Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la donation à des musées et espaces culturels, des objets, livres, et peintures et estampes reçus en cadeau pendant sa présidence, Jarnac le 6 mars 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la donation à des musées et espaces culturels, des objets, livres, et peintures et estampes reçus en cadeau pendant sa présidence, Jarnac le 6 mars 1995.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration le 6 mars 1995 de l'espace culturel de l'Orangerie à Jarnac destiné à accueillir les cadeaux et oeuvres d'art offerts au président de la République

ti : Mesdames et messieurs,
- Je suis heureux de me trouver parmi vous pour beaucoup de raisons évoquées par M. le maire à l'instant. Messieurs les élus, parlementaires, Président de région, élus de toutes collectivités locales, je suis honoré de votre présence.
- Monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux, je vous remercie d'avoir songé à organiser cette rencontre. Mes remerciements vont également à tous les artisans, aux architectes, à celles et à ceux qui, à tous les stades, ont pris part à la mise au point de cette maison qui sera un point de repère, pour Jarnac mais aussi peut-être pour la Charente.
- Je ne vais pas m'attarder sur les souvenirs. Simplement, retrouver par ces fenêtres la Charente, à laquelle je trouve toujours - mais c'est tout naturellement une sorte de préférence partiale - un charme particulier, dans cette ville qui a gardé, qui a su garder son caractère. Il y a là comme un rendez-vous attendu depuis longtemps - en tout cas par moi - et qui me fait chaud au coeur.
- Cette idée de donation, elle vient du fait que, comme Président de la République et pendant quatorze ans - évidemment, je ne le savais pas au début -, j'ai reçu beaucoup d'objets de toutes sortes, de présents, puisque c'est l'usage lorsque l'on va à l'étranger ou que l'on reçoit des dirigeants étrangers, ou même en France lorsque l'on va dans une municipalité ou une autre collectivité.
Que faire de ces objets ? Il y a un peu de tout, naturellement, il y a la beauté et la laideur, il y a la richesse et la modestie. Mais je considérais que ce n'était pas mon bien. J'ai donc décidé de répartir la totalité des objets que j'avais reçus, et de les donner aux Français. J'ai fait quatre parts : cela c'est fait comme ça, ce n'est pas un plan préconçu.
- Les objets, je les ai offerts à Château-Chinon, puisque j'ai représenté la Nièvre pendant 35 ans et que j'ai dirigé cette commune pendant 22 ans : là-bas aussi sont mes amis d'adoption.
- Les peintures sont allées, continueront d'aller jusqu'à mon départ de la présidence de la République à Clamecy, qui possède un musée de peinture de bonne valeur : Clamecy était l'autre ville relativement importante de ma circonscription, celle qui m'a toujours élu.
- Les livres, je les ai destinés au centre pédagogique Jean Jaurès de Nevers. J'en ai envoyé environ 18000 et je pense qu'au total on atteindra les 20000. Il y en a d'intéressants, il y en a de précieux, il y en a de plus ordinaires : chacun fera son choix.
- Quant à la quatrième catégorie, il s'agit des estampes, et ce sont les estampes qui sont là ou qui viendront s'y ajouter. Qu'est-ce que les estampes ? Ce sont, comme vous le savez, des images imprimées par le bois, par le cuivre ou par la pierre, sur lesquelles toute une série de petits et de beaux métiers se sont greffés, et qui ont donné naissance à des documents que l'on trouve dans l'histoire de toutes nos cités. Et quand ces documents sont authentiques, quand il viennent du temps où ils ont été conçus, cela présente un apport d'un intérêt profond pour ceux qui aiment leur pays.
- J'ai pu envoyer ici d'abord 46 estampes, ou plus exactement 46 objets dont un grand nombre d'estampes, auxquels j'ai ajouté un certain nombre d'objets ; pour mettre un peu de variété dans la présentation des choses : car les estampes, cela a quand même quelque chose d'un petit peu sévère, même si cela faisait rêver Baudelaire, qui parle de l'enfant amoureux de cartes et d'estampes dans un poème des "FLeurs du mal". Les cartes et les estampes me font rêver aussi : je ne dois pas être le seul ici. Je suis un lecteur d'atlas, de dictionnaires aussi. Il me semble que sur une île déserte, c'est ce que j'emmènerai : on est sûr, au moins, d'y trouver des références. Et parmi ces estampes, dont certaines sont vraiment très belles, j'espère que vous trouverez votre propre plaisir.
- Cette collection n'est donc pas limitée. Elle comporte les objets actuellement déposés, et tous ceux qui attendent le jour où la mairie de Jarnac disposera des réserves suffisantes, ce qui est un problème purement pratique à régler au cours des mois prochains. Après quoi vous aurez une jolie donation, de carte, d'estampes, d'objets d'architecture, de souvenirs historiques concentrés dans cet espace devenu un haut lieu de l'histoire de la Charente, associés naturellement à tout ce qui a été bâti autour, et au souvenir de ces poutres, que je retrouve avec plaisir et un peu d'émotion. C'était les chais, les chais que nous avons connus dans notre enfance ; et quand je dis cela, ce n'est pas simplement une image, car j'ai rencontré tout petit Maurice Voiron puisque nos deux maisons étaient mitoyennes : nous nous sommes donc toujours connus, si je puis dire. Et bien, cela c'est l'histoire d'une petite ville, c'est l'histoire d'une communauté humaine, dont nous sommes en cet instant deux des représentants. Je suis ravi d'ailleurs de vous revoir |
Mesdames et messieurs, je ne peux pas vous en dire davantage. Le retour au pays est, pour qui que ce soit, quelque chose de fort et d'émouvant. C'est un retour parmi d'autres : je n'ai jamais cessé de prendre ce chemin. Simplement, la vie passe. Cela m'arrivera moins souvent que cela ne m'est arrivé, à mon plus grand regret, d'ailleurs. J'ai donc un attachement profond, pour les choses et pour les gens. Je crois que nous n'avons jamais dénoué les liens qui nous unissent.
- Maintenant, il restera aussi le souvenir, qui s'ajoutera à la vie vécue. C'est donc aussi aux souvenirs que je m'adresse, aux souvenirs futurs. J'ai été, en effet, enfant de deux écoles ici. J'ai vu dans un document que j'étais élève de l'école Ste Marie, ce qui est vrai d'ailleurs. J'en garde un bon souvenir. J'étais aussi élève de l'école communale et pour certains, qui m'entendent là, cela dira peut-être quelque chose si je rappelle le nom, à la fois respecté et redouté, de M. Chadoutaud qui était directeur d'école et instituteur et qui a tout de même donné à mon enfance et ma jeunesse, toute une coloration surprenante de sérieux, de compétence, de connaissance et de savoir.
- Mesdames et messieurs, je vais réitérer mes remerciements. J'assiste là à la naissance de quelque chose qui comptera, surtout pour les plus jeunes, et je félicite ceux qui l'ont fait. Je vous remercie.

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