Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur les missions et les objectifs de la Documentation française, Paris le 16 octobre 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur les missions et les objectifs de la Documentation française, Paris le 16 octobre 1995.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cérémonie à Matignon à l'occasion du Cinquantenaire de la Documentation française le 16 octobre 1995

ti : Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs,


L'année 1995 est marquée par la célébration du cinquantenaire de nombreuses institutions publiques créées dans l'immense élan de reconstruction et de rénovation de la Libération. Parmi ces anniversaires, nous célébrons aujourd'hui celui de la Documentation française.

Avant même la Libération, la Documentation française était en gestation dans les initiatives de ceux qui, à Londres et à Alger, entre 1942 et 1943, avaient commencé à rassembler une documentation périodique sur l'état du pays, afin d'informer clandestinement les mouvements de résistance et la France Libre. Je pense à des hommes comme Marcel Koch que j'ai salué tout à l'heure et qui est ici parmi nous ou Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

Leurs efforts devaient déboucher en 1945 sur la création d'une direction de la Documentation, rattachée, dans un premier temps, au ministère de l'information, puis placée, en 1947, sous l'autorité du Secrétaire général du Gouvernement, position qu'elle a conservée depuis.

Cette position situe la Documentation française au carrefour des sources d'information les plus importantes de l'administration de l'État.

La mise en place de cette direction devait combler le vide dans lequel se trouvaient les pouvoirs publics avant la seconde guerre mondiale, lorsque leurs agents devaient rassembler des éléments d'information dans le domaine politique, administratif, économique ou social.

Les objectifs initialement assignés à la Documentation française restent d'une parfaite actualité : mettre à la disposition des pouvoirs publics une documentation générale sur les grands problèmes intéressant la France comme l'étranger ; concevoir et diffuser des documents d'information générale tant à l'usage des administrations qu'au bénéfice du public ; promouvoir aussi les techniques modernes de documentation.

Aujourd'hui comme hier, la coexistence de fonctions documentaires et de fonctions éditoriales fait la force de votre Direction. Les deux activités se nourrissent l'une de l'autre, pour le plus grand profit de vos usagers.

Une autre force de votre Direction est la déontologie rigoureuse qui inspire ses agents. Ses principes sont constants : pluralisme des sources ; identification scrupuleuse ; neutralité par rapport à ces même sources.

Du fait de son rattachement au Secrétariat général du Gouvernement et grâce à la qualité de sa production, la Documentation française a progressivement acquis une autorité et une notoriété largement reconnues en France et dans de nombreux pays.

Ses travaux ont de multiples utilisateurs, qu'il s'agisse du Gouvernement, des administrations, des assemblées parlementaires, du monde de l'Université, de la presse, de tous les curieux des grands problèmes de notre temps dans les domaines couverts par votre activité.

Et durant nos études, les uns et les autres, préparant examens ou concours, nous avons j'en suis sûr, puisé dans la "boîte à outils" offerte par la Documentation française, qu'il s'agisse de ses centres documentaires ou de sa production éditoriale. Nous sommes nombreux, dans nos fonctions actuelles, à les utiliser encore.

Forte de son expérience et de ses traditions, la Documentation française n'en a pas moins évolué de façon spectaculaire au cours des années récentes.

Sous la conduite avisée de Françoise Gallouédec-Genuys, qui est je crois parmi nous, puis de Jean Jenger, elle a heureusement négocié les virages imposés par la double mutation des besoins d'information et des techniques documentaires et éditoriales.

Ainsi, ses publications se sont diversifiées, étoffées, rajeunies.

Au cours des dernières années, ont été lancées avec succès plusieurs collections remarquables. Je citerai Vivre en Europe (en coédition avec l'Institut international d'administration publique), Retour aux Textes, Formation, Administration, Concours (en liaison avec le centre national d'enseignement à distance), Réflexe Europe (dont l'ambition est de fournir à nos administrations le "mode d'emploi" des institutions européennes, vaste défi) ou Politiques de l'Enseignement (en liaison avec le Centre national pédagogique).

Quant aux périodiques qui remontent à la création de la Direction, quelle évolution, dans le contenu et dans la forme, sous des titres parfois inchangés ! ...

La Documentation française n'a cessé d'innover, tout en observant la prudence qu'impliquent son statut d'administration publique et le respect qu'elle doit au secteur éditorial privé.

S'agissant des rapports établis à la demande du Gouvernement, la Documentation française n'a cessé d'apporter à leur publication tous ses soins et tout son savoir-faire.

Il me paraît utile de rappeler à cet égard que la publication de ces rapports incombe normalement à la Direction, qui dispose de tous les moyens modernes propres à assurer leur édition et leur diffusion dans les conditions les plus satisfaisantes et les délais les plus brefs. Certaines administrations ont parfois dérogé à cette règle ; elles n'en ont pas toujours retiré les avantages qu'elles escomptaient. Au demeurant, la Documentation française est habilitée à réaliser des opérations de coédition ou de co-diffusion avec des maisons d'édition privées qui pourraient apparaître souhaitables.

L'extension de l'activité éditoriale a entraîné le développement de la vente par correspondance et dans les librairies, l'ouverture d'une antenne à Lyon, la rénovation de la librairie du quai Voltaire.

Sur la recommandation de la Cour des comptes, la Direction s'est dotée en 1979 d'un compte de commerce permettant de mieux faire la part entre ses activités administratives et ses activités industrielles et commerciales, même si les unes et les autres relèvent également du service public d'information qui vous est confié.

Enfin, la Direction s'est efforcée de toujours mieux prendre en compte les besoins de ses usagers, qu'il s'agisse du contenu ou de la présentation des produits.

Autre évolution remarquable : la Direction a acclimaté les nouvelles technologies de l'information. De l'édition assistée par ordinateur aux banques de données, de la ligne graphique dynamique à la fabrication de CD-ROM, la Documentation française s'est adaptée à ces bouleversements avec une aisance que beaucoup d'entreprises privées du monde de la communication pourraient lui envier.

Dernière évolution remarquable, de mon point de vue la plus remarquable : la Documentation française a apporté un concours très substantiel à la réforme de l'État. C'est ainsi que la banque de données LOGOS permet de répertorier et de faire connaître les travaux des organismes publics et des personnalités qui formulent des propositions en matière de réformes administratives et de modernisation de l'État.

Je souhaite que cette mémoire soit effectivement nourrie et consultée par nos administrations, afin d'éviter des études inutiles lorsque la simple consultation des travaux existants permet de résoudre ou, tout au moins, de mieux circonscrire un problème.

De même, avec Vos Droits, la Direction fournit au public un guide télématique des droits et démarches qui, par sa facilité d'utilisation, la modicité de son tarif, sa richesse et les possibilités de "reroutage" qu'il offre vers de nombreux services d'information ministériels spécialisés, doit avoir peu d'équivalents au monde. Aussi bien m'avez-vous dit tout à l'heure, d'ailleurs, dans une brève conversation privée, que vous étiez pratiquement sans équivalent au monde ; on peut le souligner...

Enfin, avec le "répertoire de l'administration française", sous sa forme écrite comme dans sa version télématique, la Documentation française a su guider l'usager dans le dédale des bureaux qui composent notre appareil d'État.

J'achèverai mon propos par l'expression d'une reconnaissance et par un v¿u.

Reconnaissance à tous ceux, quels que soient leur "métier" et leur position hiérarchique, qui font vivre quotidiennement le service public d'information confié à la Documentation française et apportent, ce faisant, leur pierre à la réforme de l'État. Et vous ne m'en voudrez pas de dire, si tout à l'heure en vous faisant commandeur de l'Ordre National du Mérite, c'était vos mérites personnels que je reconnaissais, que c'était aussi un peu, à travers vous, la Documentation française tout entière qui était honorée.

Je forme aussi le v¿u que cette institution originale, qui conjugue des activités commerciales et une mission de service public, puisse continuer à se développer et à s'adapter aux attentes et aux besoins des usagers. Cette ambition doit conduire à s'interroger sans relâche sur les missions, les moyens, les structures du service : Quelles sont les missions essentielles ? Quels moyens et quelles structures y répondent le mieux ? Quelles sont les modalités et les priorités de financement à retenir ? Ces questions appellent une large réflexion prospective et stratégique à laquelle bien sûr le personnel de la direction doit être associé.

Je souhaite que la Documentation française, comme elle a su le faire sous l'impulsion de ses directeurs successifs, s'engage dans cette voie et apporte ainsi une contribution nouvelle au vaste chantier de la réforme de l'État. C'est en se projetant de manière résolue dans l'avenir et en adaptant ses cibles, ses produits, ses méthodes, qu'elle restera fidèle à l'inspiration de ses fondateurs et qu'elle assumera le mieux l'héritage remarquable d'un demi-siècle d'activité.


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