix ou soixante ans. Nous avons la chance d'avoir des terres, le climat, les cultures (inaudible) ainsi que le savoir-faire des hommes. Tous ces éléments constituent, n'en doutons point, autant d'atouts qu'il ne faut pas gâcher si nous voulons que notre pays garde le rang qu'il mérite dans le concert des nations.

La France, qui bénéficie aujourd'hui du soutien de l'Allemagne, entend poursuivre, soyez-en persuadés, une politique volontaire en faveur des bio-carburants au sein de l'Union européenne. Je connais les réticences, pour ne pas dire plus, de la Commission que le Président Sabin a évoquées à l'instant. Soyez assurés que le Gouvernement pèsera de tout son poids pour qu'un système, dont on voit aujourd'hui les mérites économiques et sociaux, sans parler bien sûr de l'aspect environnemental, ne soit pas remis en cause.

C'est pourquoi je ne peux que vous inciter, Monsieur le Président, ainsi que vos collègues céréaliers et betteraviers, à continuer à dialoguer avec le ministre de l'Agriculture pour étudier en sa compagnie les perspectives de développement des productions agricoles à usage non alimentaire.

Nous le voyons bien, quand nous sommes unis (et tout le monde était uni ici, agriculteurs-producteurs, industriels, collectivités territoriales, constructeurs automobiles, compagnies pétrolières) - quand nous sommes également capables d'innovation, de recherche, d'initiatives, eh bien, nous sommes les meilleurs. La France, ici, montre qu'elle est parmi les meilleures, sinon la meilleure. Vous pouvez compter sur le soutien du Gouvernement, Monsieur le Président, pour que nous continuions à tenir ce rang et à aller de l'avant.

(Applaudissements)


... M. JUPPÉ.- Oui, bien entendu. Mais ce n'est pas cela qui nous fera changer de la voie que nous avons prise qui est justifiée par l'intérêt supérieur du pays. Donc, nous achèverons cette ultime série d'essais, ce qui nous permettra, comme nous l'avons annoncé le moment venu, c'est-à-dire dans quelques mois, d'être les tout premiers à signer le Traité d'interdiction définitive et totale des essais nucléaires. Nous sommes exactement dans les limites de ce que le Président de la République a décidé, qui sera mené à terme.

QUESTION.- Cela veut dire que personne... Inaudible... pas même les États-Unis ?

M. JUPPÉ.- Vous en doutiez ?

QUESTION.- Monsieur le Premier ministre, vous développez un projet environnemental avec un programme écologique, n'est-ce pas un peu étrange quelques heures après l'explosion d'une bombe atomique dans les sous-sols ?

M. JUPPÉ.- Votre question est vraiment étrange, parce que s'il y a un point qui ne fait plus l'objet d'aucune discussion, c'est bien le fait que les expériences ou les essais n'ont aucune influence sur l'environnement ! Tout le monde l'a reconnu. Alors, je m'étonne de votre question, vraiment. Cela n'a strictement rien à voir.

Les scientifiques internationaux de tous les niveaux ont tous reconnu que ces essais étaient d'une innocuité totale sur l'environnement. Qu'il y ait des préoccupations politiques ici ou là, cela peut expliquer l'émotion à laquelle nous assistons, préoccupations commerciales aussi, mais ne venez pas me parler de préoccupations environnementales. Celles-là sont classées depuis bien longtemps.

QUESTION.- A tel point qu'un Premier ministre vienne inaugurer...

M. JUPPÉ.- ... Je le pense. J'ai expliqué pourquoi. Aussi bien pour l'avenir de notre agriculture qui trouve là de nouveaux débouchés, que pour l'amélioration des conditions environnementales, puisque l'adjonction de ce carburant dans le carburant automobile est bon, et fait baisser un certain nombre d'effluents, notamment de soufre. Donc, sur tous ces plans, c'est une inauguration exemplaire à laquelle nous allons procéder aujourd'hui. Il a fallu beaucoup se battre au cours des années qui viennent de s'écouler parce qu'il y avait un scepticisme assez répandu sur l'efficacité économique de cette production de bio-carburants. Maintenant, tout le monde y vient : l'Allemagne, les États-Unis, certains autres partenaires européens.

La France, grâce à l'excellente collaboration qui s'est instaurée entre les agriculteurs qui produisent le colza, la betterave, etc. les industriels, les chercheurs, les constructeurs automobiles qui sont maintenant très intéressés par cela, a fait la preuve que c'était tout à fait neutre sur le vieillissement des moteurs. Et puis également les compagnies pétrolières, tout le monde s'y étant mis, il y a là un grand enjeu national.

QUESTION.- Donc, c'est un sérieux coup de pouce que vous mettez à cette filière.

M. JUPPÉ.- Ce n'est pas uniquement par ma présence que je mets un coup de pouce, il y a aussi par le maintien d'un régime fiscal préférentiel qui est parfaitement justifié pour permettre le développement de ces nouvelles technologies. Donc, l'État aussi a mis au pot une contribution fort importante, de même que les collectivités territoriales et l'ensemble de la profession.

... Ce sont les conditions et les limites qui ont été fixées par le Président de la République. Chacun sait aujourd'hui, parce que tout le monde l'a reconnu, que ces essais sont d'une complète innocuité sur l'environnement. Dès que nous aurons atteint le terme de cette ultime campagne, je le répète, eh bien, nous serons à même d'être les premiers à signer le Traité d'interdiction complète et définitive des essais nucléaires. Voilà la politique qui a été déterminée par le Président de la République, au nom de l'intérêt supérieur de notre pays. Je crois qu'on l'a vu récemment à Majorque, un grand nombre de nos partenaires européens le comprennent bien.


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